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Full text of "Handelingen"

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ANNALES 


DE LA 


SOCIETE DEMOLATION 


POUR L'ÉTUDE 
DE L'HISTOIRE & DES ANTIQUITES 


DE LA FLANDRE. 


4’ SÉRIE 
TOME X, XXXVII VOLUME DE LA COLLECTION 


ANNEE 1887 


BRUGES 
IMPRIMERIE DE PLANCKE, FRÈRES 
1888, 





N° fo 


Le Président, 


bong A Gade) 


Le Secrétaire, 


4 ee 
Cen Lt voets 








“ers LISTE DES MEMBRES 


AT 


DE LA 


SOCIETE D’EMULATION 


POUR L'ÉTUDE DE 


L'HISTOIRE ET DES ANTIQUITES 
DE LA FLANDRE. 





Membres Effectifs. 


Mrssrevgs : 


1. Avucusrte DE MAERE-LIMNANDER,ingénieur-hydrographe, à Gand. 

3. Aryraxp RONSE, membre de la Chambre des Représentants, échevin 
ds la ville de Bruges, MEMBEE DU Comité. _ 

3. L'abbé CLAERHOUT, professeur au collège épiscopal de Thourout. 

4. Arors NELIS, professeur à l'athénée royal de Bruges, BIBLIOTHÉCAIRE. 

5. Jures BROUCKAERT, bibliophile, à Courtrai. 

6. L'abbé A. C. B. J. DE SCHREVEL, licencié en théologie, directeur du 
séminaire, à Bruges, MEMBRE DU CoMiTÉ. 

7, Gopzrroio KURTH, professeur à l'Université, à Liège. 

8. Monseigneur H. F. BRACQ, prélat domestique de S. S., assistant au 
trône pontifical, officier de l'Ordre de Léopold, docteur en théo- 
logie,évêque de Gand. 

9. Le baron ArrHuR SURMONT DE VOLSBERGHE, sónateur, à son 
châtean, À Voormezeele-lez-Y pres. 

10. Jan VAN RUYMBEKE, bibliophile, membre corregpondant de la 
Commission royale des monuments, à Courtrai. 

11. Le baron EgNzst VAN CALOEN, docteur en droit, à Lophem. 

13. Le baron BETHUNE-D'YDEWALLE, membre correspondant de la 
Commission royale des monuments, président de la Gilde de S. 
Thomas et 8. Luc, à Gand. 

18. Lechevalier Gustave VÁN HAVRE, ancien sénateur, bourgmestre 
de Wyneghem, près d'Anvers. 

14. Jures VANDENPEEREBOOM, Ministre des Chemins de fer, postes 
et télégraphes de Belgique, à Bruxelles. 

15. Enxzsr LEFRVRE-VAN DEN BERGHE, archéologue, à Gand. 





Messieurs : 


16. J. VAN CALOEN DE BASSEGHEM, conseiller provincial, membre 
de la Commission administrative des Hospices civils, à Bruges. 

17. Désiré VAN DE CASTEELE, conservateur des archives de l'État 
à Liège, chevalier de l'Ordre de Charles III d’ Espagne, secrétaire de 
l'Institut archéologique liégeois, membre de l'Académie d'archéo- 
logie d'Anvers, de la Société historique, archéologique et littéraire 
dela ville d'Ypres et de l'ancienne West-Flandre, de la Société 
de littérature néerlandaise de Leide, de la Société zélandaise des 
sciences etc. MEMBRE DU COMITÉ. 

18. Lechanoine Ap. DUCLOS, conservateur des SS. Reliques du diocèse 
de Bruges, membre de la Gilde de Ste-Lutgarde pour l'étude de la 
langue et des antiquités flamandes, rédacteur du Rond den Heerd, 
membre du comité directeur de la Bociété archéologique et du 
Musée de Bruges. 

19. A. DIEGERICK, conservateur-adjoint des archives de l'État, à Gand. 

20. Mgr. le baron F. BETHUNE, chanoíne de la cathódrale de Bruges, 
membre correspondant de la Commission royale des monuments, 
président de la Société archéologique, à Bruges. 

21. Lecomte Tu. VAN DER STRATEN-PONTHOZ, grand-maréchal de 
la Cour, grand'croix des Ordres de Léopold et du Lion néerlandais, 
de la Couronne de fer d'Äutriche etc., à Bruxelles. 

22. L'abbé FERRANT, curé de St Frangois, à Menin. 

28. Gosrave CARTON, chevalier de l'Ordre de Léopold, docteur en méde- 
cine, à Wynghene. 

24. Monseigneur JEAN-JosEPH FAICT, docteur en théologie, en philo- 
sophie et lettres, officier de l'Ordre de Léopold, évêque de Bruges, 
prélat domestique de S. 8. et évêque assistant au trône pontifical. 

25. Le vicomte ArsfÉric DE MONTBLANC, membre de la Chambre des 
Représentants, chevalier de l'Ordre de Léopold, à Ingelmunster. 

26. Le baron KERVYN DE LETTENHOVE, membre de la Chambre des 
Représentants, commandeur de l'Ordre de Léopold, chevalier des 
Ordres de Frangois-Joseph d'Autriche et de Étoile Polaire, 
membre de l'Académie royale de Belgique, président de la Com- 
mission royale d'Histoire etc. à St. Michel lez-Bruges, PRÉSIDENT. 

27. Jures LAMMENS, sónateur, à Gand. 

28. LíÉon DE FOERE, docteur en droit, à Bruges, SecrérarrE-T'néÉsonien. 

29. Le comte Amenére VISART, membre de la Chambre dee Représen- 
tants, bourgmestre de la ville de Bruges, chevalier de l'Ordre de 
Léopold. 

80. Le comte Turergy DE LIMBURG STIRUM.DE THIENNES, góna- 
teur, membre de Ja Commission royale pour la publication des 
anciennes lois et ordonnances etc, à Gand, MEMBRE DU CoMiré. 

81. Épovaap NEELEMANS, chevalier de l'Ordre de la Couronne de 
Chêne et ancien bourgmestre d'Eecloo, MEMBRE Du CoMiré. 

82. Le Père Supérieur de la résidence des RR. PP. Jésuites, à Bruges. 








MEssreurs : 


33. L'abbéJ. D. M. ROMMEL, principal du collège St-Louis, à Bruges, 
MEMBRB DU CoMITé. 

34. RENé CHALON, commandenr de l'Ordre de Léopold et de l'Ordre 
du Christ de Portugal, etc, président de la Société des Bibliophiles 
belges, membre de l'Académie royale de Belgique, vice-président 
de la Commission royale des mouuments etc., à Bruxelles. 

85. Le chanoine Arrzonsg DE LEYN, docteur en droit, MEMBRE DU 
Comité. 

36. J. M. E. FEYS, chevalier de Ordre de Léopold, membre correspon- 
dant de l'Académie héraldique italienne de Pise, professeur hono- 
raire d'athénée, à Bruges, Vice-Présrperr. 

87. Le Docteur Arué REMBRY-BARTH, membre effectif de la Société 
historique, archéologique et littéraire de la ville d'Ypres et de 
Yancienne West-Flandre, membre correspondant de la Société 
historique et littéraire de Tournai, du Cercle archéologique de 
Mons, de la Société paléontologique et archéologique de Charleroi, 
de la Commission historique du département du Nord, de la Société 
académique d'’agriculture, sciences et arts de Douai, de la Société 
des antiquaires de la Morinie, de la Société littéraire, historique 
et archéologique de Lyon, etc., archiviste de la ville de Menin. 

38. Eveène CORTYL, membre da Comité flamand de France, à Bailleul. 

89. lexace DE COUSSEMAKEB, archéologue, membre de plusieurs 
sociétés savantes, à Bailleu). 

40. FrgpixanD VAN DER HAEGHEN, chevalier des Ordres de IÁopold 
de Belgique, de l'Étoîle Polaire et de la Couronne royale de 
Prusse etc. membre correspondant de la Commission royale des 
monuments, bibliothécaire de l'Université, à Gand. 

41. L'abbé Ava. VAN SPEYBROUCK, membre du Comité flamand de 
France, membre de l'académie pontificale ““ Gli Arcadi” de Rome, 
à Bruges, BIBLIOTHÉCAIRE-ADJOINT. 

42. L'abbé VAN DER MEERSCH, directeur du couvent des Dames de 
Rousbrugghe, à Ypres. 

48. Le chevalier AurDfE DE SCHOUTHEETE DE TERVARENT.DE 
MUNCK, ancien vice-président du conseil provincial de la Flandre 
orientale, président du Cercle archéologique dn pays de Waes, 
château de Moeland, à St-Nicolas (Waes). 

44. Appie MULLE DE TERSCHUEREN, membre de la Chambre des 
Représentants, à Thielt. 

45. ALPHoNsE ROELS, bibliophile, à Bruges. 

46. WITTERYCK, instituteur, à St Croix-lez-Bruges. 

47. Le baron DE CONINCK DE MEROKEM, sénateur, Àà son château, 
à Merckern. 

48. ArrzuR MERGHELYNCOK, membre titalaire du Comité flamand de 
France, de la Société historique, archéologique et littéraire de la 
ville d'Y pres, à Ypres. 


49, 
50. 


51. 


52. 


53. 


54. 


65. 
66. 


Messreugs: 


L. J. MESSIAEN, curé, à Reckem. 

Le vicomte DE PATIN DE LANGEMARCK, au château de Lan- 
gemarck. 

Le Baron JEAN BETHUNE-DE VILLERS, membre du congeil pro- 
vincial de la Flandre occidentale, bourgmestre d’Oost-Roosebeke, 
membre du Comité de la Gilde de S. Thomas et S. Luc. 

Le Haron ALBERT VAN CALOEN-VAN OCKERHOUT, docteur en 
droit, conseiller provincial de la Flandre occidentale, à Lophem, 
MEMBRE DU COMITÉ. 

Wirreip C. ROBINSON, ancien zouave pontifical, rédacteur du 
Catholic Progress, à Bruges. 

VicroR MAELFAIT, littérateur, membre de la Société “ De Vriend: 
schap *’, à Roulers. 

Le vicomte DE RUFFO BONNEVAL DE LA FARE, à Bruges. 

Le chevalier AMAURY-JOSEPH-CHARLES DE GHELLINCK D'EL- 
SEGHEM, membre de la Société des Bibliophiles flamands à 
Gand, de la Société des Bibliophiles belges, de la Société archéolo- 
gique de Mons et du Cercle archéologique d’Enghien, à Bruxelles. 














Membres honoraires. 


Messieurs : 


1. Mgr. A. NAMRÊCHE, recteur émérite de Y'aniversité catholique de 
Louvain, prélat domestique de S. S., docteur en théologie, chanoine 
honoraire de l’église métropolitaine de Malines, officier de l'Ordre 
de Léopold, professeur émérite à la faculté de philosophie et let- 
tres, à Parck-lez-Louvain. 

2. Louis DE BACKER, inspecteur deg monuments historiques, ohevalier 
des Ordres de la Couronne de Chêne et de Henri-le-Lion de Bruns- 
wick, officier d'Académie, membre de la Commission historique 
du département du Nord, de la société des Arts et des Sciences 
de Douai, des antiquaires de la Morinie, de la Société d'Émulation 
de Cambrai, etc., à Noordpeene. 

3. Le R. Père Henni-Marie IWEINS, de l'ordre des Frères-Prêcheurs, 
membre de l'Académie d’archéologie de Belgique, membre oor- 
respondant de la Société des antiquaires de la Morinie et du 
Comité flamand de France, à Louvain. 

4, Épovarp VAN CAUWENBERGHE, littérateur, échevin de la ville 
d’Andenarde. 

5. NOLET DE BRAUWERE VAN STEELAND, docteur ès-lettres, 
chevatlier de Ordre du Lion néerlandais, commandeur des Ordres 
de la Couronne de Chêne, du Christ de Portugal et d'Ernest- 
Auguste de Hanovre, chevalier des Ordres de Léopold de 
Belgique, de Étoile Polaire, da Danebrog, d'Adolphe de Nassau, 
de Francois I* des Deux-Siciles et de Henri.le-Lion de Brunswick, 
associé de l'Académie royale de Belgique, à Vilvorde. 

6. ALPHONSE-PHILIPPE-GHISLAIN Comte VAN DE WALLE, homme de 
lettres, chevalier de l'Ordre de St Grégoire-le-Grand, comman- 
deur et chevalier de divers autres Ordres, administrateur de la 
Banque de la Flandre Occidentale, membre de l'Académie d'ar- 
chéologie de Belgique, du Comité flamand de France, de la 
Bociété des antiquaires de la Morinie, etc., à Bruges. 

7. Cu. PIOT, officier de l'Ordre de Léopold, chovalier de l'Ordre de 

‘Frangois-Joseph d'Autriche, archiviste-général du Royaume, 
membre de l'Académie royale de Belgique, et de la Commission 
royale d'Histoire, etc, à Bruxelles. 

8. N. DE PAUW, avocat général à la Cour d'appel de Gand, chevalier 
de l'Ordre de Léopold, vice-président de l'Académie royale 
flamande, membre de la Commission des archives et de celle des 
monuments de la ville de Gand, du Cercle archéologique de 
Termonde etc., à Gand. 


Messieurs : 


9. Mgr. le chanoine Orzétien DE HAISNES, secrétaire-gónéral des 
Facultés catholiques de Lille, ancien archiviste-.général du 
département da Nord, à Lille. 

10. Le R. P, Hus.- Prospen VAN DER SPEETEN, de la Compagnie de 
Jésus, à Bruxelles. 

11. ArPHoNsE DE SCHODT, directeur-général de l'enregistrement et 
des domaines, officier de l'Ordre de Léopold, secrétaire-trésorier 
de la Société royale belge de numismatique, membre de la Société 
des antiquaires de Suède, à Bruxelles. 

12. Ars. MATTHIEU, juge au tribunal de première instance, à Bruxelles. 








HISTOIRE 


DU 


SEMINAIRE 


DE BRUGES 


PAR 


A. C. DE SCHRENV EL 


LICENCIË EN THÉOLOGIE DE I’UNIVERSITÁ CATHOLIQUE DE LOUVAIN 
FPROFESSEUR D'EISTOIRB BCCLÉSIASTIQUE AU SÉMINAIRE DE BRUGES 


BRUGES 
IMPRIMERIE DE PLANCKE, FRÈRES 
1888 


Siéges épis- 
copaux des 
dix-sept pro- 
vinces sous 
Ch.-Quint. 


2 


épiscopaux: Arras, Cambrai, Tournai, Utrecht, sous 
deux métropoles étrangères. L'évêque d’Utrecht 
était suffragant de l'archevêque de Cologne; les 
évêques d' Arras, de Cambraiet de Tournai étaient 
suffragants de l'archevèêque de Reims. Pour ne 
parler que des intérêts religieux, étendue des dio- 
cèses, la diversité des langues qu'on y parlait, la diffé- 
rence des mcoeurs et des habitudes empêchaient les 
premiers pasteurs de remplir pleinement leur mis- 
sion. L'instruction des fidèles était négligée; le 
clergé inférieur, faute de surveillance suffisante, en 
divers lieux, s’'acquittait de ses devoirs avec négli- 
gence; le relâchement faisait des progrès et facilitait 
Fintroduction de 1’ hérésie.Charles-Quint,convaincu 
de la nécessité d'opérer une réforme dans l'orga- 
nisation ecclésiastique des Pays-Bas, avait fait 
dans ce sens plusieurs tentatives à Rome. Malheu- 
reusement les difficultés politiques qui vinrent à 
rompre les bonnes relations entre l'empereur et le 
Saint-Siége, et probablement aussi les guerres qul 
troublèrent alors Ì’ Europe, rendirent ces démarches 
infructueuses. 


Philippe II réalisa, mais sur une plus large 
échelle (1), les désirs de son auguste père: après 
bien des négociations, il obtint du Pape Paul IV 
la bulle Super Universi, créant toute une nouvelle 
hiérarchie composée de trois églises métropolitaines 
et de quinze cathédrales. 


(1) Charles-Quint n'’avait demandé que six ou sept évéêchés 
nouveaux. 





8 


Maures Érigée en métropole avait six nouveaux rierarchio 
siéges Éplscopaux dans sa circonscriptiijon : Anvers, A el 
Bois-le-Duc, Bruges, Gand, Ruremonde et Ypres. IL 
Au midi, les évêchés d'Arras, de Namur, de Saint- 

Omer et de Tourna Éétaient soumis à la juridiction 
del'archevêque de CauBrar. Cinq nouveaux diocèses 
créés pour les provinces septentrionales à Deventer, 
Groeninghe, Harlem, Leeuwarde et Middelbourg 
ressortissaient à l'archevêché d'Utrrrcar (}). 
La constitution particulière de PieIV Ee injuncto 
Nobis desuper catholic servitutis officio, datée du 
12 Mars 1560, institue définitivement l'évêché (°) 


(?) Comme le remarque fort judicieusement Mgr Claessens, “* la 
division était très-normale. Le Saint-Siége élevait au rang de métro- 
poles les trois villes qui représentent trois populations, diverses de 
langues, de lois et d'habitudes sociales: les Gallo-Wallons, les 
Flamands-Brabangons et les Frisons-Bataves. ” — Voir, pour de 
plus amples détails: P. CrarssEns, Quelques éclaircissemente sur 
Tétablissement des évéchés dans les Pays-Bas, Louvain 1859. 

(®) Voici en quel ordre se sont succédé. les premiers pasteurs 
de l'ancien diocèse de Bruges : 


Pierre Curtius (de Corte) Bacré le 26 Déc. 1561 mort Ie 16 Oct. 1567 
Rerai Driutius (Drieur) ”__ 18 Nov. 1569 ”» 12 Mai 1594 
Mathias Lambrecht ” 28 Juill. 1596 ’__” } Juin 1603 
Charles-Philippe de Rodoan transf. en Juin 1603 ” __” 7 Juill. 1616 
Antoine Triest gacré le 9 Juill. 1617 transf. en Mars 1623 
Denis Christophori (Stoffels) ” __» 25 Mai 1623 mort le 6 Aofitt 1629 
Servais Quinckerus (de Quinckere) ”__” 16 Juin 1630 ”_» 5 Mars 1639 
Nicolas de Haudion 26 Janv. 1642 "4 Sept. 1619 
Charles Van den Bosch "” __” 23 Juill. 1651 tranaf. en Avril 16,8 
Robert de Haynin ”__P_22 Oct. 1662 mort le 10 Déc, 1668 
Francois de Baillencourt ” _" 28 Juin 1671 ”_» 3 Nov. 1681 
Humbert-Gaillnurae de Precipiano ”__” 21 Mars 1688 tr‘nsf. en Aoút 1690 
Guillaume Bassery __ 7 Janv. 1691 mort le 18 Juin 1706 
Menri-Joseph van Susteren ’ _» 23 Mars 1716 ”__ "24 Févr. 1743 
Jean-Bap iste-Louis de Castillion *_" 14 Juill, 1743 ” _ 26 Juin 17543 
dean-Robert- Ghislain Ceimo ” nm 16 Juin 1754 ’ __»” 22 Déc. 1775 


F6iz-Guill-Antoine Brenart ”_”_39 Juin 1777 »»_»” 26 Oct, 179% 


Prévôt. 


4 


de Bruges, fixe les limites du nouveau diocèse (*), 
et détermine la mense épiscopale. 


L’ancienne collégiale de Saint-Donatien, élevée à 
la dignité d'église cathédrale, devra donc, en vertu 
du concile de Trente, avoir son sÉéminaire. Avant 
d'exposer les origines de cette salutaire institution, 
et afin de rendre plusfacile l'intelligencede tout ce 
qui va suivre, il sera utile d'esquisser brièvement 
organisation du chapitre de Saint-Donatien et de 
faire connaitre l'école chapitrale, ainsì que la chaire 
publique de théologie fondée, par Jean de Witte, 
évêque de Cuba. 


CHAPITRE II. 


ORGANISATION DU CHAPITRE DE SAINT-DONATIEN. 


Au moment de l'érection de l'évêché de Bruges, 
le chapitre de Saint-Donatien était organisé comme 
guit. A sa tête (°) se trouvait le prévòôt (praepositus), 


(!) Le diocèse fut divisé en un archiprêtré, celui de Bruges, et 
sept doyennés, ceux d'Ardenbourg, de Thourout, de Roulers, de 
Ghistelles, d'Oudenbourg, de Damme et de 'Écluse. 

(?) “ Declarat (sententia 2 oct. 1456) quod decanatus sit dignitas 
curata electiva, non tamen principalis, cum prepositura sit princi- 
palis et prepositus caput. Declarat quod decanus pars sit capituli 
et sub nomine capituli contineatur. Decanus sicut pars sub toto, 
est tamen honorabilior pars, spiritualia ministrans et habens ani- 
marum curam omnium canonicorum et habituatorum chorum 
ecclesie frequentantium, eum certis preeminentiis et insigniis 
ultra canonicos sibi appropriatis. ”— Arch. de Y’évêché: Ertracta ez 
quodam libro cujue titulug sic eonat: Summarium fundationum, 
privilegiorum et munimentorum ecclesie S. Donatiani per Hu- 
BERTUM WAGHENAERS. 





ö 


qui Joignait à ce titre celui de chancelier perpétuel 
ou héréditaire de Flandre. Élu par les chanoines, 
il était confirmé par le prince, et exercait une juri- 
diction temporelle très-Étendue (}). 


Des revenus spéciaux étaient attachés àla dig- 
nité prévôtale. 


Le corps capitulaire se composait d'un doyen 
(decanus), premier dignitaire, d'un grand-chantre 
(cantor), second dignitaire du chapitre, et de trente 
chanoines. 


En dehors des biens particuliers réservés aux 
deux dignités, on comptait, 1l est vrai, trente et une 
prébendes, dont vingt-sept grandes (%) et quatre 
petites (*); mais depuis 1344, la seizième d'entre 
elles était unie au décanat. 


() Sur la prévôté (proossche) de Saint-Donatien et le canonicat 
(caneunizsche) quì ensemble formaient une seigneurie ecclésiasti- 
que, voyez BEAUCOURT DE NOORTvVELDE, Beschryving der heerlykhede 
en lande van den Proneschen, Brugge 1764; WARNKENIG, Histoire 
constitultonnelle et administrative de la ville de Bruges et du pays du 
Franc, Bruxelles 1851, 8 rr, p. 43; et surtout GILLIODTS-vVAN- 
SEVEREN, La Prévöté de Saint-Dunatien,à Bruges, dans La Flandre, 
revue des monuments d'histoire et d'antiquités, Bruges 1872-73, p. 337; 
Coutume de la Prévóté de Bruges, dans le Recueil des anciennes 
coutumes de la Belgique, publié par ordre du roi, Bruxelles 1887, 
Introdaction pp. 1 à 242. 

(?) Provenant dela division des douze prébendes de la première 
fondation faite par Arnould-le-Grand (961) en vingt-sept pré- 
bendes à revenu égal. 

(®) Trois deces prébendes furent fondées en 1194, par la comtesse 
de Flandre Marguerite d’ Alsace; la quatrième fut ajoutéeen 1368 
par Philippe de Arbosio, de doyen de Saint-Donatien devenu 
évêque de Tournai-Noyon. 


Doyeun et 
grand-chan- 
tre. 





6 


Le doyen était chargé du soin spirituel des cha- 
noines, des chapelains et des clercs qui fréquen- 
taient le choeur. — Un prêtre délégué par lui 
exergait le ministère pastoral parmi les laïcs de la 
paroisse de Saint-Donatien(}).Depuis peu, le grand- 


(!) En vertu d'une sentence arbitrale en date du 24 Juillet 1522, 
interprétée par le grand conseil de Malines, le 17 Juillet 1523, 
“sont réputés paroissiens de Saint-Donatien, s'ils viennent & 
mourir dans les limites de l'échevinage de Bruges, qu'ils y aient 
leur domicile, ou qu'ils y soient de passage: 

Le comte, la comtesse de Flandre et leur famille; 

Le maître des requêtes, les secrétaires, les portiers et tous autres 
officiers et serviteurs de la maison comtale; 

Les président et conseillers du grand conseil et du conseil de 
Flandre, et tous leurs officiers salariés par le prince ou admis à la 
retraite avec pension; 

Les deux concierges, l'un de la grande maison, l'autre de la 
maison verte du comte et de la comtesse, situées à Bruges, ou 
leurs remplagants récls en cas d'absence; 

Le maître-gónéral, le gardien et l'essayeur de la Monnaie de 
Flandre, le graveur du coin, le portier et le concierge de l'hôtel de 
la Monnaie et tous les employés de la Monnaie du comte et de la 
comtesse salariés par eux; 

Tse bailli, ’'écoutète et leurs deux clercs, 'amman et les douze 
collecteurs de la ville de Bruges; 

Les deux receveurs-généraux de Flandre, à savoir, celui du 
domaine et celui des aides et subsides; le receveur des reliefs, lo 
receveur de l'cxtraordinaire et tous les receveurs commis par le 
comte ou la comtesse, dans l'exercice de leur fonction ; 

Le prévôt, le doyen,les chanoînes, les chapelains, les vicaires, les 
choraux, les coutres et autres bénéficiers, habitués et installés qui 
pergoïvent les distributions quotidiennes dans l’églisede Saint-Do- 
natien;les deux bedeaux ecclésiastiques;les deux bedeaux laïques,les 
autres coutres del'église et lea chapelains possédant une chapellenie 
fondée dans l’église,ainsi que le maftre des écoles de Saint-Donatien; 

Les dix feudataires, à savoir, six de trompe (de cornu, hoornblae- 
zere) et quatre gardiens de lice (crijtwaerdere); 

Le bailli, les vingt-huit reneurs actuels et leurs successeurs en 
même nombre; les quatre ammans héréditaires, le clero de la 
vierschaere, les deux receveurs de la próvôté et les six collecteurs; 

















7 


coutre (major custos) était parfois (l) en même 
temps pastor latcorum. 


Le grand-chantre réglait les offices divins et le 
chant du choeur. — Un sous-chantre (succentor 
appelé aussi phonascus) enseignait la musique aux 
choraux et réfectionaux et dirigeait la maîtrise. 


Le doyen et le grand-chantre étaient élus par 
les chanoines. 


Lorsque le décanat était vacant, le chapitre 
sassemblait pour fixer la date de l’élection et en 
faisait informer les chanoines absents. Au jour 
convenu, après la messe solennelle chantée en 
Phonneur du Saint-Esprit, on-se réunissait en 


séance capitulaire pour recueillir les suffrages, 


Les épouses, les enfants et le personnel des fonctionnaires pré- 
cités et demeurant avec eux; les familiers élevés et nourris chez 
eux; leurs veuves avec leur maison, aussi longtemps que ces per- 
sonnes gardent le célibat ou le veuvage. — Arch. de l'érêché: 
Eztracta er quodam libro etc. déjà cité. 

Cette sentence arbitrale du 24 Juillet 1522, qui modifie celle du 
16 Février 1485 (*), fut elle-mÔme modifiée par un décret impérial 
du 6 Jmllet 1722. — Voir, Verscheyde sententien aenwyeende ende 
verklaerende, welcke persvonen moeten gehouden worden voor paro- 
chianen van Sint-Donaes kercke binnen Brugge, Brugge, bij Pieter 
van de Capelle (s. d.). 

(1!) Nous disons parfots, car il n'en était pas toujours ainsi. Par 
exernple, à la mort de Jérôme Clichtoveus (© Nov. 1555), qui était 
major custos et pastor laicorum, la cure paroissiale des laïcs fut 
conférée à Jean Smout et la charge de grand-coutre confiée à 
Corneille Coorde. C'est à tort que Forrexs (Compendium chrono- 
logicum episcoporum Brugenstum etc. p. 198) range ce dernier 
parmi les pastores laicorum. En 1561, Hubert Hubrechts cumula 


de nouveau les deux fonctions. — Voir Acta capituli 8. Donatiani, 


6 Nov.; 18 Dec. 1555 ; 8 Jul. 1561. 


(*) On la trouve dans GILLIODES-VAN SEVEREN, Coutume de la Prévóté de Bruges, 
T, 3, p. 65 


Élection du 


doyen. 


Ba réception. 


8 


(à moins que l'élection ne se fÎt par inspiration, 
per vlam Spiritus sanctt ou par compromis, per 
viam compromisst, au lieu de se faire par scrutin, 
per viam scrutinsi). Dès que les scrutateurs choisis 
par le chapitre avaient vérifié et dépouillé les 
bulletins, le grand-chantre proclamait doyen de 
Saint-Donatien celui qui réunissait la pluralité des 
voix. Après l'adhésion du nouvel élu, les chanoines 
ge rendaient à l'église pour y chanter le Te Deum, 
avec accompagnement de musique et au son de la 
cloche du chapitre, et le gecrétaire, s’avancant 
jusqu’à la grande porte du chcoeur, annongait aux 


fidèles le résultat de 'élection. 


Le jour fixé pour la réception étant arrivé, le 
nouveau doyen se présentait aux chanoines réunis, 
exhibait l'acte de son élection et de son adhésion, 
payait les droits de réception (cent couronnes d'or 
et huit gros), présentait deux hommes honorables 
qui ge portassent caution pour rendre l'église 
et le chapitre indemnes, et prêtait le serment propre 
au premier dignitaire. Après quoi, le récipiendaire 
était mis en possession réelle, actuelle et corpo- 
relle du décanat: le grand-chantre précédé du 
fabricien le conduisait au maître-autel, qu'il devait 
baiser, et lintroduisait dans la stalle décanale, 
vis-à-vis de celle du prévôt. A son retour dans la 
salle capitulaire, le nouveau doyen prenait place 
sur le siége qu'il occuperait dorénavant dans 
les séances délibératives, et après avoir lu un 
passage de l'évangile et donné le baiser de paix 
à ses confrères, jurait de ne pas révéler les secrets 
du chapitre. 


9 


L'élection du grand-chantre était moins solen- 
nelle, mais sa réception se faisait à peu près avec 
les mêmes cérémonies ()). 

Les chanoines étaient nommés par le prévôt ou 
par le Saint-Siége, selon les mois de vacance. 

Lors de la réception d'un chanoine nouvellement 
nommé, celui-ci prêtait le singulier serment dont 
volc1 la teneur: Ego N... juro dormitorium, refec- 
tortum, libram pants et vind, cquaulitatem, foranet- 
tatem, ordinationem tnter decanum et capitulum 
antiquam et novam, statuta, privilegia et statutum 
de collattone benefictorum et consuetudines appro- 
batas. Sic me Deus adjuvet etc. (”). 

Il serait trop long d'expliquer complètement 
cette formule. Arrêtons nous cependant à quelques 
uns de ses termes. 

<< Dormitorium, refectorium et libram (®) pams et 
vint”: cet article signifie dans le style du temps où 
il a été composé, une promesse jurée de vivre en 
communauté selon les règles établies ; — or, déjà 
depuis plusieurs siècles la vie commune n’était plus 
en vigueur dans la collégiale de Saint-Donatien. 


(!) Acta capit., sous les rubriques Electio, receptio decani, electio, 
receplio cantoris. 

(®) HuBeRTus WAGHENAERS, Juramentum adm. RR. DD. decant 
et canonicorum ecclesice cathedralis S. Donatiani Brugensis, elucida- 
tum er antiquioribus ejusdem ecclesice munimentis, anno Domini 
MDCXLVI. 

(5) Libra panis et vini veut dire ici livraison, distribution de 
pain et de vin. Le terme liberare dans les anciens documents équi- 
vaut souvent à celui de solvere, preestare. 


Serment des 
chanoines. 


Grands off- 
ciers. 


10 


<<Foraneitatem’’: ce mot exprime la loi de la 
résidence permettant une absence de sept mois par 
an (}); — loi qui n'était plus conforme aux pres- 
eriptions du concile de Trente (?%) en vertu des- 
quelles il n'était pas permis aux chanoines d'être 
absents de leur église plus de trois mois chaque année. 

Enfin, entre autres ““ Privilegra”’ le chapitre pré- 
tendait avoir celui d'être entièrement exempt de la 
juridiction de l'ordinaire ; — exemption à laquelle, 
en tout cas, le concile de Trente (°) venait de mettre 
fin. 


Parmi les chanoines plusieurs étaient chargés 
d'un office. 


Ainsi, tous les ans, après la fête de saint Jean- 
Baptiste, le chapitre désignait les grands officiers 
(magni officvarti), à savoir: 

L'obediencier (obedientiartus), 

Le maître de la fabrique (fabricarius), 

Le receveur de la foranéité (receptor foraneitatis), 

Le receveur de T'égalité (receptor cqualita- 


tis) (*). 


(!) Voir Histoire du séminaire de Bruges, T. II (*, Documents 
p. 12, note, où la loi de la résidence est exposée. 

(?) Sess. 24. C. 12. De reform. 

(®) Sess. 6. C. 6. De reform. 


(®) Voir Hist. du sém.de Br. T. II, Doc. p. 8, note 1, p. 10, note 1, 
où nous avons donné quelques notions sur ces quatre grands 
offices. Des administrations de moindre importance, telles que 
Yoffcium cespitum, l'off. pietatie, Y'off. hospitum canonicalium, lof. 
magnt altaris, Voff. novi panis, lof. charalinm, Toff. refecttonalium, 
etc., avaient aussi leur receveur chanoine ou chapelain. 

(*) Annales de la Socidté d’ Emulation, année 1883, T, XXXIII, 





11 


L'écolâtrie, qui était plutôt un office qu'une dignité, 


était conférée à vie à l'un des chanoines (!). 


Le secrétaire du chapitre n'était pas nécessaire- 
ment un chanoine; cependant 1l avait au choeur une 
stalle spéciale (*). 


Un promotor causarum officit ca pituli était chargé 
de poursuivre d’office et de citer devant le chapitre 


les habitués de l’église qui se dérangeaient ou 
contractaient des dettes (%). 


Après les chanoines, qui formaiont le corps 
capitulaire, venaient les chapelains (capellani) et 
les elercs installés (clericù installati). 


La collégiale de Saint-Donatien comptait une 
vingtainede chapellenies de gremio chorí (*), dont les 
bénéficiers inamovibles étatent nommés par le 
suffrage unanime des chanoines, (exoepté le grand. 


(!) Nous parlerons plus longuement de l’écolâtre au chapitre III 
de ce livre. 

2) “ Ac tunc preestiti solemne juramentum ad pectus sacerdo- 
tale de tacendis seu non revelandis capituli secretis deque officio 
hujusmodi (secretariatus) fideliter exercendo, quo facto installatus 
fui ad dextrum latus chori in stallo secretarii consueto per D. fa- 
bricarium, salvis juribus ecclesise. * — Acta cap. 9 Jul. 1561. 


(?) “ Ordinatur et injungitur promotori causarum officii capituli 
quod omnes et quoscumque habituatog ecclesie cujuscumquea 
qualitatis, de quibus sen eorum vite et morum abusibus idem pro- 
motor habet informationes, hodie ex officio citari procuret ad 
proximum diem capitularem et procedat prout de jure. ” — Acta 
cap. 7 April. 1568 (n. 5). 

(9 Le chapitre disposait aussi d'une quarantaine de chapellenies 
de eztra chorum: mais les titulaires de ces bénéfices, nommés 
seulement par le chanoine tournaire (turnarius), qui était de 


semaine, n’avaient pas accès au choeur, ni droit aux distributions 
etc. 


Bcolâtre. 


Secrétaire. 


Promotor 
usaru 


Chapelains 
de gremio 
chori. 


12 


coutre, dont le bénéfice était à la collation du 
prévôt) (!), avaient leur place dans les stalles 


supérieures du chcoeur et participaient aux distri- 
butions, réfections et pitances (*). 


() “ Honorabilis vir D. et M. Hubertus Hubrechts presbyter 
Leodiengis diocesis, S. T. licentiatus, virtute litterarum collationis 
majoris custodise hujus ecclesiee a preeposito emanatarum, admis- 
sug fuit ad eamdem custodiam etc. ” — Acta capit. 8 Jul. 1561. 

(2) L'expression “ Distribuliones, refectiones, pitantie "est Ia 
formule employée pour désigner en général le lucrrum que les 
chanoines, les chapelains et les clercs installés pouvaient gagner 
en assistant aux heures canoniales, aux messes, aux anniversaires, 
aux processions, etc. 

Le mot distribution signifie tout ce qui est distribuó comme 
droit de présence au service divin. Dans le langage du chapitre 
par distributions on entend particulièrement les émoluments 
attachés aux différentes parties de l'office journalier du chceur, 
c'est-à-dire aux matines et laudes, aux petites heures, à la messe, 
aux vêpres. 

Réfection étymologiquement veut dire repas. Íci ce mot exprime 
des avantages du réfectoirc attachés à certaines fêtes et anniver- 
gaires etc. (refectiones majorum solemnitatum, ref. obituum, ref. 
festi duplicis). Ces avantages donnés en nature au réfectoire du 
chapitre, lorsque la vie commune existait encore, étaient depuis 
longtemps distribués en argent. 

La part de pain, de vin, etc. qui revient & chacun des membres 
d'une communauté s’appelle pitance. La signification de ce mot 
dans la formule ci-dessus est la même que celle de réfection. Il y 
avait des pitances d’'anniversaires, de fondations particulières, de 
processions générales, etc. (pitantice obitûs, processionum in palmis, 
processionum generalium). À raison des modes divers de gagner 
les Émoluments et de la quantité différente qui revenait aux 
doyen, chanoines, chapelains et clercs, on distinguait les lucrum 
refectionale, lucrum pitentiale et lucrum cequale. C'est probablement 
le motif pour lequel on appelait certains avantages refectiones et 
d'autres pitantie. 

Pitance Équivant parfois à bibilta (wynpot, pot-de-vin) donné aux 
chanoines présents à la location des dies. Mais ce n'est pas dans 
ee sens qu’il faut entendre ce mot ici, car les chanoines seuls 
avaient droit au pot-de-vin. — Voir Hist. du sém. de Br, Tome II, 











138 


Lors de leur réception ils juraient d’obéir aux 
doyen et chapitre, de respecter les chanoines, d'ob- 
server les privilèges, statuts et usages de l'église, 
de fréquenter les heures canoniales etc. (!). 


Ils chantaient office avec les chanoines et 
assistalent ceux-ci dans la célébration du service 
divin. Quelques-uns remplissaient aussi l'une ou 
autre fonction spéciale. 


Parmi eux, le grand-coutre ou gardien du 
trésor de léglise, lorsqu'il était en maême temps 
pastor laicorum, était le premier et occupait la stalle 
qui suivait celles des chanoines (°). 


Doe. p. 9, note 1; p. 10, note 1; Copia libellt scriptt anno D* 1636 
par D. et M. Nicolaum Coriache presbyterum capellanum ecclesia 
cathedralis S. Donatiani, msc. de notre bibliothèque privée. 

(!) Voici la teneur de leur serment: 

‘“ Ego N. promitto et corporaliter juro obedientiam et fideli- 
tatem decano et capitulo hujus ecclesise conjunctim et divisim et 
canonicis ejusdem ecclesie reverentiam, observantiam privile- 
giorum, statutorum et consuetudinum ipsius ecclesiee ac ordina- 
tionum eorumdem decani et capit uli, pacis quoque ac tranquillitatis 
dictee ecclegiae nec non excutionem et promotionem cultus et officii 
divini, horisque nocturnis et.diurnis interesse secundum quod 
ad me et meum spectat beneficium : et ipsius beneficii bona reddií- 
tus et pertinentia recuperare, defendere et conservare pro posse, 
et nullam facere conrpirationem contra decanum et capitulum 
conjunctim vel divisim et facientibus non adheerebo publice vel 
occulte nee preestabo eisdem consilium, auxilium et favorem. ” — 
DE Moro, Collection de plans, tombeaur, épithaphessetc., n° 595 des 
manuscrits de la bibliothèque de la ville de Bruges, 2° supplément 
du catalogue. 


(2)“Praestito juramento per capellanos de gremio chori preestari 
solito, positus est (Joannes Trympont) in realem possessionem 
majoris custodiee per installationemin primo loco versus summum 
altare sedium superiorum dexteri lateris chori, postea ad parochiam 
ductus, positus est in possessionem cure laicorum per osculum 


Chapelains de 


Saint-Basile. 


Clercs in- 
stallés. 


14 


Á ces chapelains de gremio chori, il faut ajouter 
les chapelains de Saint-Basile (capellani S. Basilii, 
Basiliant) au nombre de quatre, chargés de célébrer 
Yoffice divin dans l'oratoire de Saint-Basile et d'y 
veiller à la conservation de la précieuse relique du 
saint Sang. Ils occupaient, au choeur de Saint-Do- 
natien, les stalleg supérieures immédiatement après 
le pastor lavcorum, etavaient leur part dans certaines 
distributions & la condition de faire acte de pré- 
sence aux premières vêpres et à la grand’messe du 
dimanche et des fêtes doubles, aux processions de 
ces jours ainsì qu’'aux vigiles et messes des anni- 
versaires auxquels étaient attachés des refectoria. 
Ces chapellenies étaient conférées par le prévôt ou 
par la cour de Rome, selon les mois. 

Il existait dix-huit stalles inférieures (}), à la 
collation du doyen qui dans son choix devait s'in- 





altaris ibidem, ac subinde ad chorum reductus, installatus fuit in 
stallo dominis cononicis proximiori, cum solemnitatibus debitis 
et consuetis. *’ — Acta cap. 1 April. 1579. 

Lorsque le major custos ne remplissait pas simultanément la 
fonction de curé des laïcs, il était installé dans le dernier siège 
des chapelains. “ Ábsolutis divinis, D. fabricarius posuit Merum 
Cornelium Coorde majorem custodem in possessionem majoris 
custodise hujus ecclesies juriumque et pertinentiarum omnium 
ejusdem eumdemque installavit in infimo loco capellanorum de 
de gremio chori ad fnem ut oculog semper haberet ad altare, 
jocalia et gacristiam ecclesiee. ”” — Acta cap. 20 Dec. 1555. 

(!) Outre ces dix-huit stalles, deux autres étaient conféréés par 
le prévôt, l'une au clerc du sanctuaire, l'autre au clerc de la tour; 
une troisidme était concédée au maître d’école sur la présentation de 
Yécolâtre; enfin, depuis le 23 Avril 1528, une quatrième stalles 
celle du clerc du dortoir, était déclarée ne pas faire partie des 


15 


spirer uniquement de l'utilité et des nécessités de 
Péglise et n'installer que les chantres et autres 


fonctionnaires les plus méritants et les plus capa- 
bles (1). 


Les clercs installés, bénéficiers de troisième rang, 
participaient dans une certaine mesure aux réfec- 
tions, pitances et distributions quotidiennes, mais 
leur bénéfice n'était que temporaire. Aussi le ser- 
ment qu’ils prêtatent à la cérémonie de leur admis- 
sion, comprend-il la clause d'amovibilité (). 

Ils aidaient les chapelains dans le chant du 
choeur et faisaient partie de la maîtrise (clerics 
musici); quelques-uns étaient chargés de certains 
offices; cinq d'entre eux jouissaient d'une vical- 


dix-huit et être à la collation des doyen et chapitre conjointement. 
— HUBERTUS WAGHENARBRS, Juramentum. etc. elucidatum ; Acta cap. 
23 April. 1528. 

() “ Decanus jurare semel tenebitur qnod nec prejudicio neo 
affectione carnali vel turpi, vel in odium capituli vel canonicorum 
aliquem scienter installabit, sed propter utilitatem et necessitatem 
offici et servitii ecclesis, et tales quos credet esse idoneos in 


hitteratura cantu et moribus, ” — HuBERTUS WAGHENAERS, Jura- 
mentum etc. 


@) ** Preedicti installati non reputabuntur habere beneficia 
perpetua sed temporalia, quoniamad nudam voluntatem decani 
et capitult vel majoris eorum partis cum decano in hoe concor- 
dantis stalla dimittere et ecclesiam exire tenebuntur quoties 
eisdem placuerit, causa aligua non expressa vel existente, 

Decanus in amovendo utetur talibus verbis: Nòmine nostro et 
eapituli vel majoris partie eorum in hoc nobiscum concordantis, te 
stallo amovemus, et pitantiis, refectionibus et quotidianis distributio- 
nibus privamus. 

Et inter cetera juramento in eorum institutione firmabunt 
quod postquam modo preedicto fuerint privati, privationi paze- 
bunt. ” — HuUBERTUS WAGHENAERS, Juramenteum etc. 











16 


rie (!); d'autres avaient le privilège de pouvoir 
chanter au salut (®). 


Ceux qui étaient prêtres avaient besoin d'une 
dispense de ce chef pour être admis; ils avaient 
cependant le pas sur les clercs non promus au 
gacerdoce (°). D'autre part, bien souvent le chapitre 
accorde aux clercs installés la permission de monter 
aux Saints ordres et àla prêtrise; mais d’ordinaire 
la promotion à une chepellenie suivait de près 
cette faveur. 

Petits officiers. Sousle nom de petits officiers (parvi officiarii), 
dont le mandat était renouvelé deux fois lan, 
le 24 Décembre, veille de Noël, et le 23 Juin, veille 


(1) “ Una quinque vicariarum hujus ecclesiee vacans per disces- 
sum Petri Sergeant bassìi confertur Natali Forestier presbytero 
basso. ” — Acta cap. 26 Martii 1566. — Nous ne saurions pas 
définir les fonctions des vicaires. Tue seul texte que nous ayons 
rencontré et qui donne quelque lumière, est le suivant: “ Una 
quinque vicariarum chori vacans per abscessum N. fuit collata 
Rolando Coyemans basso, quem D"' pro funeribus portandis eb 
aliàs quartum in ordine declararunt. ” — Acta cap. 8 Sept. 1571. 

(2) Ce privilège est exprimé par la formule très fréquente dans 
les actes capitulaires : “ cui (clerico installato) concessus fuit locus 
in laudibug vespertinis, ” 

(®) La phrase “ cum dispensatione quia sacerdos *” revient très 
souvent quand il s'agit de l'admission d'un clerc à ure stalle. En 
voici un exemple: “ Ad presentationem D. Decani receptus fuit 
Theobaldus Lamberti bassus ad stalloam cum dispensatione quia 
gacerdos…. D' ordinarunt quod cantores presbyteri juxta turnum 
Buse receptiónis aliis clericis non sacerdotibus in omnibus 
preeferantur. ”’ — Acta cap. 14 Jul. 1561. — Nous doutons fort que 
M. ArruH. De ScuHopt (*) soit dans le vrai lorsqu'il dit que les 
vicaires ne pouvatent être mariós ct devaitent être revêtus de la 
prétrise, sauf dispense du chapitre. 


(*) Méreaur de bienfuisance eccllsiastiquee et religieuz de la ville de Bruges, 
Bruxelles 1873-1878, p. 192, * 





17 


de la Nativité de saint Jean-Baptiste, figurent: 

Le marqueur ou pointeur du choeur (tabulartus 
chori, dietarum, tafeldraegher);, — il était chargé 
de rédiger chaque semaine le directoire (chartabella) 
indiquant l'office divin à chanter, les messes et 
les anniversaires à célébrer, les processions àâ 
faire, les sermons à prêcher; d'entretenir le 
tableau des présences journalières (tabula dietarum), 
d'après lequel on déterminait quels étaient les 
chanoines résidents ou forains; d'annoter les assis- 
tances des différents ministres; de distribuer aux 
chanoines, chapelains, clercs et autres gens d'église 
subalternes la part qui leur revenait, selon leur 
assiduité, dans les distributions quotidiennes et 
extraordinaires, les réfections, les pitances, les 
amandes,la cire, argent comptant, les deniers du 
carême etc. (}); 

Le maître de chant ou sous-chantre (succentor ou 

phonascus); 

Lie maître d'école (rector scholarum) (°); 

Les deux bedeaux du choeur (wirgsferd chort, 
roedraeghers); — d'après la formule de leur serment, 
ils étaient obligés d’assister à l'office; avaient la 
garde de l'église depuis la fin des complies jusqu'au 
signal du coucher ; devaient nettoyer le pavement 
du chceur, les stalles, le lutrin, préparer et remettre 

„en place les livres d'heures, les ornements sacer- 


() Voir Histoire du Séminaire de Bruges, T. II, Documents, 
p. 10, note 1. 
(C)1 sera question du suceentor et du rector scholarum au chap. III. 
2 


18 


dotaux, les meubles des autels et les tapis; 
empêcher les elameurs et le tumulte dans la 
maison du Setgneur et en écarter les personnes 
inutiles, les enfants et les chiens, etc. (}); ils 
dormaient dans l’église; ils gurveillalent la célé- 
bration des messes et notaient les manquements ; 
lors de leur admission, ils fournissaient caution 


(1) “ Primum est quod debeant interesse omnibus horis, custodire 
ecclesiam, dormitorium, claustrum, ambo simul vel alter eorum 
vice sua,a tempore illo quo oompletorium sit factum in ecclesia 
usque ad pulsationem camp&nee somni, donec aliquis de custodibus 
accesserit ; item debent mundare pavimentum chori singulig 
diebus, oum stallis, et pulpitum etiam mundum tenere…; item 
quotiescumque processio debet fieri, alter eorum vice sua seguatur 
processionem ‘cum virga, in veste nuptiali…; item debent ponere 
et deponere libros necessariog secundum officium chori nocturaum 
et diurnum, exceptis his libris qui cathenis ligati immobiles solent 
in ehoro permanere; item in duplicibus et preecipuis festig, quando 
clericus camers debet tre ad compulsationem, ipsi luminaria 
interim‘accendent in choro necessaria; item debent singulis diebus, 
quando cantandaest missa ad majus altare vel ad altare animarum, 
juvare parare dicta altaria et ponere et deponere utensilia 
altarium dictorum post missas cantatas; item debent preecipuis 
festis omnia ornamenta ecclesiae juvare ponere et deponere et 
plicare cum utensilibus argenteis et aureis et cappis et ferre et 
deferre; item debent gedare clamoreset tumultum in ecclesia 
sicut et custodes; item inutiles personas, pueros et canes et bruta 
evagantia, si intraverint ecclesiam, ab eadem abigere; item 
vestimenta sive tapeta que sternunt sub pedibus ministrorum 
ministrantium ad altare majus et qusee debent sterni in adventu 
principum vel prelatorum, debent ct deponere suis temporibus 
et excutere de pulvere et plicare…….; item debent sub expensis 
ecclesise ministrare de prunis tempore hiemali ad majus altare; 
item debent singulis hebdomadis mundare nova sedilia, et debent 
ministrare in nocturnis quando necesse sunt sex lumina… ” — 
Voir pe Moro, Inscriptions etc. où le texte se trouve en entier, 
mais évidemment défectueux en plusieurs points. 


19 


en garantie des objets précieux confiés à leurs 
soins (}); 

Le clere du dortoir (clericus dormitoriù ou 
dortoriarius, dormter clerck); —en vertu du serment 
qu'il prêtait, il était tenu de ne pas révéler les 
secrets du chapitre, d'entretenir la propreté au 
dortoir, d’y dormir toutes ‘les nuits, à moins d’un 
empêchement légitime, de soigner les lampes, 
l'eau bénite à l'entrée du choeur et l'eau du lavabo 
de la chambre basse, d'éveiller le doyen et les 
chanoines en temps utile pour les matines etc. ; 


il occupait la stalle qui suit celles des clercs 
installés (?); 


(1) “ Wulfardus Hellyneclericus quondam choralis hujus eccle- 
sl receptus in virgiferum chori, preostitit juramentum virgife- 
rorum solitum, salva cautione pro jocalibus et ornamentis. * 

‘< Virgiferi, moniti ut diligenter defectus missarum notent, 
necnon tempestive in chorum compareant collectas ostensuri; 
—.acriter increpati quod non visitent scholas et quod singulis 
diebus lune non adferant defectus missarum, — continuantur. 

‘< Andreas Bottyn alter virgifer admittitur ad officium clerici 
dormitorii,salvo quod officio virgiferatus adhuc deserviet et dormiet 
in templo donec de alio virgifero provisum fuerit, ” 

“ Pro securitate ecclesiso et bonorum ejus, virgiferi chori vespere 
tempestivius per domum decani et non per burgum ad ecclesiam 
cubitum venire, ac clocmannus vel aliquis eorum in turri dormire 
cogantur. ” — Actacap. 16 Nov. 1513; 23 Jun. 1557; 23 Jun. 1556; 
24 Dec. 1555; 12 Aug. 1566. 

(°) “ Promittis et corporaliter juras obedientiam, reverentiam 
et fidelitatem decano et capitulo ac singulis canonicis, secreta 
capituli non revelare, singulis noctibus in dormitorio, legitima 
non preveniente causa, dormire et residere personaliter; item 
dormitorium mundum tenere, sex lampades, tres videlicet ante 
chorum, duas in dormitorio, et unam in claustro cum ceeteris 
conguetis accendere et extinguere horis consuetis et debitis ; 
aguam benedictam in introitu chori et aquam ad lavandum manus 


20 


Le coutre de l'égliso antérieure (custos (!) navcs 
ecclesice, eeclesice anterioris, cerevendulus, coster van 
de voorkercl:e);— il avait la surveillance des messes 
à célébrer sur les autels de cette partie de l'église, 
avec charge de notifier les défectuosités au 
chapitre, devait prendre soin, sous caution, des 
ornements et meubles de ces mêmes autels et livrait 
le pain et le vin nécessaires au saint sacrifice (£) ; 


Le portier ou bedeau du chapitre (ostiarius ou 
virgifer capituli) ; — c'était un maître de cérémo- 
nies chargé d'aller prendre à leur stalle et d’y 


in introitu basse camerae semper tenere; decanum et canonicos 
in dormitorio dormientes evigilare pro eundo ad matutinas; bona 
eorum existentiìa in dormitorio fideliter defendere et custodire ….; 
de scyphis in hieme et uvis in sestate servire in singulis 
refectionibus, expensis tuis; singulis diebus capitularibus, exceptis 
generalibus et quadragesimalibus, candelam debitee quantitatis et 
hora debita illuminare et alia consueta huie officio incumbentia 
facere fideliter et exercere…; debet stare in stallo immediate sub 
clericis installatis. ” — pE Moro, Inscriptions etc. 

(*) Au Tome II de l'Histoire du Séminaire de Bruges, p. 7, note 2, 
nousavons nommécet officier An gelug custosnavtsecclesice, Angelus 
cerevendulus. C'est par erreur que le mot Angelus précède son 
véritable titre. Voici ce qui nous a trompé. Dans les actes capitu- 
laires, sous la rubrique renovatio parvorum offictartorum, le prénom 
des autres petits offieiers n'est d'ordinaire pas indiqué; nous pen- 
sions qu'il en était de même pour le cerevendulus. Mais plus tard 
les dénominations Angelus de Dumo, Angelug van der Haeghe, 
nous ont prouvé que le mot Angelus était le prénom de van der 
Haeghe, coutre de l'église antérieure pendant de longues années. 

(2) “ Cerevendulus monitus ut defectus missarum in navi ecclesiee 
notet ; — quod vinum acre non tradat celebraturis ct canes 
expellat, — continuatur. *” — “ Novus custos anterioris ecclesiee 
admittitur salva cautione pro jocalibus ct ornamentis altarium 
antcrioris partis eeelesie. ” — Acta erp. 29 Jun. 1507; 24 Dee, 
1032; 24 Dec. 1519, 











21 
reconduire les chanoines ministres, qui devaient 
remplir les fonctions de diaere, sousdiacre, etc, 
d'éloigner du choeur les laïcs (!). 

Lors du renouvellement de leur mandat, ces 
petits officiers se présentaient devant les chanoines 
réunis en séance capitulaire, et déposaient sur le 
buffet les insignes de leur charge, à savoir: le 
tabulartus, ses tableaux, le succentor, sa branche de 
palmier, le rector, sa férule, les virgiferi, leurs 
verges longues, le dortoriartus, les clefs du dortoir, 
le custos navis ecclesice, les clefs de l'église, l'ostia- 
rius capttuli, sa longue verge blanche. Le chapitre, 
après avoir examiné la conduite et la fidéhté de 
chacun des fonctionnaires, les démissionnait ou les 


continuait dans le service de l'église par la resti- 
tution de leurs insignes. 


Il deviendrait oiseux de faire une énumération Antresofficiers 
plus complète des officiers de Saint-Donatien ; qu'il *"balternes. 
suffise de signaler eacore : 


L'organiste (organista); — c'était tantôt un 
ecclésiastique, tantôt un laïc (°); 
Le signator pulsus horarum, (teeckenaere); — le 


chapitre l'admettait sur la présentation du grand- 
coutre; c'est la raison, sans doute, pour laquelle 


() “ Ostiarius capituli admonitus quod diligens sit in ducendis 
et reducendis canonicis ministris altaris; — quod laicos e choro 
expellat. — continuatur. ” — Acta cap. 23 Jun. 1566; 24 Dec. 1532. 

() Voir VAN DE CAsTEELE, Maîtres de chant et organistes de 
Saint-Donatien et de Saint-Sauveur à Bruges, Bruges 1870, p. 38, 
Aans les Annales de la Société d’ Emulation, T. XXI, p. 138. 


22 


on l'appelait parfois clericus majoris custodis ou clert- 
cus curati ();1l semble qu'il était chargé d'indiquer 
au clerc de la tour l’horaire de l'office canonial, 
variant selon les divers temps de l'année, les fêtes 
et Y'occurence de funérailles ou anniversaires; 


Le clerc de la tour (clervcus turrs, cloemannus, 
torre clerck) ; 


Le clere du sanctuaire (clericug sanctuarit, 
sacrista (®), minor custos, sanctuarie clercl;). 

Nommés tous deux par le prévôt, ces clercs 
étaient installés au chceur, l'un dans le premier 
siége inférieur de gauche, l'autre dans le dernier 
siége inférieur de droite. 


Le elericus turris, dans la cérémonie de la 
mise en possesslon de son office, devait toucher 
la porte fermée au bas de l'escalier conduisant à 
la tour; il avait les sonneurs ( pulsatores, servitores) 
sous ses ordres et survelllait le service des cloches 
et de la sonnerie. | 


Le sacrista était l'auxiliaire du grand-coutre; 


(1) “ Ad pregentationem majoris custodis (Jacobi Haverbout), 
recipitur novus signator pulsus horarum hujus ecclesise Anthonius 
Lupi, clericus Tornacensis diocesis. ” 

‘« Comparuit D. curatus (laicorum et major custos) Clichtoveus 
preesentans Dit meis pro signatore pulsus Henricum Noppe, 
quondam hic choraslem… D' eumdem admiserunt. ” — Acta cap. 
2 Dec. 1510; 21 Aug. 1541. Voir la note suivante. 

(?) C'est par erreur, pensons nous, que M. De Scuopr (#) fait 
du clericus sanctuarit et du sacrista ainsi que du signator pulsus et 
du clericus curatì des fonctionnaires différents. Dans l'acte capitu- 
laire du 27 Sept. 1612,les expressions clericatus sanctuarii, clervcatus 
sacrtstios give minoris custodis sont synonymes. 


(*) Méreauz de bienfaisance etc, p. 101, 





23 


à son entrée en fonctions, le fabricien lui remettait 
comme insigne les clefs du sanctuaire. 


Comme ces deux clercs installés n’étaient pas 
du nombre des dix-huit amovibles, ils ne prêtaient 
le serment de ceux-ci que jusqu'à la clause 
d'amovibilité exclusivement (1). 


En dernier lieu venaient les enfants admis au Ghoraur et 
service du choeur et de l'églige, les choraux et les 
réfectionaux, que nous aurons tout à l'heure l'occa- 


sion de faire connaître spécialement,en parlant de 
l'école chapitrale. 


L'érection de l'évêché de Bruges et l'élévation „Change: 
de la collégiale de Saint-Donatien à la dignité de duits par la 
cathédrale, amenèrent quelques changements dans blie &érec- 
l'organisation du chapitre. 


Tout d'abord, Pie IV, par la bulle ‘“ Ee injuncto ze. 


(1) “ Comparens Franciscus Arnouts, clericus Brugensis, pridem 
unus virgiferorum chori, exhibuit litteras R°e' Brugensis ut 
preepositi hujus ecclesiee collationis et provisionis sibi factae de 
officio clericatus turris, vulgo clocmannise…. quibus litteris lectis 
D' eumdem admiserunt et receperunt; qui, preestito clericorum 
installatorum juramento usque ad clausulam amovibilitatis, ut 
habetur in libro statutorum, installatus fuit in prima sede inferiori, 
lateris sinistri chori; et introductus in possessionem per tactum 
clausi ostii ad gradus turris… * 

“D. Agidius, Basset presbyter Tornacensis diocesis, virtute 
htterarum collationis clericatus sanctuarii hujus ecclesi® a 
D° preeposito ermanatarum, admittitur ad eumdem clericatum ; 
preestito per eum juramento clericorum prout in libro statutorum 
(*), per D. fabricarium in sanctuarium ductus, fuit positus in 
possessionem per traditionem clavium dicti ganctuarii, stallo sibi 
in choro in infimo loco gedium inferiorum lateris prepositi 


assignato, cum dispensatione quia sacerdos. * — Acta cap. 19 Aug. 
1554; 18 Nov. 1560. 


(*) Dans d'autres actes de réception on lit : wsgue ad claueulam umooibilitatis. 





Dix prében- 
des réservées 


à l'évâque, 


et à neuf 
chanoines 


gradués. 


24 


Nobis ®” supprime la prévòté et umit à la mense 
épiscopale l'hôtel du próvôt, les fruits et Émolu- 
ments, les droits et juridictions de la dignité pré- 
vôtale (l). 

Afin que les évèques de Bruges soient entourés 
d’hommes savants, capables d'exercer la juridiction 
et de remplir d'autres fonctions, le Pape ordonne 
que de toutes les prébendes de lancienne collé- 
giale, les dix qui viendront à vaquer en premier 
lieu soient réservées à perpétuité et distribues 
comme suit: 

La première sera unie à la mense (°) de l'évêque, 
qui, à raison de cette possession, sera personne 
capitulaire et aura voix et autorité, même au 
chapitre, avant le doyen et les chanoines. | 

Les neuf autres seront données à autant d'écclé- 
siastiques gradués, dont trois maîtres ou lieenciés 
en théologie, et trois docteurs ou lieenciés en droit 
canon; les trois derniers, choisis dans la noblesse 
du diocèse, devront avoir aussi obtenu au moins 
la lieence en droit canon ou en théologie dans uno 
université célèbre: aucun titre nobiliaire n'est 
exigé pour les six premiers gradués. 


(!) Cette suppression ne devra toutefois sortir ses effets qu'à la 
vacance de la prévòté par la mort, la démission etc. du prévòt 
actuel Claude Carondelet. 

(?) Taa mense totale comprenait donc: 1/ cette prébende cano- 
niale; 2/ les biens de la prévrôté do Saint-Donatien; 3/ les biens du 
monastère cistercien de Ter Doest, près de Bruges; 4/ les biens 
possédés dans le district de Bruges par l'abbaye de Saint-Bertin, de 
Saint-Omer, (et non pas “les biens-fonds de l'abbaye bénédictine de 
Saint-Bertin-lez-Bruges, comme le dit, par erreur, Mgr Clacssens 
dans ses *” Quelques écluircissements, etc. p. 85). 





25 


La nomination des gradués est réservée, pour 
la première fois seulement, à ’évêque; mais, dans la 
suite, ils seront élus par le collège des gradués 
restants, de concert avec l'érêque, dont le suffrage 
ne sera prépondérant qu'en cas de parité des voix. 

Le Souverain Pontife transfère à l'éelise de Archidiacro. 
Saint-Donatien larchidiaconat brugeois qui, 
jusqu'iei, avait existé dans l'église de Tournai, avec 
tous ses droits et juridictions (), et crée en outre 
les dignités d'archiprêtre et de pénitencier. 

L'archiprèêtre a juridiction sur les recteurs deg Archiprêtre. 
églises paroissiales de Bruges et doit vciller à 
administration des sacrements, ainsì qu'à la prédi- 
cation de la parole drvine dans la ville. 

Le pénitencier est chargé de toutce qui regarde pénitencier. 
la direction des consciences dans toute l'étendue 
du diocêse. 


Les neuf chanoines gradués, tous ensemble et 
chacun d'eux séparément, doivent à raison de leurs 


(5) Vers le milieu du XVI° siècle, ancien dioedse de Tournai 
était divisé en trois archidiaconés, ceux de Tournai, de Gand et de 
Bruges. L'archidiaconé de Tournai comprenait les doyennés de 
Tournai, de Lille, de Seclin, d’Helchin et de Courtrai. Celui de Gand 
était composé des doyennés de Gand, de Roulers, d' Audenarde et 
de Waes. Celui de Bruges avait les doyennés de Bruges, d'Arden- 
bourg et d'Oudenbourg. Les archidiaconats de Bruges et do Gand 
n'étaient que des offices, et l'archidiacre de Tournai seul était 
dignitaire du chapitre. Toutefois, d'après le texte de la bulle: Ex 
injuncto qui dit : “* archidiaconatum Brugensem in ecclesia 
Tornacensi, que inibi dignitas etc,” le Saint-Père entendait insti- 
tuer larchidiaconat comme dignité de l'église cathédrale de 
Bruges. — Voir la liste des archidiacres de Bruges à Tournai, dans , 
les Mémoiree de la société historüjue et Littéraire de Tournai, 
Tome 16, p. 1, saq. 





26 


canonicat ‘et prébende, aider l'évêque par leurs 
conseils et leur action, lorsqu'ils en seront requis, 
pour les affaires qui regardent la religion etl’ Église, 
ainsì que pour toute difficulté quise puisse présenter. 

Un chanoine gradué en théologte et un autre, 
gradué en droit canon, tous deux les plus anciens 
dans l'ordre de leurs prébendes, ont la faculté 
d’instituer la visite par tout le diocèse, et leurs 
confrères gradués sont tenus de les assister dans 
cette charge, chaque fois qu'ils en seront requis. 
L'archidiacreet deux autres chanoines gradués, 
lun en théologie, l'autre en droit canon, des plus 
anciens, sont chargés de faire examen de ceux 
qui aspirent aux ordres sacrés ou vont entrer dans 
le saint ministère. 

Les trois dignitaires, l'archidiacre, l'archiprêtre 
et le pénitencier, seront choisis parmì les gradués 
et obtiendront les trois prébendes qui deviendront 
vacantes après celle attribuée à l’évèque. 

La bulle ne parle pas de la chantrerie (!); cepen- 
dant les deux anciennes dignités de doyen et de 
grand-chantre continuêrent d'exister. 

Comme appendice àce chapitre,nous donnons un 
document, qui tout en indiquant un grand nombre 
de fonctionnaires de l'éghise de Saint-Donatien, 
nous fait connaître en même temps un ancien 
usage de l'antique collégiale. 


(1) En.disant que l’évêque, au chapitre, aura le pas sur le doyen, 
le Pape laisse subsister le décanat. 








27 


Dit zijn dhoude costumen binder cathedrale kercke van 
St Donaes in Brugghe onderhouden, ende dit nopende 
de distributie van de crakelynghen, ende de maniere 
van doene int mandaet van de voornoemde kercke. 


Imprimis egrediuntur duo virgiferi, habentes quilibet 
lintheamen ex utroque humero pendens pro abstergendis 
pedibus, et coquus debet procurare aquam. Deinde pro- 
pinatur vinum renense, quod ferre debent duo virgifer1, 
signator et custos navis ecclesie, egredientes quilibet 
cum magna testa et argenteo calice. Postea distribuuntur 
mice, deinde propinatur vinum rubrum et fertur ab 
eisdem quatuor qui tulerunt renense vinum. Postea 
lavantur pedes ministrorum, tunc vinum renense eisdem 
propinatur, mica distribuuntur, et postea vinum rubrum 
et fertur a solis virgiferis et postea distribuitur gaccarum 
et sic est finis. 

Men doet backen 875 dobbel crakelynghen ende 400 


inkele ende worden ghedistribueert in dese maniere : 
Eerst den proost wesende binder stede van 


Brugghe 16 crakel. 
Item als den proost buter stede resideert dan 

zal zijn ontfanghere hebben, alias niet 8 » 
Item myn heer deken 8 » 
Item noch als hy den dienst doet van t man- 

daet noch 8 » 
Item elek vande canneunicken officierende in 

t mandaet 8 


.) 

Item elck van dander canneunicken present 
of zieck 

Myn heere den cantere in die qualiteyt 

Myn heere den obedientier als zulck 

Den officier vande capellanen 


.) 


EN 


3) 


28 


Den ontfanghere capellaen wesende 8 crakel. 
Den secretaris » » 8 ” 
Elck vande capellanen binder choor present 

of zieck 8 » 
Den officier vande clercken 2 » 
Diaken ende subdiaken elek 2 crakel. compt 

t samen | 4» 
Elek vande clercken 2 5 


Den baillu van de proosche ende den greffier, 
ende den sluitere vanden ommeganck elck 
8 crakel. compt t samen 9 





Dit waeren al groote crakelynghen, 
dese naervolghende zyu cleene crakel. 


Item den baillu vanden choore 8 crakel. 
Den leenhoudere vanden proost of zyn stede- 
houdere 8 , 


Den sanctuarie clerck, torre clerck, dormter 
clerck, elek van de roedraghersg ende den 


costere vande voorkercke elck 4» 
Elck van de coralen 4 ” 
Elck van de refectionalen 2 ” 
De graf makere | 2» 
Elck van de proosts dienaers present of zieck 4 


Twee dienaers in de dispense, den cock ende 

de meester knaepe elck A» 
Item om de volcke te deelen twee vulle dwalen 

met wat groote boven voor de notabelen, in 

elck te minsten 100 of bet 200 1 


De reste ter discretie van den obedientier. 





Item nopende de reliquien van de maeltydt s maen- 
daechs inde paesche daeghen. 


29 


Den obedientier met de twee officiers ende den ontfanghere 
deelen die in vieren, elck een vierendeel, ende t surpluus 
dat zy niet deelen en willen onder hem lieden, t zelve 
distribueren zy t heurliedere discretie dese naervolghende 
persoonen : 

Eerst die Victimce ghezonghen heeft. 

Item den tafeldraeghere. 

»„ den dormter clerck. 

Den baillu van den choore. 

Den costere van der voorkercke. 

Den cock. 

Die twee roedraeghers metten teeckenaere. 

Die clocman met een dienaere. 

Elck ter discretie van de officiers in dancke nemende 
dat men hemlieden gheeft. 

Item dient ghenoteert dat myn heere de obedientier, 
die officiers ende ontfanghere t samen ghaen heten met 
alle die dienaers, ende ook t samen upstaen ten fyne 
dat men vergaderen mach tlywaet, kannen, ghelaczen, 
thin, ende thoutewerck omme te wetene watter onghereedt 
of ghebroocken es. 

Ghetrocken ut een houdt briefken. 

Dat was naer de costume van ouden tyden by den 
voorseide obedientiers ende officiers gheconcipeert An° 
1546, ende ghelast Bambeke ontfanghere int nette te 
stellen als vooren, ende onderteekent by meester Jacob 
van der Meulene canneunick ende obedientier. 


CHAPITRE III. 
ÉCOLE DU CHAPITRE DE SAINT-DONATIEN. 


Comme toutes les églises cathédrales et collé- 
giales, Y’église de Saint-Donatien avait son école. 
Vers la seconde maitié du XVI° siècle, elle était 


80 


fréquentée par les choraux et réfectionaux attachés 
au service du chapitre, et par quelques autres 
enfants. 

Cette école, véritable berceau du futur sÉminaire 
de Bruges, mérite une attention spéciale. 

Il faudrait peut-être remonter jusqu'à l’origine 
même du collège chapitral, pour assister à la nais- 
sance de son école. Malheureusement l'absence 
d’archives aussi anciennes rend cette recherche 
impossible. 

Le premier document connu, qui éclaire notre 
gujet, date de 1288et porte la suscription: Concordia 
de XXX pueris frequentantibus chorum facta inter 
prepositum et capitulum (1). — Les chanoines avaient 
décidé de n'admettre que trente enfants pour le 
service du choeur. À la demande du prévôt Franco, 
qui, n'ayant pas été consulté, regardait cette 
résolution comme préjudiciable à école et à l'éco- 
lâtrie soumises à son autorité, ils révoquèrent leur 
décision, et de commun accord, trois chanoines 
furent délégués pour statuer à nouveau sur le 
nombre des enfants qu'il serait utile de recevoir. 

Au commencement donc du XIII® siècle, un 
assez grand nombre d'enfants au service de l'église 
fréquentaient l'école chapitrale. 

Un document de 1312 contient une résolution 
capitulaire, en vertu de laquelle le chapitre admettra 
huit enfants doués d'une bonne voix, qui porteront 
Ja tonsure et chanteront toujours au chceur, à 


()) Archives de l'évêché de Bruges. — Liasse Refectionules, 





81 


lexclusion d'autres enfants; aucun salaire ne 
leur sera attribué, mais, s'ils le méritent, ils seront 
promus en temps et lieu (}). 


Jusqu’ici, ces enfants ne sont désignés par aucun 
nom spécial, et nous n'avons pas de détails sur 
leur emploi. Á une époque que nous ne pouvons 
pas préciser, mals qui est antérieure à 1403 (°), les 
chanoines favorisèrent les plus pauvres d'entre les 
écoliers, au nombre fixe de treize, en leur cédant 
une part dans les réfections (®), et les appelèrent pour 

cette raison les ““ tredecim pauperes refectionales. ** 


Un peu plus tard (7 Mai 1421), une ordonnance Premièredis- 
. , . . , . tinction des 
du chapitre, Ordinatio stipendiorum succentoris el chorauxet des 


quatuor puerorum choralium, distingue pour la"“tetionanr- 
première fois les réfectionaur des chorauz et déter- 
mine davantage leurs fonctions respectives. Én 
voici lanalyse (*): “ Afin que la messe quotidienne 


(!) Histoire du Séminaire de Bruges, T. II, Doc. p. 1, note. 

(?) En 1403, Maiolus Fabri fonde un anniversaire dans lequel 
les treize pauvres réfectionauz, au retour de l'offrande, recevront 
chacun trois sous. — Histoire du Séminaire de Bruges, T. II, p. 39, 
note 2. 

@) “ Refectionales participabant ex superfluis in refectionibus * 
— Árch. de l'évêché: Summarium fundattonum privilegtorum ctc. 
Voyez aussi la note suivante. 

(£) Cette résolution capitulaire offre un intérêt trop grand pour 
n'être pas donnée ici en entier. 

“Si temporalium ecclesic nostre regimini intendimus, spiri- 
tualtum ad que condonata est ct ordinata, curam solertiorcm 
gerere tanto magis obligamur. Sane ecclesiam ipsam in honorem 
Beatissime virginis genitricis Dei primario fundatam, majores 
nostri decorare curantes, in eadem missam de Salve singulis 
dicbus, loco et hora prefixis cantandam salubriter statuerunt. 
Sed quia eadem minus reverenter, uuico clerico ministrante, 


32 


de Sulre, fondée en Y'honneur de la sainte Vierge, 
soit chantée plus convenablement et que l'office du 
choeur soit moins troublé par le chant défectueux 
des petits écoliers, dorénavant quatre enfants bien 


inepto et sincopato cantu hactenus velocius agitata est, Nos 
Amandus (de Brevimonte) decanus et capitulum ecclesie S. Dona- 
tiani Brugensis, nedum ejusdem officio misse, verum etiam choro 
ecelesic nostre, propter defeetus quamplures quoad cantum per 
parvulos scolarcs sepius commissos, notabilissimarum Camera- 
censis et Tornacensis ecclesiarum ac aliarum convicinarum 
exemplis, in modum qui sequitur studuimus providere: . 

Olim refectionibus eibariorum solitis, certis ex causis substractis, 
pro eisdem XII Ib. paris. in choro distribucbantur, et pro tunc ex 
bonis communibus in elemosinis CXXII b erogabantur; post 
“vero, propter tenuitatem proventuum bonorum ex guerris patrie, 
dicte refectiones ad VI Ìb. par. reducte fucrunt et ex bonis 
communibus in elemosinis ‚XL Ib dumtaxat largiebantur; nunc 
vero refectionibus ad VIII B. par. reductis, crescentibus bonis 
predictis, elemosine hucusque minime creverunt, quod in preju- 
dicium pauperurmn vertitur necnon nostrarum periculum animarum. 
Quibus obviare ecupientes secundum justicie moderationem et 
equitatem, ex bonis commuuibus LXXXIIII Ib. par. in elemostuis 
in hune modum deeernimus distribuendas : 

Statuimus et ordinamus ut de cetero quatuor parvuli in 
contrapuncto et discantu competenter imbuti, si commoditas 
adsit, ex pauperioribus scolaribus ecclcsie et aptioribus claras 
voces habeutibus nondum mutatas, assumantur per succentorem, 
omni semoto favore, capitulo nostro presentandi, qui singulis 


diebus, assistente et dirigente succentore predicto, missam de 
Salve, retro chorum per unum concanonicorum nostrorum sovlitam 


celebrari, tencantur cum contrapuncto seu discantu et mensura 
cursim depromere more capellanorum. 

Insnper tenebuntur idem succentor et quatuor parvuli predicti 
singulis diebus anni, majori misse chori et vesperis interesse, cum 
aliis officiando et in cantu cum contrapuncto laborando ; volumus 
nichilominus succentorem ad instruendum reliquos scolares pro 
servitio altaris versiculis tam matutinalibus quam aliis cantandis 
et debite pronunciandis manere prout et sient haetenus obligatum, 
hoe tamen addito, quod, ut eeelesia talibus non careat, idem 
succentor teneatur amplius solito quos aptiores Invenerit im 
discantu et coutrapuneto diligenter informare. 





33 


dressês dans le contre-point et le déchant, choisis 
parmi les écoliers les plus pauvres et les plus aptes, 
ayant une voix claire qui ne mue pas encore, seront 
admis par le chapitre sur la présentation du 
succentor, et chanteront tous les jours à la messe 
de Salve, à la grand’ messe du choeur et aux vêpres. 
Le sous-chantre n'en continuera pas moins que par 
le passé, d'enseigner aux autres écoliers tout ce qui 
regarde le service de l'autel, la prononciation cor- 


…, 


Preterea labori dictorum succentoris et quatuor parvulorum 
sic providemus et salario pro presenti, utpote cuilibet dictorum 
quatuor parvulorum obedientiarius de sepedictis LXXXIIII Db 
par. ex elemosinis que panis pauperum nuncupantur, pro qualibet 
die unum panem valoris quatuor mittarum, succentorì autem 
duos tales panes distribuat. 

Item ordinamus ut ex eisdem elemosinig obedieutiartus 
canonicus singulis annis semel cuilibet predictorum quatuor 
parvulorum quinque ulnas panni ejusdem coloris pro tunica talari 
et totidem panni albi pro foderatura provideat et dispenset, pro 
quolibet ad valorem VI Bb XII sol. par. Insuper ex eisdem ele- 
mosinis dentur succentori pro laboro predicto per prefatum 
obedientiarium III b XII sol. par.et per capitulam IX B XII sol, 
sìc tamen et non alias quod inde ex panno consimilis coloris 
decentì tunica non nisi talari singulis annis vestiatur. 

Item quod summa tam pro pane quam pro vestibus pro 
quolibet dictorum quatuor parvulorum ad IX b XII sol. par., 
pro succentore vero ad XIX fh III sol. par., annuatim ascendet. 

Summa per obedientiarium solvenda XLVIII b par. 
et per capitulum IX B XII sol. par. 

Residuum vero dictorum LXXXTIII B par. videlicet XXXVI 
B par. reliquis refectionalibus et pauperibus distribuatur. 

Statuimus etiam tempus panni dandi in Pasca; reservamus 
etiam nobis premissa corrigendi minuendi et in melius immutandi. 

Eis non obstantibus quilibet Dominorum canonicorum ad 
dictam missam obligatorum solvet annuatim duobus virgiferis 
chori V sol. gross, ” — Acta cap. 7 Maii 1421, 


3 





Fon lation 
des choraux. 


‚ö4 


recte des versets à chanter aux matines et ailleurs; 
en outre, il aura soin, plus qu’autrefois, d’incul- 
quer aux plus capables les principes du déchant et 
du contre-point et de les préparer ainsi à succéder, 
le cas Échéant, aux choraux qui viendraient à quit- 
ter. Chaque choral recevra journellement la valeur 
d'un pain, soit quatre oboles, et annuellement à 
Pâques, cinq aunes de drap de couleur uniforme 
pour une soutane (valant 6 Îb 12 sous par); leur 
maître recevra la valeur de deux pains, soit 
huit oboles, et une soutane de même couleur, 
(valant 13 Ìb 4 sous par.). Ces salaires, sauf 9 Îb 
12 sous à payer par le chapitre au succentor, seront 
prélevés sur le fonds de 84 Ìb par, appelé panis 
pauperum, dont le reste sera distribué aur autres 
réfectionaur et aux pauvres.” Cette dernière phrase 
semble indiquer que les quatre choraux étaient 
choisis parmi les réfectionaux. 

Mais ce n'était là qu'une première Ébauche. 

En 1469, le chapitre chargea le grand-chantre 
Richard de Capella, le chanoine Gilles Joye et 
Jean Damiens d’aviser aux moyens de fonder des 
choraux ()). 

Un prêtre zélé et dévoué leur vint en aide. Lie 
17 Juin 14/0, Jean vander Coutere, chapelain de 
extra chorum, transféra spontanément en faveur 
de l'église de Saint-Donatien une rente perpétuelle 
de cinquante livres de gros, devant servir à diverses 


(!) Acta cap. 16 Aug. 1469, 








89 


fondations qu'il se proposait (t) de faire pour la 
gloire de Dieu et le salut de son âme. Parmi ces 
fondations, que le chapitre accepta solennellement 
le 23 Juin 1484, figure celle des sie chorauc. 
Jusqu’alors il n'y avait que quatre choraux. Bien 
qu'ils fréquentassent l'école du chapitre, ils demeu- 
raient auprès de leurs parents; leur salaire et les 
frais de leur costume étaient payés sur des fonds 
destinés aux pauvres en général, sans spécification 
des personnes nécessiteuses. J. vander Coutere porte 
le nombre des choraux à six et fonde des revenus 
perpétuellement affectés à leur entretien complet 
et aux honoraires de leur maître. Cesenfants, choisis 
parmi les plus pauvres de la ville ou d’ailleurs, doués 


(1) A la mort de vander Coutere, arrivée en 1480, les négocia- 
tions ouvertes entre celui-ci et le chapitre pour fixer la nature et 
les détails de ces fondations, n'avaient pas,encore abouti. Roland 
Cordier, nevcu du chapelain, agissant en son nom et au nom de 
sa mère Madeleine vander Coutere, veuve de Sigerus Cordier, de 
concert avec le chanoine Jcan de Pauw (Pavonts), exéoutèrent le 
projet du défunt et le présentòrent au chapitre le 23 Juin 1484. 

Un seul et même acte fondait deux chapellenies, dont lune 
de gremio chori, et l'autre de extra chorum, deux anniversaires, une 
distribution spéciale à ceux qui fréquenteraient le plus assidûment 
le choeur pendant le mois de Mars, et enfin l'ceuvre des sìx choraux. 

Les charges de la fondation totale montaient à 47 B gr., dont 16 b 
10 s. pour les chapellenies, 2 Íb pour leg anniversaires, 3 b pour 
le mois de Mars, 25 b pour l'entretien des choraux et le salaire du 
maître de chant et 10 s. pour lindemnité du receveur. La rente 
de 4/7 B gr. au denier 24 (selon l'usage de l'église de Saint-Dona- 
tien), exigeait un capital de 1128 ib gr. Roland Cordier versa entre 
les mains des chanoines la somme de 128 b gr.; les 1000 autres 
livres étaient représentées par la rente de 50 lb gr. au denier 20 
déjà cédée au chapitre en 1470. — Voir l'Histoire du Séminaire de 
Bruges, T, II, Documents, pp. 1 à 20, 


Organisation 


des 
naux. 


86 


d'une bonne voix, habiteront désormais chez le 
succentor, qui les nourrira et les instruira. Tous les 
ans, à la fête de saint Donatien, chaque choral 
recevra une soutane, un capuce et les autres vête- 
ments nécessaires. Lie sous-chantrerecevraégalement 
une soutane de même couleur que celle des 
choraux. 

Par cette fondation, les choraua formaient une 
institution distincte; ils n’avaient de commun avec 
les autres enfants que la fréquentation de l'école 
chapitrale, 

Bientôt après, l'oeuvre encore précaire des réfec- 
t\onauz attira l'attention du chapitre. Les chanot- 
nes la consolidèrent le 29 Janvier 1582 (n. s.). 
“£ Déjà depuis plus d'un an, disent-ils (Ì), les treize 
pauvres réfectionaux, à la grande édification des 
fidèles, fréquentent le choeur, vêtus d'un costume 
uniforme et de même couleur, à l'instar des cho- 
raux. Mais jusqu’ici, les ressources affectées à leur 
entretien ne sont que bien modestes; elles consis- 
tent en un revenu de 15 Ìb 12 sous par, que le 
receveur de l'obédience distribue aux réfectionaux 
à raison de trois patards (stufert) par semaine, et 
en un revenu de 35 Îb par., payées en plusieurs 
termes par le tabularius chori, du chef de prières 
récitées à genoux devant les tombes des fondateurs, 
lors de leurs anniversaires (°). 


(1) Histoire du Séminaire de Bruges, T. II, Documents, p. 39. 

(?) Nous en avons un exemple dans la fondation vander Coutere 
attribuant deux gros à chacun des treize réfectionaux qui, pendant 
son anniversaire, récitent des prières devant sa tombe. — Histoire 
du Séminaire de Bruges, T. II, Documents, p. 15. 





87 


Á Tavenir, tout ce qui revient déjà, et reviendra 
dans la suite aux réfectionaux, des fondations 
faites en leur faveur, sera recu et administré par 
deux ou trois chanoines, choisis parmi les plus 


anciens, qu1 s'adjoindront un chapelain ou un 
clerc. 


Chaque année, à l'époque du renouvellement des 
officiers, ces recteurs ou gouverneurs des réfectio- 
naux rendront compte de leur gestion au chapitre. 


Afin de subvenir provisoirement aux nécessités 
de ces enfants : 1/ chaque fois qu'on établira une 
table des pauvres, tout ce qui, sous le nom de 
prébendes, soit dans les funérailles soit dans les 
anniversaires, est distribué en monnare aux pauvres, 
gera recueilli par le portier du chapitre et remis 
aux recteurs des réfectionaux, pour être exclusive- 
ment affecté à ceux cl; tout ce qui, sous le nom de 
prébendes, est en nature, continuera d'être à la dis- 
position des doyen et chanoines pour être donné 
aux pauvres; 2/ les sommes d'argent, que, le 
mercred1 et le vendredi de la semaine sainte, l'obé- 
diencier distribue d'habitude à la foule bruyante 
de pauvres valides et invalides, envahissant lo 
cloître de Saint-Donatien, seront également réser- 
vées aux réfectionaux; 8/ la fabrique prendra sur 
la somme totale qu'elle donne annuellement à 
Vofficium cespitum (office des tourbes), une somme 
partielle de six à huit livres par, qu'elle donnera 
à titre gracieux aux réfectionaux. 

Un enfant pour être admis comme réfectional, 
doit être présenté aux doyen et chapitre par les 


88 


gouverneurs, qul feront un rapport fidèle sur 
Pétat, la condition et la pauvreté du candidat. 


Tous les mereredis et vendredis, le succentor se 
rendra à l'école chapitrale pour enseigner aux 
réfectionaux de 3 !/, h. à 41/,h., depuis la Purification 
jusqu'à la fête de saint Bavon, la musique (musica 
perfracta), ou du moins le chant grégorien, les 
cérémonies du choeur, les versets, etc. IÌ recevra 
de ce chef un honnête salaire de la part des 
recteurs, à la discrétion des chanoines. 


Aucun enfant de l'école, désireux de fréquenter 
le choeur, ne sera regu s'il ne porte une soutane 
pareille à celle des réfectionaux. 


Les gouverneurs auront à coeur d'augmenter les 
ressources de l'office, afin qu'en temps opportun 
on puisse fournir aux réfectionaux des surplis, 
ceintures, chappes, tuniques etc., de même forme 
et de même couleur. 

Le jour auquel, grâce à la générosité des bien- 
faiteurs, l'office des réfectionaux parviendra à ce 
degré de prospérité, toutes les prébendes pécu- 
niairegs, ainsì que les autres aumônes de T'obédience 
et de la fabrique, retourneront à leur destination 
primitive. ” 

Les bienfaiteurs ne firent pas défaut. 

En 1548, l'oeuvredes réfectionauarse vit l'objet des 
largesses du grand-chantre, Jacques vander Meulen 
(de Molendino). Cet ami des enfants pauvres fit une 
fondation à perpétuité, dont les revenus devaient 
servir à nourrir et à loger dans la maison du 


39 


rector scholarum six réfectionaux. En signe de 
reconnaissance, le chapitre offrit au chanoine un 
setier de vin (!). 

Cet acte de générosité ne fut que le prélude 
d'une générosité plus grande encore, à laquelle 
s'associa un autre chanoine. 

En effet, deux ans plus tard, lo 22 Septembre Réorganten. 
1550, le même Jacques vander Meulen et Jacques tion ou fonda- 
de Coninck (Regis), estimant que l'aumône ne peut omt dite des 
être mieux affectée qu’à éducation pieuse et sainte Téfectionaar. 
de la jeunesse, exposée aux séductions de ce siècle 
corrompu, augmentèrent la fondation, chacun d'une 
rente perpétuelle de vingt-quatre livres de gros, 
destinée à couvrir les frais d'entretien et de loge- 
ment de tous les treize réfectionaux chez le maître 
d'école, dans une maison située, 81 possible, non 
loin de Y'église de Saint-Donatien. 

Les diverses stipulations, faites par les généreux 
fondateurs, trahissent chez eux le noble désir de 
fonder une oeuvre stable, sérieuse et utile àla gloire 
de Dieu. | 

Tout est minutieusement déterminé: qualités 
morales et intellectuelles requises chez le rector 
scholarum, que Pécolätre, de concert avec les 
gouverneurs des réfectionaux, doit présenter à la 
nomination du chapitre; obligations qu’il aura à 
remplir; Éémoluments et privilèges qui lencourage- 
ront dans laccomplissement de sa tâche; — 


(!) Histoire du Séminaire de Bruges, T. II, Documents p. 81, 
note 1, 





40 


conditions d’'admission des réfectionaux, motifs 
de renvoi, devoirs de reconnaissance envers les 
bienfaiteurs, fréquentation du choeur et de l'école 
chapitrale ensemble avec les choraux, ordre des 
lecons, des répétitions et des disputes more 
scholastico, avant-midi, laprès-midi, en été et en 
hiver, instruction religieuse, enseignement de la 
musìque à donner par le succentor, service à l'église, 
mesures prises pour éviter la perte de temps et le 
trouble des classes; — recommandations faites au 
maître d'école touchant la piété des enfants, et aux 
recteurs touchant l'intégrité du choix des réfec- 
tionaux; visite au moins mensuelle de la maison 
des réfectionaux par les gouverneurs, l'écolätre 
et le receveur de loffice; — rien n'est oublié. 
Il serait trop long d'en donner ici tous les 
détails (1). Relevons cependant quelques articles : 
‘< Les enfants à admettre comme réfectionaux 
doivent être doués d'un bon caractère, et avoir des 
dispositions pour l'étude. Ne seront point admis 
ceux qu'on prévoit devoir retourner dans le monde, 
et ne pas devenir un jour ministres de l' Église; 
<< Le rector scholarum aura soin de ne pas réciter le 
bréviaire,ni célébrer la messe, aux heures de lecon; 
‘<< Si des choraux viennent à perdre la voix, de 
manière à ne plus pouvoir s'acquitter de leurs 
fonctions, le succentor, de l'avis des gouverneurs, 
devra présenter au chapitre les réfectionaux les 
plus capables de remplacer ces choraux; 


(!) Ces détails se trouvent dans l'acte de fondation, Histoire 
du Séminaire de Brugee, T. II, Documents, p. 81 et guiv. 








41 


Lorsque les ressources le permettront, les élèves 
les plus avancés pourront être envoyés à l'Uni- 
versité. ** 

Tout cela indique chez les pieux fondateurs 
intention de faire de linstitution des réfectionaux 
(et de celle des choraux) une pépinière cléricale 
confiée aux soins d'un rector scholarum prêtre (et 
du succentor), sous la haute direction de l'écolâtre 
et la surveillance du chapitre. 

Par la réorganisation des réfectionaux, la con- 
dition des choraux se trouvait améliorée pour les 
études, pendant leurs années de service. Mais le 
temps de leur service, dépendant de la conservation 
de la voix, n’était pas toujours assez long pour 
leur permettre de terminer leurs cours à l'école de 
Saint-Donatien. | 

Le chanoine de Coninck porta remède à cet incon- 
vénient, en instituant l'oeuvre des choraur licenciés. 

Le même jour, 22 Septembre 1550, il présente au 
chapitre le projet de doter les choraux d’un revenu 
perpétuel de sept livres de gros, devant servir à 
placer les choraux,que l’altération de leur voix rend 
inhabiles au chant et impropres, dès lors, à remplir 
leurs fonctions au choeur, soit chez le rector schola- 
rum, Si leurs dispositions pour l’étude donnent des 
espérances réelles, soit chez un artisan, s’ils sont 
moins bien doués sous le rapport de l'intelligence. 

Inutile de dire que le chapitre accepta avec 
empressement (obviis ulnis) de gsi magnifiques 
propositions: Il votaa chacun des deux fondateurs 
trois setiers de vin et chargea l’écolâtre et le 


Fondation 
des choranx 
licencìés. 





Euvre des 
choraux. 


Cohabitation. 


Nombre. 


42 


chanoine Jean van der Straten de leur offrir 
Yexpression de la plus vive reconnaissance du 
corps capitulaire (1). 

Jetons maintenant un rapide coup d'oeil (°) sur la 
marche de la triple oeuvre des choraux, (offictum van 
der Coutere, ou choralium) des choraux licenciés 
(ofictum Regis ou officium choralium destitutorum) 
et des réfectionaux (officium tredecim pauperum 
refectionalvum). 

La fondation van der Coutere ne prit officielle- 
ment cours qu’à partir du 23 Juin 1484, date de 
son acceptation par le chapitre. 

Cependant, depuis 1482, les choraux étaient 
installés chez le succentor, qui était pour lors 
Alain de Groote. 

Afin de ne pas interrompre la cohabitation, 
d'ordinaire le maître de chant, qui résignait ses 
fonctions, ne quittait pas avant l'arrivée de son 
successeur. Lorsque parfois il y avait un inter- 
valle entre le départ du démissionnaire et l'entrée 
en fonction du nouveau titulaire, le rector scholarum, 
ou un chapelain, ou même un chanoine prenait 
soin des choraux, Il en était de même, en cas 
d'absence ou de maladie du phonascus (%). 

Le nombre normal des enfants de choeur était 
de six. En 1581, le chapitre résolut d’y ajouter 


(1) Acta cap. 22 Sept. 1550. 

(2) Ce coup d'oeil embrasse l'époque qui s'étend depuis la fon- 
dation des ceuvres jusqu'à l'érection du séminaire. 

(®) On peut s'en rendre compte en examinant la série des 


mattres de chant, que nous donnons à la fin de ce chapitre, 
Appendice I, 











48 


deux surnuméraires, et le doyen, sur les instances 
des chanoines, pour subvenir aux frais, céda à 
Poffice van der Coutere, les revenus d'une des 
dix-huit stalles inférieures dont il disposait, mais 
àla condition que la présentation et la nomination 
des deux nouveaux choraux appartiendrait au 
doyen pro tempore ezistenti. En reconnaissance, le 
chapitre offrit un setier de vin au bienveillant 
dignitaire (}). Bien que, depuis. 1544, les fruits 
d'une seconde stalle fussent appliqués à la même 
ceuvre (), en 1564, lexiguïté des ressources 
obligea les chanoines de réduire le nombre des 
choraux de huit à six, sauf à recourir aux réfec- 

tionaux, les grands jours de fête. Du consentement 


C) “ Quia ex paucitate choralium non possit geepe gatisfieri 
officio divino, ideo nonnulli DD. de capitulo decori domus Dei 
studentes, et adhuc duorum choralium victum et supportationem 
adinvenire volentes, supplicarunt D. decano quatenus consentire 
dignaretur In extinctionem unius stalli ex suis octodecim; cujus 
stalli proventus in usus dictorum duorum choralium servaretur 
et adplicaretur. D. vero decanus ejusdem domus Dei decorem 
provehere, suorumque confratrum supplicationi non obsurdescere 
volens, consensit in extinctionem unius stalli, quod quidem 
lacerum exinde proveniens singulis annis adplicabitur officio 
Coutere in victum et sustentationem eorumdem choralium. Quorum 
tamen nominatio et presentatio spectabit perpetuo ad decanum 
pro tempore existentem. Unde DD. de capitulo eidem gratias 
egerunt immortales presentantes ei sestertium vini ex Coutere. ” 
— Acta cap. 11 Jul. 1931. 

(2) “Item a De? Jacobo Siens tabularmo chori ad causam urius 
stalli clericalis ad opus duorum choralium gupernumerariorum 
cum sex prioribus intertendorum, anno 1581 communi corsensu 
DD. decani et capituli (fructibus ejusdem illis applicatis) extincti… 
necnon et alterius similis stalli clericalis anno superiori (1544) 
lisdem choralibus huicque officio pro illis ad tempus applicati, 
XII» VII s. Xd. gr. ” — Comptes vander Coutere, 1548-44, 


Ressources. 


44 


du doyen, les Émoluments des deux stalles cléri- 
cales ne furent néanmoins pas retirés (1). 


Au point de vue financier, l'oeuvre des choraux 
faisait partie de la quadruple fondation van der 
Coutere. Cette fondation, outre la rente constitutive 
de 47 B gr. par an, percevait un revenu variable 
d'environ 2 B gr. produit de la troisième part 
du loyer de cinq maisons situées dans la Carol- 
straetkin (?) (aujourd'hui rue de l’Hydromel) et 
léguées par le chanoine Gilles Joye (+ 1484), pour 
un tiers à l'office van der Coutere, pour deux tiers 
à office de l'obédience. 

Bientôt les 25 B gr allouées à l'entretien des 
enfants de choeur, ne suffirent plus à couvrir les 
dépenses que la cherté des vivres et l'usure des 
meubles faisaient croître. 

Les chanoines s’'ingénièrent avec sollicitude à 
créer de nouvelles ressources. Cette gollicitude 
revêtit même, dès le commencgement, un caractère 
touchant. 


(})““ Domini volentes officium Coutere, fundatoris choralium,cum 
tempore arrieragiis purgari et in integrum restitui, post habitam 
deliberationem concluserunt et per modum probe ordinarunt, 
quod deinceps tantum sint et reserventur sex chorales, quibus si 
et quando opus fuerit in festis solemnioribus et aliis, refectionales 
in gerendis candelabris et aliàs assistere tenebuntur. Duobus 
tamen libris sive stallis, D°® decano consentiente, ad opus dicti 
officii ut antea cursum habituris. ” — Acta cap. 9 Aug. 1564. 

(?) Voir les Comptes (*) vander Coutere à partir de 1485-86, où 
le nom de la rue Carolstraetkin est aussi orthographié, tantôt 
’'t Karoolstraetkin, tantôt ’t Calysstraetkin. 


(*) Dans la suite de ce chapitre nous désignons les Comptes vander Coutere par 
C. Chor., les Comptes des réfectionaur par U. Ref.,et les Comptes des chorauz licenoide 


par 0, Begis, 








45 


En 1490, le froment se vendait à un prix fort 
élevé. Afin de diminuer les charges de la fondation, 
le chapitre permit aux choraux d’aller prendre 
leurs repas, à tour de rôle, chez les chanoines (!). 


Áu mois de mars 1497,le succentor Jean Blyman 
avait loué une vaste maison pour les choraux. Aux 
fins de la meubler, le chapitre impoga, pour un 
certain temps, une taxe de 2 Ib gr. aux chanoines 
qui seraient nouvellement recus. Cet impôt pro- 
duisit la somme de 16 % gr. (%). 


(B) “ Conclusum fuit propter caristiam’ victualium et precipue 
frumenti quod chorales per vices ibunt pransum et cenatum cum 
D** canonicis hujus ecclesie donec frumenta erunt|in leviori foro.” 
— Acta cap. 24 Nov. 1490. 

(*) Solutum D. Johanni Bliman in sublevamen expensarum, 
quas de mandato DD. sustinuerat faciendo provisionem de 
diversis utensilibus requisitis, locando.domum amplam et sump- 
tuosam ad exercendum officium succentoris hujus ecclesie et 
regendum chorales. II B gr. ” — CQ. Chor. 1491-92. 

“* Denarii recepti ex receptione novorum canònicorum intrantium 
per statutum factum et observatum in sublevamen sustensionis 
choralium hujus ecclesie. 

Primo a Mg° Leone de Sancto Vedasto can‘° IIb gr. 


Item a Mg° Petro Bonitemporis can° II B gr. 
Item a Mg° Carolo de Campis pro decanatu IV B gr. 
Item a Mg° Johanne Pinnoc can°° II B gr. 


Quam summam de Xb gr. persolvi Mg°® Martino Christiaens ut 
ex illis emeret utensilia pro domo succentoris et choralium neces- 
garia ” — C. Chor. 1491-92, 

“< Receptum in receptione Mg"! Jeronimi de Busleiden successoris 
quondam D. Petri Basin XL s. gr. 

Item in receptione D. Petri Numan, successoris quondam Mag'! 
Martini Christiaens XL s. gr. 

Item in receptione D. Stephani de Plaines, successoris quondam 
Petri Bogaert XL s. gr. 

Nota quod citra dictam receptionem D. Stephani de Plaines, 
nihil receptum est ad usum choralium *” — C. Chor. 1495-96-97, 





46 


Nous avons déjà mentionné la cession de deux 
stalles en faveur des choraux. Ce double subside, 
sauf une interruption de six ans, fut continué 
jusqu'au 5 Juin 1570, époque à laquelle le doyen 
le révoqua. Les distributiones de chacune des 
stalles rapportaient, en moyenne, 6 DB gr. (!) 

Tous les ans, les élèves de l'école chapitrale se 
choisissalent parmi eux un évêque (episcopus Inno- 
centium) pour la fête de saint Nicolas. Souvent, en 
cas de refus d'autres écoliers plus fortunés, le choix 
tombait sur un choral. Le jour des Innocents, on 
organisalt une cavalcade dans laquelle les chan- 
tres de Saint-Donatien, sous peine de perdre les 
Émoluments d'un mois et le lucrum attaché au 
chant des grandes antiennes O, devaient escorter à 
cheval l’évêque des enfants. Un repas clôturait le 
règne éphémère du jeune prélat mitré. A cette 
occasion, le chapitre avait l'habitude d'accorder 
une indemnité d'une livre de gros, prélevée sur les 
prébendes des chanoines non résidents (%). De 


(!) Acta cap. 5 Jun. 1570; — C. Chor. de 1581 à 1570, 


(9) “ DD. dederunt succentori unam libram gr. ex equalitate ad 
conducendum equos et parandum cenam in die Innocentium, 
quod choralis qui jam episcopus est, est pauper et quod non potuit 
invenire alios juvenes ”. 

‘«< Fuit episcopus Innocentium pro festo divi Nicolai unus ex 
choralibus, ex quo nemo aliorum scolarium esse velit ”, 

« DD. ordinarunt quod omnes musici cantantes et lucrum reci- 
pientes in O (*), vadant in equis die Innocentium cum episcopo, 
gsolito more, sub poona perditionis lueri unius mensis”’, — deta cap. 
22 Dec. 1496; 29 Nov. 1531 ; 2} Dec. 1506. 

(*) D'autres résolutions capitulaires disent; “ Omnes musici luerari volentes in O, 


gint proximo die Innocentium in equis, sub poena consueta *”, — Acta cup. 
17 Déc, 1523, 





47 


1541 à 1545, le malheur des temps ne permettant 
pas de s'adonner à de pareilles réjouissances, cette 
somme fut appliquée à oeuvre des choraux (}). 

Les enfants de choeur avaient droit à de menus 
profits, appelés pitancie matutinales et eveuntiee, 
ainsì qu'à quelques oboles des offrandes. A partir 
de 15438, ces petits revenus furent portés parmi les 
recettes de l'office, pour payer les effets d’habille- 
ments (2). 

Parfois d'autres offices venaient au secours des 
choraux, soit pour leur fournir des vêtements et 
des livres, soit pour payer le barbier (%). 


(1) ““ Ad causam xx solidorum gr. quos annue prebende DD. 
canonicorum absentium (obedientia si minus gufficiunt, defectum 
supplente) ad festum Innocentium pro sociis musicis contribuere 
et solvere consuevere; quod autem ob temporis infelicitatem non 
sit equitatum, dictumque festum Innocentium minus servatum, 
extitit summa xx sol. gr. prsescripta huic officio ob ejus tenuitatem 
varlaque onera gratioge concessa et applicata. Unde pro annis 
1541 et 42 … XL. sol. gr. ”—C. Chor. 1539-40-41-42; cfr. 1543-44 ; 
1645. 

(@) “ Vocetur succentor ut ex lacro choralium provideat illis de 
caligis et calceis. *’ 

“*Committitur D. officiario provideri choralibus de calceïs, caligis, 
camisiis, etc. et ordinatur quod deinceps denarii et mite choralium 
cum exeuntiis serventur in comparationem hujusmodi rerum.” 
— Acta cap. 10 Sept. 1543; 30 Mart. 1544, 

“* Item extraordinarie receptum'ex ordinatione'capituli certis ex 
causis DD. meos ad hoc moventibus, a D. Jacobo Siens tabulario 
pro pitanciig matutinalibus choralìbns competentibus. . . . et 
pro eXeuntiis. . . . nec non a D. Jacobo Jacobi clerico san- 
ctnarii pro mitis seu denariis ex oblationibus dietis choralibus ctiam 
competentibus. . . . VIIIs. IId. gr.” — C'. ehor. 1543- bl. 

@) “ Provideatur choralibus de libris radimentorum ex fabrica.”” 

“ Tonsurentur omnes chorales expensis quatuor officiorum per 
modum elemosine. ” 


48 


En 1560, le chanoine Josse Lambrecht établit 
une table des pauvres et n'oublia pas les choraux. 
Trois prébendes, chacune de 2 gros, leur étaient 
réservées. De plus, vingt-deux prébendes étaient 
assignées aux chanoines résidents, pour être distri- 
buées par eux aux indigents; mais lorsque le nom- 
bre de ces chanoines était insuffisant, les pré- 
bendes des absents revenaient aux choraux et 
réfectionaux. Disons-le à la louange du chapitre, 
les chanoines étaient presque toujours en nom- 
bre (!). 

Enfin, en 1570, le custos navis ecclesve Laurent 
Deurwaerder légua aux choraux la somme de 
12 gros (”). 

Voilà l'état financier de l'oeuvre des choraux 
jusqu'àl'époque de l'érection du séminaire (1571). 
Nous verrons dans la suite que, jusqu’à la fin de 
existence du chapitre, les chanoines portèrent con- 
stamment aux enfants de choeur le plus vif intérêt. 


« DD. ordinarunt quod illi 20 sol. 6 den. gr. per Mag. Antonium 
de Schoonhove pro camisiis choralium debursati, eidem exsol- 
vantur mediatim ex fabrica et Coutere. ” — Acta cap. 2 Dec. 1o4d; 
12 Jan. 1540 (n. s.); 2 Juin 1546. 

(1) “Ex pecunia proveniente ratione trium prebendarum reli- 
etarum choralibus per D.Judocum Lambrecht in erectione mense 
pauperum feria quinta post dominicam secundam Pascee, receptum 
a virgifero . . … … ee ee eee eee . VI. gr. 

Preedictus D. Lambrecht per fundationem in preedicta erectione 
mense pauperum cavit distribuendas 22 prebendas D. decano et 
DD. canonicis residentibus, et casu quo pauciorves residentes sint, 
tunc prebenda vel prebende cedent mediatim choralibus et media- 
tim refectionalibus. Sed quia hoc anno fuerunt plures residentes, 
ergo hic receptum nihil. ” — Q. Chor. 1560. 

(2) “ Item pro legato Laurentii Deurwaerder custodis navis 
ecclesiee pro choralibus receptum.… XII gr. ” — C, Chor. 1570, 








49 


Le costume distinctif des choraux comprenait Costume 
une barrette noire (biretum nigrum), un surplis en 
toile (superpelliceum panni linei), une soutane et 
un capuchon en drap dont la couleur, changeant 
d'année en année, était tour à tour noire, verte, 
rose, violette ou pourpre, rouge, moirée, brune, 
(tunica cum caputio pannt migri, viridis, rosacei, 
violacei ou purpuret fl. peersch, rubri ou sanguinei, 
subblavei ou mizti vulgo moreyt, fusci (*). En 1564, 
les chanoines renoncèrent à la coutume de varier 
tous les ans la couleur des soutanes des choraux, 
et résolurent de leur fournir un drap d'une teinte 
approchant de celle de l'étoffe employée pour les 
réfectionaux (%). 


Aussi bien que les chanoines, les chapelains et Rasure- 
les clercs fréquentant le choeur de Saint-Donatien, 


(!) “ Solutum Michaeli van Male pro XXVII ulnis panni mixti 
coloris, theudisce moreyt, pro sex tunicis et totidem caputiis 
chornlium in die S' Donatiani patroni nostri, pro qualibet ulna 
XXXV 8. par.…. ùiij Bb js. gr. ” 

“ De novis vestibus choralium juxta colorem ordinarium, 
fiet, qui nunc dicitur futurus viridis. ” — C. Chor. 1506; Acta cap. 
10 Sept. 1543. Voir aussi CC. Chor. passim. 

5) “ Qaia ob puerorum juvenilem etatem, tenerem complexio- 
nem et naturam, ex frequenti capitum eorum rasura ipsi chorales 
sepenumero scabiosi evadant, ita quod preter alia inconvenientia, 
officium multos sumptus supportare habeat, DD. ob premissa et 
alias causas eos moventes sumptus hujusmodi volentes evitari et 
consuli dictorum puerorum sanitati, per modum probe ordinarunt 
quod dicti chorales amplius non radantur, sed, prout refectionales, 
deinceps super pectinem tondeantur, habita tamen sic gatis magna 
corona ad instar sacerdotum, quodque talaribus vestibus, refec- 
tionalium togis colore non multum disparibus, vestiantur, ut 
inter dictos chorales et refectionales quodammodo uniformitas 
servetur, choralibus in eo solo differentibus quod gestabunt 
caputia et coronas majores. ” — Acta cap. 9 Aug. 1564. 


Fonctions. 


50 


les choraux étaient tenus d'observer la rasure aux 
jours règlementaires indiqués sur un tableau de 
la sacristie (*). 

Cet usage dura jusqu'en 1564.- L’action trop 
fréquente du rasoir produisant des maladies cuta- 
nées chez les enfants, il fut décidé que désormais 
on leur couperait les cheveux ras, au peigne et aux 
ciseaux, de manière cependant à former une cou- 
ronne assez grande, à linstar de celle des prêtres, 
et plus grande que celle des réfectionaux (”). 

Les choraux, comme leur nom Yindique, étaient 
employés au chant de l'office du chceur. Il leur in- 


(!) La rasure était de riguour la veille, avant les premières 
vêpres, des fêtes de: 


Noël, Pentecôte, avant la bénédiction des 
PEpiphanie, fonts baptismaux, 
la Purification, la Trinité, 
Y’Annonciation, S, Basile-le-Grand, 
Pâques, avant la bénédictian des la Nativité de B. Jean-Baptiste, 
fonts baptismaux, l'Assomption de la S. Vierge, 
la Dédicnce de l'église de Saint- la Nativité de la B. Vierge, 
Donatien, l'Exaltation de la Croix, 
Y'Invention de la Croix, 8. Donatien, 
l'Ascension, avant le départ de la Toussaint, 
prooession pour Sainte-Croix, lP'Immaculée Conception. 


En outre devaient être rasés: le 12 Octobre, avant-veille de la 
fête de saint Donatien, les quatre chanoines, autant de clercs- 
vicaires, les choraux et le grand-chantre, présents à la cérémonie 
de l'exposition de la châsse du saint patron; 

Le jeudisaint, avant le commencement de l'office, le doyen, les 
chanoines et les clercs de service au mandat; 

Le samedi de chaque semaine, ou le vendredi après les vêpres, 
les ministres du maître-autel, le chapelain hebdomadaire, le 
chanoine et le clerc qui tenaient la chantrerie le dimanche. 

Toutefois, sì avant le jeudi tombait une fête exigeant la rasure, 
les ministres de l'autel et les autres assistants, n'y étaient pas 
rigoureusement tenus. — Copia libelli etc. déjà cité. 

(?) Voir p. 49, note 2. 





òl 


combait de chanter les antiennes, les versets, les 
responsoires, les graduels, et la messe journalière 
de Salve (1). Ensemble avec les clercs-chantres, ils 
formaient la maîtrise de Saint-Donatien. 


Notons, en passant, que cette maîtrise jouissait 
d'un certain renom. 


En effet, nous voyons les autres églises réclamer 
parfois le concours des jeunes choraux et recruter 
leurs succentores parmi les chantres de Saint- 
Donatien. Ainsi, Philippe Rogerie, Noël 'Truye, 
Jean Flamme, Mathias Pottiers, maîtres de chant 
de Saint-Sauveur, et Adrien de Landtheere, 
phonascus de Saint-Gilles, avaient fait leur appren- 
tissage dans notre collégiale (*). 


En 1490, Jacques Hobrecht, succentor, est invité 


(') Voir p. 33, et T. II, p. 367. 


(@) “ Dictum fuit Aliano (de Groote) ut chorales in golemnibus 
non eant alibi extra ecclesiam cantatum ; quod infra annum alios 
juvenes instruat qui alibi extra ecclesiam cantare habebunt. ” — 
Acta cap. 23 Juin 1480. 

Voir: Mattres de chant et organistes de Saint-Donatien et de 
Saint-Sauveur à Bruges, pp. 45, 48, 49, 54, 55. — Au sujet de 
Philippe Rogerie, M. Edm. Van der Straeten s’'exprime ainsi: 
“* Si ce n'est point un cas fortuit d'homonymie, le renseignement 
est précieux, car il nous initie au début de la carrière d'un 
musicien qui fut élevé aux hautes fonctions de maître de chant 
de Philippe II, roi d’Espagne, et dont les ceuvres furent 
publiées, après ea mort, par son digno élève Géry De Ghersen.” 
Malheureusement il n'y a qu'un cas fortuit d'homonymie. Philippus 
Rogerius phonascus capelle regia n’obtint gon office qu'en 1590 ou 
1591. Or, notre Philippe Rogerie, succentor de Saint-Sauveur en 
1528, avait été admis comme choral à Saint-Donatien déjà en 1503. 
Pour identifier les deux personnages, il faudrait admettre que 
Philippus Rogerius, lors Ge sa nomination à la chapelle de 
Philippe II, était centenaire. 


52 


par Philippe de Clèves à se rendre à l'Écluse, aveo 
quatre clercs-musiciens (!). 

Le 22 Mai 1522, les choraux se font entendre 
au palais de Marguerite d’ Autriche à Bruxelles, 
pendant le diner de la princesse (°). 

En 1589, à l'occasion d’un concours de rhétori- 
que qui devait avoir lieu a Gand, le magistrat de 
Bruges prie le chapitre de vouloir permettre au 
maître de chant, Lupus Hellyne, d'accompagner la 
gilde du Saint-Esprit avec quatre choraux et deux 
ou trois clercs-chantres ($). 

En 1553, sur les instances de Pierre Maessens, 
maître de la chapelle royale de Bohème, le chapitre 
eède un choral à Maximilien II. Ce même prince, 
devenu roi des Romains, recoit à son service, en 
1563 (n.s.), Jacques Flamme, clericus tenor de 
Saint-Donatien (*). 


(!) “ Exhibuit Mer Jacobus (Hobrecht) guccentor hitteras D. 
Philippi de Cleves quibus mandat sibi ut veniret versus Slusam 
unacum quatuor sociis de musica ad faciendum ibidem bonum 
vultum, rogando DD. ut gibi unacum DD. Christiano Baelde et 
Petro Zuburch licentiam impertiri velint. DD. petitioni sue intuitu 
D.Philippi ad sex vel octo dies annuerunt.”— Acta cap. 15 Oct.1490. 

(®) Maîtres de chant et organistee de Saint-Donatien et de Saint- 
Sauveur à Bruges, p. 23. 

(3) “ Comparuere certi oppidani ex parte magistratus exponentes 
ge propediem Gandavum properaturos cum ghilda S. Spiritus ad 
rhetoricam seu rhithmog ibi premiis propositis, petentes secum 
posse in honorem oppidi adducere succentorem, quatuor chorales 
et duos aut tres cantores per eos eligendos. Quibus DD. ob honorem 
cultus divini et oppidi annuerunt. ” — Acta cap. 19 Maüi 1539. 

(“) “ Comparens Mgr Petrus Maessens magister cantus capelle 
D. Maximiliani Regis Bohemie exhibuit litteras commissoriales ad 
levandum ex his partibus nonnullos cantores et pueros pro sacello 
ejusdem D. Maximiliani manu regie maj'" signatas, quarum vigore 


ö3 


En 1561, c'est Marguerite de Parme qui, par 
l'intermédiaire de Michel de Bock, son organiste, 
demande aux chanoineg de pouvoir mander en 
Espagne le choral Antoine Diest. Mais le chapitre, 
pour diverses raisons, s'excuse auprès de la du-” 
chesse et lui rappelle qu’à son départ de Belgique 
elle avait déjà amené avec elle un de leurs meil- 
leurs choraux (!). 

Le 24 Avril 1564, Nicolas Deeloos, clericus con- 





idem Mgr Petrus petit sibi per DD. de capitulo concedi licentiam 
hine abducendi unum ex pueris choralibns hujus ecclesie in gervi- 
tium ejusdem Maximiliani. Quibus litteris prelectis, necnon audito 
tenore cujusdam articuli in commissione per eumdem Maximilia- 
num eidem Mgro Petro tradita et ipsius Maximiliani manu uti 
dicebat signata contenti, quo promittebat cantoribus et pueris 
in servitiam suum adsumendis, futuram promotionem, et deguper 
habita deliberatione, tandem petitioni pretacte, quantum in eis 
fait, annuerunt. ” 

“ Jacobus Flamme clericus tenor, in Maximiliani regis Romano- 
rum servitium receptus, valedicit. ” — Acta cap. 4 Mart. 1553 
(n. a), 1 Febr. 1568 (n. 5). — Après la mort de Maximilien, 
Jacques Flamme demeura attaché à la chapelle de l'empereur 
Rodolphe II. — Maîtres de chant el organistes etc. p. 55, note 2. 

(') ““ Comparens coram DD. ‘de capitulo Michael de Bock regise 
maj'* organista exhibuit certas illustris D® Margarete ducisses 
de Parma... litteras, petiitque sibi concedi Antonium Diest 
choralem hujus ecclesise, que ex fundatione capella ejusdem 
maj“* etiam esse dignoscitur, in obsequium sue maj'* versus 
Hispaniam ducere posse. Cai DD. Antonii parentum et amicorum 
instanter reclamantium rationibus auditis et perpensis, respon- 
dendum duxerunt dictum Antonium ob ejus parentum et 
amicorum reclamationem, ejusdem tenellam setatem et complexio- 
nem necnon frequentem eegritudinem, denique ín litteratura 
parvam admodum eruditionem, eidem ecclesise merito gervandum 
esse, eoqne magis quod dudum regia maj** in sua profectione 
versus Hispaniam unum ex preecipuis chorslibus in suum obse- 
quium habuerit, * — Acta cap. 7 Maii 1561, 


dá4 


tratenor, part pour l’Italie, au service du duc de 
Ferrare (}). 

Un peu plus tard, en 1568, Adrien van Cauwen- 
hove, chantre de la chapelle royale, demande, au 
nom du duce d' Albe, d'envoyer deux choraux en 
Espagne. Le chapitre consent à lui en céder un, et 
si le roi insiste pour en avoir deux, il se permettra 
de présenter ses excuses au duc, voire même à sa 
Majesté (*). 

Dans la série des maîtres de chant, que noug 
donnons plus bas (%), on voit briller des noms 
célèbres dans l'histoire de la musique. 

D'ailleurs, les chanoines ne négligeaient aucun 
moyen pour engager des musiciens capables: 
tandis qu'ils faisaient promettre aux parents ou 
tuteurs des choraux de ne pas retirer leurs enfants 
ou pupilles avant un temps déterminé, ils attiraient 
ettâchaient de conserver les clercs-chantres, en leur 
accordant des faveurs, des priviléges, et en leur 
donnant l’espoir d'une prochaine promotion (*). 


(@) “ Nicolaus Deeloog clericus contratenor in Italiam ad ser- 
vitium ducis Ferraris profecturus, valedicit.”— Acta cap. 24 April. 
1564. 

(2) “ Comparens Adrianus van Cauwenhove cantor capellse 
regiee maj'* exhibuit litteras ducig Albani... quarum vigore 
petit a DD. duos chorales in servitium suse maj'* versus Hispa- 
nias ducere posse. DD. considerantes paucitatem choralium, in 
unius dimissionem condescenderunt; quatenus duos habere per- 
sistat, nullos concessuri sed suam excusationem ad ducem 
Albanum seu etiam maj'® regiam transmissuri, ” — Acta cap. 
4 Maii 1568. 

(5) Appendice I de ce chapitre. 

(£) “ Comparuerunt Henricus Forietmakere et Johannes Ha- 
ghele tutores Petri van der Meersch qui pro eo fidejubebant. Item 








do 


Quoique avant linstitution de Yoeuvre des cho- 
raux licenciés, aucun fonds spécial ne fût destiné 
â venir en aide aux enfants de choeur dont le ser- 
vice était terminé pour cause de mutation de voix, 
cependant, dès le principe, la fondation van der 


Coutere prit d'eux un soin particulier lorsqu’ils le 
méritaient. 


Aimsi nous voyons les chanoines fournir aux uns 
les moyens de regagner le toit paternel (Ì), main- 


Johannes Waelkin pro Johanne filio ejus. Item Katerina, relicta 
Johannis Martins pro Fransken Spasbeen et D. Johannes Ondanc 
pro filio Dammaerd de Straten, quod per annum integrum choro 
contìinuabunt sub poena duorum nobilium auri pro quolibet.” 

‘“ Arnoldus Flamme admissus fuit in choralem hujus ecclesie, 
et prormiserunt Silvester Flamme patruus et Jacobus Flamme 
frater ejusdem se fortes facientes pro patre, in fide bonorum 
virorum, quod dictum Arnoldum ab eadem ecclesia non amovebunt 
quandiu eidem ecclesie servire poterit.’” 

«Ex relato D. Guillelmi Richafort, DD. intelligentes quemdam 
esse Gandavi bassum voce et arte eximium, miserunt eurdem 
Richafort Gandavum ad pelliciendum eumdem bassum in hanc 
ecclesiam cum addictione stalli et dimidii, laudum vespertinarum, 
quotidiane misse et maturioris promotionis.”’ 

es Joachimo Richafort (juniori) excellenti musico tenori datur 
in pensionem annuam 1 Db. gr. usque ad revocationem.” 

« Vadat Sanguin in Zelandiam Ter Goest qusesiturus si fieri 
potest bassum unum ibidem commorantem multum excellentem 
et voce et arte. *’ 

« Seribantur litterss Michaëli de Vernay basso et capellano 
ecclesise Tornacensis quod huc ad servittum Dominorum advolare 
velit, cum spe quod aliqua pensiuncula ultra lacrum ordinarium 
sibi concedetur, et hoe propter idoneitatis ejus excellentiam. * — 
Acta cap. 21 April. 1421 (n. s.); 11 Sept. 1559; 10 Oct. 1524; 
19 Nov. 1599; 31 April. 1535; 16 Mart. 1562 (n. 5). 

(1) “Item ex ordinatione DD. solutum Johanni Hollandrino 
chorali propter mutationem vocis destituto, pro expensis redeundi 
domum, V.S. gr. ” — 0. Ohor. 1497, — Lies exemples de ce genre 
abondent. 


Faveurs. 


56 


tenir les autres en pension dans la maison du 
succentor, pour y achever leur éducation musicale(!), 
les placer, soit chez un honnête artisan (®), soit 
chez le rector scholarum de Saint-Donatien (9), 
enfin, voter des gubsides pour leur permettre de 
continuer leurs études dans des écoles étrangères, 
comme àâ Eecloo et à Gand (*), au couvent des 
Gullelmites de Bruges (8), ou chez des maîtres 
particuliers de la ville, par exemple, chez Jacques 
de Meyere (€). 


() De ce nombre fut Arnold Feye, qui, après avoir étudió sous 
le célèbre Wulfard Hellync, devint clerc installé et maître de 
chant des réfectionaux. Le chapitre le qualifie de licet non voce 
eximius, eximia tamen artis peritie. — C. Chor. 1528-29; Acta cap. 
31 Jul. 1542; 7 Martiiì 1543 (n. s.). 

(2) “ Datum Anthonio de Sonneville chorali destituto in voce 
pro officio discendo mechanico, X. S. gr. ” — C. Chor. 1518-19. 

(5) Augustin Deurghys et Jean de Backere furent placés chez 
Ghislain de Brabandere. — C. Chor. 1512-14. — Gérard Bachusius 
donna des legons à Josse van Hulle. — Ibid. 1527-28. — Élie Cant 
et Adrien de Landtheere devinrent les éldves d'Adrien Chilius. 
— Ibid. 1529-32. — Encore ne citons nous que les choraux dont 
les noms sont exprimés en entier. 

(“) Adrien Relays et Martin de Cock étudièrent à Eecloo; 
Antoine Willaert à Gand. — 0. Chor. 1528-30; 33, 37. 

(6) “ Jaspari de Landheere dudum chorali hujus ecclesies et nunc 
visitanti scolas apud Fratres Guillelmitas, DD. annuerunt in sub- 
sidium studii tres libras gross. ad triennium, galvo quod in fine 
cujuslibet anni, quando recipere habebit unam libram, legitime 
doceatur ipsum in studio profecisse. * — Acta cap. 15 Nov. 1553. 

(6) “ Communicato cum M. Jacobo Meyero super collatione 
aliquot choralium in scholis suis, voce deficientium, retulit 
D. Bachusius Meyerum paratum esse admittere Petrum pro una 
libra gross, Franciscum pro quatuor libris. Ven. D. Regis in 
eleemosynam obtulit tres libras gr., D. Bachusius unam libram et 
cantor unam libram. Pro tertio chorali, scilicet Cornelio, iste conti- 
nuabitur in scholis Schynckii nostri usque Nativitatis Christi vel 


57 


Parmi les choraux dont les chanoines favorl- 
sèrent les études (1), mentionnons Adrien de Landt- 
heere et Wulfard Hellync. 


Adrien de Landtheere admis comme choral le 
10 Novembre 1522, après un service de huit an- 
nées, continue ses études sous la direction d’ Adrien 
Chilius. Le 4 Octobre 1535, il est admis à une 
stalle cléricale de Saint-Donatien. Au commence- 


Joannis; tum solvetur ex officio Coutere aut alias, aut capitatim per 
canonicos.”’— Acta cap. 11 Oct. 1541. — De cette résolution (capitu- 
laire, il résulte qu'à cette, Époque, Jacques de Meyere, l'annaliste 
des Flandres, dirigeait à Bruges une école particulière, puisque les 
chanoines distinguent Meyerus de Schynckius qu'ils appellent “ le 
nôtre ” nosetri Schynckii. D'ailleurs, le nom de Meyerus ne figure 
pas dans la série des rectores echolarum de Saint-Donatien. C'est 
donc à tort que Sanderus *, Foppens *'!,J. P. van Male *?, 
P. Ledoulx **, le rangent parmi les maîtres de l'école chapitrale. 

() Malheureusement les comptes ou les“actes capitulaires n'in- 
diquent pas toujours les noms de ces privilégiós, ni l'école 
où ils sont envoyés. — Nous pouvons toutefois citer encort 
comme subsidiés in favorem studiorum: Roger van den Brande, 
Grégoire de Quercu, Jean de Brune, Henri Noppe, Antoine 
Gheerts, Jean van der Piet. — U. Chor. 1515-16; Acta cap. 28 Sept. 
1519, 22 Oct. 1532, 11 Oct. 1540, 10 Oct. 1543, 16 Jan. 1544 (n._s.). 
— Voici en quel sens les résolutions du chapitre étaient rédigées : 

‘“« DD. Mei respectum habentes ad grata servitia que Livinus 
N. choralis quinque annis et ultra huic ecclesie cantando et 
ecclesie predicte serviendo continue impendit, nolentes hujusmodi 
gervitia irremunerata relinquere, sed pocius volentesg ipsum Livi- 
num pro posse ad majora promovere, ut idem Livinus in grama- 
tica et litteris saltem usque ad congruitatem instrui possit, 
ordinarunt et constituerunt eundem in mensa rectoris scholarum 
dicte ecclesie…’” — Acta cap. 20 Martii 1504 (n. s.). 

* Flandria illustrata, Hage comitum 1783 p. 413, 

*1 Compendium chronologicum oto. p. 244, 


"2 Levensbeschrijving der geleerde en door kunst vermaerde Bruggslingen, msc. de la 
bibliothàque de la ville de Courtrai, fonds Goethals. 


%8 Levens der vermaerde mannen der stad Brugge, masc, appartenant à M, A, De Wolf, 
pharmacien à Bruges, 








58 


ment de 1538 il part pour Rome, et en 1542 nous 
le retrouvons à Saint-Gilles de Bruges, où il exerco 
les fonctions de maître de chant. Dans les actes du 
vicariat, sede vacante, et dans ceux de l'évèêque 
Drieux, il figure successivement, de 1567 à 1572, 
comme suppléant du curé de Saint-Jacques à 
Bruges, qui avait été suspendu de ses fonctions, 
curé d'une des portions paroissiales de Dudzeele, 
titulaire de la chapellenie de Saint-Nicolas d' Ouden- 
bourg, et chapelain de l'autel de la Sainte- Vierge 
à Sainte-Walburge de Bruges (!). 

Wulfard Hellync, enfant de choeur du 14 Mars 
1506 (n. s.), au 12 Mai 1511, obtient la permission 
de fréquenter les écoles. Le 16 Novembre 1513, 
il est admis comme virgifer chori de Saint-Dona- 
tien, et s'acquitte de cet humble emploi pendant 
deux ans. Promu entretemps au sacerdoce, il devient 
clerc installé, le 19 Octobre 1519, nonobstant sa 
qualité de prêtre. A la démission du succentor 
Pierre de Raedt, le chapitre désigne l'ancien choral 
pour lui guccéder et Hellyne remplit avec éclat les 
fonctions de maître de chant, sans interruption, du 
17 Juin 1523 jusqu'à sa mort arrivée le 4 Janvier 
1540 (n. s.). Comme bénéficier de la chapellenie 
d'honneur, sacellanice honoris ou capellanice majoris, 
il partage la sépulture des chapelains (®). 


(1) Acta cap. 10 Nov. 1522; 15 Oct. 1580; 4 Oct. 1535; 9 Febr. 
1538 (n. s.); La Flandre, 1868-69 p. 209; Acta vicariatus, 28 Oct. 1567, 
7 Oet, 1569; Acta Driutii, 4 Dec. 1571; 12 Febr. 1572 (n. s.). 

(2) “ Wulfardus filius Johannis Hellync clericus Trajectensis 
diocesis receptus fuit in choralem hujus ecclesie cum honoribus et 
emolumentis consuetis.”’ 





59 


Le chanoine Jacques de Coninck, premier auteur … Euvre des 
. . . choraux licen- 
de la fondation des choraux licenciés, comme ont ciés. 


soin de lexprimer les comptes, non content d'avoir 
consacré à cette ceuvre une rente de sept livres 
de gros, y avait encore ajouté, avant de mourir, 
une autre rente de trois livres, mais s’était réservé 
Pusufruit de ces libéralités, sa vie durant. Il mourut 
le 23 Septembre 1552. Son confrère, Jean van der 
Straeten (Stratius), décédé également en 1552, 
avait légué par testament à la même ceuvre la 
somme de seize livres de gros représentant une 
rente annuelle d'une livre de eros au denier 16. 
À partir de 1558, l'offictum choralium destitutorum 
ou Regis fut annexé à l'offictum van der Coutere. Le 
chanoine Francois Dommissent, mort le 5 Février 
1557 (n. s.), majora le revenu de institution nais- 
sante d'une somme de dix sous de gros par an (}). 


“< Tune DD. mei concesserunt Wulfardo chorali hujus ecclesie 
propter mutationem vocis sue quod possit se transferre ad scolas 
ac secum portare omnes habitus et vestes sibi ex parte ecclesie 
datas et factas.”” 

‘<< Wulfardus Hellync recipitur ad stallum et habitum hujus 
ecclesie, cum digpensatione quia sacerdos.” — Acta cap. 14 Martii 
1506 (n. s.) 12 Maii 1511; 19 Oct. 1519; coll. 26 Nov. 1515. — Voir 
aussi plus bas la série des maîtres de chant, Äppendice I ad ann. 
1523. 

(B) ““ Item dat et legat Domicellee.….. relictsee mg" Jacobi Buyssart 
sue consanguinee très libras grossorum de sex similibus libris 
quas idem testator annue habet super quatuor membrig Flandriee. 

Item residuum de dictis sex libris gross. anuuis super quatuor 
membris Flandriee dat et legat ad opus choralium ecclesise sancti 
Donatiani licentiatorum cum conditionibus in priori sua fundatione 
ad opus eorumdem choralium facta contentis.”’ En marge: “ Van 
dese rente van VI gr.es by den overledene voor zijn overlijden 
ghedisponeert ende wettelycke transpoort ghedaen te wetene 
van III B gr. ten profyte van de W* ende d'andere III ten behouve 


60 


Pour faire même sommairement l'histoire de 
cette utile fondation, 1l faudrait Éénumérer tous les 
choraux qui, au fur et à mesure de leur départ 
de l'église, furent placés, selon leurs aptitudes 
diverses, chez le rector scholarum ou chez des hom- 
mes de métier, et durent ainsi leur avenir à Îa 
générosité des chanoines de Saint-Donatien. 

Qu'il suffise de citer quelques noms : 

Jean Flamme, en récompense de dix ans de 
service, peut continuer ses études d'abord sous 
Piat Oste, ensuite sous Guillaume de Liedekercke. 
Tout en demeurant chez ce maître, il devient 
clericus vnstallatus contratenor, le 8 Décembre 1561, 
et est chargé de remplacer le rector scholarum 
dans les offices que celui-ci a l'habitude de rem- 
plir à l'église. Nommé succentor de Saint-Sauveur 
à Bruges,en 1563, il remplit ces fonctions jusqu’en 
Mars 1572. A cette époque, bien qu'il soit élevé à 
la dignité de chanoine depuis plus d'un an, 
il s'engage au service du roi d’Espagne, où son 
frère Arnold était déjà regu (}). 


ende onderhouden ter schole van de afghaende choralen, volghende 
de letteren ‘van transpoort (*) daer af zynde.” — Testam. Jacobi 
Regis, 22 Sept. 1552. 

Voir Histoire du Séminaire de Bruges, T. II, Documents, p. 166, 
et CO. Regie 1553; 1556. 

(1) CO. Regie 1659-62 — “ Ad preesentationem D. decani receptus 
fuit ad stallum Joannes Flamme contratenor, istis tamen legibus 
adjectis, quod ipse rectori scholarum in antiqua subjectione 
cohabitabit, quodque insuper refectionales una cum guccentore 
ad ecclesiam et chorum adducere et abinde domum reducere, 
necnon servitiorum onera dicto rectori in hac ecclesia incumbentia 


(*) Ces lettres datent du 11 Mai 1553, 


61 


Jean de Vlieghere (Volator), élève de Jean 
Zomers, après avoir exercé les fonctions de guc- 
centor à Saint-Omer, est rappelé à Bruges pour y 
devenir maître de chant à Saint-Donatien (1572) (1). 


supportare tenebitur; ad quem finem dictum rectorem repraesen- 
tabit (*) eisdemque praerogativis et emolumentis gaudebit. ” 

< Joannes Flamme clericus contratenor, officium succentoris 
in SS. Salvatoris adeptus, litteratorie gratias agens DD. quod 
eum a teneris annis hucusque in eorum servitio aluissent, valedixit, 
petens se in DD. gratia et benevolentia semper commendatum 
haberi. Cujus promotionis et adeptes conditionis DD. congratu- 
lantes, si et quatenùs imposterum ei favere ac prodesse poterunt, 
capituli gratiam et benevolentiam addixerumt.” — Acta cap. 3 Dec. 
1561; 9 Dec. 1563. 

“* Collatio canonicatus SS. Salvatoris D. Joanni Flamme pbr° 
Cameracensis diocesis. ” — Acta Driutiù 14 Jan. 1571 (n. 5). 

‘“ Nos decanus et capitulum ecclesie collegiate S. Salvatoris 
Brugensis, attestamur providum virum D. Johannem Flamme 
presbyterum Cameracensis diocesis apud nos fuisse et esse 
magistrum cantus et choralium multis annis, atque actu canonicum 
ejusdem ecclesie, et vixisse pacifice atque laudabiliter satisfecisse 
suo officio magisterii frequentando ecclesiam sedulo et docendo 
chorales in cantu docte, cum vite et morum probitate. Quorum 
meritorum intuiti jam brevi ad canonicatum et prebendam dicte 
ecclesie, sub turno nostro, alternato cum R®° D. EÉpiscopo Bru- 
gensi, vacantes, eumdem promovimus. Certificamus etiam D. 
Johannem non esse aliquibus sentenciis suspensionis aut excom- 
municationis innodatum, verum, a nobis cum gratiarum actione 
licentiam abeundi cepisse ad inserviendum inclitissimo regi 
Hispanie sub spe promotionis future. In cujus rei testimonium 
ete. ” — Acta cap. SS. Salv., 24 Martii 1572 (n. 5.). 

(€) CC. Regis, 1562-64. 

“« M. Joannes Volator, nnper choralis et alumnus hujus 
ecclesise, ex ecclesia cathedrali Audomarensi, ubi succentor erat, 
huc vocatus, admissus fuit ad officium succentoris hujus ecclesise.”” 

“ Joannes Volator, magister cantus, cegit DD. gratias pro eorum 
favore, de sibi collata altera capellania van der Banck de extra 
chorum.” — Acta cap. 30 Jul. 1572; 6 Maii 15753. 


(°) Le rector Guillaume de Liedekercke, s'étant engngé dans les liens dn mariage, 


ne pouvait plus convenablement fréquenter le eheeur, — Voir Appendice II, u! 
ann. 1560, 


62 


Arnold Flamme, également élève de Jean 
Zomers, devient clerc installé et, en 1570, est admis 
dans la chapelle royale d’ Espagne (!). 

Francois de Visschere, d’abord pensionnaire chez 
le chanoine Brants qui avait accepté la direction 
de l'école, prend ensuite des lecons d'orgue de 
Corneille van den Ryne, exerce les fonctions de 
virgifer chori et est appelé au service du prévöt 
d’Eversam (%). 

Séverin Baten, placé chez I'écolâtre Georges de 
Vrieze, devient successivement bénéficier de la 
chapellenie de eztra chorum, fondée à l'autel de 
Saint-Daniel, suppléant du rector scholarum de 
Vrieze, jusqu'à l'érection du séminaire, tabularius 
chori, chapelaimm de gremio chori, et enfin maître 
de chant de Saint-Donatien en 1596 (%). 


() CC. Regis, 1564-66. 

‘é Decernuntur lhittere testimoniales pro Arnoldo Flamme 
contratenore ad servitium regiee majestatis vocato, videlicet quod 
a sua juvenili wtate novem aut decem annis choralis hujus 
ecclesiee fuerit,ac subveniente vocis sum mutatione, tribus annis 
huic ecclesise pro contratenore laudabiliter servierit, ac honeste se 
gesserit et catholice vixerit. ” — Acta cap. 17 April. 1570. 

(2) CC. Regis, 1566-70 ; Acta cap. 13 Febr. 1567 (n. s.); 27 Febr. 
1570 (n. 5). 

«< Franciscus Visschers alter virgiferorum chori, ad servitium 
prepositi de Eversam vocatus, valedicit gratias agens DD. quod 
eum a teneris annis in eorum servitio aluissent. ”” — Acta cap. 
13 Nov. 1970. 

(3) CC. Regie, 1567-69; Acta cap. 11 Maii 1569. 

‘« Ad presentationem seu commendationem D. Vriese scholas- 
tici, regimen scholarum nunc habentis, admissus est Severinus 
Baten ad omnia munia et onera rectoris scholaram in choro 
subeundum et exercendum, cum distributionibus chori et emolu- 
mentis consuetis.”” 





63 


Mathias Pottiers continue ses études sous la 
direction de l'écolâtre de Vrieze, devient virgifer 
chori, est admis, le premier parmi les anciens 
choraux, au séminaire qui venait de s’ouvrir, regoit 
la prêtrise le 16 Juin 1576, et est nommé succentor 
à Saint-Sauveur, le 12 Janvier 157/. À peine en 
fonctions, il y est pourvu d'une prébende canoniale, 
le 24 Mai suivant. Avant de finir ses jours, il rentre 
à Saint-Donatien pour occuper une stalle de cha- 
nolne dans l'église même, où il avait été assis sur 
Pescabeau des enfants de choeur (*). 

En parlant des réfectionaux, nous avons distin- 
gué leur organisation, en Janvier 1532 (n.s.) et 
leur réorganisation ou fondation proprement dite, 
en Septembre 1550. 


Dès le mois de Mai 1532, les chanoines de 
Sprynghere, van der Meulen et Hamere, furent 


«« DD. continuarunt Severinum Baten contratenorem, in stallo 
suo nuper adepto, ad exercitium rectoris scholarum, eumdem ab 
eo die, de numero clericorum promovendorum declarantes. Cui 
etiam concessus est locus contratenoris in landibus vespertinis, 
donec per DD. aliter sit provisum (*)”’ — Acta cap. 24 Nov. 1569; 
23 Jun. 1571. — Acta cap. 23 Jun. 1078; 2 Dec. 1596. 

() CC. Regis, 1569-72 ; Acta cap. 4 Dec. 1570. 

« Attenta ingenii dexteritate Mathiee Pottiers nuper choralis, 
D. scholastico cohabitantis, placuit DD. quod ipse preesentetur et 
commendetur R®° D° ad habendum locum in seminario Brugensì.”’ 

“ Comparuit in capitulo Mathias Pottiers nupor choralis, hacte- 
nus in seminario educatus et jam ad sacerdotium promotus, petens 
admitti ad stallum clericorum; DD. cupientes eidem aliunde 
melius prospectum, responsum ad ipsius petitionem adhuc distule- 
runt. ” — Acta cap. 23 Jun. 1571; 18 Jun. 1676. — Acta cap. 
58. Salvatorie, 12 Jan. 24 Maii 1577; ForPens, Compendiun: 
chronologieum ete, p. 111; Garruarp, Inscriptiones funéraires et 
monumentales de la Fl. Oce, T.I, Église de S. Donat, p. 166. 


(*) Voir Appendice II de ce chapitre, ad ans. 1560. 


WKuvre des 
fectionaux. 


Premiére 
riode. 


64 


nommés par le chapitre rectores refectionaltum, 
jusqu'à révocation. Ils s'acquittèrent, fidèlement de 
cette charge, qui consistait principalement à faire 
un choix minutieux de sujets qualifiés, à soigner 
les intérêts des enfants et à leur fournir en temps 
utile les vêtements nécessaires et le costume uni- 
forme (1). 

Il avait été décidé que les legons de chant 
geraient données aux réfectionaux par le succentor, 
dans l'école de Saint-Donatien. On s'écarta quelque 
peu de cette résolution: un local, devant servir 
de salle de musique, fut approprié non loin de 
Pécole, et, sì pas toujours, du moins souvent, un 


professeur spécial dressa les treize privilégiés au 


gervice du chant (*). 

Voilà le peu de détails que fournissent les actes 
capitulaires sur la première période de l'oeuvre, 
de 1532 à 1550. Malheureusement les comptes de 
ces années n'existent plus. 


(!) Acta cap. 19 Maii 15832 et passim, jusqu’en 1550. 

(9) “ Aptetur locus prope scholas, pro refectionalibus ibidem 
musicam gregorianam saltem addiscituris. * 

« Deinceps D. Gerardus Thol quolibet die sub vespera, una hora 
ante laudes vespertinas, docebit chorales et refectionales, salvo 
quod Lupus succentor superintendat. Salarium erit 1 b gr. annue 
ex officio refectionalium, de qua summa convenient superintendens 
et T'hol. * 

«< Tol (Gerardus Thol) erit magister musicus refectionalium et 
non Lupus (Wulfardus Hellync), doeturus eos dietim una horula 
ante laudes, capitulo superintendente et non Lupo. * 

“< Ex parte refectionalium, quorum instructionem in musica 
Arnoldus Feye ab hac luce sublatus, dam viveret hujus ecclesies 
clericus installatus, sub certo annuo stipendio susceperat, propo- 
situm fuit etc. ” — Acta cap. 13 Sept. 1532; 26 Febr; 8 Marti 
1939 (n. s.). — Acta cap. 7 Marti 1549 (n. s.). 





65 


Jusque-là, en dehors des heures de classe et de 
service à l'église, les réfectionaux étaient aban- 
donnés à leurs parents. 

Moins heureuse que celle des choraux, cette 
situation fut modifiée par la fondation Regis et 
de Molendino, faite en 1550. 

Les deux fondateurs s’étaient réservé, à vie, 
Yusufruit des rentes constitutives, avec la faculté 
de lattribuer encore, chacun pour sa part, à 
une ou plusieurs personnes à dénommer par eux. 
Lie chanoine de Coninck mourut le 22 Septembre 
1552, sans avoir désigné d'usufruitier dans son 
testament. Le grand-chantre van der Meulen qui, 
en 1552, par acte de dernière volonté, avait déjà 
reporté son usufrut sur lun de ges neveux 
Laurent, Walram ou Charles van der Meulen, 
selon la survivance, renonca à tout droit le 19 
Octobre 1555, et décéda le 18 Février suivant (}). 

A partir de cette date, la fondation prenait 
pleinement cours, et le chapitre, lié par promesge, 
ne pouvait tarder d'en exécuter les clauses, dont la 
principale avait pour objet la cohabitation des 
réfectionaux avec le maître d'école de Saint- 
Donatien. N 

Aussi le plus ancien des rares comptes de l'oeuvre, 


(!) Testaments de Regis et de de Molendino. — Archives de 
Yévèché: série Testaments. 

“ Ad causam annui redditus per D.et M. Jacobum de Molen- 
dino cantorem transportati, pro parte seu quota refectionalium eos 
concernente, a die XIX Octobris anni LV,quando idem D. cantor 
cessit omni usufructui ejusdem redditus etc. ” — C. Ref. 1556-57. 


5 


Deuxième 
période. 


Cohabitatione 


66 


gauvés de la destruction (!), celui de 1556-57, nous 
renseigne que le ludimagister,Francgois du Quesnoy, 
logea chez lui les enfants, au moins depuis le 
18 Mai 1556 (®). 

Mais, d'après l'acte de fondation, la demeure 
commune des réfectionaux et du rector scholarum 
devait être située à proximité de la collégiale de 
Saint-Donatien, et il était stipulé que les économieg 
et les accroissements de l'office seraient employés, 
avant tout, à l'achat de pareille maison. Dans sa 
sollieitude, le chanoine Regis avait, la veille de sa 
mort, lÉgué, aux mêmes fins, une rente de dix livres 
de gros, déjä transportée en faveur de l'oeuvre 
depuis le 15 Juillet 1552 (*). 

En 1560, le chapitre trouva l'occasion de réaliser 
plus complètement les intentions des fondateurs 
et chargea les chanoines Gérard Bachusius et 
Josse Lambrecht d'acheter la maison de Francois 


(!) Il n'existe plus que les quatre comptes suivants : du 24 Juin 
1556 au 24 Juin 1557; 1559-60; 1569-70; 1570-71. — A raison de 
cette pénurie, nos renseignements sur les réfectionaux seront 
nécessairement incomplets, en bien des points. 

(2) “ Magistro Francisco du Quesnoy, rectori scholarum, ratione 
expensarum cibi et potus dictorum refectionalium, ad ratam 
quinque librarum X s. gr. annue pro quolibet eorumdem,…. pro 
integro anno cesso XIII Maii LVII etc.” — C. Hef. 1566-57. 

(2) Histoire du Séminaire de Bruges, T. II, Documents, p. 92, 
note 1, — Nous disons, dans cette note, que déjà le 15 Juin 1952, le 
chapitre acheta la maison nommée Saint-Patrice, et située 
rue des Chevaliers; c'est une erreur. Comme on le verra, c'est 
le 21 Mai 1560, qu'une maison de la rue Sainte-Walburge fut 
acquise pour les réfectionaux ; l'achat de la maison Saint-Patrice 
eut lieu sous l'évêque Remi Drieux, lors de l'érection du 
Séminaire. 


67 


Le Gillon-van der Cappelle, sise rue Sainte- 
Walburge, près du cimetière de l'église du même 
nom (1). 


L’immeuble nouvellement acquis recut bientôt 
le rector scholarum, avec ses jeunes pensionnaires, 
et leur servit de demeure jusque vers la mi-Août 


1566, époque des premiers troubles religieux à 
Bruges (°). 


() “ DD. ratificant contractum per dominos Bachusium et 
fabricarium cum Francisco Le Gillon initum super emptione 
domus dicti Le Gillon prope coemeterium ecclesie Dive Walburgis 
ad opus refectionalium, committentes eisdem recipere seu accep- 
tare donationem per eumdem Le Gillon desuper oblatam. ” — 
Acta cap. 20 Mau 1560. 

“* Francis Le Gillon ende joncvrauwe Johanna, de dochtere van 
Adriaen van der Cappelle zyn wyf, als erfvachtich ende proprieta- 
rissen…… ghaven halm ende wettelicke! ghifte Mer‘ Gheeraert 
Bachuus ende Joos lsaambrecht pbr“* ende canneunicken vander 
collegiale kercke van Sinte Donaes in Brugghe, als ghecommitteert 
bij die van ’t capitele van de zelve kercke, present ende accep- 
terende, ten behouve ende prouffyte vande derthien refectionalen 
vander voorseide kercke,…… van twee huusen met heuren toebe- 
hoorten twelcke nu een wuenste es te gader staande deene neffens 
den andere, ten voorhoofde in Sinte Wouburghe straete bij Sinte 
Wouburghe kercke, ande noortzyde van de straete…… achter- 
waerts streckende met zeker plaetse van lande ghepaveert tot 
eenen achterhuuso dat nu een camere es gheappliceert ende 
wesende van toebehoorte van den huusinghen ghenaemt ten 
figheboomo voorhoofdende de zelve huusinghen in Sint-Jans 
straete… … belast eerst met XX s. gr, grontrente, en totte dien 
noch met II b gr. tsj"* losrente den penning XVIII, ende noch 
met V Db gr. tsj"* lyfrente den penning VIII ten Iyve van Zozine 
van der Cappelle, religieuse in ’t clooster van Hemelsdale inde 


prochie van Wercken, ” — Arch. de la ville de Bruges, Wettelyke 
passeringen, JAN Diere, Reg. de 1559 à 60, 21 Meye 1560, fol. 427. 
()“ In transmigratione refectionalium ad alias aedes… solutum 


XXII s. ” — C. Refect. 1559-60. 


Nombre. 


68 


Depuis ce temps jusqu’à l'érection du séminaire, 
les réfectionaux, après avoir habité plusieurs 
semaines la maison paternelle, furent logés d'abord 
chez le chanoine Brants, puis chez l'écolâtre de 
Vrieze, qui congentirent guccessivement à prendre 
eux-mêmes la direction de l'école et des treize 
pauvres écoliers (*). 


Dans l'imtervalle, la maison de la rue Sainte- 
Walburge, quelque temps inoccupée, fut finalement 
louée à Jacques Luucas (®). 


Le nom seul d'offeium tredeecim pauperum 
refecttonalvum indique guffisamment que treize était 
le chiffre normal des réfectionaux recueillis par 
Pinstitution. Il est probable qu’une raison de 
symbolisme, bien plus que l'exigence du service, 


(!) Appendice II de ce chapitre, ad ann. 1566-71. 

‘«« Magistro Johanni Brants pro expensis Francisci (de Vis- 
schere) destituti choralis pro medio anno cesso 17 Augusti (1567). 
III % gr. ” 

“ Solutum M. Georgio de Vrieze gcholastico pro expensis 
Mathis (Pottiers) destituti"choralis pro medio anno cesso 23 Maii 
1570… III B gr. ”— CC. Chor. 1566-67; 1569-70.— Cfr. C C. Chor. 
1567-68-71. 

« M. Georgio de Vriesescholastico et M. Joanni Brants ad causam 
expensarum et institutionis pro quolibet annue LXVI B par., pro 
anno cesso Joannis Bapt. 1570. VIII® LVIII D par.” 

« M. Georgio de Vriese, ad causam expensarum et institutionis, 
pro anno cesso Joan. Bapt. 1571. VIII LVIII ® par.”— C 0. Ref. 
1569-70; 1570-71. 

(2) “ Quod domum refectionalium nunc vacantem DD. nolentes 
eandem divendi, nisi evidenter in utilitatem puerorum vergere 
posset, ordinarunt eam ad certum tempus locari plus offerenti.”— 
Acta cap. 29 Jan. 1567 (n. 5). 

‘« Receplum a Jacobo Lucas pro locagio domus, tertio ex sex, 
cesso Joan. Bapt. 1570. XLVIII D par.” — C. Ref. 1569-70. 


69 


aura engagé le chapitre à privilégier précisément 
treize enfants pauvres, d'autant plus que ce 
nombre était familier à Saint-Donatien, lorsqu'il 
S’agissait de nécessiteux. C'est ainsi que le jeudi de 
chaque semaine, on distribuait des aumônes à treize 
indigents qui assistaient à la grand’messe, derrière 
le cheeur.C’est ainsi encore que le chanoine Regis fit 
un legs important à l'école Bogaerde, à la condition 
d’y entretenir treize enfants pauvres, et que son 
collègue, Josse Lambrecht, fonda des prébendes en 
faveur de treize vielllards, douze hommes et une 
femme, de l'hospice Saint-Josse, rue des Baudets (!). 


(!) “ Begheere myn huutvaert ende jaerghetyde met datter 
ancleift gimpelicke zonder pompe ghedaen te hebbene in den choor… 
met eenen disch van hondert provene in vleesche, broodt ende 
ghelt ofte in andere waere naer den tyt, elcke provene weerdich 
zynde thien grooten ten behoeve vanden aerme. Van welcke 
hondert provene de derthien aerme die alle donderdaghe commen 
ter hoochmesse bachten choore, mitsgaders de vyf aermen alsdan 
zittende int mandaet, ende de derthien refectionalen vande kercke 
alle commende ter commendacie ende zielmesse van mynen huut- 
vaert ende jaerghetyde voorseid ende aldaer lesende ende biddende 
devotelic ontrent myne sepulture van tbeghin selve tot den hende, 
zullen elo een proven hebben.” — Testamentum Jacobi de Molendino 
17 Octobris 1552. 

«« Item [lego] tredecim illie viris pauperibus feriis quintis ad 
mandatum venientibus, aliisque quinque quibus pedes lavantur 
in ecclesia divi Donatiani summo gacro finito, singulis unum 
solidum grossorum. ” — Testamentwm Franctsci Fiers 1567. 

« Item dat et legat pueris ten Bogaerde hujus oppidi domum sue 
habitationis unacum vicina domo ac omne jus sibi competens in 
domo angulari, quamquidem domum cupit et vult adstatim post 
obitum suum tempore congruo plus offerenti vendi et denarios 
exinde provenientes gubernatoribus seu curatoribus eorumdem 
puerorum ten Bogaerde numerari tradi et deliberari, salvo quod 
dicti gubernatores seu curatores perpetuis futuris temporibus 
tredecim pueros pauperes ad inster fundationis domini temporalis 


Ressources. 


70 


Un état de biens,dresséen 1558(Y), nous donne une 
idée générale des ressources dont disposait l'oeuvre 
des réfectionaux. Elles consistaient principalement 
en 77 Îb 10 s. gr. de rentes annuelles, y comprises 
celles de 48 ÌÎb er. constituées par de Molendino et 
Regis, et celle de 10 Ïb gr. destinée par Regis à 
l'achat d'une maison. En outre, les profits ordi- 
nalres provenant de fondations ou connus sous le 


de Praet, (si vires hujus legati et alterius infrascripti eisdem pueris 
legatì patiantur) alere et intertenere tenebuntur.”’ — Testamentum 
gis. 

‘< Item aengaende het patrimonie goet,… de zelve testateur 
verclaert hoe dat hy daerof heeft in zyn lovene ghedisponeert, eu 
aengaende zyn andre goedinghe heeft die gheghevene metter 
warmer handt, dat men heet donattone inter vivoe, de XIII arme 
mannen ende vrauwe ghefundeert in het godshuis van S* Joos 
inde ezelstraete binnen Brugghe.’’— Testamentum Judoct Lambrecht. 

(1) Voici cet état de biens, en entier : 

‘« De Refectionalen hebben up tofficie van tforein vier hb grooten 
tsjaers den penninck XXIII, zijn III ® gr. 

Up tzelve officie sichtent den XX°" in Septembre 57, III Ib 
III s. III den. gr. tsj'* den penn. XVI zyn 

II ® III s. III d. gr. 

Up de stede van Brugghe III B gr. tsj" den penn. XVI zijn 

III Db gr. 

Up de casselrye van Casgsele en thout van Niepen VIII DB VIs. 
Vlllden. gr.tsj"* den penn. XVIzijn VIIID VIs. VIIId.gr. 

Up den grooten Thol van Brugghe in diversche brieven 
XLVIII D gr. taj"* den penn. XVIII zijn XLVIII b gr. 

Up een hofstede met hondert ghemeten in Watervliet toebe- 
hoorende Mathias Lauryn X B gr. tsj" den pen. XVI ghegheven 
by myn heere Regis om een huus te coopene by de kercke met 
conditien etc. comt X B gr. 

Somme van de losrenten es LXXVII D Xe. gr. tsjaers. 

Ordinaire exeuntien en fundatien bedraghen jaerlicx ontrent 

VIII E VIs. gr. 

Extraordinaire zaken valent estimative 

V of VI gs. gr, aut eo circa. 


71 


nom de ezeuntie, produisaient environ 8 Ìb 6 s. gr, 
et les profits extraordinaires montaient à 5 ou 6 s. gr. 
par an. Enfin, les prébendes en nature attribuées à 
Yoffice dans les diverses tables des pauvres, rappor- 
taient 130 à 140 pains, dans le courant d'une 
année. 


Ex mensa pauperum obitus Joannis Pinnoc patris Joannis 


canonici habent refectionales panes XXVI 
Ex mensa pauperum obitus M. Joannis Pinnoc canonici etiam 
XXVI 
Ex mensa pauperum obitus D. Remigii de Louf canonici etiam 
panes XXVI 
Ex mensa pauperum D. cantoris de Molendino XXVI 
Ex mensa pauperum D. Dommessentpanes XII 


Ex mensa pauperum D°' Panormitani secundum numerum 
canonicorum absentium habent communiter XII vel XVI panes. 

Item in mensis pauperum Joannis Pinnoc, M. Joannis Pinnoc, 
Georgii van der Donc, eius uxoris et aliis, aliquando excrescunt 
unum, duo vel plura signa, secundum numerum canonicorum 
absentium et tunc pro quolibet signo habent duos panes. 





Sequuntur onera toleranda super praemtesis. 

Eerst voor de costen van de XIII refectionalen heeft M* Fran- 
choie du Quesnoy [als hy] scoolmeester was, ghehadt voor elc V 
X s. gr. tsjaers zonder wasschen en wringhen en zonder zommighe 
broon makende jaerlicx LXXI B X s. gr. 

De ordinaire lasten bedraghen noch jaerlicx zonder de jaeren 
als zy nieuwe keerlen hebben of dierghelycke, estimative V Ïb gr. 

Den zancmeester leerende de refectionalen simpel zanck ofte 
ander musycke by ordinancie van myne heeren zal hebben zyn 
devoir doende XX s. gr. tsjaers. 

De nieuwe keerlen die zy moeten hebben Sinte Donues daghe 
LVIII ten lanosten, costen wel met voeringhe scheeren en maken 

IX of X DB gr. 

Ooe moet men onderhouden up huerlieder incommen de bedden, 
slaeplakens, dexels, hemden, overslopen ende guckenien. 

Jeghens paesschen elo zal moeten ooo hebben twee nieuwe 
overslopen. 





72 


Lies comptes, qui concordent généralement avec 
ces données, fournissent le détail des recettes 
ordinaires et extraordinaires. La rubrique, Recepta 
ordinaria, comprend : les ewveuntic de chaque mois; 
la part qui revient aux réfectionaux dans les fon- 
dations de Pierre Bracman et de Remi de Liouf, 
dans les tables des pauvres établies par Jean 
Pinnoc père, le chanoine Jean Pinnoc fils, et R. 
de Louf, dans les obits de Jean Sachiseur et de son 
épouse (Ì); les menus Émoluments que les enfants 
méritaient en assistant à la messe du Saint-Esprit, 
fondée par Jean Meurin, et en portant des torches 
à la fête du très-saint Sacrement, ainsi qu’au ser- 
vice anniversaire, célébré pour le repos des âmes 
du maréchal de France J. de Villiers de l’Isle- 
Adam et de ses compagnons d'armes (®); les deniers 
hebdomadaires payés par l’obédience et les aumônes 
du mercredi et du jeudi de la semaine sainte (%). 


(!) Bien des fondations et tables des pauvres non exprimées par 
les comptes, sont comprises dans les ezeuntice, par exemple celles 
de Philippe van den Berghe, de J. van der Coutere (#), du doyen 
Maro Lauryn, de Georges van der Donck, du prévôt Jean Caron- 
delet, archevêque de Palerme, eto. 

(®) “ Pro missa spiritus Meurin.. XXVI s. par. 

Pro thedis per refectionales in festo Venerabilis Sacramenti 
gestatis.… III s. par. 

Pro thedis in obitu D. de Lilleadam (*) militis per refectionales 
delatis.… LII s. par.” — CO. Ref. 1556-71. 

(2) C'est le seul des trois subsides provisoires, accordés en 1632, 
qui soit continué encore en 1570-71 : — Cfr. plus haut, p. 37. 

(*) Voir Histoire du Séminaire de Bruges, T, IL Doouments, p. 16, 
(*1) J. de Villiers de 1'Iale-Adam avait été tué à Bruges, le 23 Mai 1497, dans la 
révolte des Brugeois contre Phílippe-le-Bon. Le duc condamna la ville à faire oélé- 


brer, à chaque anniversaire de cette date lugubre, un service solennel en l'église de 
Baint-Donatien, =» NaxdoEs, Cours d'histoire nationale, T, 6, pp. 297 ot MG, 


78 


Sous la rubrique, Recepta extraordinaria, sont 
classées deux sources de revenus variables, d'abord, 
les prébendes pécuniaires, régervées proprement 
aux chanoines, mais, en cas d'absence de ceux-ci, 
cédées aux réfectionaux (Ì); ensuite, les libéralités 
de nouveaux bienfaiteurs. 

Parmi les nouveaux bienfaiteurs figurent, entre 
autres (°), J. van der Meulen, P. Dommessent, Josse 
Lambrecht, Claude Carondelet, Thomas Petralbis, 
Josse Baesdorp, Francois Fierset Gérard Bachusius. 

Le grand chantre J. van der Meulen établit trois 
tables des pauvres, deux de 100 prébendes de 
10 d. gr, à dresser le jour de ses funérailles et le 
jour de son premier anniversaire, et une troisième 
de 60 prébendes de 6 8. par., à dresser tous les 
ans, lors de la célébration de son obit. Dans chacune 
de ces distributions, les réfectionaux, ayant droit 
à 13 prébendes, regurent deux fois 8 ib 188. par, 
en argent et 528. par., en nature, et, dans la 
guite, annuellement, 92 s. par., en argent et 26 s., 
par., en nature (®). 


() Voir plus haut, p. 48, où il est question d'une table des pau- 
vres fondée par Josse Lambrecht. 

(2) C'est toujours la pénurie de comptes qui nous oblige à user 
de termes restrictifs. 

(3) “ Item voor eenen disch van tzestich provene te stellene, 
elck weerdich zynde in broode ende ghelde zesse schellinghen par, 
ten daeghe vande jaerghetyde den arme ghedestribueert te wordene, 
compt achtien ponden par., van weloke LX provene… zullen hebben 
de derthien refectionalen ten grave lesende, XIII teekene…” — 
Testamentum de Molendino. — Cfr. p. 69, note 1. 

Pour l’intelligence des calculs, il est nécessaire de se rappeler 
que 1 liyre=—=20 sous; 1 s.—=12 deniers; 1 d,=12 oboles, et que 1 livre 
de gros=12 livres parisis. 


74 


Le chanoine Dommessent (ou Dommissent) insti- 
tua également trois dischen, fixés, l'un, au jour de ses 
obsèques, l'autre, au premier anniversaire et le 
troisième, à perpétuité, au jour de la fête de Notre- 
Dame des sept Douleurs. L'office percut de ce chef 
deux fois 4 Ìb 16 s; par., guoad denarios, et 3 Ìb par, 
en pain, et puis, tous les ans, 24 s. par, qwoad 
denarios, et 12 s. par., en pain ('). 


Dans la mensa pauperum du jeudi après le second 


(!) “ Aussy sera le iour dudict service mis et dressó ung disch 
de 80 prébendes valissant chascune 12 gr. scilicet 4 gr. en pain et 
8 gr. enargent, les quelles seront distribuées à Messieurs doyen 
et chanoines, comme est de coustume; aux 4 cloistres des mendians, 
chascun 2;aucloistre de Castaine Boom 2; aux 13 réfectionaulx 13; 
aux enfants du Bogaert 6; aux filettes 6; la reste à la discrétion des 
exécuteurs à certains ses parens et amys.”’ 

‘“ Et que en la fin de lan au mesme iour ou aultre plus propice 
soit cólébré en l'église St Donas, ung anniversaire en la mesme 
sorte que son dict gervice, hoc est avecque 30 messes, 80 prébendes, 
psalmes et collectes ad sepulchrum.” 

“ Item que incontinent après sa mort hoc est en dedens lan soit 
fondé en l'église de S' Donas ung disch de 60 proves, valissant 
6 gr. la piece, en pain 2 gr. la reste en argent, sur l'obédience le 
denier 24. Lequel disch sera mis au lieu acoustumé, le iour que 
Yon célébrera la messe desept Douleurs par lui fondée, incontinent 
prime chantée, pour demeurer iusques la fin de la dicte messe, et 
distribuer icelle messe achevée. Desquelles proves Messicurs 
auront 18; syx réfectionaulx 6, lesquels seront tenus lire à la sepul- 
ture; quattre cloistres de mendians chascun deux font 8; seur- 
rettes inden Castaine Boom 2; syx pauvres escoliers du Bogaert 6; 
Syx pauvres fillettes 6, roedraghere de chapitre pour sa paine 3; la 
reste numero ll à ses prochains parents, nepveux et niepces et 
enfans d'yceulx et enfans de leurs enfans, à condition de offrir en 
ladicte messe, et, en cas de faulte, seront les proves des défaillans 
distribuées par le roedraghere et taffeldraghere, par moitié, à pauvres 
gens. Faigt et ordonné le 25 d'aoûst 1556. Franchois Dommessent.— 
Testamentwm Francteci Dommessent. 


TT TE a il 


„ge Re 


15 


dimanche de Päques, fondée par Josse Lambrecht, 
les réfectionaux avaient droit, comme les choraux, 
à 6 d. er, soit 6 s. par. (1). 

Les dispositions testamentaires, faites en faveur 
des réfectionaux par Claude Carondelet, semblent 
se rapprocher de celles de van der Meulen et de 
Dommessent. Puisque le compte de 1569-70 accuse 
une recette de 32 8. par., provenant de l'obit du 
prévôt, il est probable que les comptes précédents, 
s’ils existalent, renseigneraient la part des 
réfectionaux dans les tables des pauvres, dressées 
le jour des funérailles et du premier anniversaire. 
On peut conjecturer de même au sujet des libé- 
ralités de Thomas Petralbis, riche Lombard, dont 
obit, d'après le compte de 1569-70, rapportait à 
officium 16 s. par. 

Les chanoines Frangois Fiers, Josse Baesdorp et 
Gérard Bachusius,ancien rector scholarum et gouver- 
neur des réfectionaux, léguèrent respectivement à 
Poeuvre 3 fb 18 s. par., 12 ib par. et 72 Îb par. (®). 

À ces bienfaiteurs connus, il faut ajouter des 
bienfaiteurs anonymes etinvolontaires: en 1570-71, 
les amendes pergues par la cour ecclésiastique et 
montant à 126 Îb par. furent affectées à l'oeuvre 
des réfectionaux (°). 


(!) “ Pro missa Lambrecht Vs. par”. CC. Ref. 1569-70, et 1570-71. 
— Voir p. 48, et note 1. 

(9) C. Ref. 1569-70. 

(5) “ A D. officiali pro tribus amendis in curia spirituali ad utili- 
tatem refectionalium adjudicatis, una de 18 Db par., altera de 48 Ïb, 
et tertia de 60 Db, valet simul 126 Tb par.” 0. Ref, 1570-71.— Autre- 
fois déjà, avant l'organisation définitive de l'oeuvre, le cha- 


76 


Nous tairions un des nombreux titres que de 
Molendino et Regis se sont acquis à la reconnais- 
sance des réfectionaux, gl nous ne rappelions 
ici la promegse faite par ces fondateurs de fournir 
une première fois à leurs protégés, 13 lits neufs 
avec matelas, oreiller et couvertures, 26 paires de 
draps, 183 barrettes, 26 paires de souliers, 39 che- 
mises, 13 chapes chorales, 26 surplis et ceintures. 
Les mortuaires des deux chanoines payèrent à 
office, chacune pour sa part, la somme de 19 ib 
9 s. 8d. gr. (1). 

Enfin J. de Coninck avait, par acte de dernière 
volonté, institué les pauvres, hértiers de tous ses 
biens qui resteraient après solde des legs et dettes. 
Les exécuteurs testamentaires firent de ces biens 
un fonds spécial, appelé cista (caisse) Regis, in 
usum pauperum, où le chapitre put longtemps 
puiser abondamment en faveur des réfectionaux, 
considérés à juste titre comme les pauvres de pré- 
dilection du généreux chanoine. 


pitre avait recours à de semblables industries pour lui venir en 
aide. “ Panitio duorum capellanorum… Solvant 2 D2 d. gr. inusus 
refectionalium ”. — Acta cap. 21 April. 1539 (n. s.). 

()) “ Ter cause voor deerste reise te coopene 13 bedden, orpullen, 
gelaplaken, coutsen, hemden, choorcappen, suckenien, overseloppen 
ende andersins omme de 13 refectionalen vande kercke van St 
Donaes, ende dat over de heltscheede volghende de fundatie van 
den overledene totten onderhouden van de zelve refeotionalen. 
Want dander heltscheede gaet anne M. Jacob de Molendino die 
van ghelycke ghefundeert heeft. Dus hier….19 Db 9 s.8 gr.” — 
Staet ende inventaris van achterhgelaeten goeden van den eersamen 
heere wijlen M. Jacob Regie. 

Ofr. Testamentwm Jacobi de Molendino, où la somme de 19 ® 
9 s, 8 gr, est léguée avec la môme destination. 





Oe 


77 


Une soutane en drap noir, une barrette, un sur- Costúime. 
plis en toile, avec ceinturon et une chape chorale 
composaient le costume des réfectionaux de service 
à Yéglise. La fréquentation du choeur soumet- Rasure. 
tait le réfectional aux règlements touchant la 
rasure. 

En vertu d'une résolution capitulaire du 11 Dé- 
cembre 1559, le peigne et les ciseaux, moins 
dangereux pour les têtes des enfants, rem- 
placèrent le rasoir, et à ancienne barrette succéda 
le bonnet montant, de forme ronde ou plutôt qua- 
drangulaire (*). 

Tandis que les choraux étaient des enfants de ronctions. 
chaur proprement dits, appartenant à la maîtrise, 
lesréfectionaux exergaient les fonctions d’acolytes (°) 
et leur principal emploi consistait à servir les meg- 
ses. Áfin de ne pas perdre un temps précieux pour 
Y'étude, chaque réfectional ne pouvait servir qu'une 
Seule messe par jour, et lorsque les treize ne suffi- 
galent pas à la besogne, les virgifert chort ou 
d'autres officiers inférieurs de I'église étaient requis 
pour y suppléer. Dans les messes solennelles, un 
des refectionales tenait la patène, depuis la fin de 


(!) Histovre du Séminaire de Bruges, T. II, pp. 40 et 91. 

‘* DD. ordinarunt quod refectionalium capilli deïnceps super 
pectinem tondeantur, quodque gestent pileos rotundos seu potius 
quadrangulares expensis officii emendos. ” — Acta cap. 11 Dec. 1559. 

(®) La résolution capitulaire citée p. 44, note 1, semble attribuer 
aux choraux des emplois qui regardent l'acolytat. Nous pensons 
néanmoins qu'il s'agit là uniquement des fonctions de céroféraire, 
à exercer durant certaines parties de l'office canonial solennel, par 
exemple, aux capitules et aux oraisons de laudes et de vêpres. 





/8 


Yoffertoire jusqu'au commencement du Pater (}). 


Moins versés dans les connaissances musicales 
que les choraux, les réfectionaux étaient chargés 
du chant facile ou plutôt de la lecture du martyro- 
loge et des lecons à matines. C'étaient eux aussi qui, 
les jours d’obit, récitaient les sept psaumes avec les 
litanies sur les tombes des fondateurs: le directoire 
du tabularius renseignait exactement les offices 


(1) Histoire du Séminaire de Bruges, T. II, p. 88. 

‘“< Rector scholarum admonitus gui officii et ut mittat refectionales 
tempestive ad tenendam patenam in summis missig, fuit continua- 
tus.” — Acta cap. 24 Deo. 1555. — Ce détail confirme ce que dit le 
P. LEBRUN (*) touchant la patòne aux messes solennelles: “ Au lieu 
de porter la patène à la sacristie [après la prière offerimus et de ly 
laisser jusqu'à la fraction, elle est gardée par le sous-diacre selon 
le rit romain, ou par un acolyte selon le rit de plusieurs églises…… 
Á Paris... un enfant de choeur, ou un clerc en chape la garde 
dans un bassin d'argent jusqu'à ce que le sous-diacre la prenne au 
commencement du Pater, et la tienne élevée jusqu'à ces mots 
Panem nostrum, pour la donner au diacre qui la montre aussi et la 
remet au prêtre à la fin du Pater. A Notre-Dame de Paris, on se 
gert d'une espèce de chape renversée le devant derrière, dont le 
chaperon, qui se trouve par-devant, est ouvert pour laisser passer 
les bras; on appelle cette espèce de chape un soc. On s'en sert 
aussi à Châlons-sur-Marne, à Tournai, et à Saint-Pierre de Lille, 
où on l'appelle Tabarre.” Employait-on à Bruges, le bassin comme 
à Paris, ou bien le soc, comme à Tournai? D'un côté, les relations 
de Saint-Donatien avec l'église mère de Tournai, militent en faveur 
du soo, et dans ce cas,on peut croire que la cappa choralts des 
réfectionaux avait la forme voulue. D'un autre côté, le texte 
celebrantì in majori altart mimistrent de lance (*), si l'on traduit 
lanx par bassin. semble indiquer l'usage de Paris. 

(*) Erplicatian des prières et des cérémonies de la messe, par le P, LenRUm, prêétre de 
Toratoire, Paris 1829, pp. 254-256. 
(*1) Histoire du Séminaire de Bruges, T, II, p. 88. 


79 


funèbres pendant lesquels les réfectionaux devaient 
se rendre ad tumulum (*). 


Les réfectionales de Saint-Donatien de Bruges, 
distincts des chorales, rappellent les primitivt de 
Notre-Dame de Tournai, distincts eux aussi des 
chorales de cette cathédrale (®), et l'existence, dans 
ces Églises, de deux catégories d'enfants admis à 
leur service, concorde parfaitement avec l’assertion 
de Molanus qui distingue parmi les écoliers des 
collégiales, les symphomaci pueri, vulgairement 
appelés choraules et les pueri dressés aux rites et 
cérémonies ecclésiastiques (%). Une étude minu- 
tieuse des anciens chapitres de Liége (*), Namur 
etc, Établirait peut-être la même distinction d'en- 
fants de choeur et d'acolytes. 


Regis et de Molendino avaient exprimé le voou 
de voir un jour les ressources de oeuvre servir à 
procurer aux réfectionaux les plus méritants le 
bienfait de l'enseignement universitaire. 


(1) “ Ludimagister, monitus quod sollicitior foret circa juven- 
culos in lectura martyrologii et lectionum, continustur.”’ — Acta 
cap. 24 Dec. 1432. Iistoire du Séminaire de Bruges, T. II, pp. 88, 89; 
DE Moro, collection de plans etc. T. 2, fol. 225 et sqq. 

5) F. F. J. Lecouver, Instruction publique au moyen-âge. Les 
enfants de choeur et les Maîtres de musique de la cathédrale de Tournay, 
dans le Messager des sciences historiques, des arts et de la bibliogra- 
phie de Belgique, Gand, 1856, p. 147. 

(2) D. Joannis Morani, S. Th. Lovaniù professorig, pontificit et 
regië librorum censoris, de canonicia Libri treg, ILuovanii 1635, 
pp. 284-285. 

(®) Voir, par exemple, la résolution capitnlaire du 9 Juin 16553: 
“ Ordre aux chorales et duodeni de Saint-Lambert do vivre ensemble 
dans la même habitation que leurs maîtres, in teylleria sue ecclesie. 
— Analectee etc. T. VI, p. 383. 


Faveurs. 


80 


De 1556 à 1571, nous retrouvons les noms de 
trois jeunes gens qui quittent la maison du rector 
scholarum, pour faire leurs études supérieures à 
’Université de Louvain, au moyen de subsides 
accordés par l'officvum refectionalium : ce sont ceux 
de Gilles de Vlieghere, Étudiant de la pédagogie 
du Pore (1562-65), d’ André Hoye (1567-70) et de 
Donatien Desuus (1568-71), élèves de la pédagogie 
du Lis (*). 


(1) “ Exposito per D. Woelaert canonicum quod bursa 4 ® gr, 
annue nuper pro Agidio Volatore refectionali Lovanü obtenta, ad 
presens adhuc vacaret, petens an DD. eundem juvenem mittere et 
pro illius oris expensis quiopiam adhuc contribuere vellent, DD. 
eidem juveni ob indolis et ingenii dexteritatem favere, ipsumque 
ad studia promovere cupientes, concesserunt 3 D gr. annue, ad 
triennium si opus sit, ex cista Regis. *’ 

«<& Audita lectura missivarum Aügidii Volatoris, nuper refec- 
tionalis, D. Kervyno directarum, per quas insequendo suam 
receptionem ad bursam Lovaniensem, lecto, lintheaminibus et aliis 
quibusdam rebus pro prima vice sibi opus esse significabat, DD. 
ordinarunt per dictum D. Kervynum refectionalium receptorem 
transmitti D. Pamelio canonico ibidom agenti, 2 Db 10 s, gr. ex 
cista Regis sumendas. * 

« Lecte fuerunt missive Agidii Volatoris Lovanùü in vim 
bursse obtentee studentis, felici studioram successu ge ad logicam 
ascendisse scribentis ac de necessariis sibi subveniri supplicantis: 
DD. certiores facti ex relatu D. Pamelii, ex 2 Db 10 s. gr. sibi alias 
transmissis pro lecto etc. emendis, adhuc 2 flor. superesse, ordina- 
runt quod eidem Mgidio dicti 2 flor. ad sibi necessaria emenda 
applicandi tradantur. D. Heere libros logic intuitu pietatis et in 
studiorum favorem dare obtulit. * 

«« Lecta supplicatione Andres Hoye refectionalig, eleganti 
carmine ab eo confecta, per quam humiliter postulabat ob paren- 
tum suorum tenuitatem, manus adjutrices sibi porrigi, ad acceden- 
dum Lovaniumatque ibidem gua studia continuandum,perficiendum 
et promovendum, DD. considerantes supplicantem felici ingento 
ac doctrina preeditum et dignum qui in continuationem studiorum 
juvetur, consenserunt quod Lovanii in studüs alatur ad triennium 


81 


Le chapitre, en favorisant ses anciens protégés, 
n'entendait pas faire des prodigahités, pour nourrir 
chez eux des sentiments de vanité et d'orgueil; il 
exigeait que leur promotion ge fît in specte pauperis 
et non pas in specie divitis, Ayant appris que 
Hoyus avait subi l'épreuve préparatoire aux grades 
(actus determinantiae) à linstar des riches, les 
chanoines s'en plaignirent au régent du Lis et lui 
firent connaître leur volonté expresse de voir 
Yex-réfectional promu à l'instar des pauvres. Un 
peu plus tard, ils gignifièrent les mêmes inten- 
tions au sujet de la promotion de Deguus (!). 


vel usque ad gradus magisterii promotionem, conolusionem inve- 
niendee ad hoc pecunie adhuc differentes. Interim petat etiam 
supplicans a R*° Brugensi auxilium. * 

. “Lecto carmine Andres Hoye brevi Lovanium ituri, immensas 

DD. gratias agentis, ob id quod eum ibidem in studiis pro triennio 
vel usque ad magisterii promotionem alere consengerint, DD. in 
6 B gr. annuas consenserunt. ” 

‘ Deliberato mature super contentis supplicationis Donatiani 
Desuus refectionalis, manus adjutrices sibi porrigi postulantis ut 
Lovanii in studiis collocari possit, DD. attenta ipsiug indolis atque 
ingenii dexteritate et preestantia, eidem in favorem studiorum ob 
parentum tenuitatem 6 Pb gr. annue usque ad gradus magisterii 
promotionem addixerunt, mediatim ex cista Regis, mediatim ex 
tribus officiis.”— Acta cap. 9 April, 13 Maii, 2 Dec. 1562; 11 Ang, 
24 Sept. 1567 ; 9 Jul. 1568. 

() “ Perventoad notittam DD. regentem peedagogiee Lilit Lova- 
niensis postulare sibi solvi semiannum expensarum oris Andreso 
Hoye quondam refectionalis, cui DD. ob suam et parentum suorum 
tenuitatem ex mera eleemosyna intuitu felicis ingenii atque indolis 
61b gr. annue ad triennium in favorem studiorum et promotionis 
nuper addixerunt, ita quod in specie pauperis promoveretur, quem 
jam in specie divitis actum determinantie fecisse intellexerunt: 
idem DD. 3 th gr. pro semianno ex cista quondam Regis, prout 
alias capitulariter conclusum existit, dicto regenti ordinarunt 
transmitti atque eidem rescribi quod DD. actum determinantise 

6 


82 


Gilles de Vlieghere obtint la 83° place sur 177 
concurrents dans le concours pour les lignes, en 
1565; Hoye la 15° sur 141, en 1570, et Desuus la 
74° gur 152, en 1571 (}). 

Comme le cours de la Faculté des arts était de 
deux années, et que nos étudiants passèrent à 
Louvain un temps plus long, il est permis de. croire 
que tous trois en revinrent munis du diplôme de 
maître-ès-arts ; cependant, nous n'en avons la 
certitude que pour Gilles de Vlieghere (*). 

Donatien Desuus embrassa l'état ecclésiastique, 
car bientôt après son retour à Bruges, une chapel- 
lenie lui fut conférée par l'évêque Remi Drieux (°). 

Gilles de Vlieghere, après avoir conquis le titre 
de magister artium, revint à Bruges où il exerga 
pendant un peu plus d'un an les fonctions d’hypo- 
didasculus du chanoine Brants, alors rector schola- 


per prefatum Andream in specie divitis trangactum non appro- 
bant, nec etiam aliqua ratione intendunt ultra addictam eleemosy- 
nam quiequam amplius exsolvere, nec intelligunt quod aliter quam 
sub specie pauperis promoveri debeat. *” 

‘“ Decreteo fuerunt litterse testimoniales sub sigillo ad causas, 
quod Donatianus Desuus Lovanii studens ac brevi promovendus, 
aliquot annis fuit unus ex tredecim refectionalibus hujus ecclesiee, 
ad cujus onus nulli admittuntur, aut illius expensis aluntur, nisi 
pauperes, prout idem Donatianus pauper est. Et hoc ut promoveri 
possit in specie pauperis. ” — Acta cap. ò Maii 1568; 18 Dec. 1570. 

(1) Analectes pour servir à U'hastotre ecclésiastigue de la Belgique, 
T. IV, p. 4935; Archives générales du Royaume, Acta facultatia 
artium, ad ann. 1570 et 1571. 

(@) “ Agidio Volatori brevi ad magisterium promovendo, pro 
postrema vice deesse nolentes, DD. concesserunt 21 Rhen. et 16 
stuferos.” — Acta cap. 19 Febr. 1565 (n. s.). 


(3) Acta Driutit, 1 Febr. 1574 (n. 3). 


83 


rwm (). A partir du mois de Décembre 1567, il 
n'est plus fait mention de lui dans les actes capitu- 
laires de Saint-Donatien; seulement, P. Van Male 
nous apprend qu'il cultiva la poésie latine et qu'il 
mourut à Paris (%). 

Nous sommes mieux renseignés sur la carrière 
d'André Hoye, plus connu sous le nom de Hoyus. 

Revenu de Louvain au commencement de 1570, 
il enseigna quelque temps à Bruges, où le philologue 
Frangois Modius suivit ses lecons (°). De 1573 à 
1593, il fut attaché successivement, en qualité de 
régent, au collegium Martanum d’ Arras et au col- 
lège de Béthune (*). 


Jacques Pamelius, chanoine de Saint-Donatien, 
et depuis un an exilé volontaire à Douai, pour cause 
de religion, venait d'éditer les oeuvres de Tertullien 
(1579). En vue d'une nouvelle édition, il pria son 
ancien protégé, André Hoyus, de donner des notes 


(!) Voir: Appendice II de ce chapitre, ad ann, 1566. 

(2) Levensbeschrijving der geleerde en door kunst vermaerde Brug- 
gelingen.— Bibliothèque de la ville de Courtrai, (fonds: GOETHALS). 

() “ Testes mihi. Modiue denique, meus olim Brugis discipu- 
lus.” — Lettre de Hoyus à Juste-Lipse,dans le Sylloges epistolarum 
de P. BurMan, I,epist. 625. — Forrens (Bibliotheca Belgica), dit que 
Modius, encore jeune, fut l'élève d'André Hoyus à Douai. Il se 
trompe, car Hoyus ne devint professeur à l'université qu'en 1593, 
alors que Modius était âgóé de 47 ans. 

(f) “ Certa patriae,…. mox in summas calamitates prolapsurae 
praesagia, me in Atrebates, gentem… religiogiorem… extruserunt: 
ubi jam per annos prope viginti,… publicam instituendae juventuti 
operam dedi, nuper‚… gingulari Dei beneficio,ad hanc regiam apud 
Doacenos graecarum litterarum professionem…. provectus. ” — 
Lettre à Juste Lipse, citée plus haat et datée: * Duaci, prid. Id. 
Octobris 1593.” — ForPens, Bibliotheca Belgica, V° Andreas Hoyus. 





84 


philologiquesexpliquantlesexpressions proverbiales 
de l'écrivain carthaginois. Le régent d’ Arras (!) se 
fit un devoir de reconnaissance d'accéder au désir de 
son Mécène, et lui présenta le fruit de son travail 
en 1583, sous le titre de: Proverbiales formulae toto 


opere hoc Tertulianico contentae, brevibus scholiis 
llustratae (®). 


Pendant son séjour à Béthune, Hoyus publia ses 
prémices poétiques : Mattheus, et Machabaeus, sive 
constantia : tragoedivae sacrae. Auctore Andrea Hoio 
Brugenst. Accessere aliquot eiusdem auctoris elegiae 
et diversi generis poemata.Duaci 1587(%). La première 
tragédie, Mattheus, retrace les travaux apostoliques 
et le martyre de S. Mathieu en Éthiopie. La pièce 
contient quelques bons vers, mais l'unité d'action 
fait défaut, et le dialogue manque de vivacité (*). 


(!) “ Apud Atrebates, Kalend. Januarii 1583. ” — Dédicace des 
Proverbiales formulae etc. 


(®) Les Proverbiales formulas parurent, pour la première fois, 
dans le Tertullien de Pamelius, imprimóé en 1584 à Anvers, chez 
Plantin. Dans lédition, que nous avons sous les yeux; 
Q. Septimt Florentie Tertuliant Carthaginenste presbyteri opera 
omnia per Jacobum Pamelium illustrata in quingue tomos divisa, 
(Rothomagi, 1662), ces notes occupent les pages 58 à 77 de 
Yintroduction qui précède le corps de l’ouvrage. Nous y trouvons 
également, pp. 13-15 : In Tertultanum D. Jacobi Pamelii Brugeneis 
opera restitutum, Andreo Hoii Brugensis epigramma, quo singuloruur 
librorum, qui hoe quinque pertito opere continentur, argumentu es 
ordine indicantur. C'est une courte indication, en 141 vers, des ma- 
tières traitées dans les diverses oeuvres de Tertullien. 

(5) La dédicace du Mattheus à Jean et Charles de Ghistelles, ct 
celle da Machatbarus à Charles de Bernemicourt, sont datées de 
«< Betuneae Atrehatium. ” 

(°) Appréciation de M. L. Roerscu, professeur de l'université de 
Liège, dans la Biographie nationale, publiée par Uacadémie royale 
dee sciences, des lettres et des beauw-arte de Belgique, Bruxelles 1886-87, 


85 


La seconde, Machabaeus, sive constantia, met 
en scène la courageuse fermeté des sept frères, et 
Fauteur salue dans le triomphe de Judas Machabée 
image de la Flandre délivrée de l'oppression 
hérétique. 

Suivent dix-sept élégies, adressées, pour la plu- 
part, à des amis du poète, entre autres, à Francois 
Moschus, prètre, poète et prédicateur, (1,2,3,4,17); 
à Frédéric Jamotius, médecin et hittérateur, de 
Béthune, qui invitait souvent Hoyus à sa maison 
de cgmpagne (5, 6); à Antoine Meierug, directeur 
du collège d'Arras (7,8) et à Philippe de Noir- 
carmes, le vainqueur des rebelles confédérés à 
Tournai et Valenciennes (10). Un dernier poème 
célèbre un combat naval près des îles Agores en 1582. 

Après avoir rempli pendant près de vingt ans 
les obscures fonctions de régent de collège, 
lex-réfectional de Saint-Donatien fut appelé à 
se produire sur un théâtre plus élevé. En 
1593, 1l quitta Béthune pour aller occuper, à 
luniversité de Douai, la chaire de littérature 
grecque et latine, d'éloquence et d'histoire (!). Lia 
nouvelle carrière de Hoyus dura trente-sept ans. 
Un de ses élèves, Valère André, dit avoir écouté 


Árt. Hoye (André van) p. 570. — Balthazar Sculin, doyen de Saint- 
Amé de Douai et licencié-ès-décrets, donne son approbation en 
ces termes: “ Tragoediae hae duae doctae et lepidae gunt, nec 
minus piae; ac dignae quae typis commendentur; ut etiam 
Elegiae adjunctae et Poëmata. ” 

(!) Voir plus bas les titres et les approbations des ouvrages 
d'André Hoyus. 


86 


avec plaisir (!). A défaut d'autres tÉémoignages 
touchant le professeur, les travaux de tous genres 
qu'il nous a laissés dénotent chez lui une activité 
et une érudition peu communes. 

Pamelius, en éditant les couvres de saint Cyprien 
et de Tertullien, s’était inspiré de lapostolique 
désir de confirmer les catholiques dans leur fo1 et 
de frayer aux protestants le chemin du retour à 
Funité romaine, par l'exposé des doctrines et des 
rites de l’Église au III* siècle, en tout conformes 
. aux doctrines et aux rites de l'Eglise au XVI° 
siècle (*). A son exemple, Frangois Moschus, alors 


(1) “Quem biennio fere toto cum graecas tum latinas docentem 
litteras libenter audivi.” — VaLeRIUS ANDREAS, Bibliotheca Belgica, 
V® Andreas Hovus. 

(°) “ Quum enim reducendis ad mentem sectariig, quive ab illis, 
prò dolor, sgeducti sunt, pharmacum aptius aliuude depromi 
nequeat quam ex apotheca antiquitatis ecclesiasticae; si quis 
profecto veterum Patrum, iste [Cyprianus] vel maxime, non 
unius modi, sed omnis generis suppeditare poterit. Exempli gratia. 
Si de Romani Pontificis primatu sit controversia, abunde satis- 
fecerint Epistola LV quae est 7 ad Cornelium, et liber de Unitate 
Eecelesiae, ubi tum primatum Petro datum et super illo aedificatam 
a Christo Ecclesiam adserit, tum Petri cathedram principalem 
Ecclesiam dicit,et non aliunde haereges oboriri et schismata, quam 
inde quod uni in ecclesia vice Christi judici non obtemperetur. 
Si de sanctorum in coelis cum Christo jam regnantium invocatione 
dubitetur,… sì de Martyrum festis,.… sì de suffragiis defunctorum 
disceptet quispiam,… sì de Purgatorio, st de confessione sacra- 
mentali quam auricularem nuncupant, incidat disputatio,…. sì de 
augustissimo Eucharistiae sacrificio.… etc. ” — D. Cecilii Cypriant 
Oarthaginiensie epiecopi.…. opera. Adnotationes Jacobi Pamelii... 
Parisiis 1574. Epistola dedicatoria. 

« Certe quum antiquitate potissirmaum adversus omnes haereses, 
vel ipso Tertuliano teste praescribi debeat; non aliunde magis 
fidei catholicae articulos hodie controversos, aut Ecclesiae ritus et 
traditiones antiquas confirmari, quam ex nostro auctore, posthac, 


87 


curé d' Armentières, se proposait de publier les 
Historiae de Jacques de Vitry, dans le but de 
fournir aux catholiques des armes contre l’hérésie 
de Luther, qui avait tant d'erreurs communes 
avec celles de Mahomet réfutées par le savant 
cardinal (!). 

Comme Hoyus avait apporté sa pierre à l’édifice 
du Tertullien de Pamelins, de même il prêtera son 
concours à Moschus, et d'autant plus volontiers que 
cet ami avait daigné tenir sur les fonts baptismaux 


opinor, judicabit aequus lector, si diligentius penitiusque illum 
introspexerit. Âmplius dico, ex solo fere hoc auctore confici posse 
jastum catechismum : qui sufficiat tum ad catechizandos rudiores 
quoque fideles tum ad reducendos eos, qui fortassis a recta fide 
deviarunt etc.” — Epistola dedicatoria du Tertullien de Pamelius, 
édition de 1626. 

(!) “ Nonnulla subtexam de hujus operis utilitate, quae sane 
multiplex est. :4 Ad christianae religionis incrementum, et 
haereseon extirpationem non parum habet ponderis. Hinc enim 
perspiciet lector, qui fuerit, illo saeculo, Dei sacrorumque cultus a 
majoribus acceptus, et constantissime retentus. Hinc etiam videbit 
quam foeda, quamgque rectae rationi dissentanea fuerit tum vita 
tum doctrina Mahometi. Hinc arma quoque sumet in alios haere- 
ticos Mahometo posteriores, ut in Luteranos aliosque Evangelicos 
pseudoprophetas. Habet enim Luterismus non pauca falsao 
doctrinae capita cum Mahometismo communia, quae fere sita 
sunt aut in religionis novatione, aut in rituum mutatione… etc.” — 
JacoBI DE VITRIACO primum Acconensis, deinde Tusculani episcopt et 
Se Eccl. B. cardinalis, sedisque Apostolicae,in Terra sancta, in Imperio, 
in Francia olim legati, LiBRI Duo. Quorum prior ORIENTALIS, sive 
HIEROSOLYMITANAE : alder OCCIDENTALIS historiae nomine inecribitur. 
Omnia nune primum studio et opera D. Francisci Moschi Nivigellatie 
IT. Of. el Armentarianorum curionie, 6 tenebrie et eitu in lucem edita. 
Duaci, 1597, 





88 


son enfant Francois (}). En signe de gratitude, 1l 
collationna donc le travail de l'éditeur avec le 
manuserit original du monastère d’ Oignies, corrigea 
les fautes typographiques, donna une explication 
des mots les plus difficiles employés par l'écrivain 
du XII° siècle et composa la biographie de Jacques 
de Vitry (®. Cette biographie, insérée dans la 
publication de Moschus, est intitulée : Vita D. Jacob? 
de Vitriaco, ex diversis scriptoribus, maavmam vero 
partem ex Thoma Cantipratensi collecta, per Andr. 
Hovum Brug. Pr. gr. 

Bien avant son départ de Béthune, Hoyus, 
poussé par Pamelius (®), avait entrepris de composer 
une paraphrase poétique des prophéties d’ Ezéchiel. 
L'ouvrage fut terminé à Douai, et parut sous ce 
titre: Ezechiel propheta, paraphrasi poetica 1llus- 
bratus, et in VI libros tributus. Auctore Andrea Hovo 
Brugense, regio graecarum litterarum apud Dua- 


(ì) “ Andr. Hoius, Francisco Moscho compatrì suo, 8. ” — 


Dédicace de la Vita etc. 

“ Andr. Hoius Brug. reg. graecae litteraturae apud Duac. prof. 
honoratissimo D. Francisco Moscho, I. U. licentiato et Armen- 
tarianae ecclesiae pastori, compatri guo longe carissimo. ” — 
Dédicace des notes explicatives, p. 458. 

(2) “ Hosce historiarum D. Jacobi de Vitriaco libros, ex vetusto 
membranaceo exemplari, quod in Oegniacensi Augustinianorum 
S. Nicolai monasterio adservatur, opera et sumptibus D. Francisci 
Moschi diligenter descriptos, et ab And, Hoio fideliter collatos et 
emendatos, utiliter typis excudi posse censeo. Duaci, 21 August. 
1596. Guirrermus EsrIius, sacrae theologtae doctor et professor 
ordinarius.” 

(®) “ Pamelio suasore opus hoe guscepimus olim, 

Praereptum Audomarus quem gemit usque patrem."—Dédicace 
de l'Brechiel,= Or Pamelius mourut à Mons,le 19 Septembre 1587, 


89 


censes professore. Accesserunt orationes tres; 1° de 
novae apud Europaeos monarchtae pro tempore et ad 
unfringendam Turcicae dominationis impotentiam 
et ad stabilhendum chr. rel. stutum utilitate; 2° de 
Gallicanis Capetiae stirpis regibus, satyra sive 
somnvums; 3° de gentis urbisque Atrebatium laudibus 
panegyrica: vtem Duacum et Betunea. Duaci 1598(!). 

Lie paraphraste divige les quarante-huit chapitres 
d’Ezéchiel en six livres. 

Le premier livre (chap. 1-11) (?) comprend la 
mission prophétique du fils de Busi, sa prédiction 
du siège et de la famine de Jérusalem, de la cap- 
tivité et de la digpersion du peuple, juste châtiment 
des crimes commis dans la ville et dans le temple. Le 
deuxième livre (chap. 12-19) (%) expose les repro- 
ches adressés par le voyant au roi et aux faux 
prophètes,puis les punitions réservéeg au chef de la 
nation et aux séducteurs. L'explication des images 
hardies figurant la dévastation du pays de Juda et 
de Jérusalem, fournit la matière du troisième livre 
(chap. 20-24) (*).Lie quatrième livre (chap. 25-32) (?) 


(1) C'est le titre donné par M.L. Roenscu, (Biographwe nationale), 
d'après H.…K. Durmiveug dans sa Bibliographie douaisienne, 
L'exemplaire mis à notre disposition porte également le millésime 
1598, mais son titre s'arrête avant le mot Accesserunt, et son 
texte ne comprend pas les Oratrones tree. 

(2) Dédié au cardinal César Baronius, le cólèbre auteur des 
Annales ecolesiastict. 

(5) Dédié à Mathieu Moulart, évêque d' Arras, 

(®) Dédié à l'évêque de Bruges, Mathias Lambrecht. 

(*) Dédié à Jacques Blazeous, évque nommé de Namur, oom: 
patriote d'André Hoyus 


90 


contient les prophéties contre les Ammonites, les 
Moabites, les Iduméens, les Philistins, les villes 
de Tyr et de Sidon, et les Égyptiens. Le cinquième 
livre (chap. 33-39) (1) se compose des avertisge- 
ments que le prophète adresse aux juifs après 
la ruine de la Cité sainte, et des consolations qu'il 
leur apporte, en prédisant le retour du peuple 
choisi dans la terre promise. Enfin le sixième livre 
(chap. 40-48) (°) retrace la peinture de la Jérusalem 
nouvelle, de l'Église du Christ, sous la magnifique 
description de la ville et du temple. 

À la fin de ouvrage, l'auteur donne des notes 
explicatives et quelques extraits d'écrivains anciens 
concernant Ezéchiel (*). 


Ce travail parait être un des plus beaux fruits 
du talent poétique de Hoyus et de ges connaissances 
des langues et des livres saints. 


Les vers en sont coulants, le style en est élevé, 
mais sans enflure, comme l'exigeait l'original (*). 
Äussi les éloges et les félicitations ne firent pas 
défaut au poète; témoin les nombreuses poésies 


(1) Dédié à Michel d'Esne, évêque nommé de Tournai. 

(®) Dédié à Francois Moschus, curé d' Armentières et chanoine 
de S.-Piat, de Seclin. 

(3) Notae in poeticam Ezechtelie prophetae paraphrasim, quibus ea 
explieantur, quae eù hebraeis, et praesertim LXX. Interpp. ad clario- 
rem sententiae enarrationem, supra vulgatam Latinorum verstonem, 
ewnt depromta : et loca nonnulla lustrantur. — Elogia quorwndam 
scriptorum de Ezechiele propheta, ew quibus et vita ejusdem et vaticinis 
argwmentum lucie non-nihil acciptunt, 

(OM. L. Rorrscr, dans la Biographie nationale.—Esrrus, le grand 
commentateur des Saintes Éoritures, se sert, dans son approbation, 
des termes; “ opus doote elaboratum.”’ 


91 


grecques et latines que lui adressèrent ses amis et 
qui sont insérées dans l'édition de 1’ Pzechiel (4). 


Hoyus ne s’adonnait pas exclusivement à ces 
travaux relevés; il savait aussi, à l'occasion, prendre 
le rôle plus modeste de traducteur. C'est ainsi que 
nous avons de lui: 

De vmtatione Dominae nostrae gloriosae Virginis 
et Deiparae Mariae. Auctore R. P. Francisco Aria, 
Societatis Jesu presbytero. Nunc e gallico in latinum 
sermonem conversus per Andream Hoium Brugensem. 
Antverpiae, 1602 (®). 

Meditationes super sacrosancta Dom. N. Jesu 
Christi passione, cum artificio meditationis inibì 
instituendae, auctore R. P. et Doct. D, Gaspart 
Loartio Soc. Jesu presbytero, eadem nunc primum e 
gallico in latinum sermonem conversa et wndevigintt 


(5) Il n'y en a pas moins de douze: Fr. Moschus, Guillaume 
Warlincurius, Antoine Meierus et son fils Philippe, Simon 
Ogeriug, Pierre Jamotius, fils de Frédéric, les Jéguites Robert 
Svertius et Charles Goegsinus, envoient des carmina à leur ami. 
Jean Silvius et Frédéric Jamotius célèbrent le paraphraste en 
vers latins et grecs. Quelques-uns se servent même de termes 
enthousiastes, par exemple, Jean Silvius: “ In heroicam Andreae 
Hoii peradmirabilem abstruseorum magni Ezechielie oraculorum 
enarrationem ” ; Fr. Jamotius: “ In doctissimum virwm Andream 
Hoiun, Ezechielie prophetae paraphrasten, Federici Jamotië medici, 
carmen pindaricum ”; Simon Ogerius : “ In Andreae Hoiù Brugenstie 
viri doctiesimi, ac poetae praestantiesimi Ezechielem, Simonte Ogerit 
Audomaropolitae carmen. ” 

(*) Voir Ave. pe Backer, Bibliothèque des écrivains de la Oom- 
pagnie de Jésus, Liòge et Paris, 1869-76, Vol. I, col. 280. — 
M. L. RorrscH donne un autre titre: Fr. Ariae de umitatkone 
B. Martae libellus latine versus. Antverpiae, 1602. 


92 


hezastichts ad. singulas tcones dllustrata per Andream 
Hoium Brugensem. Duaci, 1605 (*). 

Les trois ouvrages suivants ont plus de rapport 
avec la position de professeur de Hoyus : 

Orthoepeia sive de germana ac recta linguae 
graecae, et obiter latinae pronuntiatione. Pleraque, 
praeter vett. grammaticos et rhetores, ex Aldo avo, 
Scaligero patre, Ang. Caninio, Ad. Mekercho, Jo. 
Checo, Frid. Sylburgio, aliisque ; et quoad latina ez 
Just. Lapsio, excerpta. Concinniore serie digesta, 
ampliter aucta et aliunde illustrata. Opera Andreae 
Hou Brug. Accessere ejusdem dissertatiunculae: de 
caussts corruptae pronuntiationis; de dialectorum 
graecae linguae sedibus ac colonius; de Graeca Hagio- 
graphorum editione. Duaci 1620. 

C'est, on le voit, une simple compilation; la plus 
grande partie de l'ouvrage est copiée du traité 
d’ Adolphe de Meetkerke, impriméà Bruges en 1565. 

Oratio in funere sereniss. principis Alberti, 
archiducts Austriae, Burgundiae Brabantiaeque 
ductie, Flandriae comitis, ete. Quod augustae et 
aeviternae ejusdem memoriae Academia Duacena, 


(!) Voir Ava. DE BACKER, l. c., Vol. II, col. 769. — Un exem- 
plaire, sans date, est cité par M. L. RorrscH sous ce titre: 
Gasp. Loartit Meditationee in Passionem Christi, e gallico in 
sermonem lalinum versaa tetrastichis adornavit Andr. Hoyus. Duaci. 
— L'ouvrage figure aussi dans le recueil intitulé: 

Opuscula pia, eve meditationum de vita D. N. Teeu Christi eiusg. 
Matris et Virginis Mariae, de Sacro Eucharistiae Sacramento, de LIIT 
hominie novieetmie, item de Passione eiusdem D. N. Iesu Ohriett, 
auctortbus R.Rdie e Soc. Iesu patribue Prioris quidem partie Luca 
Penello alteriuse vero Taspari Loartio, interpretibue dlliue R. P. Ioan. 
Buseo, hutus And. Hoio Brugensi. Duaci, 1606. — Voir Áuo. DE 
BAokKsB, 1, c., Vol. II, col, 769. 


98. 


vie Non. mrx®® ae MDOXXT. celebrandum euravit. 
Habita in scholis publicis ab Andr. Hoio Brug. regio 
linguarum ibidem prof. Duaci 1621. L'université 
trouva sans doute naturel de confier l'éloge funè- 
bre de l'archiduc Albert au professeur d'éloquence 
qui maniait avec tant de facilité la langue latine. 

Historia universa, sacra et profana. Illa quidem 
eze sacris, quae vocant, bibliis, eorumque interpretibus: 
haec vero eidem, qua deficit, succidanea ; ex graecis, 
hebraeis, latinis, aliisque probatissimae fide scri- 
ptoribus, accurate, ac fideliter delibata : et perpetua 
aetatum, sive ab orb. cond. ad Christi Domini 
natalem, annorum, rerumque gestarum, serie digesta, 
et in II Tomos tributa. Auctore D. Andrea Hoo 
Brugense, regio, in Academia Duacena, eloquentrae 
et historiarum professore. Duaci 1629. — In-folio, 
T. I, 458 pp. T. II, 692 pp. 

Le premier volume, dédié au cardinal Ferdinand 
archidue d’ Autriche, comprend l'histoire univer- 
selle depuis la création du monde jusqu'à Alexan- 
dre-le-grand; le second, dédié à l'archevêque de 
Malines, Jacques Boonen, s'étend depuis Alexandre- 
le-grand jusqu’à la naissance de Jésus-Christ. Dans 
cette dernière dédicace, l'auteur se plaît à rappeler 
son ancienne condition d’écolier de Saint-Donatien 
et la reconnaissance qu'il doit au chanoine van ° 
Eetvelde, grand-oncle maternel du prélat ('). Les 


() “N. Eetveldium, ad S. Donatiani, Brugis canonicum, virum 
veneranda tum canitie et auctoritate gravem, puer olim, et ejus- 
dem ecclesige scholreque alumnus, venerari memini; et munificum, 
in ceteris, studiorum meorum fautorem experiri. ” — Mistorva 
universa, T, IT, Epistola dedicatoria, 





04 


gentiments pieux de \’historien lui font mettre le 
fruit de ses labeurs sous la protection du Christ, 
roi des siècles, de la Vierge Marie, étoile de la mer, 
et de l'archange Raphaël, guide des voyageurs (!). 

Suivant l’'habitude de l'époque, les événements 
y sont disposés par années indiquées au haut des 
pages. La critique fait défaut, mais le livre est 
utile par la masse des faits qui y sont accumulés (®). 


(ij) VOTA AUCTOEIS. 

Christo Deo, Domino et. Servatori. 
A Te principium; tibi desinit, optime Christe, 
Christe, salus hominum et summi Sapientia Patris. 
In te, Principio, coelum Deus, et sola terrae 
Condidit; et quidquid complexu utriusque tenetur. 
Te duce, perpetuo revoluta tenore cucurrit 
Aetatum series, et succidanea regna: 

B. Virgins Deiparae Mariae. 
Tu quoque, sancta Dei genetrix, fidissima nautis 
Stella maris : tu me tot tempestatibus actum, 
Dum res omni aevo gestas comprehendere conor ; 
Per varios casus, per tot discrimina rerum, 
Duxisti: et fessum optata statione locasti. 
B. Raphael archangelo. 


Nec me, dux divine, tui meminisse pigebit, 
Certa viatorum cura et tutella, Raphael. 
Etc... 

(9) M. L. Rorrscar 1. ce. — Voici l'approbation donnée par Gaspar 
Nemiugs, S. T. D., professeur à l'université de Douai: ‘“ Haec histo- 
ria universa. auctore clar. viro Andrea Hoio, regio linguarum, sive 
eloquentiae et historiarum, etc. in Academia Duacena professore, 
eleganti stylo, insigni diligentia ac labore, accuratoque judicio, per- 
texta ac digesta, atque a me. diligenter lecta et recensa : non modo 
nihil, quod catholicae fidei, aut bonis moribus adversetur, conti- 
nere aut adserere: sed ad reconditiorem et scriptorum et rerum omni 
aevo, totoque orbe gestarum, intelligentiam, et chronologiae etiam 
rationem investigandam, plurimum conducere deprehensa est. ”’ 





98 


Gérard Corselius, ancien professeur de Louvain, 
alors membre du grand Conseil, avait procuré à 
Hoyus le privilège royal pour limpression de 
Historia universa. En reconnaissance, celui-ci lui 
dédia l'appendice de sa grande histoire, dont 
voici le titre: Appendiz ad unwversam historvam 
sacram et profanam: qua comprehenduntur, excerpta 
historiae Orosianae: syve chronologia ex» histortarum 
P, Orosiù libris contertu. De VII Romanorum 
regibus, eorwmque rebus gestis, observata temporum 
ratione, syntagma. Orattiones III eodem pertinentes. 
1. De Mardochaei, qui reginae Estherae patruus, 
pietate, et laudabilt adversus Amanem theomachum 
constantia. IT De social Judae Machabaei federe 
cum Romanis. III De Pharisaeis, vetere et praepo- 
tente. apud Judaeos secta. Auctore eodum Andrea 
Hoio Brugense, regio, in Academia Duacena, 
eloquentiae et historiarum professore. Duaci 1629 (*). 

On trouve encore des poésies de Hoyus dans une 
foule d'autres ouvrages (°). 


(1) Mathias Naveus, S. T. D., chanoine de Seclin, et curé de 
S.-Pierre à Douai, approuve l'ouvrage en ces termes: ‘“Haec chrono- 
logia. opera D. Andr. Hoii, linguarum in alma Universitate 
Dauacena regii, clarissimique professoris, nihil religioni catholicae 
aut bonis moribus repugnans continent, et ob raram rerum anti- 
quarum notitiam, multiplicemque utilitatem, praeli beneficio lucem 
merentur publicam. ”” 

(?) Par exemple, dans : Srm. CauLERIUS, Rhetorica, 1594 ; DerIC1ag 
poetarum Belg. 1614, Tom. II; Just. HARDUYN, Goddel. lof-sanghen, 
1620; Fgep. JaMotius, Poemata, 1593; Just. Lrrsius, Epistolae, 
1605, Fauna postuma, 1613, et, Opera, 1637; ANT. Meierus, Ureus, sive 
de rebus divi Vedasti, 1580, et Cato christianuse, 1598; Er. PurEaANus, 
Epistolae, 1662; Arn. pe Rarsse, Ad natules sanctorum Belgii Jo. 
Molani auctarium, 1626, et Hierogazophylacium, 1628; Just. Rycxius, 


96 


André Hoyus ne gurvécut que deux ans à la publi- 
cation de son histoire universelle. Il mourut à Douai, 
en 1631. Son fils Timothée (Ì), prêtre de 1 Oratoire, 
ancien secrétaire de Monseigneur Boonen (2), lui 
guceéda dans sa chaire de la Faculté des arts. 


Nous ne résistons pas au désir de faire revivre les 
traits de l'humble réfectional devenu professeur 
à l'université de Douai, et dont la constante piété, 
la parfaite orthodoxie, l'infatigable ardeur au 
travail font honneur à l'école chapitrale de Saint- 
Donatien. 


Ce portrait, dû au burin de Martin Baes, et qui 
ge trouve en tête de 1’ Historia universa, est accom- 
pagné des vers suivants de Simon Nepos, professeur 
de Pandectes, collègue d' André Hoyus: 


ÍN EFFIGIEM ET OPUS HISTORICUM 
Ol. V. Andreae Hoi, professors. 


Caetera praetrepido maestum de gutture murmur 
Singultusve, avium saecla, ciere solent ; 

Dum leti pallens oculos circumvolat umbrs. 
Solus, 1ö, cantu funera mulcet, Olor. 

Án non annosum agnoscis, mea Musa, clientem ? 
Cycni caesaries ; par quoque barba viro est. 


Praeludia poetica, 1606, Primitiae epistolicae, 1610, Poemata, 1614, et 
Epistolae, 1615 ; ANT. SANDERUS, Poemata, 1621, et Opuscula minora, 
1651 ; Dausqurus, dans Silii Italiei de bello punica sec. libr. XVII, 
1615; Max. pe VRIENDT, Epigrammata, 1609. 

(!) Bibliothèque de la ville de Douai, Msc. n. 1020, Recueil de 
documents et de pièces diverses, provenant en grande partie de 
M. Prouvarn, T. II, Université de Douai, Faculté des arts, fol. 46. 
D'après ce msc., Timothée serait devenu plus tard curé de Saint- 
Pierre à Douai. 


(@) Voir Historia universa, T, IT, Epistola dedicatoria. 





| B meldden — 

SERPENTIS Prudentia , 
Simplicitasg3 COLVMBA: 
wos datis, INCOCTVM GENEROS OI 
ze PECTVS HONESTO 


: d : Marons Base F. | 
ANDREAS HOYUS, Brugensts, regius, in Academia 
Duacena. linguarum, eloquentia et historiarum professor. 








D Raoux. del Z hth. 


97 


Ut septem decies aevo exsuperarit aristas ; 
Et bis lustra octo proximus adnumeret : 

Infracto, vegetae, perstant in corpore vires ; 
Ullaque vix frontem ruga senilis arat. 

Ingenii vis nulla perit: et mente tenaci, 
Quae legit, docuit, cuncta reposta manent. 

Non dabit hic tristeis elegos, non flebile carmen, 
Non quae deliri, ludrica metra, senes. 

Cycneum sonat ore melos: dulcemque senectam 
Exhilarat, doctos voce sequente sonos. 

Nune ingens exegit opus; primique profanam 
Commisit sacrae, temporis historiam. 

Nil tamen hic, canos praeter, mirere, caducum ; 
Nil, ubi judicium non sibi constet, habes. 

Ipse sacris Rabbi Moises; Xenophonque Pelasgis: 
Est alter Latis, Livius, historiis. 

O qualem, quantumque senem ! visne omnia verbo 
Perstringam ? ANDREAS, quem colis, Horus hic est. 

Simon Nepos, Atrebas I. V. Doctor et in 


Academia Duacena Pandectarum professor 
regius ac ordinarius; accinebat. 


Nous avons les mains pleines de preuves pour 
établir à toute évidence, que institution des cho- 
raux, mais surtout celle des réfectionaux et des 
choraux licenciés, ont toujours produit des minis- 
tres de l'Église, et que les chanoines Regis et de 
Molendino ont réussi à souhait dans le pieux dessein 
de préparer, par leurs libéralités, un champ fertile 
où s’Épanouiraient plus facilement les germes 
des vocations ecclésiastiques et religieuses. 

Pour s'en convaincre, il suffirait déjà de se rap- 
peler ce que nous avons été amené à dire au sujet 
des choraux Philippe Rogerie, Adrien de Landt- 

7 


Vocations ec- 
clésiastiques 
& religieuses. 


98 


heere, Wulfard Hellync, des choraux licenciés 
Jean Flamme, Séverin Baten, Mathias Pottiers et 
du réfectional Donatien Desuus (}). 


Une petite statistique achèvera de prouver notre 
thèse. 


‚ Vocationsec. De 1481, première année de la cohabitation des 
clésiastiques A N 
chez les cho. Choraux avec le maître de chant, à 15/1, époque 
Tar de lérection du séminaire, les noms de 67 enfants 
de choeur sont conservés. Sur ce total, 36 reparais- 
sent comme officiers ou comme bénéficiers de 
'éghse qui abrmta leur enfance. 


Parmi les petits officiers ex-choraux figurent 
4 tabularii chori (®, 4 succentores (3), 1 hypodi- 
dascalus du rector scholarum (+), 20 virgiferi chori (®) 
et 1 custos navis ecclesiae (6). 


Au nombre des autres officiers subalternes 


(!) Voir plus haut, pp. 51, 57, 58, 60 à 63 et. 82. 


(?) Jean Juvenigs, Auguste Deurghys, 1515. 
alias de Jonghe, 1492. Barthélemi Valcke, 16177. 
Jacques Sians, 1539. Roger van den Brande, 1518. 
Frangois Zeghers, Josse van Hulle, 1628. 
alias Aernouts, 1548. Antoine Willaert, 1580. 
Séverin Baten, 1573. Jacques Siens, 1534. 

(?) *Wulfard Hellync, 1523 (*). N.… Waghenaere, 1598. 
“Jacques Siens, 1556. Chrétien Verbaere, 1539. 
“Corneille Croes, 1586. Frangois Zeghers, 
*Séverin Baten, 1597. alias Aernouts, 1542. 

(*) Séverin Baten, 1569. : Pierre Wildeman, 1650. 

(*) Jean Juvenis, 1483. Corneille Croes, 1566. 
Pasquier N.…, 1495. Mathias Pottiers, 1570 
Georges Minne, 1500. Pierre van Maren, 1570. 
Ange Baers, 1611. Francois Arnouts, 157 4. 
Philippe Rogerie, 1511. (®) Ange Baers, 1619. 


Wulfard Hellync, 1613. 


__(*) Nous avons marqué d'un astérisque les noms des pròôtres. 


99 


viennent 4 signatores pulsus horarum (*), 1 clertcus 
turris (®) et 1 clericus sanctuarii (5). 

Quant aux” bénéficiers, les clericr onstallatr 
comptent 18 anciens choraux (*), les chapelains 
de extra chorum, 16 (®), les chapelains de gremio 
chori, 9 (®) et les chanoines, 1 (7). 


(!) Roger van den Brande, 1516. Auguste Deurghys, 1584. 

Ange Baers, 1519. Chrétien Verbaere, 1540. 
Martin de Cock, 1535. Antoine Willaert, 1541. 
Henri Noppe, 1542. Jean van der Piet, 1541, 

(°) Frangois Arnouts, 1584. Jacques Siens, 1542. 

(2) *Corneille Croes, 1585. Frangois Zeghers, 1552. 

(*) Jean Juvenis, 1488. Adrien Relays, 1555. 

Philippe Paillet, 1499. Jean van der Piet, 1561. 
Philippe Rogerie, 1512. *Andrien de Landtheere, 1562- 
Frangois Weylins, 1517. Corneille Croes, 1563. 
Auguste Deurghys, 151%. Pierre Wildeman, 1564. 
Josse van Spiere, 1518. Antoine Diest (*), 1567. 
*Wulfard Hellyno, 1619. Séverin Baten, 1569. 
Barthélemi Valcke, 1522. Pierre l'Hermite, 1672. 
Antoine Willaert, 1634. Frangois Arnouts, 1572. 
Adrien de Landtheere, 1535. (°) *Jean Juvenis, 1506. 
Jacques Siens, 1639. *Philippe Rogerie, 1524. 
Arnold Feye, 16542. “Antoine Willaert, 1538. 
Frangois Zeghers, vWalfard Hellync, av. 1540. 
altas Aernouts, 1546. #Àndrien Relays, 1552. 
Pierre Wildeman, 1555. *Frangois Zeghers, 
Jean Flamme, 1561. alias Aernouts, 1562. 
Árnold Flamme, av. 1570. *Jacques Siens, 1662. 
“Pierre l'Hermite, 1572. “Séverin Baten, 15677. 
Corneille Croes, 1678. “Corneille Croes, 1585. 

($) Josso van Spiere, 1528. (7) *Mathias Pottiers, 1615. 

(*) Nonohstant le refus du chapitre d'accorder Antoine Diest à Michel de Bock 
pour la chapelle royale d'Espagne, (voir p. 63), il paratt que le jeune choral servit 
néanmoins pendant plusieurs années dans la maîtrise de Marguerite de Parme, car 
Bon nom figure parmi les Enfane des rôles de 1503, 1563 et 1565, reproduits par 
M. Edmond van der Straeten, dans La musique aur Pays-Bas avant le XIE? sidcle, 
T. 1, p. 245, et T. VIII, pp. 41, 43, 80, Nous n’hésitons pas à identifier ‘“ Antonie 


Deyst, Antoine Deyst ' (rôles de 1563 et 1565) avec ‘“ Antoine Diest. Aux chapelles 
de Flandres ” (rôle de 1503), et à y reconnaitre notre choral. 


et chez les 
réfectionaux. 


100 


Mentionnons encore 7 possegseurs de bénéfices 
dépendant du patronat du chapitre (!), et nous 
aurons le contingent de clergé que fournirent à 
Saint-Donatien les institutions van der Coutere et 
de Coninck. 

Le chiffre des 67 choraux connus se complète 
en ajoutant aux 36 déjà cités : 3 enfants de choeur 
devenus réfectionaux, 1 religieux, 1 chanoine de 
la collégiale de Notre-Dame à Bruges (°) et 26 
dont les actes capitulaires n’'expriment les noms, 
que pour signaler soit simplement leur admission 
comme choral, soit leur retour vers la maison 
paternelle, soit encore leur placement dans une 
école ou chez un homme de métier. 

Pour les réfectionaux, en remontant de 1571 à 
1582, date de leur première organisation, on ne 
retrouve que les noms de 35 écoliers. Parmi eux, 


(!) Auguste Deurghys, chapelain Notre-Dame à l'hospice du 
de Dudzeele, 1684. Saint-Esprit, de Dixmude, 
Antoine Willaert, custos à 1666, et chapelain de Noordt- 
la léprogserie de la Made- huutde gremio choridel'église 
leine, 1538. paroissiale de Dixmude, 1578. 
Frangois Zeghers, alias Aer- “Adrien de Landtheere, curé 
nouts, chapelain de Dudzeele, d'une des portions de la 
1552. paroisse de Dudzeele, 1569. 
Samuel van Reepinghe, custos Séverin Baten, chapelain de la 
de Dudzeele, 1665, chapellenie dite parvae $ma- 
Corneille Croes, chapelain de ginis, à Damme, 1569. 
() Voir plus bas, p. 107— ““ Mg" Piato Oste rectori scholarum, 


pro alimentis et institutione Petri ’Hermite et Jacobi Lescornet, 
quondam choralium et ob defectum vocis preedicto rectori ad 
erudiendum traditorum… ij B gr. ” — CC. Regis 1557-61. 

‘“« Sequentes sunt promoti ad ordinem subdiaconatus:… 
Jacobus Lescornet accolitus sub titulo prebendae et canonicatus 
B. Marise civitatis Brugen. ” — Archives de la ville de Bruges, 
Arch. Eeeléstastiques, n° 7753 : Registrum ordinatorum et tonsurato- 
rum eub R=e D, Remigio Driutio secundo eptisc. Brugen., 16 Maii 1573. 


101 


nous rencontrons 1 succentor (!), 1 hypodidascalus 
du rector scholarum (®), 6 vorgiferi chorì (9), 1 clericus 
dormitorii (*), 1 clericus installatus (°), 4 chapelains 
de extra chorum (°), 2 chapelains de gremio chori (D), 
1 chanoine (®) et 4 titulaires d'autres bénéfices à 
la collation du chapitre (?). En tenant compte des 
noms qui font double, triple, ou même quadruple 
emploi, cette première série se réduit à 10. 

Dans le registre des ordinations de Remi Drieux 
figure une deuxième série de 10 réfectionaux aux- 
quels l'évêque confère la tonsure en 1569-1571; 
mals nous ne pouvons pas poursuivre leur carrière, 
puisqu’à partir du 10 Avril 1571, ils appartiennent 
au Séminaire (°). 


(*) *Jean de Vlieghere, de choral et de Noordthuut, à Dixmude, 
devena réfectional, 1572. 1677. 
(®) Gilles de Vlieghere, 1666. *Henri Meese, chapelain de 
(°) Thomas van Hecke, 1541. Dudzeele, 1571. 
Jean Bloquin, de choral devenu Frangois de Visschere, rentré 
réfectional, 1559. d'Eversam,(#) custos et scho- 
Henri Meese, 1559. lasticue à l'église de Blan- 
Simon Scoondonck, 1559. kenberghe, 1572. 
Josse Oudtheere, 1563. “Michel Inghelmont, chapelain 
Frangois de Visschere, de cho- de la 1° messe de gremio 
ral devenu réfectional, 1567. chori, à l'église paroiesiale de 
(*) “Henri Meese, 1564. Dixmude, 1574. 
(®) Jean Bloquin, 1551. (!°) Michel Ouef (#!), 1569. 
(°) *Henri Meese, 1566. Jean Troch, ” 
Donatien Decins, 1567. Jean Coppenjans, * 
*Michel Inghelmont, 1569. Gui Heynckens, ” 
Jean de Vlieghere, 1678. Nicolas de Pape, * 
(”) “Henri Meese, 1572. Jacques de Meunick, 1669. 
®Michel Inghelmont, 1574. Pierre Kieckens, " 
(®) *Michel Inghelmont, 1582. Gilles van Swevezeele, *' 
(°) *Jean de Vlieghere, chapelain Frangois Waghers, id 
de Boonen, à Oostkerke, 1668, Pierre Strivent, 1571. 


(*) Voir plus haut, p. 62. 
(*1) Registrum ordinatorum etc. 16, 36 Dec, 1569; 90 Marti 1571 (n. s.). 


102 


Si aux 20 noms mentionnés on ajoute ceux de 
6 religieux, de 2 étudiants à l'université de Lou- 
vain (Ì), et de 6 enfants, dont un meurt réfec- 
tional (®) et 5 quittent l'institution pour motif de 
santé, pour défaut de vocation ecclésiastique ou 
pour d'autres raisons (°), on arrive à parfaire le 
chiffre des 35 réfectionaux connus. 

Nous avons limité nos recherches à l'église de 
Saint-Donatien. Il'est probable qu'étendues à d'au- 
tres églises, elles fourniraient de nouvelles preuves 
de la fertiité de linstitution des choraux et des 
réfectionaux, puisque déjà l'ex-choral Jacques 
Lescornet figure au nombre des prébendiers du 


(1) Voir plus bas, p.108 et plus haut pp. 82, 83, où il est question 
de Desuus et de Hoyus. 

(7) C'est l'officium refecttonalium qui supporte les frais des funé- 
railles: “ Carolus Lupi juvenculus refectionalis hesterna die in 
domo patris sui defunctus ex infirmitate ordinatur crastina die 
mane cum missa de requiem inhumari in ceemeterio expensis 
officii refectionalium.”’ — Acta cap. 10 Martii 1567 (n. s.). 

(9) Voici de quelle manière les réfectionaux prennent congé: 
‘“< Comparens Joannes Rie refectionalis apud quemdam chirurgum 
collocandus valedixit, DD. gratias agens quod eum hactenus in 
scholis tenuissent et alujssent. Unde DD. ei monuerunt ut 
beneficiorum acceptorum memor existat, Deumque oret pro 
fundatoribus et statum ecelesiasticum semper in honore et 
reverentia habeat. *” 

‘“* Comparens in capitulo Gerardus Stratius refectionalis exhibuit 
remonstrationis cedulam qua immensas agit DD. gratias quod eum 
quinqueannorum spatio in scholis ali et litteris institui curaverint, 
simu] valedicens ex quo in servitium canonici Iprensis, R*' Ipreusis 
familiaris, se assumptum asserebat; DD. sibi sueque adepte 
conditioni congratulantes eum abire permiserunt, injuncto gibi 
quod ratione beneficiorum acceptorum pro fundatoribug refec- 
tionalium, dominorumque incolumitate orare memor esset. ” — 
Acta cap. 12 Jun. 1564; 10 Sept. 1565. 


1083 


chapitre de Notre-Dame et que la collégiale de 
Saint-Sauveur compte trois anciens choraux parmi 
ses chanoines, à savoir, Jean Flamme, Mathias 
Pottiers et Corneille Croes (*). 


Tout en nous renfermant dans les mêmes limites, 
interrogeons les documents pour savoir à quel 
degré de la hiérarchie ecclésiastique sont montés 
les anciens écoliers chargés d'un emploi ou pour- 
vus d'un bénéfice à Saint-Donatien. 


Les virgiferi, les signatores pulsus et le custos 
navis ecclestae, officiers de rang inférieur, n'étaient 
probablement que de simples clercs tonsurés, car, 
d'une part, il n'est jamais fait mention d'aucun 
ordre regu par eux, et d'autre part, la corona, 
dont parle le chapitre à propos de la rasure des 
choraux et des réfectionaux, semble avoir été la 
tonsure cléricale (°). 

Les clerici installati Éétaient certainement élevés 
à la cléricature. Non seulement leur nom nous 


(!) Voir plus haut pp. 60, 63, 100, note 2. — “ D. Cornelius Croes 
clericus tenor, canonicatum et prebendam ecclesie S. Salvatoris 
adeptus, valedixit, DD. gratias agens pro eorum beneficiis hactenus 
acceptis, obnixe petens apud eosdem DD. semper commendatus 
haberi,quem DD. audierunt et copiam honesti discessusfecerunt” 
— Acta cap. 20 Jun. 1576. 

(®) En effet, une vingtaine de choraux, lors de leur admission 
comme tels, sont déjà qualifiés du titre de clericue de tel ou tel 
diocèse (voir page 58, note 2), etil n'est pas rare de rencontrer 
dans les comptes des dépenses faites pour payer les frais de lettres 
de tonsure: 

‘“ Datum D. Petro de Corte pro litteris promotionum duorum 
choralium ad tonsuras ceelesiasticas iiij s. ij d. gr.”’—“* Pro litteris 
tonsure cujusdam choralis, ex ordinatione DD. ij s. ij d. gr.” — 


0O. Chor, 1517-19. 





104 


l'indique, mais en outre, lorsque des étrangers, 
c'est à dire des sujets non encore attachés à l'église, 
étaient admis ad stallum, ils devaient produire 
leurs litteras tonsurales, ou bien, s'1ls n'avaient 
pas déjà recu la tonsure, ils s'engageaient à la 
recevoir aux premières ordinations (!). Selon toute 
apparence, ils avaient souvent fait plus que franchir 
le seuil du ganctuaire, puisque parfois on voit des 
prêtres recus comme clercs installés avec la clause 
cum dispensatione quia sacerdos. Ce fut le cas pour 
Wulfard Hellync et Pierre 1 Hermite (°). 

Le temps que les jeunes gens passaient dans 
Fexercice de ces humbles fonctions, était un temps 
de stage et de préparafion aux ordres sacrés. Lia 
promotion à une chapellenie soit de eztra chorum, 
soit du patronat, ou à dn office plus considéré, 
comme par exemple celui de tabularvus, était la 
récompense de leur gervice diligent et de leur 


(!) “ Receptus et admissus fuit Franciscus de Brouckere tenor 
ad stallum, qui prestito juramento, installatus fuit... et exhibuit 
litterag tonsure.”’ 

‘“ Daniel Mathie van Heusden clericug bassus admigsus est ad 
stallum ea lege quod intra mensem exhibeat litteras testimoniales 
sue vite et conversationis, quodquo proxime quatuor temporum 
diebus curet se clericali tongura insigniri, suas desuper litteras 
capitulo exhibendo, sub pena privationis stalli.” 

‘< Ad presentationem venerabilis D. decani, receptus fuit ad 
stallum Laurentius Vos, contratenor, dilatis juramento et instal- 
latione donec testimoniales et tonsurales attulerit.”’ — Acta cap. 
19 April. 1563; 6 Jun. 1569; 16 Jan. 1570 (n. s.). 

(*) Voir p. 58, note 2, 3°. “ Ad presentationem venerabilis D. 
decani, receptus fuit ad stallam D. Petrus l’Hermite Pbr tenor 
quondam choralis hujus ecclesie, cum dispensatione tamen quia 
sacerdos.’ — Acta cap‚ 2 Jun. 1572. 


105 


conduite réglée. Dans ces promotions, la préférence 
était donnée aux anciens élèvesde Saint-Donatien(!). 


Lorsque les aspirants au sacerdoce continuaient 
à donner des signes de véritable vocation, les 
chanoines, après mûr examen, leur accordaient la 
faculté de monter aux saints ordres (°) et bien 
souvent le bénéfice auquel les candidats avaient 
été promus, constituait le titre clérical exigé pour 
la réception du sous-diaconat (*). Une fois élevés à 


(1) En voici un exemple : 

‘« Receptus fuit ad clericatus dormitorii officium Henricus Meese 
et per D. decanum presentatus fuit etiam admissus ad stallum, 
eo potissimum intuitu quod alumnus ecclesie fuerit, quodque 
unius cantoris vices supplere poterit; ad quem effectum eidem 
injunctum eztitit ut quandocumque in rebus capitalum concer- 
nentibus scribendis non occupabitur in cella, continuus in choro 
remaneat ad cantoris sublevamen et se suamque vocem in cantu 
et musica exercendum. ” 

“* Clerico dormitorii [Henrico Meese] in suo turno comparente 
et exhibente supplicationis cedulam, qua in effectu de numero 
expectantium promotionem seu promovendorum per DD. haberi 
reputari et declarari humiliter postulabat, DD. ob bonam illius 
indolem ac quod semper fuerit alumnus ecclesie, nolentes illius 
animum tenere suspensum, sed potius ut bene et fideliter im pos- 
terum ecolesie serviat allicere volentes, eumdem Henricum 
clericum installatum et de numero promotionem expectantium 
geu promovendorum declararunt et declarant per presentes. *” — 
Acta cap. 17 Apr. 1564; 23 Jun. 1565. 

(>) “ Petit Jacobus Siens tabularius chori posse ad ordines 
promoveri. Post deliberationem commissa fuit ejus idoneitas 
Johanni Smout, cui cohabitat et examinatoribus discutienda.” 
— Acta cap. 5 Mars 1544 (n. s.). 

() “ Ad subdiaconatum: Cornelius Croes accolitug sub titulo 
cappellaniee Noordthuut de gremio chori ecclesies parochialis S. 
Nicolai Dixmudensis. 

Michaël Inghelmont accolitus sub titulo capellanise fundatee ad 
altare summum in ecclesia parochiali S. Nicolai oppidi Dixmu- 
densis.” — Registrum ordinatorum etc. 16 Maii 1573. 





106 


la prêtrise, ils pouvaient espérer d’obtenir une 
chapellenie de gremio chori. C'est ainsi que tous 
les ex-choraux et réfectionaux devenus chapelains 
de choeur, étaient prêtres. Le jour de la célébra- 
tion des prémices était pour le chapitre une nou- 
velle occasion de prouver combien 1l avait à coeur 
le bonheur de ses protégés, en leur octroyant des 
présents ou des faveurs (Ì). Disons-le en passant, 
cette sollicitude des chanoines ne s'arrêtait pas 
même là; elle savait encore procurer d’'honnêtes 


(5) “ Supplicanti D. Jacobo Siens, tabulario, quod die Trinitatis 
possit primitias celebrare, cum positione pelvis, in capella eneg, 
annuitur, cui dantur quatuor canne vini ex obedientia, sed quod 
recognoscat ecclesie fabricam. *” 

«DD. consenserunt D. Severino Baten tabule chori deservitori, 
feria 2* Penthecostes suas primitias In capella venerabilis Sacra- 
menti celebrare posse, eidemque presentarunt 1 Db. gr, et sex 
cannas vinì, ex fabrica mediatim et obedientia. *” 

<< Ad petitionem D. Pamele canonici, concessum fuit Michaeli 
Inghelmont capellano de choro nuper ejusdem D. Pamelii famulo, 
sibi adhue cohabitanti, die crastina S'* Michaëlis in capella venera- 
bilis Sacramenti suas primitias celebrare posse, eidem oblationes 
‚ tune obvenientes concedendo. * 

‘« Lecta supplicatione D. Mathie Potiers, nuper choralis, et 
hactenus in seminario educati et litteras edocti, petentis dominica 
proxima, suas primitias, seu primam suam missam posse celebrare 
in sacello venerabilis Sacramenti, post finitum in choro divinum 
officium et gratiam fieri super oblationibus, DD. eidem locum 
petitum atque oblationes in eadem sua prima missa obventuras 
annuerunt. Salvo quod per modum recognitionis fabrice hujus 
ecclesie ex iisdem oblationibus septem grossos exsolvat. Sibique 
ulterius, respectu servitij ut choralis longo tempore prestiti, aliag- 
que ob causas DD. animos provide moventes, XXIIII Ìb par. 
gratiose concesserunt, videlicet XII B. par. ex officio destitutorum, 
III b. par. ex equalitate, IIIT b. par. ex obedientia, et alias 
similes IIII fb. par. ex cista Regis, pro hay vice solvendas. ” — 
Acta cap. 26 Maii 1544; 6 Maii 1573; 28 Sept. 1574; 24 Jul. 1576. 


107 


funérailles aux prêtres, anciens écoliers, qui mou- 
raient dans lindigence (}). 

Quant à Mathias Potiers et Michel Inghelmont, 
chanoines de Saint-Donatien, Jean Flamme et 
Corneille Croes, prébendiers de la collégiale de 
Saint-Sauveur, ils étaient tous revètus de la dignité 
gacerdotale avant d'appartenir au corps capitu- 
laire (®); Jacques Lescornet, membre du chapitre 
de Notre-Dame, fut ordonné sous-diacre, étant 
déjà pourvu de son canonicat (9). 

Les vocations sacerdotales ne sont pas les geuls 
fruits qui mûrissent à l'ombre de Saint-Donatien : 
on voit dans ce sol favorable éclore en même temps 
des vocations religieuses. Presque tous les ordres, 
comptant des maisons à Bruges, y trouvent des 
recrues. | 

L'ex.choral Victor Wildeman (*) devient frère 


(1) “ Et quia defunctus [Jacobus Siens cappellanus de choro) 
longo tempore vite sue bonus, diligens ac fidelis ecclesie servitor 
perpetuo extitit, DD. ob virium domus mortuarie tenuitatem et 
matris defuncti paupertatem, honestas exequias gratis fieri con- 
senserunt et ordinarunt.”’ — Acta cap. 29 Jan. 1565 (n. s.). 

() Voir pp. 60, note 1, 39, 99, 101. 

(3) Voir p. 100, note 2. 

(£) “ Lectaactacapitulari 6 Oct. anni 50 qua DD.intuitu pietatis 
Zigero (Wildeman) chorali tunc dimisso, in favorem studii aut 
operis mechanici per ipsum addiscendi, concesserunt 2 D gr. intra 
biennium ex tunc immediate sequens solvendas, iidem DD. intelli- 
gentes eundem Zigerum die dominica proxima religionem Fratrum 
Guillelmitarum hujus oppidi ingressurum, ordinarunt eidem Zigero 
ex nunc unam et in fine secundi anni alteram B gr. numerari et de 
illis satisfieri ex officio obedientie.” 

“< Fratri Zeghero Wildeman nuper chorali hujus ecclesie, nunc 
religioso domus FF. Guillelmitarum hujus oppidi, primitias suas 
propediem celebraturo, datur in subsidium unus angelotusex tribus 
officiis, fabrica, obedientia et equalitate,” — Acta cap. 16 Maii 1552; 
11 Mart, 1556. 








Vocations 
religieuses. 


108 ; 


Guillelmite. Parmi les anciens réfectionaux,Jean van 
Haese et Gaspar de Jonghe, neveu du célèbre Roger 
de Jonghe, entrent au couvent des Ermites de 
Saint-Augustin (}); Francois Milanus est regu chez 
les Cisterciens de Ter Doest (®; Martin Reubins et 
Georges van den Bussche prennent l'habit de 
Saint- Dominique (*)et Francois Everaerts revêt la 


(1) “ Fratri Johanni van Haese nuper refectionali‘hujus ecclesiee, 
die dominica proxima professionem ordinis S. Augustini in hoc 
oppido emissuro datur in eleemosynam intuitu paupertatis 1 Db gr. 
ex officio refectionalium.”’ 

‘“ Comparens Mg" Rogerius Juvenis, provincialis Áugustinen- 
sium, boneste admodum DD. gratias egit pro Jaspare Juvenis suo 
cognato, refectionale valedicente, eo quod DD. hactenus in studiis 
eum aluissent, quem religionis institutum et habitum monasticum 
ejusdem ordinis Augustinensis brevi suscepturum asserebat,petens 
eidem commodato relinqui vestem suam talarem donec habitum 
monasterii induerit; qusee tunc restituetur. Cui petitioni DD. 
annuerunt, pio juvenis instituto congratulantes, rationem de sibi 
gratificando habituri dum et quando in eodem ordine profitebitur.” 

«« DD. certiores factì, Jasparem Juvenis nuper refectionalem 
hodierna die profiteri in monasterio FF. Áugustiniensium. Idcirco 
juxta promissionem in suo hinc discessu illi factam de sibi gratifi- 
cando et quicquam concedendo, 1 D gr. dari et presentari ordina- 
runt ex officio bonorum refectionalium.”— Acta cap. 16 Oct. 1555; 
9 Aug. 1564; 15 Oct. 1565. 

(2) Francisco Milano refectionali se dedituro (uti scripto expo- 
suit) monasterio de T'hosan alias Doest et supplicanti sibi porrigi 
manus adjutrices, DD. post deliberationem eidem in subsidium 
emptionis habitus monachalis concesserunt duas libras gross. ex 
bonis refectionalium non tamen prius solvendas quam certo con- 
stiterit ipsum dictum monasterium intraturum.”’ — Acta cap. 
5 Oct. 1558. 

(®) ““ Lecta supplicationis scedula F'"* Martini Ruebins religiosi 
conventus Fratrum Predicatorum hujus oppidi, qua petiit eleemo- 
synam sibi concedi in sublevamen prandii seu festi sui jubilei pro- 
pediem celebrandi, DD. attendentes id novitatem quandam existere, 
tamen habito respectu et consideratione quod idem supplicans olim 
hujus ecclesie refectionalis fuerit, de gratia speciali eidem annue- 











109 


bure des Frères-Mineurs Franciscains (!). Deux 
réfectionaux sont placés au monastère des Dunes; 
mais leurs noms nous sont inconnus et nous igno- 
rons s'ils sont réellement devenus moines (®%). Le 
chapitre, loin d'être égoïste et de vouloir conserver 
ses protégés au service de son église, se félicite de 
les voir embrasser un si saint état. La prise d’'habit, 
la profession, la célébration des prémices et même 
du jubilé sont autant d'événements heureux aux- 
quels les chanoines s’intéressent, en accordant des 
gratifications aux anciens élèves de l'école chapi- 
trale, héros de ces fêtes religieuses. 


runt quatuor cannas vini ex tribus officiis, precibus et orationibus 
dicti fratris sese commendantes.” 

“Ad supplicationem D. Prioris Fratrum Predicatorum pro parte 
Georgii van den Bussche nuper refectionalis brevi in dico mona- 
sterio professuri factam, DD. insequendo spem gratìficationis 
eidem Georgio in suo discesgu in professionis eventu, datam, eidem 
per modum eleemosyne 1 % gr. ex cistula quondam D. Regis 
annuerunt.”’ 

‘« Audito quod Georgius Sylvius, quondam hujus ecclesie 
refectionalis et alumnus, in monasterio Fratrum Preedicatorum 
dudum professus, dominica proxima sit celebraturus suas primi- 
tias, DD. eidem gratiose concesserunt X s. gr. ex bonis ciste 
quondam D. Regis ad elemosynas applicatis.”’ — Acta cap. 23 Jul. 
1561 ; 8 Apr. 1566 (n. 8.); 6 Mart. 1573 (n. 5.). 

()““ DD. ex certis causis eos moventibus Francisco Everaerts 
quondam hujus ecclesise refectionali, nunc Minoritarum conventui 
addicto ac ibidem brevi professuro, in eleemosynam concesserunt 
uoam libram gross. ex officio refectionalium. * 

“< Francisco Everaerts nuper refectionali nunc Franciscano, 
circa dominicam proximam suarum primitiarum diem, gratuitam 
DD. benevolenviam sibi fieri supplicanti, concessa fuit 1 B gr. ex 
cista Regis.” — Acta cap. 29 Jun. 1561 (n. s.); 10 Jun. 1566. 

(9) ““ DD. consengerunt quod duo refectionales ex majoribus col- 
locentur in monasterio Dunensi, quos modernus abbas habere 
petivit”” — Acta cap. 1 Febr. 1570 (n. s.). 





110 


Cette statistique, résultat, il est vrai, d'un 
examen rapide, est cependant hautement signifi- 
cative; elle justifie laffirmation émise tout à 
heure touchant le caractère de l'éducation donnée 
par le chapitre à ses enfants de prédilection. 

Qu'il nous soit permis de relever parmi les ex- 
réfectionaux les noms du P. Francois Everaerts 
et du chanoine Michel Inghelmont. | 

Everaerts, religieux franciscain, fut, comme nous 
le verrons plus tard, le vaillant collaborateur du 
P. Corneille Adriaensz, dans la lutte contre les 
protestants à Bruges (1566-84), et l'éloquente 
parole du zélé Gardien préserva une foule d’âmes 
du malheur de l'apostasie. 

Parmi ses écrits dont les troubles du temps 
empêchèrent la publication, le P. Marchant loue 
spéclalement une série de sermons sur les Macha- 
bées: Historva septem fratrum Machabaeorum con- 
cionibus explanata (*). 

Michel Inghelmont, recueilli par l'institution 
Regis et de Molendino (1560), passa au service du 
chanoine van Pamele (1567) (?), obtint succes- 
sivement plusieurs chapellenies (*), recut la prêtrise 


() Servars Dimxs, Histoire lilléraire et bibliographique des 
Frères Mineurs de V'Observance de St-Frangois en Belgique et dans 
les Pays-Bas. Anvers 1885, p. 112. 

(2?) “ Michaeli Inghelmont refectionali, per D. Pamele in suam 
familiam et servitium assumpto, dati fuerunt duo coronati aurei 
pro comparando chlamide ex cista Regis” — Acta cap. 5 Martii 
1567 (u. 8). 

@) Voir p. 101, note 9 et p. 190, note 3. 


\- 


111 


des mains de Remi Drieux (18 Sept. 1574), et 
suivit son patron en exil (1578) d'abord à Douai 
puis à Saint-Omer. Pamelius ayant été pourvu 
d'un canonicat et de l'archidiaconat de Flandre à 
la cathédrale audomaroise, le 2 Janvier 1581, 
Inghelmont lui succéda dans la 18° prébende de 
Saint-Donatien, le 4 Juillet 1582 (*). 

Le Tertullien de Pamelius conserve un souvenir 
des relations de Michel avec son Mécène. Dans la 
préparation del’édition qui dura huit ans (1571-79), 
Inghelmont fut le copiste de l'éditeur, et rédigea 
dans la suite, de concert sans doute avec Pame- 
lius, les magnifiques tables des éditions subsé- 
quentes (”). 

Il se fait ainsi que deux anciens réfectionaux, 
le professeur Hoyus et le chanoine Inghelmont, 
eurent leur part dans la gloire qui revient au 
célèbre éditeur des oeuvres de Tertullien. 


()) Archives de la ville de Saint Omer. — Acta cap. B. M. V., 
2 Jan. 1581. ForPExs, Compendium etc. p. 147. 

(2) “ Qua in festinatione [preecipitante editionem typographo), 
quum egregiam tibi operam ponere intelligerem Dn. Michaelem 
Ingelmontium, Brugensem tuo beneficio canonicum, qui tibi toto 
hoc in opere assiduus fuit a manibus, et in indicibus una tecum 
dirigendis, studium adhibuit singulare, popularis mei exemplo, 
etc.” — Dédicace des Proverbiales formule d' André Hoyus. 

‘« Cum indicem scripturarum in S.Cyprianum, qualis a nobis est 
editus, gratum fuisse plerisque intellexerim, similem omnino ad 
Tertulianum (per) D. Michaelem Ingelmontium canonicum Bru- 
gensem, amanuensem in toto hoc opere nostrum, curavi colligi.” 
— Âd SS. Litterarum Professores, Jacobi Pamelii Prefatiuncula. 

Voir le Tertullien de Pamelius, pp. 58 et 78 de l'édition de 1626. 


Antres en- 
fants que les 
choraux et les 
réfectionaux 
fréquentant 
l'école de 
St-Donatien. 


112 


Les choraux et les réfectionaux, dont nous 
venons d'esquisser l'histoire, formaient l'élé- 
ment stable des écoliers de Saint-Donatien. Mais, 
comme il a été dit plus haut, d'autres enfants fré- 
quentaient également l'école chapitrale. 


La preuve de cette assertion découle de plusieurs 
faits qui trouvent ici leur place. 

D'abord, de temps immémorial, les familiares 
attachés au service domestique des chanoines, 
jouissaient de la faveur de suivre gratuitement les 
classes de Saint-Donatien (). 


Ensuite, de 158/ à 1544, Alexandre Barradot, 
chanoine encore mineur, fréquente l'école du cha- 
pitre, sous Jean Schyncx, et, à raison de cette 
fréquentation, il obtient le privilegium studii, à 
linstar de ses confrères plus âgés, qui étudiant 
dans lune ou l'autre université, sont dispensés de 
la résidence canonique (*). 


(}) ““ Idem (Jacobus de Witte) receptus rector. ad scholas 
deductus fuit, cum declaratione eì facta quod famulos canoni- 
corum gratis docere et instituere teneretur juxta antiquam 
consuetudinem. ” — Acta cap. 10 Oct. 1611. 

(9 ““ Comparuit magister scholarum adducens Alexandrum Bar- 
radot minorennemcanonicum in scholis nostris militantem litteris, 
attestäns eum anno elapso apud se militasse. Quo audito DD. 
eumdem Álexandrum ex gratia ante triennium sibi facta pro resi- 
dente habuerunt, constituentes eidem nomine Hamere defuncti 
novum suum curatorem M. Joannem de Visschere canonicum.”” 

“ Continuatur gratia Alexandro Barradot alias data quod in 
scholis nostrig residere possit tanquam in loco privilegtato, ad unum 
annum.”’ 

‘« Alexandro Barradot canonico minorenni conceditur de gratia 
gpeciali posse in his scholis residere et litteris vacare ac si in privi- 
legiato loco resideret, ged pro hoc anno dumtaxat. ” — Acta cap. 
16, 29 Jun. 1540; 13 Jun. 1543, 


118 


En troisième lieu, longtemps avant Yépoque de 
la cohabitation des refsctionales avec le rector 
scholarum, celui-ci pouvait loger et nourrir dans sa 
maison des élêves pensionnaires, mais il était tenu 
de les envoyer, le jour, à l'école collégiale qu’il diri- 
geait. Les maîtres Gérard Bachusius et Jean 
Schynex, ne se conformant pas à cette règle, 
furent de ce chef rappelés à l'ordre (!). Francois 
du Quesnoy, sous lequel commenca la vie com- 
mune des réfectionaux, obtint la faculté de gar- 
der chez lui les internes qu'il avait auparavant. 
Après son décès, avant de lui nommer un succes- 
seur, le chapitre agita la question de savoir si le 
futur maître d'école pourrait suivre les traditions de 
son devancier, et décida négativement. Cependant, 
sur les instances de Piat Oste, les chanoines revin- 
rent gur leur décision, et lui permirent d’adjoindre 


()) “ Ludimagistro precipitur ut bis in die duci faciat convictores 
suos ad scholas. ” 

‘«< Nisi ludimagister guos convictores ad scholas adducat et 
reducat, exauthorabitur.”” 

‘“< Ludimagister nec licentiatur nec continuatur, sed ei prescri- 
bitur iterum ut convictores ad scholas adducat. *” 

‘<« D. Arnoldus laurentius Pbr, ad presentationem D. et 
Mg" Joannis Fenyn scholastici, sub spe debite diligentie tam circa 
choralium quam refectionaltum instructionem exhibende, admitti- 
tur ad regimen scholarum, injuncto sibi expresse quod suos com- 
mensales vel convictores, si quos postmodum haberet, secum ad 
scholas docendi cauga ducat, stallo sibì post prestitum juramentum 
clericorum in choro assignato, cum dispensatione tamen quia 
sacerdos. * — Acta cap. 24 Dec. 1526 ; 30 Maii 1530; 23 Jun. 1538 ; 


11 Jan. 1546 (n. s.). 


114 


aux réfectionaux sept ou huit pensionnaires, qu”il 
instruirait sur le même pied (1). 

Enfin, de temps en temps, des différends surgis- 
gatent entre l'écolâtre et le rector scholarum, 
d'une part, et des professeurs particuliers ou des 
communautése, nseignant dans les limites du patro- 
nat de Saint-Donatien, d'autre part. Résumons 
les débats. 

Au mois de Septembre 1424, maître Jean de 
Poorter (Civis) proteste contre Georges Potshooft, 
chapelain de Saint-Basile, ancien ludimagister de 
Saint-Donatien, parce que celui-ci donne des lecons 
à quelques pensionnaires, gans les envoyer à 
Fécole collégiale et sans payer aucune indemnité 
au rector. Potshooft prétend qu'en sa qualité de 
maître-ès-arts, il a le droit de professer. Li’écolâtre 








(5) “ Vocentur DD. ad crastinum diem super eo, an futurus rector 
scholarum unacum refectionalibus hujusecclesiee alios pueros extra- 
neos seu convictores domi suee alere poterit, prout fecit novissime 
defunctus, nec ne, deliberaturi.”’ 

‘“< Tandem collectis votig ordinarunt ex certis causig animos 
suosmoventibus, quod futurus rector nullos poterit convictores sen 
commensales preeterguam dictos refectionales domi suce alere. Qua 
ordinatione facta, retulit D. scholasticus se nactum esse quemdam 
magistrum Piatum Oste, qui dictos refectionales sub conditione 
preedicta (modo DD. de capitulo ita visum fuerit) instruendos et 
erudiendos acceptabat. Quo quidem Piato comparente, et se ad 
regimen scholarum admitti petente, nihil fuit conclusum, sed 
dilatum, donec DD. de ejusdem Piati idoneitate et probitate vitee 
informati faerint.” 

“DD. annuentes contentis in scedula supplicationis rectoris 
scholarum, eidem consenserunt quod septem aut octo commengales 
refectionalibus, eadem ratione victus excipiendos ac pari diligentia 
instituendos, adjungere possit. ” — Acta cap. 3, 4 Nov. 1557; 
8 Mart. 1559 (n. s.). 








115 


Théodorie Batensoen lui contestant cette faculté, 
les deux parties s'en réfèrent à l'arbitrage du doyen 
Amand de Bremmont et des chanoines Nicolas 
Stercholf et Baudouin dele Poele. Afin de conci- 
lier les intérêts respectifs, les arbitres décident 
que Pécolätre doit permettre à Georges Potshooft 
de loger et d'instruire seize pensionnaires, sauf à 
reconnaître les droits de l'écolätrie en payant 
annuellement au rector 9 sous parisis par élève. 
S'il en veut davantage, il lui faut une permission 
spéciale de la part de l'écolâtre (*). Le chapelain ne 
se rendit probablement pas à cette sentence, car, en 
1426, Jean de Poortere dut réitérer ges protesta- 
tions. Demandeur et accusé promettent de se 
soumettre à la décision du chapitre. En vertu de 
cette nouvelle décision, il est permis a Potshooft 
d'avoir autant de commensaux qu'il lui plaît, sous 
la condition de les conduire à l'école chapitrale; si- 
non, il n'en peut conserver que dix, et alors 1l 


() “ Nos Amandus [de Brevimonte), Nicolaus Stercholf et 
Balduinus de le Poele, canontici ecclesie S. Donatiani Brugen., 
Tornac. diocesis, arbitratores et amicabiles compositores electi 
concorditer et assumpti per honorabiles viros Mg"** Theodoricum 
Batensoen scholasticum dicte ecclesie ac Georgium Potshooft 
capellanum S. Basilii Brugen. magistrum in artibus, super con- 
troversia de qua in compromisso in nos facto fit mentio, dicimus 
et arbitramur, quod contemplatione et intuitu persone Mg" Georgii 
prefati, scholasticus ipsi permittat et toleret, quod idem 
Mg: Georgius vita sibi comite, habere ac instruere valeat si velit, 
gexdecim commensales et non ultra, nisì de speciali licentia dicti 
D. scholastici, aut ejus vices gerentis, salvo quod pro quolibet 
dictorum scholarium in signum recognitionis juris scholastici, 
solvat annuatim V golidos paris. rectori scholarum dicte ecclesie 
S. Donatiani.’’ — Acta cap. 23 Jan. 1425 (n. s.). 


116 


payera pour chacun d'eux annuellement 24 sous, s’il 
ne les envoie pas à Saint-Donatien, ou bien 10 sous, 
sil les y envoie au moins une fois par semaine (). 

Même querelle, en 1438, entre maitre Chrétien 
de Neckere et le chapelain Omer de Poortere, qui 
tient un convict nombreux, au préjudice de 
Pécolâtrie. Le grand-chantre Baudouin de le Poele 
et le chanoine Nicolas Stercholf sont chargés de 
rétablir la paix entre les parties. L’absence du rap- 
port que les arbitres devaient faire au chapitre, 
en casd’insuccès, est un indice de l’heureux résultat 
de leur mission (°). | 


() “ Mg" Johannes Civis rector socholarum hujus ecclesia et D. 
Georgius Potshooft capellanus S. Basilii sponte se submisgerunt 
ordinationi capituli de et super controversia inter ipsos existente 
ex eo quod idem D. Georgius in domo sua certos tenet commensales 
scolares quos ibidem instruit, ipsos ad scolas S. Donatiani non 
mittendo, nec jura scolastici seu rectoris scolarum solvendo, et 
promiserunt hine inde servare ordinationem capituli, sub poena 
quacumque per idem capitulum infligenda. Qua submissione facta, 
DD. capitulantes prehabita deliberatione matura ordinarunt, pro- 
nuncierunt ac sententiarunt quod idem D. Georgius teneat scolares 
tot quot velit commensales, ipsosque continue, prout alii scolares 
frequentant, mittat ad scolas si sibi placet; sin autem, teneat decem 
scolares dumtaxat, quos si ad scolas mittere noluerit, solvat pro 
quolibet dicto rectori XXIIII golidos annuatim; si vero illos aut 
aliquosexeis semel ad minus in hebdomada qualibet ad scolas 
miserit, solvat prefato rectori pro quolibet illorum X solidos an- 
nuatim. Similiter ordinarunt quod ipse D. Georgius eosdem scolares 
qui in cantu instruuntur similiter mittat ad succentorem hujus . 
ecclesie in cantu instruendos et sibi solvat sua jura.’ — Acta cap. 
8 Jul. 1426. | 

(2) “ Ad querelam Mg"! Christiani de Neckere scolarum rectoris 
de Mg"° Audomaro Civíis capellano hujus ecclesie, quod commen- 
gales multos tenet quos non mittebat ad scolas in prejudicium gui, 
DD. deputarunt D. cantorem et Mgrer Nicolaum Stercholf ad 
concordandum eos si pogsent,alioquin ad referendum.” — Acta cap. 
14 Jul. 1438, 





117 


Un peu plus tard, (1455), maître Louis van den 
Hecke porte plainte devant le doyen du chapitre, 
Roland l’Éscrivain (Scriptoris), au sujet de Mathias 
de Banc.Ill'accuge d’avoir ouvert une école de gram- 
maire, au mépris des coutumes qui ne permettent 
aux chapelains de tenir des élèves qu’à la condition 
de les envoyer à Saint-Donatien et de payer le 
salaire du rector. Mathias de Banc se prévaut 
de son titre de maître-ès-arts, auquel un indult 
apostolique accorde la faculté d'enseigner en tout 
lieu; il ajoute que les parents de ses écoliers ne 
Sont pas paroissiens de Saint-Donatien, que par 
conséquent ses élèves, s'ils sont tenus de fréquen- 
ter une école paroissiale, doivent être envoyés 
aux écoles des paroisses respectives de leurs 
parents. Le doyen, se rendant aux explications de 
de Banc, déboute van den Hecke de ges préten- 
tions (*). Celui-ci en appelle au chapitre et répond 


()““ Comparentibus coram DD. decano et capitulo Mg" Mathia 
de Banc appellato et Ludovico [van den Hecke] rectore scolarum 
hujus eccolesie appellante, D. decanus retulit qualiter nuper dictus 
M. Ludovicus convenerat prefatum M. Mathiam coram ipso, pro- 
ponens contra eum quod nullus beneficiatus sive habituatus hujus 
ecclesie posset tenere pueros in suadomoet instruerein grammati- 
calibus, nisi illos mitteret ad scolas hujus ecclesie et solveret rec- 
tori salarium suum, sicuti sibi pro aliis pueris solvitur, quodque 
non ohstante dictus M. Mathias, qui capellanus est hujus ecclesie, 
certos ìn domo sua tenebat pueros quos instruebat in grammatica- 
libus absque hoe quod eidem rectorì satisfaceret de juribus suis 
vel quod mitteret eosdem pueros ad scolas; quare petebat eum 
condempnari ad dictos pueros mittendum ad scolas et solvendum 
sibi jura sua gicut solitum est. Ad que prefatus Mg* Mathias 
reverdit ge esse magistrum in artibus quodque ut talis ex indulto 
apostolico habet facultatem regendi scolas et tenendi pueros ubique 
terrarum. Item dixit quod parentes dictorum puerorum quos tene- 


118 


que les enfants demeurent, non pas chez leurs 
parents, mais bien chez de Banc qui est bénéficier 
de Saint-Donatien, et dès lors, suppôt de la collé- 
giale. Le nouveau tribunal députe Jean de Poor- 
tere, ancien maître de l'école du chapitre et le 
chanoine Guillaume de Niepa, pour terminer le 
différend à lamiable.Ilfautcroire qu'ils y réussirent, 
car le 3 du mois de Mars, la cause est remise à 
huitaine sub spe pacts, et après cette date, on 
n'en trouve plus de traces (!). 

Un cas plus grave se présente en 1467. L’éco- 
lâtre Gilles de Beversluus attaque Jean de Moor 
parce que celui-ci donne des legons à de nombreux 
élèves tant Internes qu’externes, au préjudice de 


bat nolunt pueros suos mitti ad scolas, quodque per eum non stat 
quominus non mittantur, Item dixit quod parentes prefati non 
sunt parochiani hujus ecclesie, ymo alterius parochie et sic, si mitte- 
rentur ad scolas, deberent mitti ad parochiam parentum et non ad 
scolas hujus ecclesie. Tandem prefatus D. decanus, auditis partibus, 
Mgr" Mathiam ab impetitione Mg" Ludovioi absolvendum duxit”’. 
— Acta cap. 12 Feb. 1465 (n. s.). 

(B) “ Quiquidem Mg" Ludovicus ab ordinatione sive sententia 
D. mei decani hujusmodi appellavit ad DD. meos de capitulo ut 
moris est. Quare idem D. decanus prefato Mgro Ludovico 
diem assignavit ad comparendum coram DD. meis de capitulo ad 
diem hodiernam ad dicendum causas sue appellationis. Quibus sic 
per D. decanum citatus Mg* Ludovicus replicavit ad id quod 
per Mg" Mathiam allegatum fuit super eo quod pueri debe- 
rent mitti ad scolas in parochia ubi parentes erant parochiani, 
quod pueri non residebant cum parentibus, sed cum dicto Mg"° 
Mathia beneficiato in hac eoclesia et subjecto. DD. mei auditie 
premissis dixerunt se velle visitare Registra sua et continuarunt 
causam ad vis dies. 

«DD. mei continuarunt causam inter rectorem scolarum et Mg"*= 
Mathiam de Banc usque ad diem lune sequentem et nichilominus 
deputaverunt Mg" Johannem de Poorteret Willelmum de Niepa 
ut sint interim cum partibus et via amicabili pacificent eas si 
possint. ” — Acta cap. 12, 25 Febr, 1455 (n. 8.). 


119 


Pécole de Saint-Donatien. Sommé jusqu’à trois fois 
par le doyen de comparaître devant le chapitre 
sous peine d'excommunication, de Moor, pour 
toute réponse, tente de se soustraire â la juridiction 
des chanoines en résignant son office de custos de 
la chapelle de la sainte Croix retro chorum. Averti 
une dernière fois oralement par le secrétaire Vla- 
mings (Flamingi) en présence de deux témoins, ìl 
persévère dans sa contumace. Le 26 Janvier 1468 
(n. s.), la sentence d'excommunication contre le 
rebelle est affichée aux portes de Saint-Donatien 
et de Saint-Basile (}). 


(1) “* In facto petitionis D. scolastici contra Mg" Johannem 
de Moor, cui D. scolasticus petens imponit quod tenet plures 
gcolares commensales in domo sua usque ad 20 vel plures, et habet 
adhuc alios ab extra venientes in domo sua ad scolas, quod facere 
non debet sine consensu D. scolastici et rectoris scolarum, vel quod 
debeat mittere commensales suog ad scolas s. Donatiani vel habere 
super inde compositionem cum predictis, petens quod ipse M. Jo- 
hannes reverderet ad quesita, D. Mg* reverdit ge non fuisse advisa- 
tum et petiit dilationem, quam finaliter gibi consenserunt ad diem 
crastinam. * 

‘“ De Mg'° J. de Moor contra D. scolasticum, DD. ordinarunt, 
attentis tribus contumaciis et qualiter in fraudem et causa 
fugiendi forum DD. capituli, ausus fuit resignare suam matricu- 
lariam give custodiam capelle sancte Crucis in hac ecclesia, DD. 
conclusive ordinarunt, considerantes quod novissime pro trina vice 
monitus fuit dictus Mg" Johannes per D. decanum, sub poena 
excommunicationis et una vice pro omnibus comparere hodie in 
capitulo, ett quod non venit, conclusum est ut moneatur oretenus 
per me Flamingi scribam capituli auctoritate DD., ut infra septem 
dies gatisfaciat de contumaciis sub poena excommunicationis in- 
currende. Sio et indilate in presentia Petri de Clincquemaere 
clerici installati et Johannis Scoonhove virgiferi capituli monui. ” 

“ Preterea quia Mg: Johannes de Moor monitus non paruit 
monitioni, DD. ordinarunt quod litteratorie excommunicetur ad 
valvas S. Donatiani et, S. Basilii. ” — Acta cap. 23 Decembris 1467. 
19, 26 Jan, 1468 (n. s.). 





120 


En 1484, Ivon de Jonghe (Juvenis), prêtre du 
diocèse de Cambrai, traduit devant le chapitre par 
maître Godefroid Dommele, se montre plus docile. 
Convaincu d'avoir ouvert une école élémentaire 
 Sainte-Croix, dans les limites du patronat de 
Saint-Donatien, il avoue ses torts et demande 
l'autorisation nécessaire pour continuer son ensei- 
gnement. Le chapitre la lui accorde, sauf à s'enten- 
dre gur les conditions avec I’écolâtre et le rector (*). 


Lse même jour, Dommele dénonce les Domini- 
cains, qui viennent d'ériger dans leur couvent des 
écoles où un profesgeur laïc instruit non seulement 
des pensionnaires,mais encore des externes en grand 
nombre, au grave détriment de l’école chapitrale, 
surtout à raison de la proximité. Malpré les invita- 
tions amicales à eux faites,de cesser leur entreprise, 
les religieux résistent. Le chapitre décide de ne pas 
leur accorder l'autorisation, et de ne point cònclure 
d'accord; 1l les menace d'introduire une plainte in 
casu novitatis, 81 après un dernier avertissement 
ils ne se rendent pas (°). 


(D ““ Comparens quidam D. Ivo Juvenis presbyter Cameracensis 
diocesis qui infra patronatum hujus ecclesie et in parochia 
S. Crucis tenuit hactenus et adhuc tenet parvas scolas docens 
legere et scribere, per Mg""" Godefridum Dommele scolarum 
hujus ecclesie rectorem adductus, recognovit et confessus est 
coram DD. sibi non licuisse neque licere scolas hujusmodi tenere 
nisi DD. aut saltem D. scolastici desuper obtenta licentia, petens 
a capitulo generaliter et a D. scolastico ac rectore memorato partì- 
culariter gratiam et licentiam predictas. Quod sibi capitulum 
aunuit salvo jure scolastici et rectoris super quo cum eis habeat 
tractare. ” — Acta cap. 12 Jul. 1484. 

(?)““ Audita denuntiatione dicti rectoris scolarum quod Fratres 
Predicatores in eorum conventu noviter erexerunt scolag, tenentes 
quemdam magistrum laycum, qui non solum intraneos sed etiam 


121 

Il semble que les Dominicains ne tinrent pas 
compte des réclamations des chanoines. Én effet, 
trois ans plus tard, l'écolâtre Pierre van Houtte 
(de Ligno) se plaint de ce que, par suite de la 
négligence et de la connivence du rector scholarum 
ou de ceux que la chose regarde, les Frères-Prê- 
cheurs et beaucoup d'autres ouvrent impunément 
des écoles dans les limites du patronat, sans recon- 
naître les droits de l'écolàtrie. C'est pourquoi il 


propose de réserver au scholasticus les causes des 
écoles foraines et d'empêcher désormais toute 


intervention de la part du maître d'école do Saint- 
Donatien (!). 


extraneos recepit et admittit in bono numero in prejudicium 
soolarum hujus ecclesie presertim propter vicinitatem locorum, et 
absque licentia D. scolastici, ymo contra ipsius voluntatem, cum 
sepe amicabiliter moniti desistere, non cessant dictas scolas tenere, 
DD. omnibus consideratis conoluserunt non permittere easdem 
scolas ibi, neque componere super illis, et propterea, nisi desistant 
post aliam monitionem per dictum rectorem ac me nomine capituli 
faciendam, queratur contra eos complaincta in casu novitatis. *’ 
— Acta cap. 12 Juli 1484. 

() “ Vacante officio rectorie scolarum hujus ecclesie per resigna- 
tionem Mg" Godefridi Dommelen, nuper in manibus DD. factam, 
exposuit venerabilis D. Mgr Petrus de Ligno scolasticus, quod 
cum hactenus ob non prosequutionem et per negligentiam seu 
dissimulationem rectoris dictarum scolarum pro tempore existen- 
tis, seu aliorum quorum interest, Fratres Predicatores Brugen. et 
plures alii sub et in patronatu hujus eoclesie permittuntur scolas 
tenere, absque hoc quod jus scolastrie recognoscant. Idcirco ne 
de cetero in detrimentum scolastrie hujusmodi id contingat et ut 
via justicie tales cogantur recognoscere jus hujusmodi, inten- 
tionis erat unum capitulo presentare habilem et ydoneum ad 
regimen scolarum hujus ecclesie, sub tali tamen conditione, quod 
scole forenses cum onere et commodo juribus ipsius scolastrie 
reserventur et rector de illis ge interponere non habeat, nomi- 
nando sic et presentando Mg""" Johoannem Johannis. Quo audito 


Emplace- 
ment de l'école 
de Saint-Do- 


natien. 


122 


Sans rechercher sur quelle base reposaient les 
droits revendiqués par l'écolâtre et dans quelle 
mesure le mode d'exercer ces droits était en 
opposition avec la défense faite par les conciles 
et les papes (}), de trafiquer à prix d'argent de la 
licence d’enseigner,nous nous contentons de constater 
un fait: celui du monopole de l'enseignement, 
pour toute l'étendue du patronat de Saint-Dona- 
tien, en faveur de l'école chapitrale, laquelle, de ce 
chef, devait nécessairement se peupler d'autres 
élèves que des seuls choraux et réfectionaux. 

Une conclusion qui se dégage également de 
l'exposé des conflits scolaires, et que nous nous 
permettons de relever en passant, c'est qu'au 
XV° siècle, linstruction, même celle du second 
degré, était loin d'être négligée à Bruges. 

Après avoir parlé des diverses catégories d'élèves 
fréquentant l'école des chanoines, il reste à dire 
un mot sur l'école elle-même, sur son emplacement, 
la nature de l'enseignement qui s’y donnait et le 
personnel qui en avait la direction. 

Situées toujours à proximité de Véglise, les 
scholae occupèrent néanmoins successivement des 
emplacements différents. 


DD. post deliberationem de gufficientia et ydoneitate dicti 
Mg" Johannis etiam ex diuturna experientia ad plenum informati, 
ipsum ad easdem scolag, eas sponte acceptantem sub tali conditione 
admittendum duxerunt’’, — Acta cap. 12 Jul. 1487. 

(!) Par exemple les IIIeet IV* conciles de Latran; Alexandre III 
dans sa lettre aux évêques de France: Pro scholte regèndis, et 
Grégoire IX dans ses Decretales. Voir: Revue dee questions histo- 
riques, T. 19, Paris 1876, p. 513, La licence d'enseigner et le rôle 
de Vécolâtre au moyen áge, par GEORGES BOURBON, 


123 


Au XII° siècle (1127), à en juger par le récit de 
Galbert de Bruges dans la vie du bienheureux 
Charles-le-Bon, l'école paraît avoir été adossée à 
la collégiale, entre le mur ouest de l'édifice et 
Phôtel de la prévôté (1). 


Plus tard, peut-être en 13881, lors de la construc- 
tion de Yéglise antérieure, l'ancien local fut démoh 
et le nouveau bâti près de la porte du bourg, 
(à l'entrée de la rue haute), derrière la marson de 
Blankenberghe, à lest de Saint-Donatien (”). 

Au commencement du XVI siècle, une partie du 
cloître entourant la collégiale était déjà affectée à 
l'usage des écoliers (°). 


() “ At idem Walterus se in organistro, scilicet in domicilio 
quodam organorum ecclesie in eodem solario quo occisus jacebat 
consul, occultaverat. 

Sed de loco in quo latuit, dam strepitum armorum audiret, 
putans in ecclesia melius salvari, excurrit, et deorsum ab alta — 
testudine scholarum saltans, inter medios inimicos fugit, usque 
infra chorum templì… … Sagittas statim direxerant contra fenes- 
tras turris victores castri, ut non posset in turrìi quisquam caput 
per fenestras emergere, cui non injicerentur mille sagittee. Cum 
nihil super hoo proficerent utrimque, obsessi flammas injecerant 
in tectum scholarum, quod templo adjacuerat; per hoc volentes 
domum preepositi exurere, cui idem tectum vicinum fuit. ” — 
Acta Sanctorum, Martii 'T. I, pp. 185, 195. 

(?) “ Binder Buerchpoorte voor ginte Donaes scole. ” — Arch. 
de la ville de Bruges: Chambre pupilladre, section de S' Donat. 1419, 
fol. 101, —“* Ab eodem officio foraneitatis, ad causam horti contigui 
domui de Blankenberghe, et est locus ubi quondam fuit scola… 
VID. par. ” — U. Fabricae S. Donat. 1507. 

(@) “ In ampliationem schole hujus ecclesie, ob multitudinem 
puerorum scholam frequentantium DD. concesserunt et concedunt 
precario ut locus versus cloacum, vel apud introitum cemeterii, 
eidem schole applicetur usque ad eorum revocationem, ** 


Matières en- 
goignées. 


124 


L’école de Saint-Donatien était-elle un Éétablisse- 
ment d’'instruction supérieure, ou bien seulement 
secondaire, ou élémentaire ? 

M. F. Vande Putte, dans sa Notice sur la biblio- 
graphie de la Flandre occidentale au moyen-âge (}), 
affirme que ““ l'école de Saint- Donat à Bruges était 
ouverte pour l'enseignement supérieur, qui com- 
prenait le droit civil et canonique *” et parle 
d’une donation de livres faite en 1291 aux religieux 
de Thosan ““ par Gervasius professeur de droit 
à Saint-Donat à Bruges. ” Et en effet la charte 
publiée aux pièces justificatives commence par ces 
mots: “* Unwersis presentes litteras inspecturis, 
Gervasvus professor legum, ecclesie sancti Donatiant 
Brugensis canonicus et scolasticus salutem in 
Domino (°) *. 

Nous n'oserions pas, pour notre part, attribuer 
â Iécole chapitrale l'honneur d'avoir été, même 
vers la fin du XIII siècle, une institution de droit 
civil et canonique. 

D'abord lexpression professor legum, séparée 
des mots ecclesie sancti Donatiani Brugensys, qui 
n'affectent que le qualificatif canonicus et scolas- 
ticus, ne signifie pas nécessairement ““ professeur 
de droit à Saint-Donatien *’. Il gerait d'ailleurs 


‘“ Facta per D. fabricarium propositione quoda R"° monitus esset, 
ut scholas hujus ecclesie in ambitu a multis annis ob tumultus 
occlusas mundari, purificari et reparari curaret, deputati fuere DD. 


officiarii cum D. scholastico, ad hujusmodi scholas visitandum. ” 


— Acta cap. 13 Apr. 15798; 16 oct. 1600. 
(!) Annales de la Société d’ Emulation, T. I, pp. 169, 170. 
(2) Ibidem, p. 178. 


125 


étrange que Gervais, s'il expliquait réellement les 
lois à la collégiale, se ft dessaisi de ses livres de 
droit, de son vivant, en faveur de la bibliothèque 
de Ter Doest. 


Ensuite, tout en accordant que notre école peut 
avoir été autrefois une institution supérieure, (dont 
Fhistoire n'a cependant pas conservé le souvenir, 
comme elle conserve celui de la brillante école de 
Tournai sous Odon d'Orléans) (1), nous opinons 
qu’elle aussi, à l'instar des autres écoles chapitrales, 
aura subi les conséquences de lérection des uni- 
versités au XII° siècle, et sera devenue bientôt une 
simple école latine, 

Un document du 2 Mai 1242 (°) vient à l’appui 
de notre opinion. 


(1) Voir STALLAERT et VAN DER HARGHEN, De Vinstruction 
publique au moyen-áge, p. 85; F. F. J. Lecouver, Instruction publi- 
que au moyen-âge, Odon d'Orléans et V'abbaye de Saint-Martin à 
Tournay, dans le Messager deg sciences historiques, Gand 1855, p. 274. 

(2) “ Nos R[obertus Jdecanus totumque capitulnm Beati Donatiani 
in Brugis notum facimus tam presentibus quam futuris, quod cum 
dissentio orta esset inter nos et quosdam de canonicis nostris, 
quos dicebamus mansisse causa studii in locis talibus in quibus, 
juxta consuetudinem in ecclesia nostra ab antiquo observatam,non 
licebat studere sine periculo foraneitatis per generalem licentiam 
eundi ad scolas a capitulo impetratam, et propterea unus de 
concanonicis nostris procurator sive custos eiusdem foranei- 
tatis a communi capitulo constitutus, petierit in jure coram 
nobis eosdem canonicos judicare foraneos, et super hoc inter eos 
in capitulo aliquamdiu fuisset litigatum: tandem placuit universis 
et singulis de capitulo tres de nobisassumere videlicet R[obertum) 
decanum ac magistros Jacobum Fuchelare et Willelmum filitum 
Ghiselini. 

Quibus potestatem nostram ordinariam ex parte capituli con- 
cessimus plenariam ordinandi vel statuendi que viderent expedire 
statui ecclesie nostre, tum super licentia canonicorum eundi ad 
scolas impetrata a capitulo, tum assignandis locis, ad que canonici 


126 


Des difficultés s’étaient élevées au sein du corps 
capitulaire parce qu'on avait déclaré forains quel- 
ques chanoines qui étudiaient dans des villes, où, 
d'après une ancienne coutume, il n'était pas permis 


licentiati se debeant ad studendum transferre vel possint Bine 
periculo foraneitatis, et in quibus locis studentibus duo solidi de 
communi distributione qualibet ebdomada debeant ministrari, 
et de communi consensu omnium illorum qui de jure debeant ad 
hoc evocari disposuimus, ut pro amputanda de cetero discordia et 
removenda quantum possibile erit scrupulositate, ordinatio give 
statutum dictorum trium in scriptis redigatur, et tam sigillo 
capituli quam sigillis ipsorum consignetur. Promisimus etiam 
universi et singuli quod quicquid iidem tres de premissis ordinare 
sive statuere duxerint, nos et posterì nostri bona fide observabimus 
et observari faciemus. 

Nos igitur R[obertus ] decanus ac Mag"! J[acobus] et W{illelmus 
predicta delegationo in nos suscepta diligenter simul tractavimus 
de predictis, et licet multas et varias consuetudines vicinarum 
ecclesiarum super hoc casu inquisivimugs, tamen pensata utilitate 
gervitii ecclesie nostre, sic ordinamus de premissis: ut canonicus 
quilibet volens se ad studium deferre, a decano et capitulo prius 
licentiam petat et obtineat. Qua generaliter sive simpliciter 
obtenta, potest studere absque periculo foraneitatis, Paristis vel 
Aurelianis vel apud Montem Pessulanum vel Andegavi, quamdiu 
in Andegavensi civitate studium duraverit competens et generale. 
Item poterit atudere Bononie vel alibi in Lombardia, ubi majus 
studium fuerit vel generalius. 

Quicumque vero canonicus ad alia loca preterquam ad predicta 
ge studendi causa transtulerit absque decani et capituli licentia 
speciali,foraneus habeatur.Ordinamus inguper quod si studia a locis 
prenotatis se transferant, decanus et capitulum poterunt prout 
studia mutantur et loca similiter mutare. Quicunque igitur 
canonicus in locis certis predictis per licentiam decani et capituli 
studuerit, duosg sol. qualibet septimana tempore studii sui tantum 
de communi habere debebit distributione. In cuius ordinationis 
firmitatem presens scriptum sigillo capituli unacum sigillis 
dietorum trium quibus vices, ut dictum est, commisimus, duximus 
consignandum. Actum publice anno Det M° CC° XL° secundo 
mense Maio in crastino Dedicationis Ecclesie.” 


De certi locis deputaties ad studendum canonicis. 
Arch. de l'Évêché: Curtulaire, fol. 91. 


127 


d'étudier sans encourir le danger de foranáité, 
même après avoir obtenu la permission générale 
d’aller aux écoles. Le doyen Robert et les cha- 
noines Jacques Fuchelaere et Guillaume Ghiselin, 
chargés par leurs confrères de déterminer, pour 
Pavenir, les endroits où lon pourrait étudier sans 
péril de foranéité, désignèrent Paris, Orléans, 
Montpellier, Angers (aussi longtemps que cette 
ville conserverait son université ou studium gene- 
rale), Bologne ou quelque autre lieu de la Liom- 
bardie, où existerait un studvwm majus vel genera- 
ius. Celui qui Étudierait ailleurs, sans une permis- 
sion spéciale du chapitre, serait déclaré forain. 

Il résulte de cette ordonnance que, bien long- 
temps avant 1242 (juzta consuetudinemab antiquo 
observatam), les chanoines s'imposaient les frais 
d'un coûteux voyage pour aller suivre au loin les 
cours universitaires. Aussi les registres aux actes 
du chapitre, surtout les plus anciens (Ì), fourmillent- 
ils de permis de résidence à l'étranger, pour cause 
d'étude, accordés aux prébendiers (licentia eundi 
ad scolas), et de lettres d'’écolage délivrées par 
les régents d'université aux bénéficiers étudiants 
(litterae scolaritatis) (®. 


(!) Le plus ancien registre s'ouvre au 27 Juin de l'année 1345. 

(?) Voici un exemple de l'un et l'autre: 

“ Decanus et capitulum ecclesie S. Donatiani Brugensis T'orna- 
censis diocesis dilecto nostro concanonico Mg'° Rassoni de Busco 
in legibus licenciato salutem in Domino. Ut ab eccelesia nostra 
valeatis vos a festo Nativitatis B. Johannis Baptiste proxime 
venturo per quatuor annos ex tunc continue et immediate sequen- 


128 


On se dira peut-être qu'il était aisé aux 
chanoines de préférer à l'école de droit civil et 
canonìique de Saint-Donatien le studvum generale 
d’une ville lontaine, puisqu’en vertu du privilegium 
studi ils continuaient de percevoir les gros fruits 
de leur prébende et une part des distributions 
communes. Cette objection perd sa valeur par le 
fait que les simples clercs, auxquels leur position 
de fortune interdisait de fortes dépenses, pouvaient 
néanmoins, eux aussi, aller puiser la science à ces 
sources nouvelles. 


En effet, le chapitre avait la louable habitude 
d'aceorder chaque année un subside de sept livres 


tes libere absentare et in studio generali interim vestram residen- 
tiam facere ac grossos fructus prebende vestre percipere et ultra 
hoc duss libras gross. vobis ex parte capituli aunis singulis ipsis 
quatuor annis durantibus per modum pensionis annue persolven- 
das vobis tenore presentium de gratia special licentiam elargimur, 
dummodo quolibet anno doceatis in capitulo de vita vestra et de 
loco in quo vestram residentiam duxeritis faciendam. In cujus rei 
testimonium dicte ecclesie nostre sigillum ad causas litteris pre- 
sentibus duximus apponendum *”. 

‘“* Universis presentes litteras inspecturis et audituris Gauffridus 
Guillopini U. J. professor in venerabili universitate studii Ande. 
gavensis, in jure canonico actu regens, salutem in Domino. Notum 
facimus per presentes quod discretus vir Mg" Rasso de Busco 
Cameracensis diocesis, canonicus prebendatus ecclesie S. Dona- 
tiani Brugensis Tornacensis diocesis fuit et est verus et continuus 
scolaris studens in dicta universitato et audiens jus canouicum 
sub nobis ordinarie regentibus in studio prelibato ac gaudens et 
merito gaudere debens privilegiis et indultis per sedem aposto- 
licam gratiose concessis doctoribus, magistris et scolaribus dicte 
universitatis.… et presertim illis apostolicis in quibus cavetur 
quod doctores, magistri et scolares beneficiati in dicto studio stu- 
dentes, fructus beneficiorum suorum proinde possunt et debent 
percipere *. — Acta cap. 19 Nov. 1369 ; 9 Sept. 1374, 


129 


aux clercs indigents qui faisaient leurs études à 
Puniversité de Paris (!). Sans parler des libéralités 
que fit, vers 1228, Mathieu de Saint-Piat, grand- 
chantre de Tournai, en faveur des pauvres clerucr 
étudiant dans la capitale de France (°), d'autres 
ressources encore étaient créées pour favoriser 
ces Émigrations scientifiques des jeunes gens peu 
fortunés. Arnould, seigneur de Maldeghem, en 
Flandre, et chanoine de Tournai, avait, par 
testament du 24 Janvier 1276 (n. s.), légué une 
rente annuelle de cent cinquante livres “ à l'usage 
des pauvres écoliers à Paris ou ailleurs, là où se 


N 


font les études solennelles, à condition que ces 
écoliers appartiennent au diocèse de Tournay et à 
la nation flamande. ” Les pauperes scolares de 


(!) “ Fuit concessa D. Gilberto Lupi scolari in theologia studenti, 
pensio VII Db par. pro anno proxime futuro, consueta dari per 
capitulum gstudentibus in theologie facultate.”” 

‘“< In capitulo per DD. decanum et capitulum concessa est 
Petro Moyaert clerico, pensio pro anno presenti consueta dari 
studentibus scolaribus Parisiis.”’ 

‘< Continuata fuit pensio VII B par. clericis panperibus con- 
sueta exhiberi, Mg" Petro Moyaert pro anno presenti 1373.” 

‘“< Per DD. de capitulo concessa fuit per annum pensio VII Db 
par. consueta dari in elemosinam clericis Parisiis studentibus, 
Georgio Neckere clerico.”’ 

‘“« DD. concesserunt pro anno currente gratiose ot intuitu pieta- 
tis Johanni Ruddere filio Johannis,scolari parisiensi, VII Ib par.que 
de bonis ohedientie dari congueverunt in elemosinam et subsidtum 
scolarium Parisiis studentium.” — Acta cap. 27 Jul. 1849, 5 Oct. 
1366; 17 Aug. 1373; 11 Maii 1393; 26 Jun. 1408. 

(2) A. P. V. Descamps, Notice sur Walter de Marvie, évéque de 
Tournay, Tournai 1852, p. 86. — Nous ignorons si les clercs de 
Saint-Donatien étaient dans les conditions voulues pour jouir de 
cette fondation. 


9 


Religion. 


Chant. 


130 


Saint-Donatien réunissaient, au moins jusqu'à 
Pérection de l'évêché de Bruges, les qualités 
requises pour profiter de ces largesses faites 
exclusivement en faveur des Flamands du diocèse 
de Tournai (}). 

Quo1 qu'il en soit de l'importance de l'école de 
Saint-Donatien au XII* siècle, il est certain qu’au 
XV® siècle, les matières y enseignées se réduisaient 
à la religion, aux principes du chant et du comput 
ains! qu'aux belles-lettres. 

L’instruction religieuse comportait lexplication 
de l’Oraison Dominicale, de la Salutation Angélique, 
du Symbole des Apôtres, du Décalogue, des 
Commandements de l'Eglise, des Sacrements et 
d'autres sujets qui s'y rapportent, et alia ad 
eam rem attinentia. Une heure entière y était con- 
sacrée tous les dimanches et jours de fêtes de 
Yannée (°). 

La nature des lecons de chant est indiquée par 
les expressions: cantus gregorianus, simpelzanck 
en ander musycke, discantus, mensura, musica per- 
fracta, contrapunctum, moteta, qui se rencontrent 
souvent lorsqu'il est question des devoirs à remplir 
par le succentor à égard des choraux et des réfec- 


(!) Voir: Annales de la Société d’ Emulation, année 1849, T. XI. 
p. 340, Testament d’ Arnould de Maldenghem, chanoine de Tournay; 
F.F. J. Lecouver, Instruction publique au moyen-âge. L'abbaye de 
Saint-Pierre à Gand et V' Université de Parie dans le Messager des 
sciences historiques, année 1855, p. 171. 

(®) Voir: Histoire du Séminaire de Bruges, T. II. Documents, 
p. 90. 








131 


tionaux (l!). A raison de la diversité de leurs fonc- 
tions, éducation musicale des réfectionaux devait 
être naturellement moins développée que celle des 
choraux. 

En dehors des lecons proprement dites, les élè- 


(!) Voir plus haut, p. 32, note, p. 71, note. — T. II, Documents, 
p. 40, et Appendice I de ce chapitre, ad annum 1419. — Le mot 
déchant signifie originairement, deuwième chant (discantus), ou 
chant d'accompagnement, deuxième partie. 

Le mot eontra-punctum a la même signification. 

La mélodie principale, ou la première partie, s'appelait tenor, 
tenue, cantus, et chacune de ses notes s'appelait un punctum. 

La mélodie d'accompagnement, ou deuxième partie, s'appelait le 
dis-cantus, le déchant; chacune de ses notes opposée à chacune 
des notes de la tenor, et chantóée en même temps que chacune de 
celles-ci, s’'appelait un contra-punctum. 

Les termes déchant et contre-point n'indiquaient dono primitive- 
ment que la seule partie d'accompagnement. Bientôt cependant ils 
se sont appliqués à l'ensemble, de facon à signifier une mélodie qui 
se chantait en deux parties, et même plus tard, à toute mélodie 
polyphone. 

La première partie continua de s'appeler la tenor ou tenue et 
même cantus, le chant; la deuxième s’'appela motetum ; la troisième, 
triplum; la quatrième, guadruplum. 

Le déchant était tantôt mesuré rigoureusement, tantôt non 
mesuré ou à rhythme plus ou moins libre. 

Parfois les diverses parties étaient écrites d’avance; quelque- 
fois aussi le déchant (c'est à dire les parties d'accompagnement) 
8’improvisait. 

Á un moment donné, le mot contre-point servit à désigner le 
déchant écrit d'avance et mesuré; le mot faux-bourdon signifia le 
déchant écrit d'avance mais non mesuré, et enfin le terme déchant 
ne désigna plus, gónéralement an moins, que le déchant improvieó. 

D'après cela on comprend aisément les termes discantus, contra- 
punctum, mensura, motetum. 

La musica perfracta indique le chant mesuré, soit harmonisé, 
soit non harmonisé. Le mot perfracta a été choisi parce que la mesure 
brise nécessairement le mouvement naturel de la déclamation qui 
est propre au chant grégorien. | 





Comput. 


Lettres 


132 


ves avalent un exercice en commun : tous les soïrs, 
avant de quitter la classe, ils chantaient les 
Laudes vespertine (1). 


L'enseignement de la musique devait être sérieux, 
à en juger seulement d’après le talent des maîtres 
auxquels il était confié: Álain de Groote,Jacques Ho- 
brecht, Jérome de Clibano, Jean Cordier, Antoine 
de Rycke, Wulfard Hellyn, Jean de Hollande, etc. 

Les notions du comput ecclésiastique étaient 
exigées pour la lecture correcte du martyrologe. 

Il est plus difficile de déterminer en quoi consis- 
tait l'enseignement des lettres. 


A ce sujet nous lisons dans la Notice historique 
sur Vancien collège des Jésuites de Bruges (®) par 
leR. P. L. Delplace, 5. J.: “ Le collège des Jésuites 
fut le premier établissement complet d’enseigne- 
ment secondaire qui ait existé à Bruges... D'autre 
part, le clergé s’intéressait à développer une 
institution fort ancienne, celle des réfectionaux : 
c'étaient treize enfants attachés au service de 
Yéglise Saint-Donatien et qui, outre les lecons de 


Nous pensons toutefois que le mot smoteta employé dans les 
documents auxquels nous renvoyons, ne signifie pas la deuxième 
partie d'un chant harmonisé, mais bten ces espèces de chants qu’on 
appelle encore maintenant du nom de motets. — Voir MIGNe, 
Dictionnaire de plain-chant et de musique d'églize, V° Déchant, etc. 

() Appendice [IT de ce chapitre, ad ann. 1562, — Par Laudes 
vergperlinde il faut entendre probablement des chants en l'honneur 
de Marie. L'usage de chanter le soir les louanges de la Mère de 
Dieu, Lof ter eeren van der glorieuser maghet Marien, existait aussi 
à l'église de Saint-Donatien. Voir p. 16, note 2, et p. 162. — Sur 
origine des saluts de la Sainte Vierge, voyez E. REMBRY, Le P. 
Marc d' Aviano, Bruxelles 1884, p. 45, note 3. 


() Annales de la Soc. d'Ém., année 1884, T'. XXXIV, pp. 29, 33. 








133 


chant que leur donnait le succentor ou phonascus, 
suivaient les classes latines à l'école du cloître… 
Lie nombre restreint de réfectionaux, en y ajoutant 
même quelques choraux, ne permet pas de suppo- 
ser un cours régulier et bien complet d'humanités; 
quelques élèves s'y rendaient cependant propres 
à suivre les cours de philosophie de Y’ Université de 
Louvainet à entrer au collège Saint-Donatien, fondé 
dans cette ville,en 1484,par un chanoinede Bruges.” 
Cette appréciation sur l'école de Saint-Donatien 
ne nous parait pas admissible dans tous ses points. 
Les Jésuites, nous le verrons plus loin, ont doté 
l'enseignement secondaire à Bruges d'un program- 
me détaillé, comprenant l'étude de la langue 
grecque et ont établi une division de cours bien 
déterminée: organisation qui n’'était peut-être pas 
en vigueur avant l'établissement de leur collège. 
Mais, d'abord, après ce qu'on vient de voir ‘sur 
les diverses catégories d'écoliers fréquentant l'in- 
stitution chapitrale, il n'est plus permis de conclure 
du nombre restreint d’élèves à l'absence d'un 
cours régulier et bien complet d’humanités. 
Ensuite,les considérations suivantes sont de natu- 
re à faire concevoir sur instruction donnée à Saint- 
Donatien une idée qui est loin d'être défavorable. 
Si d’une part il est fait mention de kbri rudt- 
mentorum, la qualification de schola tn grammatt- 
calibus désigne plus qu'une école élémentaire (!). 





(!) “ Admissus juvenisad habitum et frequentationem chori quia 
scit sufficienter contrapunctum et cantum, licet non frequentet 
scholas hujus ecclesie in grammaticalibus.” — Acta cap. 19 Febr, 
1420 (n. B). — Voir plus haut, p. 47, note 3. 


184 


Quant aux auteurs classiques en usage à l'école 
du chapitre, nous n’'avons pu découvrir que deux 
noms, celui du grammairien Jean Despautère et 
celui de limprimeur-latiniste Paul Manuce (!). 

Lesexercices littéraires que les enfants donnaient 
de temps en temps au réfectoire des chanoines, 
accusent une connaissance assez étendue de la 
langue latine, comme on peut en juger par les 
quelques gujets sauvés de l'oubli, grâce au secré- 
taire du chapitre. En 1484, sous Godefroid 
Dommele, les élèves déclament le premier livre de 
’Enéide de Virgile (®). Gérard Bachusius leur fait 
jouer successivement,en 1524 et en 1525, Les Adel. 
phes, comédie de T'érence et 1’ Aululaire de Plaute(®). 
En 1533, ils représentent le Plutus d’ Aristophane, 
traduit du grec en latin par leur maître Adrien 


(1) “Symoni de Molendino bibliopolae pro prima parte Despauterii 
cum figura Adriano de Landtheere de Aertrycke chorali seniori 
empta,… X gr. * 

“ Joanni Vinox bibliopolae pro certo libello cum scoliis Pauli 
Manutii istio allato per Joannem Crane choralem,… I s. VI gr. ” 
— OC. Chor,1529-80; 1591-93. 

(2) ““ DD.ante maguam fenestram congregati, quia refectorium ad- 
huc impeditum erat de hesterno ludo scolarium, ordinant quod offi- 
cinm fabrice satisfaciat carpentatori qui paravit locumad ludendum.”’ 

«< Rectori scolarum hujus ecclesie DD. conoedunt tres cannas vini 
ex equalitate in expensis communibus contra impensas ludi pre- 
memorati, videlicet primi libri Eneidos, quod DD. in decus ecclesie 
factum reputarunt. ” — Acta cap. 19, 20 Octob. 1484. 

(®) ““ Gerardo Bachusio ludimagistro propter Adelphos Terentii 
eximie per juvenes actitatos dantur quatuor canne vini ex quatuor 
officiig. ” 

“ Ludimagistro conceditur refectorium pro Aulularia Plauti 
agenda. — Ludimagistro ob egregie actam Aululariam dentur 
quatuor canne vini, " — Acta cap, 31 Aug. 1524; 21, 28 Aug. 1525, 


135 


Chilius et Les Sectes à Vencan de Luucien (!). Sous 
Francois du Quesnoy, en 1555, ils exécutent une 
pièce intitulée: Decollatio sancti Joannis Baptiste(?). 
La tragédie latine du poète Liévin van Brecht, 
Euripus tragcedia christiana (®), fait l'objet d'une 
représentation dramatique en 1564 (*). 


(1) Ludimagistro conceditur posse agere Plutum Aristophanis 
in refectorio et Auctionem Luciani diebus dominico et lune. ” — 
Acta cap. 4 Sept. 1533. — Voir: Appendice II de ce chapitre, ad 
annum 1530. — Une traduction latine des Sectes à V'encan, faite 
par Nicolas Beraldas, avait paru à Louvain vers 1520 (*). C'est 
probablement de cette version que Chilius s'est gervi pour la 
représentation théâtrale de ses élèves. 

@) ““ Rector scholarum obtinet licentiam exhibendi tragediam de 
decollatione S. Joannis Baptiste, die jovis vel dominico, salva 
visitatione per D. doctorem Fenyn facienda. ” — Acta cap. 26 Aug. 
1555. . 

(®) En voici le titre : Eurvpus, tragoedia christiana nova, authore 
F. Levino Brechto Antverpiensi, e familia Franciscana Lovantensi. 
Lovanii, apud Martinum Rotartum et Petrum Phalestum, biblio- 
polas juratos, M.D. XLIX. — Cette tragédie fut joube une 
première fois à la pódagogie du Faucon, à Louvain, en 1548. 

(£) “ Audita supplicationis cedula M. Joannis Zomerii schola- 
rum rectoris petentis consensum exhibendi tragoediam Euripi 
cam actione ludrica, dominica proxima hic in refectorio,commissum 
fuit D. scholastico cum assumendis primum omnia visitare, ad 
referendum ”. 

« Audito rapportu DD. Vriese scholastici et Pamele canonici, qui 
tragoediam M. Livini Brechts de Euripo, per rectorem scholarum 
mutatam et abbreviatam, visitarunt unacum certa actiene ludrica 
flandrico idiomate contexta, DD. percipientes ex diversis causis 
non expedire dictam tragcediam sic mutatam et abbreviatam 
exhiberi, multo minus actionem ludricam, ne potissimum in loco 
sacro sacra prophanis misceri videantur, attendentes etiam et 
indigne ferentes quod idem rector hac de re D. scholasticum citius 
non premonuisset, actionem ludricam nullo modo admittere, neo 
hujusmodi tragosdiam aliter quam per authorem scripta est agi aut 


(°) Luciani Vitarum auctio. Gr. et Lat. ez interpr, Nicolai Beraldi, Exzoudebat 
Theodoricus Martinus, Sine loco (Lovanii, 1620.) 








136 


Un détail qui prouve que les écoliers de Saint- 
Donatien n'étaient pas étrangers à la prosodie, 
c'est que le réfectional André Hoyus rédigea en 
élégants vers latins sa supplique tendant à pouvoir 
continuer ses Études supérieures aux frais du 
chapitre. 

Nous avons déjà constaté queles élèves, au sortir 
de Fécole chapitrale, étaient censés aptes à fréquen- 
ter les cours de la Faculté des arts à l’ Université 
de Louvain. 

Enfin, la plupart des rectores scholarum étaient 
maîtres-ès-arts (Ì) et leur série comprend plus d’un 


exhiberi permittere voluerunt. Dicto scholarum rectori paulo post 
ad capitulum pro responso venientt conclusionem capitularem 
declararunt, insuper sibi districte inhibentes ne posthac stmilia 
attentet aut pueros discere faciat, neve aliquos libros vel authores 
in scholis prelegere, aut juventutem docere presumat, nisi prius 
D. scholastico facta tempestivius omnium ostensione, ipsius con- 
sensus desuper accedat. DD. annuerunt rectori scholarum sup- 
plicanti dominica proxima tragoediam Euripi prout exstat publice 
exhiberi posse. '’ 

“« Comparente in capitulo M. Joanne Zomerio scholarum rectore 
et DD. gratias agente pro sibi concesso refectorio hesterna die ad 
tragoediam Euripi per suos scholares publice agendum, DD.ob id 
quod sic satie feliciter et cum bona gratia omnia peracta fuere, 
eidem rectorigex cannas vini gratiose propinarunt ex quatuor off- 
ciis, requirentes eum quod pueros aliqua recreatione exhilaret, ut ad 
majora et meliora cientur. ”’ — Acta cap. 23, 25, 30 Oot.; 6 Nov. 1564. 

(1) Du fait que la plupart des professeurs étaient maîtres-ès-arta, 
nous n'oserions pas inférer l'existence d'une école supérieure à 
Saint-Donatien, et, malgré toute l'autorité de l’historien des 
Flandres, nous ne pouvons gouscrire à l'argumentation de Warn- 
koenig, dans son ouvrage Flandrische Staats- und Rechtsgeschichte, 
T.I, p. 443, où il dit que “ l'école de Sainte-Pharaïlde [à Gand) 
était une école supérieure, comme celle d'Ypres ; en effet [denn], 
on enseignait la logique à Ypres et l'école de Sainte-Pharaïlde 
avait un magister artium pour directeur. *’ 


137 


nom connu dans le monde hittéraire : Adrien 
Chilius, Guillaume de Liedekercke, Liévin Apol- 
lonius Gentbrugge, etc. 
L'école de Saint-Donatien, placée sous la surin- , Personnel de 


. école de 
tendance de l'écolâtre, avait pour professeurs le gaint - Dona- 
rector scholarum et le succentor. tien, 


Le succentor,appelé aussi phonascus, était nommé guccentor. 

par le chapitre, sur la présentation, paraît-1l, du 
doyen (!). Lors de sa réception, on lui remettait 
comme insigne de ses fonctions une branche de 
palmier (palmetum), et on linstallait dans la pre- 
mière stalle inférieure de droite, du côté du prévôt. 
À moins que le nouveau titulaire ne fût déjà du 
nombre des clercs installés, le doyen lui conférait 
une stalle (”). 


Le phonascus dirigeait la maîtrise et enseignait 
la musique d'ùne manière spéciale aux choraux, 
puls aux réfectionaux ainsi qu’à tous les enfants 
de l'école, même aux élèves des professeurs 
particuliers établis dans le patronat de Saint- 
Donatien (*). 

Si d'une part le chapitre usait de son droit de 
punir le succentor en défaut, d'autre part il gavait 
encourager le maître de chant en lui accordant 


(!) Un seul acte attribue le droit de présentation au doyen. De 
fait, c'est d'ordinaire le chapitre qui nomme, sang mentionner 
aucune présentation; une fois, nous voyons le grand-chantre 
présenter un candidat, et une autre fois, simplement le reoom- 
rmander. — Voir Appendice I de ce chapitre, ad ann. 1365, 1500, 
1556, 3° et passim. 

(5) Appendice I, ad ann. 1485; 1560 et passim. Cfr, p. 21. 

(5) Voir pp. 33, 38, 116, note 1; Appendice I, ad ann. 1518. 





Rector 
larum. 


schoe 


138 


des faveurs pécuniaires ou la promotion à un 
bénéfice (4). 


L'officium choralium, en dehors de lindemnité 
pour l'entretien des enfants de choeur (fixée à 
2 ib gr. par choral, mais souvent majorée à raison 
de la cherté des vivres), payait annuellement au 
succentor 4 Ïb gr., dont une représente la valeur de 
Ja soutane à laquelle il avait droit, et dont les trois 
autres constituent les honoraires attachés à l'exécu- 
tion de la fondation van der Coutere, en vertu de 
laquelle il devait journellement conduire ses élèves 
au tombeau du fondateur pour y réciter le Miserere 
et le De profundis. L'officium refectionalium lui 
octroyait un salaire de 1 Îb gr. du chef de legons 
de chant à donner aux réfectionaux (°). 


Le rector scholarum, présenté toujours par l'éco- 
lâtre, admis par les chanoines réunis en séance 
capitulaire, et pourvu d'une stalle (s'il n'en possé- 
dait pas déjà), était installé dans le premier siège 
de gauche du côté du doyen, et mis en possession 
du rectorat par le scholasticus, qui le conduisait à 
école et lui mettait entre les mains la férule 


magistrale (*). 


(!) Appendice I, ad ann. 1461; 1508; 1556, et passim. 

() Historre du Séminaire de Bruges, T. II, Documents, p. 17. — 
‘«« Item succentori huj. eccl. ut finita missa de Salve singulis 
diebus cum choralibus ecclegie juxta tenorem fundationis accederet 
ad tumulum dicti fundatoris legendo ibidem De profundis et 
collectam quolibet anno III bgr. .. . . . . . IIIDgr. 

Item eidem pro una tunica quam singulis annis cum choralibus 
habere tenetur in festo S. Donatiani cujuslibet anni in fundatione 
estimata ad XXs.gr. . . XXs. gr.” — CO. Chor. passim. 

Cfr. p. 71, note: Seguuntur onera toleranda super prormassis. 

(®) Appendice II de ce chapitre, ad arm. 1403; 1562 et passim. 


139 


Ses principales fonctions consistaient à donner 
Yinstruction religieuse et hittéraire aux élèves de 
école chapitrale. Souvent, peut-être toujours, il 
g'adjoignait un aide qui portait le nom de submo- 
nitor ou hypodidascalus (*). 

Pour les punitions et les récompenses, il était sur 
le même pied que son collègue, le maître de chant. 

Outre les Émoluments provenant de la stalle ou 
de son bénéfice,1l percevait un minerval exigible des 
écoliers non attachés au service de l'église (*). La 
fondation Ilegis et de Molendino lui allouait une 
indemnité annuelle de 3 Ìb gr. par réfectional, 
mais cette somme était dépassée plus ou moins, 
d'après le prix des subsistances (®). ‘ 

Pour lenseignement des choraux, le rector ne 
pouvait exiger aucun droit d'écolage (*). 

A partir de 1420, le succentor et le rector sont 
régulièrement comptés parmi les petits officiers, 
dont le mandat se renouvelle deux fois par an, le 
23 Juin et le 24 Décembre. 

Tous deux sont dispensés partiellement de 
Passistance au choeur (à laquelle ils sont tenus en 
qualité de clercs installés), lorsque cette assistance 
est incompatible avec leurs occupations scolaires(®). 


(!) Ibidem, ad ann. 1396; 1438; 1446; 1454; 1562; 1566; 1569. 

(?) Voir p. 116, note 1; 117, note 1. 

(3) Voir p. 71, note : Sequuntuwr onera etc.; Acta cap. passim. 

(©) Acta cap. 23 Jan. 1476. (n. s.). Les comptes des choraux 
n’accusent aucun salaire en faveur du rector. 

(6) Histoire du séminaire de Bruges, T. II, Documents, pp. 87, 90; 
Appendice [ de ce chapitre, ad ann. 1410; 1419; Appendice II, ad 
ann, 1433; 1498 et passim. 





Écolâtre. 


140 


Lee rector et le succentor, qu’ils fussent prêtres ou 
non,‚avaient le pas sur les autres clercs installés,non 
élevés au sacerdoce, sans égard à lancienneté (}). 


Il est digne de remarque que la plupart des 
rectores et des succentores Étaient prêtres. Bien plus, 
la fondation de Coninck et van der Meulene suppose 
un maître d'école sacerdos; et, de fait, depuis 1550 
jusqu'en 1571, Guillaume de Liedekercke est le 
seul qui fasse exception à la règle. 


L'écolâtrie ne constituait pas une dignité capi- 
tulaire, mais simplement un office quit n'était 
annexé à aucune prébende fixe (®). 


La collation en appartenait de droit au prévôt 
de Saint-Donatien, comme le prouvent et la teneur 
des lettres par lesquelles le chef du chapitre confère 
loffice, et les protestations qu'il oppose aux 
chanoines lorsque ceux-ci se permettent d'élire 
Pécolätre (*). Plusieurs fois, il est vrai, des nomi- 
nations furent faites par le Pape (ou en son nom), 


() “ DD. volentes statutum nuper editum in observantiam 
revocari, ordinarunt et statuerunt quod inter clericos installatos 
et alios de nigra amutsia, sacerdotes in offertoriis et procegsionibus 
aliog non sacerdotes, juxta receptionis senium precedant, ita 
tamen quod rectori scholarum et succentori pregbyteris existen- 
tibus, solitum officii stallam permittatur, et quandocumque ipsi 
rector et succentor instituentur, etiam si non sint sacerdotes, 
alios etiam non (#) sacerdotes precedere habebunt. ” — Acta cap. 
21 Aug. 1570. 

(%) Appendice III de ce chapitre, ad ann. 1441. 

(9) Ibidem, ad ann. 1361; 1883; 1504. 

(*) Si la particule non était due à un lapeus calams du secrétaire du chapitre, 


alors il faudrait dire que le rector et le emccentor avaient le pas sur tous les cleros 
installés, prêtres ou non, 





141 


mais le chanoine Hubert Waghenaers, dans son 
mémoire sur I'écolätrie, (1) les explique, en suppo- 
sant qu'à Rome on croyait l'office inséparable des 
prébende et canonicat de I'écolâtre déeédé pendant 
un mols apostolique (*). 

Le nouveau titulaire, muni de ses lettres de 
collation, se présentait à la séance du chapitre pour 
être mis en possession de son office. Après avoir 
prêté le serment propre au scholasticus, il était 
conduit à l'école où un chanoine l'investissait de 
son autorité en lui remettant les verges et la férule 
magistrales (*). 

De par son serment, l'écolâtre était obligé de 
rédiger lui même ou de reviser la correspon- 
dance, surtout les lettres latines, du chapitre; do 
défendre les biens et les droits de l’écolâtrie ; de 
surveiller les legons à lire au choeur, et de remplir 
tous les devoirs que la coutume ancienne imposait 
à Y'écolâtre de Saint-Donatien (*). 

C'est sans doute en vertu de la première clause 
du serment, que nous verrons le scholasticus de 
Vriese chargé de complimenter Pierre Curtius 
lors de lintronisation de cet évêque. 


Quant aux biens dont il est question ici, ils sem- 
blent consister en quelques Émoluments attachés 


nnen 





() Archives de l'évêché. Mémoire manascerit intitulé scholastria. 

(?) Par Mois apostoliites on entend les mois pendant lesquels 
la collation des bénéfices vacants était réservée au Saint-Siège. 

(@) Appendice III, ad ann. 1495, 1501; 1o11. 

( Voir la formule du serment dans l’ Histoire du séminaire de 
Bruges, T. II, Documents, p. 83, note 2. — Quelques détails donnés 
dans cette note doivent être rectifiés d'après l'exposé ci-dessus. 





142 


a l’office (t). Peut-être l'écolâtre avait-il aussi une 
part dans le minerval des élèves aisés, et dans 
les rétributions payées par ceux qui obtenaient 
l'autorisation d'ouvrir une école dans les limites 
du patronat. 


L'écolätre avait le droit de présenter un candidat 
pour lacharge de rector scholarum de Saint-Donatien, 
mais il appartenait au chapitre d'agréer ou de 
récuser ce candidat et d'examiner les griefs for- 
mulés contre lui. Lorsque le maître d’école provo- 
quaìt des plaintes par son inconduite ou son 
insuffisance, l'écolâtre ne pouvait de son propre 
chef, le démettre de ses fonctions; il devait en 
référer au chapitre, qui se réservait la faculté de 
maintenir ou de licencier le rector délinquant ou 
devenu inhabile (®). 


() * Egidius Beversluus canonicus scolasticus conquestus est 
quod magister fabrice sine causa sibi dedit impedimentum in per- 
ceptione fructuum scolastrie, attento quod ipse fuit hic residens 
hoc anno, et supplicavit sibi providere per capitulum. DD. previa 
deliberatione declararunt fructus scolastrie ad ipsum scolasticum 
pertinere. * — Acta cap. 21 Febr. 1442 (n. 5.) 

‘“« Scholastria debet habuisse emolumenta, quia in registro E in 
initio seu antefoliis taxatur sicut cantoria ad V Db gr. et in registro 
cap. 3, fol. 10 contribuit Henricus de Charetto 10 s. par. et in 
registro C in antefoliis ad 10 b par. ” — Scholastria. 

(®) Bachusius dans sa Rapsodia (Arch. de 1'Év.) résume ainsi un 
acte capitulaire du 1 Avril 1443 (n. s.): “ Declaraverunt DD. super 
jure scholastici quod jus instituendi vel destituendi non spectabat 
ad scholasticum, sed dumtaxat spectabat ad eum (presentare) 
quando schole vacabant per mortem vel per recessum; sì tamen 
contingat quod rector schole est inutilis vel minus sgufficiens, 
scholastici est inquirere aut dispicere novum aliquem et ydoneum 
et illam capitulo nominare ut capitulum talem possit instituere 
qui ad hoe foret ydoneus et sufficiens. ” — Cfr. Appendice II, ad 
ann. 1438. 


1438 


D'après la fondation Regis et de Molendino, la 
présentation du rector scholarum devait ge faire par 
l'écolâtre et les trois provisurs ou gouverneurs 
des réfectionaux conjointement(!).Cependant, après 
comme avant 1556, le scholasticus continua de 
présenter tout seul le maître d'école (®). 

Par contre, une clause de la même fondation 
attribuant à l’écolâtre et aux gouverneurs le droit 
d'admettre et de renvoyer les réfectionaux, fut 
pratiquement modifiée en sens inverse. Une pre- 
mière résolution capitulaire du 7 Avril 1557 règle 
ce droit comme guit: Désormais seront provi- 
seurs, pour l'espace d'un an, d’abord le doyen 
et les deux chanoines les plus anciens, puis les 
trois chanoines suivants par ordre d'ancienneté, et 
ainsi de suite. Chacun d'’eux pourra admettre un 
réfectional, à tour de rôle. Si pendant l'année trois 
admissions ont eu lieu, la quatrième sera dévolue 
au chanoine suivant le plus ancien. Si au contraire 
année se passe sans qu’aucune admission soit 
faite, les admissions se feront par les chanoines 
selon l'ancienneté (*). 


(!) Histoire du séminavre de Bruges, T. II, Documents, p. 84. 

) Appendice II, ad ann. 1562. 

(>) “ DD. ex certis causis animos suos moventibus ordinarunt 
quod deinceps tres canonici geniores secundum receptionem erunt 
provisores refectionalium ad annum,inter quos D. decanus ratione 
diguitatis sue decanalis erit primus. Qui provisores nominationem 
refectionalium sigillatim et successive habebunt, et facta per 
primum ex dictis tribus provisoribus nominatione alicujus novi 
refectionalis, secundus sequetur et secundum tertius. Et si forte 
singulos dictorum triam provisorum infra dictum annum nomi- 
nare contigerit, quod tunc gequens nominatio devolvetur ad 


144 


Cette disposition paraissait gans doute trop 
compliquée; car, le 10 Octobre 1558, on statua ce 
quì suit: Il y aura toujours trois chanoines pro- 
viseurs. Au fur et à mesure que l'un d'eux aura 
admis un réfectional, il gera remplacé comme 
proviseur par le chanoine qui suit dans l'ordre 
d'ancienneté. Aucune admission ne se fera sans 
avis préalable de l'écolâtre (!). 


Le scholasticus n'enseignait pas par lui-même à 
Fécole de Saint-Donatien. 


Son principal devoir, quoique non spécifié dans 
la formule du serment, consistait à surveiller 
les mceurs et la diligence du maître, la conduite 
et les progrès des élèves, à contrôler les livres 
et les auteurs employés dans les classes, à 
examiner les pièces littéraires jouées par la jeu- 
nesse (”). | 


Cette tâche était facilitée par la visite au moins 
mensuelle, qu'en vertu de la fondation Mlegis et 


canonicum secundum senium proxime sequentem. Si vero anno 
durante neminem per dictos provisores nominari contigerit, eo 
casu, quoad nominationem ordo senii observabitur. *” — Acta cap. 
7 April. 1557 (n. s.). 

(1) “ DD. ordinarunt quod deinceps singuli trium cauonicorum 
in turno ad nominationem refectionalinm existentium, manebunt 
provisores eorumdem refectionalium, danec per eos sigillatim et 
successive facta fuerit nominatio refectionalium, quam nomina- 
tionem facere non poterunt nisi prius desnper adhibito consilto 
D. scholastici pro tempore existentis, et facta per primum ex 
dietis tribus provisoribus nominatione alicujus novi refectionalis, 
tunc adjungetur duobus aliis canonicis tertius canonicus senior 
secundum receptionem, et sic de seniore in seniorem.”’ — Ácta cap. 
10 Oectob. 1568. 


() Voir p. 135, notes 2 et 4, 


145 


dé Molendino, ìl devait faire a la maison des réfec- 
tionaux, de concert avec les proviseurs et le 
receveur de loffictum refectionalium (Y). 

L'obligation de donner ses soins à l'école était 
regardée comme sì importante, qu'en cas d’absence 
prolongée de l’écolätre, le chapitre obligeait celui- 
ci à constituer, à ses frais, un chanoine qui le rem- 
placât dans ses fonctions (”). 

Les conflits scolaires relatés tout à l'heure ne 
sont pas assez explicites pour en déduire d'une 
manière certaine le droit de l'écolâtre sur les écoles 
situées dans les limites du patronat. 

Le acholasticus semble avoir été investi de la 
‚faculté de conférer la licence d'ensergner, à laquelle 
d'ailleurs était gubordonnée partout l'ouverture 
d’une école publique. Mais l'écolâtre, mandataire de 
Église dans l'autorité qu'elle possède de contrôler 
l'enseignement, a-t-il abusé de ses fonctions pour 
convertir son pouvoir en un monopole lucratif ? 
Nous ne le pensons pas. 


(!) Histoire du séminasrre de Bruges, T. II, Documents, p. 92. — 
« Decima tertia Maii anni LVI dum DD. decanus, Springhere, 
Scoonhoveet Vriese una cum receptore refectionalium visitationem 
fecissent in domo rectoris, solutum cuilibet secundum fundationem 
II s. par…. X s. ” — C. Ref. 1556-57. Cette rubrique revient régu- 
lièrement dans les autres comptes des réfectionaux. 

(®) “ DD. decanus et capitulum concluserunt scribere D. sco- 
lastico [G. Beversluus ] quod ipse aliquem institueret hic residentem 
canonicum qui expensis suis superintenderet scolis hujas ecclesie, 
alioquin DD. in hoe providebunt. Et nichilominus, attentis noto- 
riis defectibus contingentibus in dies in regimine scolarum, DD. 
ex nunc deputaverunt Mg""= R. de Capella ad superintendendum 
scolis donec DD. haberent responsum D. scolastici vel donec alias 
per eos desuper esset provisum. ” — Acta cap. 23 Jun. 1461. 


10 


146 


Ou bien, à côté du droit de délivrer la licence 
denseigner existant chez l'écolâtre, l'école de Saint- 
Donatien jouissait-elle d'un monopole juridique- 
ment fondé qui s'étendait sur tout le patronat ? 
Nous penchons vers laffirmative, sans pouvoir 
toutefois Étayer notre opinion de preuves tout à 
fait concluantes (1). | 


() Nous trouvons, dans les actes capitulaires du chapitre de Notre- 
Dame à Bruges, des faits supposant un monopole semblable en 
faveur de l'école decette collégiale et corroborant aiusi notre opinion: 

“< D. Petrus van der Douck rector scholarum reiterat suas 
querelas contra D. Arnoldum Nepotis quod hic in prejudicium et 
destructionem scholarum hujus ecclesie in domo sua fovet et in 
expensis tenet multos commensales, eos in lingua latina erudiendo 
sic ut propterea schole generales hujus ecclesie totaliter peribunt 
et ad nihilum redigentur, cogeturque in posterum hujusmodi 
scholas deserere et derelinquere nisi aliter desuper provideatur. 
Idem conquerens dictorum DD. auxilium et officium benigne im- 
plorando debita cum instantia petit et requisivit desuper fieri 
provisionem oportunam. DD. igitur super premissis matura deli- 
beratione prehabita vocatoque et comparente D. Arnoldo Nepotis 
eundem super premissis gratiose primitus advisantes monuerunt 
sub penis perjurii et inobedientie, quod singulis diebus et tempo- 
ribus ab antiquo consuetis mittat hujusmodi suos commensales 
tam ad scholas quam chorum ecclesie predicte cum habitu decenti 
et ecclesiastico ad instar aliorum scholarium adventiciorum easdem 
gcholas et chorum in dies frequentantium. ” 

‘“ Suborta lite et questionis materia per et inter venerabiles et 
circumspectos viros DD. prepositum et capitulum ecclesie colle- 
giate Beate Marie Brugensis Tornacensis diocesis cX uaa, ac 
Mg"*" Joannem Tayspil canonicum et scholasticum ejusdem 
ecclesie respective actores ex altera, contra et adversus Mg"*” Arnol- 
dum Nepotis presbyterum capellanum de grege et gremio chori 
prefate ecclesie, occasione et ad causam scholarum et scholarium 
ejusdem ecclesie, coram magnificis DD. de nobilt consilio camere 
Flandrie in oppido Gandensi motis reum partibus ex tertia, tan- 
dem anno, mense et die ac loco subscriptis constituti coram me 
notario publico et testibus inferius descriptis discreti viri DD. et 


147 


Sous l'évêque Curtius, la juridiction de I'écolätre 
de Saint-Donatien s’étendra, nous le verrons plus 
loin, sur toutes les écoles de la ville de Bruges. 


Nous croyons être utile à ceux qu’intéresse 


Mg"! Antonius Marcatellis canonicus per prefatos DD. de capitulo 
ad infrascripta specialiter commissus et deputatus, nec non memo- 
rati Joannes Tayspil et Arnoldus Nepotis, animo et intentione 
concordandi, pacem componendi, volentes quantum in eis est 
hujusmodi litem, caugsam et questionis materiam extinguere et 
totaliter annihilare, laboribusque et expensis ulterioribus quos et 
quas forsan adhuc habere deberent parcere cupientes, ex certis 
eorum scientiis ac propriis et spontaneis voluntatibus maturisque 
deliberationibus ac consilio prehabitis, omnibus melioribus modo, 
forma et causa quibus potuerunt et debuerunt, et quelibet ipsa- 
ram partium potuit et debuit, pacem et concordiam, que nutrit 
amorem, amicabiliter inierunt, fecerunt et ad invicem convenerunt, 
modo et forma sequentibns. Primo videlicet quod omnes distribu- 
tiones, obventiones et emolumenta chori quocumque nomine cen- 
seantur, eidem Mg" Arnoldo Nepotis reo quomodocumque et 
qualitercumgue contingentes et contingentia, a quibus per senten- 
tiam et ordinationem capitularem ob non paritionem certe moni- 
tioni in personam suam facte et intimate, prout in actis capitularibus 
latius declaratur, incipiendo a prima die mensis Januarit anni 1520, 
fuit snspensus et declaratus foraneus, cedent et pertinebunt pre- 
fatis DD. de capitulo usque ad primam diem mensis Martii proxime 
instantis exclusive, salva et excepta summa quinque Ìb gr. moncte 
Flandrie quam prelibati DD. pietate moti eidem Mg"° Arnoldo 
Nepotis ex dictis distributionibus, obventionibus et emolumentis 
annuunt levandam et percipiendam, dicto Nepotis in hoc expresse 
consentiente. Insuper prelibatus Nepotis qui multos in domo sua 
fovet, tenet et docet commensales promisit hujusmodi suos com- 
mensales ad scholas et chorum ecclesie prefate mittere. Et his 
mediantibus articulis pax et concordia inter partes predictas fuit 
et est facta et declarata, renuntiantes expresse de alto ad bassum 
dictis liti et cause cum omnibus inde secutis et secuturis expensis 
hine inde factis compensatis, et ex causa. Actum in domo dictt 
Nepotis Anno a Nativitate Domini 1522 sabbato mensis Februarit 
die 22, presentibus Mgr Ambrosio Danins de gremio chori predicte 


148 


histoire de la musique et des lettres en donnant, 
sous forme d'appendices, la série des succentores, 


rectores scholares et scholastici, qui se sont guccédé 
à Saint-Donatien. 


mn — 


ecclesie cappellano et Daniele Spetebroot presbyteris dicte Torna- 
censis diocesis testibus et me.” 


De Nerve, not. 


‘* Articulus ìste supra scriptus qui incipit : Ineuper prelibatus 
Nepotis etc. de consensu partium ac testium in eo positorum fuit 
reformatus ut sequitur: Tnsuper prefatus Mgr Arnoldus Nepotis est 
contentusg deinceps mittere suos commensales ad scholas et chorum 
hujus ecclesie juxta conventionem inter ipsum et Mg""” Danielem 
Spetebroot rectorem scholarum initam et factam. *” — Acta rap. B. 
M. V. Brug. (*) 5 Maù 1518; 22 Febr. 1522 (n. s.) 


(*) Archivesde Notre-Dame à Bruges. Compendium actorum capitularinm insignis 
ceclesie collegiate Beate Marie Virginis Brugis, fol. 96 et 117. 


149 


APPENDICE I. 


Maîtres de chant de BSaint-Donatien. 
1365 - 1572. 


1365, 13 Août. (1) *aurrvaume BARBIER, prêtre (%), est 
nommé suecentor par le doyen, le grand-chantre et 
le chapitre. Le 23 Juin 1366, sur la présentation 
du grand-chantre Brixius de Gandavo, il est ré- 
admis par le chapitre pour l'année courante. Le 
18 Avril 1867 (n. s.), il se voit priver de sa stalle qui 
est códée à Jean de Scuutvelde. Il meurt au mois 
de Décembre suivant et Pierre de Cruce lui 
succède dans sa vicairie. 


‘‘ Ordinatum fuit per DD. decanum, cantorem et capitulam quod D. 
Willelmus [ Barbier] erit succentor ecclesie nostre S. Donatiani et habe- 
bit usque ad festurm Purificationis Beate Marie proxime futurum duplices 
cotidianas et fructus provenientes ex guccentoria et XXIII hb par. de 
fabrica ratione capellaniarum absentium, quibus deserviet misgas cele- 
brando et interim ipse experietur mores nostros et similiter nog mores 
ipsius. Quibus sic gestis D. Jo. decanus protestatus fuit quod non intendit 
per presentem gratiam dicto D. Willelmo factam prejudicari quovismodo 
juri decanatus gui, nec ipsi D. Willelmo contribuere stallam neo jura 
stalli, ymo quod jns suum ad stalla vacantia contribuenda ubicumgque 
sibi placuerit (%) sibi remaneat salvum, sanum penitus et illesum, de 
quibus petivit instrumentum, vocans in testes DD. Johannem de Tullo 
et Balduinum de Caatris canonicos.”’ 


‘“ In eodem capitulo per prefatos DD. de capitulo presentato primitus 
D. Willelmo Barbier per D. Brizium de Gandavo cantorem D. Jo. decano 
et capitulo, ut sufficienti et ydoneo ad officium succentorie prefate ecclesic 
pro hoc anno presenti LXVI, fuit idem D. Willelmus receptus et admis- 
sus per prelibatos DD. ad predictum officium solemnitatibus ad hoc 
consuetis”” — Acta cap. 12 Aug. 1865; 23 Jun. 1366. 


(!) Sauf indication contraire, la date qui précède les noms des succen- 
tores, est celle de leur nomination, renseignée dans les actes capitulaires 
de Saint- Donatien. 

(°) Les noms des maîtres de chant prétres sont marqués d'un 
aatérisg ue. 


(3) Voir pp. 14 et 16. 


150 


1370, 21 Août. *sran ECGHAERT, bénéficier du diocèse 
de Cambrai. Le 21 Mai 1871,1l devient chapelain de 
Saint- Basile. 


‘«« D. Johannes Ecghaert receptus fuit per capitulum in succentorem et 
hoe cum consensu capellanorum et clericorum ad hoe vocatorum, qui 
ibidem in capitulo consenserunt quod per annum pitancias et refectiones 
reciperet, et non ultra, prout alii clerici installati hactenus recipiunt et 
recipere congueveruut. Et ultra predicta dicti DD. de capitulo eidem pro- 
miserunt XXIIII Ìb par. pro quibus big vel ter in septimana celebraret 
missam in presenti ecclesia deserviendo capellaniam…, promittentes 
idem DD. dicto D. Jobanni quod litteras sue absentie impetrarent ab 
episcopo Cameracensi, videlicet de curato ecclesie de.…., cujus est posses- 
sor. Et super hoc capellani et clerici petierunt instrumentum a me Petro 
de Quercu notario publico.”” — Acta cap. 21 Aug. 1370. 


1887, 22 Avril. *vrcror DEISEN, chapelain de retro cho- 
rum. Le chapitre lui accorde pro officio succentorie, 
des honoraires de 18 lb par. par an, jusqu’à révo- 
cation. En Février 1899 (n. s.), il paraît dans un 
acte comme matrmculartus de Vóéglise Saint-Jacques, 
à Bruges. 


“DD. de capitulo qui faerunt XI in numero assignaverunt usque ad 
revocationem eorum Victori Deisen pro officio guccentorie XVIII Ïb par. 
annuatim.’' — Acta cap. 22 April. 1887. 


1399, 12 Juillet. PierRE COOTS, admis ad stallum, à la 
direction de la maîtrise et chargé de tenir les 
orgues. IÌ résigne son office le 7 Avril 1400 (n. s.). 


“ DD. decanns et canonici ante fenestram in dormitorio propter hoc 
congregati receperunt et admiserunt Petrum Coots ad stallum vacans ex 
eo quod D. Jacobus da Bergis qui idem stallam solebat obtinere, ipsum 
vacuum dímigit per multa tempora. Et reget idem Petrus succentoriam 
et ladet super organa istius ecclesie." 

‘“ In capitulo Petrus Coots clericus installatus et succentor renunciavit 
simpliciter dicte succentorie et eam in manibus DI). resignavit.” — 
Acta cap. 12 Jul. 1399; 7 April. 1400 (n. s.). 


1400 (n. s.), 14 Avril. *Éror STALINHOOFT, clerc 
installé. Lie 19 Février précédent, il avait pu monter 
aux ordres sacrés, ealvostallo. Privé du luerum chors 


151 


pendant quelque temps, 1l est réadmis encore le 
28 Juillet 1407, à la condition d'être plus régulier. 


‘“ Eligius Stalinhooft clericusg installatus admittitur ad succentoriam 
modo et forma quibus eam habuit Petrus Coots. *' 

‘< Per DD. admissus fuit D. Eligius Stalinhooft ad stallum et succen- 
toriam, mediante juramento clericorum cousueto, hav conditione apposita, 
quod gi demceritis suis exigentibus aut negligentia vel incuria sua ergu 
pueros faciente, ipsum a dicta succentoria amoveri et licentiari contin- 
gat, eo ipso dictum stallum tenebitur dimittere, nisi super hoc a DD. gra- 
tiam obtinuerit de novo. *’—Acta cap. 14 April. 1400 (n. 8); 28 Jul. 1407. 


1410, 16 Juillet. *arves MICHAËLIS, mentionné comme 
maître de chant. Il avait été d’abord clerc installóé 
et vicaire, puis nommé chapelain de Saint-Basile, 
le 12 Septembre 1409, en remplacement de Gilles 
Potshooft. Dans la promotion de la Faculté des 
arts à Louvain, en 1435, Gilles Michaëlis obtient 
la 7° place sur 79 concurrents (!). 

“DD. fecerunt gratiam D. Egidio Michaelis quod ipse stando aut 


sedendo in scolis causa instruendi juvenes in musica possit ac valeat 
lucrari pitancias suas etc. ** — Ácta cap. 16 Jul. 1410. 


1412, 23 Juin. TrromAS FABRI, clerc installé, succêde à 
Gilles Michaëlis, démissionnaire. Il était élêve de 


Tapissier, et ses ceuvres ont été retrouvées par 
M. de Coussemaker (2). 


‘< Per resignationem Egidii Michaelis de snccentoria sua quam exercero 
solebat DD. providerunt Thome Fabri clerico hujus ecclesie installato, 
quam quidem succentoriam ipse fideliter exercere promisit et facere 
debitum suum et taliter quod DD. per Dei gratiam bene erunt contenti.”' 
— Acta cap. 23 Jun. 1412. 


1415, 18 Décemhre. *rierre ZOETEMAN, clerc installé, 
figure sous le nom de succentor dans une résolution 


(!) Analectes pour servir à l'histoire ecclésiastique de la Belgique, T.I, 
p. 408. 

(°) Mattres de chantet organistes de Saint. Donatien et de Saint-Sauveur 
à Bruges, documents recueillig par DÉSIRÉ VAN DE CASTEELE et unnotés par 
EDMOND VAN DER STRAETEN, Bruggs 1870, p. 10. 


152 


par laquelle le chapitre lui permet, nonobstant les 
statuts de Saint-Donatien, de recevoir les ordres 
sacrés. 


‘ Concessum fuit gratiose succentori Petro Soeteman, quod non ob. 
stante statuto ecclegie edito in contrarium, dictus Petrus possit se facere 
promovere ad sacros ordines. " — Acta cap. 18 Dec. 1416. 


1419, 19 Juillet. sacques COUTERMAN, clerc installé. 
Ä partir de 1420, le succentor est rógulièrement 
comptóé parmi les petits officiers dont le mandat se 
renouvelle deux fois par an (!). 


‘“_DD. in capitulo capitulariter congregati instituerunt Jacobum Cou- 
terman, cui ob hoc stallum alias contulerunt, installatum admiserunt in 
succentorem, ut pueros in cantu sufficienter instrueret. Qui quidem 
Jacobus onus arripuit et promisit ge facturum. *” 

‘t DD. considerantes quod succentor Jac. Couterman sepissime etiam 
pueros in motetis erudiendo occupatus existit adeo, quod bene modo 
contingo choro vacare nequeat, concesserunt quod, sive presens, sive 
non, in choro \uerabitur {distributiones ] cotidianas et hoc ab hinc usque 
festum natalig Domini proxime faturum. * —4cta cap. 19 Jul. 1419; 4 Jul. 
1420. 


1422 (n. s.), 19 Janvier. *prerRE ZOETEMAN, nommé 
suppléant de Couterman toujours en défaut et peu 
réglé dans ses moeurs. 


‘* Rector scholarum et saccentor resignaverunt officia sua se precando 
ad eadem [ reassumi). Quos DD. continuarunt injungendo sucoentori quod 
cum pueris choralibus misgsam de Salve concipiat in vigilia Apostolorum 
Petri et Paali et continuet, prout alias ordinatum et per eum promissum 
extitit, alias licentiandus. 

Item pro defectu per eundem succentorem commiaso… DD.injanxerunt 
ei pro panitione qaod per octo dies continuos intersit omnibus horis sub 
pena amissionis stallí. *’ 

“* Saccentor scilicet Couterman absolvatur a cantoria et suppleat off. 
cium illud D. Petras Zoeteman donec habeatur utilis. '’ — Acta cap. 
20 Jun. 1421 ; 19 Jan. 1422 (n. s.). 


1422, 28 Juin, KAROLUS, chapelain, intérimaire après 
le renvoi de Couterman. 


(?) Voir pp. 16 et 142. 


158 


“ DD. concluserant licentiare sucoentorem Couterman in vigilia 
B. Joannis Bapt. et ordinaront D. Karolum ad hoc officium ad tempus, 
donec provideatur de guccentore. "* — Acta cap. 17 Juin 1422. , 


1422, 29 Juillet. srxon RANARIL, clerc du diocêse de 


Cambrai. 


« DD. receperunt in succentorem Simonem BRanarii clericum Camera: 
censis diocesis, et positus fuit in stallo per D. Petrum Pavonis '’ — Acta 
cap. 29 Jul. 1422. 


1425, 25 Mai. *seaN SCORKIN et sacques pe RAVENS.- 
COTE, suppléants de Ranarii, infirme. 


 Propter infirmitatem Symonis Ranarii saccentoris placuit DD. do 
capitulo quod Juhannes Scorkin et Jacobus de Ravenscote officiam saccen- 
toris exerceant doncc aliter per capitulum fuerit provieum ”. 

« DD. concesserunt Johanni Scorkin ut primâ&m guam missam celebret 
ad majus altare hujus eoclesie. " — Acta cap. 25 Maii; 14 Jun, 1425. 


1428, 9 Août. Jacques COUTERMAN, qui, depuis le 
24 Septembre 1427, pouvaitde nouveau fréquenter 
Péglise en surplis, mais sans aumusse (Ì) (abeque 
almutio), et depuis le 13 Octobre était chargé des 
orgues, est réedmis en qualité de sucventor. Le 
23 Décembre 1429, le chapitre ne le maintient pas 
dans sa charge, et l'informe qu'on avisera d'ici an 
carême prochain. 


“DD. ad humilem supplicationem Jacobi Couterman ipenm receperant 
ut ecclesiam istam ut alii clerici installati frequentet cum superpellicio 
et absque almucio, donec super hoo secam fuerit legitime dispensatum. 
De modo vero lucrí per ipsum recipiendi, proxima die capitulari ordinare 
decreverunt, 


(*) Auuussr. Vêtement porté par les chanoines, depuis le XI® siècle, 
pendant l'office des heures canoniales, pour se próserver du froid, C'était 
À origine ane cape ou pèlerine plus ou moins longue, terminée par un 
capuchon en laine, feutre ou toute autre étoffe le plus souvent fourrée. 
Voyez, pour tout ce qui concerne la forme et les usages de l'aumusse, 
VIoLLET-LE-Duc, Dicttonnaire raisonné du mobilier frangais, Tom. III, 
Vétements etc, Paris 1869, pp. 81 aq. et Victor Gar, Glossaire archéolo. 
gique du moyen âge et de la renaissance, Tom. I, Paris 1887, pp. 85, 86. 


154 


“DD. super lucro et modo lucrandoram per Jacobum Couterman 
nuper in hanc ecclesiam receptum ordinantes, decreverunt ipsum obligari 
singulis diebus ad minus interesse summe misse ct vesperis, et hoc 
mediante ipsum percipere debere ab obediencia quolibet mense IIIe ib 
par. Et casu quo aliquos defectus fecerit non interessendo ut premittitur, 
ilk defectus per tabularium notabuntur et in fine mensis eidem de dictis 
IIIIer Db defalcabuntur. Preterea iidem DD. ipsum Jacobum extunc ad 
officium organorum admiserunt, pro quorum galario sibi dari ordinarunt 
II Db gr. annuatim. * 


“Et fuerunt [officiarii} per DD. reaasumpti, succentore dempto, super 
cujus statu iidem DD. hinc ad XL*® ordinare intendant. *’ — Acta cap. 
24 Sept, 13 Oct. 1427; 23 Dec. 1429. 


1480, 23 Juin. *sacques pe CLIBANO, clerc installó, 
réadmis. Sa première nomination, qui doit avoir 
eu lieu au commencement de 1430, n’est pas 
renseignée. Le 23 Juin 1433, il refuse de continuer 
ses fonctions, probablement pour cause de maladie, 
car, le 19 Janvier précédent, le chapitre avait résolu 
de le maintenir dans son office jusqu’à Pâques, 
malgró sa mauvaise santé. 

‘« DD. gratiose dispensarunt cum D. Jacobo de Clybano ut, non 
obstante quod sit presbyter, possit stallum in hac ecclesia obtinere. ** 


‘‘ Decanus et capitulum concesserant D. Jacobo de Clibano quod 
remaneat in officio succentoris usque ad festum Pasche proxime futarum, 
ejus infirmitate non obstante. * 


‘“ Fuerunt reassumpti [officiarii], D. Jacobo de Clibano succentore 
excepto, qui succentoriam reassumere recusavit. '* — Acta cap. 15 Jun. 
1429 ; 19 Jan. 1433 (n. s.); 23 Jan. 1498. 


1438, 19 Août. *PrerRE ZOETEMAN, intérimaire. II 
donne sa démission le 23 Juin 1485. 


‘< DD. ordinarunt quod D. Petrus Zoeteman degerviret officio succen- 
toris usque ad festum nativitatis J. Bapt. proxime futurum. *’ 
‘ M. Petrus Zoeteman rogatus reassumpsit officium succentoris usque ad 


semi augustum vel quo usque DD. fuerint provisi de alio. * — Acta eap. 
19 Aug. 1433; 23 Jun. 1434. 


1435, 23 Juin. JEAN ROBERTI, clerc installé, admis 
d’abord (20 Juin), probandi gratia, maintenant 
définitivement. 


155 


‘“ DD. conclaserunt D. Joh. Roberti assumendum in succentorem, pro 
uno anno, gratia probandi, si sciret et valeret hoc onus regere. " 

“ Officiarii resignaverant gua officia et fuerunt reassumpti ad ea 
omnes, excepto D. Petro Zoeteman, qui dimisit succentoriam, quam 
DD. contulerunt Johanni Roberti clerico installato. ” — Acta cap. 
20, 23 Jun. 14965. 


1438, 21 Août. *Mmargias DE BANCO, suppléant de Roberti 
qui obtient la permission de s’absenter pendant six 
ou sept semaines pour faire son noviciat chez les 
Chartreux. 


Le novice ne fait pas profession, mais reprend 


ses anciennes fonctions qu’il remplit jusqu'au 
28 Juin 1462. 


‘‘ DD. mei concesserunt Johanni Roberti gratiam se abeentandi ab 
ecclesia spacio VI vel VIII septimanarum causa probandi religionem 
Carthusianoram quam intendit intrare, et hoc absque periculo stalli et 
Mg" Mathias [de Banc] promisit curam succentorie gerere per tres vel 
IITIer hebdomadas quousque DD. providerint.""— Acta cap. 21 Aug. 1438. 


1452, 23 Juin. *corNeivvE HEYNS et sean BOUBERT 
succèdent simultanóment à Jean Roberti. Le 17 
Septembre 1453, Heyns peut recevoir les ordres 
sacrés, sans perdre sa stalle. 

« Reassumpti faerunt (offiviarii] excepto J. Roberti succentore. Et 


loco Roberti fuerunt deputati ad succentoriam Cornelius Heyns et 
Johannes Boubert. * 
“ DD. fecerunt gratiam Cornelio Heyns clerico installato quod possit 


procedere ad sacros ordines absque dimissione stalli. " — Acta cap. 
23 Jun. 1462; 17 Sept. 14653. 


1454, 22 Juin. *sraAN BOUBERT, seul réadmis comme 
succentor, Heyns étant foraneus ou non résident, 
parce qu’il était devenu desservant (vicegerens) à 
Saint-Michel. Boubert célèbre ses prémices le 
deuxième dimanche après Pâques, 1458 (!). 


(!) C'est par erreur que M. Van de Casteele, dans ses Maîtres de chant 
et organistes, eto., p. 10, a la Joannis Robert, au lien de Joanni Boubert, 


156 


<< Reassumpti fuerunt [officiarii] preter D. Cornelium alterum succen- 
torem qui foraneus existit, et commissum fuit officium saccentorie Johanni 
soli usqae ad nativitatem Domini. *’ 

‘« DD. assignarant D. Johanni Boubert succentori noviter ad sacerdo. 
tium promoto, diem ad celebrandam suam primam missarm in hac ecclesia, 
dominica Misericordia Domini post Pascha. '* — Acta cap. 23 Jun. 1451; 
22 Martii 1468 (n. s.). 


1460, 13 Juin. *PrrcuHevaL DE POLINCHOVE, clerc 
installé,originaire du diocêse de T'érouane, suppléant 
de Boubert malade. 


« DD. ordinarunt Perchevaldum [de Polinchove) clericum installatum, 
attenta infirmitate succentoris, ad regendam succentoriam. * — Acta 
cap. 13 Jun. 1460. 


1460, 1 Octobre. *sraN BOUBERT, rétabli, reprend ses 
fonctions. 


“& Coram DD. comparuit D, Johannes Boubert et gignificavit DD. meis 
qualiter ipse fuit effectus sanus, et petiit reassumi in succentorem, 
attento quod ipse non fuerat privatus ab eadem et quod Perchevaldus de 
Polinchove fuerat solum assumptus per modum provisionis. DD. mei 
eisdem auditis ordinarant quod dictas Perchevaldus deserviret dicte 
succentorie usqae ad festam Remigii proxime futurum et perciperet 
omnia lacra pro rata quarte partis anni presentis, dempta tunica quam 
dictus Boubert qui in dicto festo Bavonis ad dictum officium reassumere- 


tur integram recipiet. De quo ambo recesserant contenti, " — Acta cap. 
27 Aug. 1460, 


1461, 29 Avril (n. s.). *auivvaume De RIGAULT remplace 
Jean Boubert congóédié à cause de ses continuels 
manquements. Le 24 Décembre, il résigne ses fonc- 
tions, tout en consentant à les exercer jusqu'à la 
nomination du nouveau swccentor,. Peu de temps 
après, le chapitre lui confère la chapellenie de 
Saint-Antoine, de eztra chorum. 

‘* DD, injanxerant D. Johanni Boubert guccentori scolarum hujus 
eoclesie, ex eo quod culpa saas naullus choralium in festo sanctorum 


Jacobi et Christofori venerit ad matutinas, stare debeat ad scabellum et 


interesse omnibus horis per octo dies continuos, nisi legitime occupa- 
tus fnerit circa scolares suos. '’ 


‘““ DD. vocato D. Joh. Boubert succentore, interrogarunt eum quare 


157 


comrmiserat defectum in missa Beate Marie, qui nescivit. se excusare et 
propterea DD. in modum correctionis pro hujusmodi defectu condemp- 
naverunt eum ad solvendum fabrice II libras cere et standum cum 
pueris ad stapellum per octo dies in matutinis, missa et vesperis sub 
pena lucri diei pro quolibet defectu et recuperstionis ipsius diei per 
unum aliam diem sequentem.…”” 

‘“<“DD. consideratis defectibus continuis J. Boubert succentoris requisi- 
verant Mg"*® G.de Rigault ut assumeret onus succentorie, qui onus hujus- 
modi in ge suscepit, casu quo gensus sui ad hoc sufficient. Et ad hoo 
sciendum contentabatur probare per dimidiam annum vel per annum 
donec DD. essent provisi de alio magistro, casu quo ipse Mgr Guillelmug 
nequiverit onus succentorie et officium amplius exercere. ” — Acta cap. 
7 Aug. 1458; 26 Maii 1459; 29 April. 1461 (n. s.). 


1462, 23 Juin. *corNeivvE HEYNS, successeur de G. de 
Rigault, est réadmis. Il regoit sa démission le 
24 Dóécembre 1465. 


& Officiarii.... reassumpti, dempto guccentore G. Rigault, qui simplici. 
ter resignavit officium suum succentorie in manibus DD. Et DD. jusserunt 
eidem quod deserviret officio predicto donec per eos desuper aliter fuerit 
provisum. *’ 


“* Reassumpti fuerunt.. dempto succentore Cornelio Heyns qui deposi- 
tus est, et loco ejus assumptus Petrus Basin clericus installatus.*" — Acta 
cap. 24 Dec. 1461; 24 Dec. 1465. 


1465, 24 Décembre. PrerRE BASIN ou BASYN, clerc 
installé. Il est remplacé, avant le 23 Juin 1466, 
par le suivant. 


1466, 23 Juin. *sacqurs LUUCX, mentionné comme tel. 
Déjà avant 1457 il était clerc installé. Le 26 Avril 
1468,1l obtient la permission de s’engager au service 
de l’évêque de Liège. 

‘“ In capitulo comparentes DD. Jacobus Luncx snccentor et Jacobus 

Amouret presbyteri de extra chorum capellani, petierunt a DD. dari 

lieentiam eundi Leodiam in gervicio D. episcopi Leodiensis..…. Et fnit 


Perchevaldus de Polinchove ad officium snccentorie institutas per capitu- 
lam usque ad eorum reclamationem. * — Acta cap. 26 April. 1468. 


1468, 26 Avril. *percuevaL DE POLINCHOVE, capel- 
lanus de gremio chori. Le 5 Juillet 1475, il quitte 
son emploi pour devenir chapelain de Saint- Basile, 





158 


“ D, Perchevaldus de Polinchove Pbr capellanus de choro et succentor 
hujus ecolesie, gratias habuit DD. de dicto officio et supplicavit DD. ut 
vellent pouere alium, nam ipse erat faturus capellanus S. Basilii. DD. 
habuerunt sibi reciproce gratias de servicio ecclesie impenso et assump- 
serunt ad dictum officium D. Alianum de Groote, Pbrum capellauum de 
extra chorum hujus ecclesie. Datum sibi (fuit) nigrum almutium et pres- 
titit juramentum clericorum installatorum. ** — Acta cap. 5 Jul. 1475. 


1475, 5 Juillet. *ALAIN pr GROOTE, (senior), possesseur 
d’une chapellenie de eatra chorum. A l'occasion de 
sa nomination, 1l obtient une stalle surnuméraire 
(la 19°), nonobstant sa qualité de prêtre. En 1476 
et en 1480 (n. s.), le dimanche de la Passion, il 
reprósente, avec les chantres de la maîtrise, une 
moralité dont il avait composé la musique et les 
paroles. Le 20 Janvier 1480 (n. s.), il est mis en 
possession de la chapellenie d’ Artois, que lui avait 
conférée Maximilien d’ Autriche. Sous lui les cho- 
raux, en vertu de la fondation J. van der Coutere, 
commencent à cohabiter avec le surcentor. En Fé- 
vrier 1485, de Groote manifeste déjà le désir de 
résigner ses fonctions et obtient la capellania 
Animarum (de gremio chori); cependant, le 23 Juin, 
le chapitre le prie encore de diriger la maîtrise 
jusqu’à larrivée de Jacques Hobrecht, son succes- 
seut incessamment attendu. 

“ De D. Aliano qui est succentor et clericus installatus XIX°®* supra- 
numerarias (Ì) aliqui DD. fecerant difficaltatem an lucraretar pitan- 
tias, refectiones et alia lacra ecclesie. DD. ordinarant ut inscriberetur in 
tabula, et haberet plumbum et panem, dispensato secum quod posset 
habere stallum non obstante sacerdotio. " 

‘< D. decanas obtulit sponte ex sua bursa tradere et dare D. Aliano Pbro 
succentori hujus ecclesie omnia et singula lucra jue lucraretur in 
obedientia et foraneitate ut clericas installatus. ' 

‘€ D. Alianus de Groote succentor hujus ecclesie supplicavit DD. ut cis 
placeret, ut ipse unacum sociis de ecclesia possent ludere dominica pro- 


(?) Il n'y avait que dix-huit stalles dont pouvait disposer le doyen du 
chapitre, Voir plus haat, p. 14, note 1. 


159 


xima quemdam ludum spiritualem, quem ludum, hoc est, copiam posuerunt 
super buffetum per dominos visitandum. DD. mei deputarunt ad visitan. 
dum dictum ludum J. Coolbrant et M. K. de Campis et dominam cura- 
tum hajus ecclesie M. J. de Hoya. *' 

‘‘D. Alianus de Groote succentor hnjus ecclesie petiit ut ipse cum 
sociis ecclesie possct ludere die dominica proxima unam moralitatem quam 
ipse succentor compoguit, DD. met erant contenti dammordo dicta mora- 
litas per DD. deputatos visitaretur anne esset aliguid erroris in eadem. *’ 
— Acta cap. 12, 17 Jul. 1475 ; 27 Martii 1476 (n. s.); 15 Martii 1480 (n. 5.). 

‘“* Solatum D. Aliarno de Groote succentori, pro expensis quatuor chora- 
linm de eodem anno 1482 pro sex mensibus.… V Ib gr."— C. Chor. 1482-83. 

“ Officiarii ecclesie golito more detnlerunt officiorum guorum intersi- 
gnia, videlicet‘virgam, ferulam, claves, tabulam et virgas, eaque super 
bnffetuin posuerunt, et admoniti quidam se emendare, alii benefacta 
continuare, eadem intersignia cuique reddita reportarunt. Verumtamen 
succentori dictum fuit quod succentoriam administret donec e pro- 
ximo veniat M. Jacobus, magister puerorum ecclesie Cameracensis, 
qui exspectatur huc venturus ad residendum."” — Acta cap. 28 Jun. 1485. 


1485, 183 Octobre. *sacques HOBRECHT, maître de chant 
des enfants de chceur de la cathédrale de Cambrai, 
admis comme succentor de Saint-Donatien, à la 
suite des démarches qu’il ft auprès du chapitre 
par l'intermédiaire d'un ami. Le jour de sa récep- 
tion, les chanoines offrent quatre canettes de vin au 
pouveau phonascus et aux musiciens, qu'à leur 
demande il avait amenés à Bruges. — Avant d’exer- 
cerles fonctions de maître de chapelle à Cambrai, 1l 
avait dójà, dès 1465, dirigé la maîtrise de la cathé- 
drale d’Utrecht (1). 

* Deinde D. Alianns de Groote resignavit custodiam sive matricalariam 
dictam de Salve in parochiali ecclesia S. Nicolai Dixmudensis fundatam 
simpliciter in manibns DD. et resignatione admissa, eam contulerunt 
Johanni Rykelin pregenti et acceptanti, qui et juravit recuperare redditus 
et jura si qui vel que deperditi sunt et deperdita. Quibus sic gestis DD. 
ad finem qood officio succentorie provideretur, attenta etate D. 
Áliani de Groote clerici installati et vicarii, contulerunt sibi acceptanti 


capellaniam misse animaram sive vicariam dominorum, vacantem ut 
premititur per agsecutionem, et prestitv jaramento inductus fuit in 


(1) Maîtres de chant et organistes, etc, p. 17. 


160 


possessionem, stallo sibi in choro a parte sinistra per D. Burchardum 
assignato auctoritate DD. meorum. 

Insuper iidem DD. audito quod Mgr Jacobus Obrechts magister 
choralium ecclesie Cameracensis hactenus multum desìideravit huic 
ecclesie in guccentorie officio servire, super quo etiam per litteras suas 
ad quendam datas fuerant plenius informati, ordinarunt per me litteras 
scribi arl eam quatenus brevi huc veniat super hoc cum capitulo locuturus, 
aut scribat cujus fuit intentionis, ut officio de eo vel de alio sit provisum. ” 

“ Ordinatum est litteras scribi ad Mg"** Jacobum Hobrecht, magis- 
trum puerorum Cameracensiaum, quod veniat vel saltem suam intentionem 
significet, et si sciat aliquem tenoristam et habentem altam vocem, 
dacat secum huc installandos. ** 

“ Comparuit coram DD. Mg* Jacobus Obrechts, presbyter musicus, 
magister puerorum ecclesie Cameracensis, quem DD. moi literis suis 
demandavyerant ad officium succentorie hujus ecclesie, qui stallo chori per 
prefatum presidentem (K. de Campis), tanquam in ea parte vicarium D. 
decauni sibi collato, prestitit jaramentum clericorum, et DD. mei cum eo 
tanquam eacerdote dispensantes, de offlcio gsuccentorie sibi acceptanti 
providerunt, cum onere, preeminenciis et emolumentis, quem installavit 
Mg' Johannes Boníivicini a parte D. prepositi circa stapellum auctoritate 
capitali, ordinatumque fuit quod dicto Mg" Jacobo receptor equalitatis 
solveret, contra expensas suas bis vel ter eundo et releundo factas sex 
libras par. et IIII cannas vini, pro ipso et sociis musicis qui cum ipso 
venerunt.”’ — Acta cap. 7 Febr. 1486 (n. s.); 12 Sept, 18 Oct. 1485. 


1487, 2 Octobre *sEAn RYKELIN ou RIKELIN, sup- 
pléant de J. Hobrecht, pendant le séjour de celui- 
ci à la cour du duc de Ferrare, Hercule I. 


‘« Pro expensis mense quatuor choraliam golutum M. Jacobo guccentori 
pro quolibet terminoram (24 Dec. 1486 et 23 Jun. 1487) V D gr… 
X Pgr.” . . 

“& Pro expensis mense, golam III] choraliam, golutum M. Jacobo 
succentori et D. Johanni Rikelin in ejus absentia ad hoe commisso pro 
quolibet terminorum (24 Dec. 1487 et 23 Jun. 88) V DD gr. X Db gr." 
— CC. Chor. 1486-87-88. 

‘<& Exhíbite fuerunt littere missive D. Herculis ducis Ferrarie etc, per 
quemdam Corneliam de Lilloo ejas capelle cantorem, quibus capitulum 
rcgat quatenus permittere vellent quod Mg" Jacobus succentor apud 
ipsum Veniret per aliquot menses ibidem moraturas. DD. audito eodem 
Cornelio et etiam D. Johanne Cordier, qui retulit quod idem dux 
cum valde delectetnr arte musica, et compositionem musicalem dicti 
Mg"! Jacobi preter ceteras compositiones magnipendat, dudum 
affectaverat ipsum videre, mox eundem Mg"*" Jacobum in capitulo 


161 


venientem et petitioni ipgiug ducis acquiescentem, a festo S, Donatiani 
proximo ad sex menses se absentare permiserunt et licentiam concesse- 
runt, dummodo tamen officio suo et choralibus ita interim provideat quod 
non sìt defectus. Et nominato D. Johanne Rykelin capellano ad onus 
hujusmodi gubveniendum, DD. fuerunt contenti, ordinantes litteras scribi 
ad D. ducem graciosas et presentantes prefato Cornelio duas cannas vini 
cum pane. *' 

«& Audities missivis M. Jacobi Hobrecht guccentoris ex oppido Bergensi, 
DD. preceperunt me ad ipsum scribere quatenus non obstante metu 
guerrarum compareat huc pro festo beati Johannis, ut saltem de chorali- 
bus collooandis et docendis vel tunc disponat, attento quod D. Johannes 
Rykelin de illis petit exonerari. Alioquin quod DD. ipsi provideant de alio 
succentore necesse erit. *' 

‘“ De Mg" Jacobo succentore, qui nuper a duce Ferrariensi, quêm de 
licentia capituli visitavit, jamdudum rediit Bergas, denuo ordinattm est 
quod ad eum scribatur ut hoc instanti festo B. Johannis revertatur huo 
ut deserviat officio suo, alioquin DD. necesse habebunt in hoc providere, 
maxime attento quod locum tenens suus emnino absolvi velit. * 

‘“ Visis litteris D. ducis Ferrarie quibus capitulo gratias agit quia 
consenserant M. Jacobum Hobrecht succentorem ad eum venire, DD. 
intellecta excusatione ipsius M.Jacobi qui propter pericula viarum inter 
Bergas ubi est et Slusam, adhuc concesserunt gibi temporis redeundi ad 
locum et officium suum hinc ad festum Assumptionis prout ipse postu- 
laverat. " — Acta cap. 2 Oct. 1487; 13, 18 Jun; 6 Aug. 1488. 


1488, 15 Août. *sacques HOBRECHT, rentré de son 
voyage, reprend ses fonctions. En 1489, il obtient 
une chapellenie de eztra chorum. Le 17 Janvier 1491 
(n. s.), les chanoines trouvent bon de le congédier 
amicalement. 

M. Edmond Vander Straeten, dans sa Musique 
aux Pays-Bas avant le XIX° siècle, parle en ces 
termes de celui qu’il regarde comme un óminent 
compositeur, un maître illustre et une gloire musi- 
cale : ““ Le mystêre plane aussi sur plus d’une phase 
de existence du maître. Faute de renseignements, 
on est obligóé d’enjamber au moins une soixantaine 
d’années dans la carrière de Jacques Obrecht, pour 
Finstaller d’emblée, en 1492, comme maître de 
chapelle de la cathédrale d'Anvers, en remplace- 


ment de Jacques Barbirau. 
1 


amen 


162 


“< Or, avant d'être élevóé à ce poste Éminent, 
Jacques Obrecht avait rempli à la collégiale de 
Saint-Donatien à Bruges, les fonctions de cantor, 
fonctions infiniment plus miodestes et moins lucra- 
tives.… [Suit un extrait des comptes de la ville 
de Bruges (2 Sept. 1489-2 Sept. 1490), attribuant 
un salaire à Jacob Obrechts, priester ende canter 
van Sint-Donaes kercke te Brugghe, ende zine 
medeghesellen, ter causen vande love ende salve 
daghelyca, alle avonde ghesongen thebbene, ter 
eeren ende weerdichede van der glorieuser maghet 
Marien, binder voorscreven kercke.… van eenen jare 
ghevallen te meye PX C.… zz Ib]. 

‘““ Notre musicien occupe déjà, au mois de Mai 
1489, emploi de cantor à Saint-Donatien (1). * 

“Il est reconnu que la somptueuse cour de 
Ferrare était, aux XV° et XVI° siècles, le rendez- 
vous de l’élite des artistes et des littérateurs… 

‘Dès 1484, le talent du fameux Jacques Obrecht, 
y était hautement appréció. Le musicien néerlan- 
dais se trouvait alors, selon toute probabilité, 
entouré d’honneurs à une autre cour non moins 
célèbre, celle des Médicis, à Florence. Le duc de 
Ferrare s'était adressé À son ambassadeur près de 
cette cour‚ pour obtenir, par l'intermédiaire du 
chantre Corneille Laurenti, et cela le plus tôt 
possible, la messe de l'Homme armé de Philippon 
(de Bourges ?), qui venait d’être achevée. Environ 
cinq mois après cette demande, le même duc 
remercia son correspondant, Laurenti, de lui avoir 
envoyé une messe de Jacques Obrecht, dont il lui 
était infiniment reconnaissant… 

“Très vréisemblablement,xous le répétons, maître 


ed 


(') La musique aur Pays-Bas etc, T, III, pp. 182-183. 


163 


Jacques Obrecht était établi, en 1484, à Florence, 
comme chantre de la chapelle des Médicis. 

‘“< En effet, Aaron, dans un passage de son Institu- 
ton harmonique, déclare avoir connu Jacques 
Obrecht à Florence, et avoir óté fréquemment 
dans son intimitóé (1) ” 

‘<< Ce maître illustre dirigea, selon M. Houdoy, 
la maîtrise de la cathédrale de Cambrai, de 1483 
à 1485, après avoir été précédemment attaché, en 
la même qualité, à l'église d’ Utrecht. Les archives, 
consultées par M. Houdoy, nous apprennent qu’il 
quitta son poste cambrésien pour Anvers (3). * 

Les textes, que nous avons cités plus haut, 
confirment ou rectifient ces détails biographiques. 
La date des lettres adressées par J. Hobrecht à son 
correspondant brugeois (avant Février 1485) et 
celle de son installation comme succentor à Saint- 
Donatien (Octobre 1485), s’accordent avec les 
données de M. Houdoy touchant le séjour du 
maître à Cambrai, mais contredisent celles relatives 
à son départ de Cambrai pour Anvers. 

La présence de J. Hobrecht à Florence, en 1484, 
perd en même temps toute probahilité. Si Aaron 
y aconnu J. Hobrecht avant 1504, ce doit avoir 
été entre Octobre 1487 et Aott 1488, lors du 
voyage de notre succentor chez le duc de Ferrare. 

Les comptes de la ville de Bruges s’'expriment 
évidemment d’une manière inexacte, en donnant à 

-. J. Hobrecht le nom de cantor de Saint-Donatien, 
nom qui, dans cette église, était réservé an cha- 
noine grand-chantre. Dans les actes capitulaires 
de Notre-Dame, le mot cuutor signifie simplement, 


(*) La musique au» Pays-Bas etc, T, VI, p. 129. 
(°) Ibidem, p. 471, note 1. 


164 


il est vrai, clericus musicus. Mais, en 1489, Hobrecht 
occupait déjà à Saint-Donatien une position plus 
élevée, celle de maître de chant. Par conséquent, 
il y a erreur encore à le qualifier du titre de cantor, 
dans le sens de clericus musicus. 

Nous avons déjà rapporté que J. Hobrecht 
se fit entendre devant Philippe de Clèves, à 
Y'Écluse, en 1490 (1). 


‚ “Solautum M. Jacobo Hobrecht succentori… a festo B. J. Bapt. 
anni 88 usque ad 26 mensia Martii seq.…. VII DD X s. gr. * 

“idem... a festo nativitatis Domini anni 1490 usque ad festum 
S. Vincentii (22 Jan.) sequens. XXXIII s. IIII d. gr. ” — CC. Chor. 
1488.90. 


‘“Ex tuno conclusum fait quod D. Petrus Basyn haberet regimen 
chorslium hujus eoclesie donec ecclesie foret provisum de succentore, 
et michi etiam injunctum ut gratiose diceremsuccentori (J. Hobrecht) 


quod DD. mei propter melius licentiarunt eum. *” — Acta cap° 
17 Jan. 1491 (n.s.). | 


1491 (n.s.), 17 Janvier. *PreerE BASYN, chanoine de la 
14° prébende, est chargé de l'intérim, probable- 
ment parce qu'il avait déjà rempli l'office de 
succentor en 1465. 


“ Solutum D. Petro Basin qui onus choralium post rocessum M. Jacobi 
Obrechts succentoris acceptavit, pro expensis eorumdem choralium a 
20 Januarii 1490 (91 n. s.) usque ultimam ejusdem mensis anni 1491 
(92m. a.)… VII DB gr.” — C. Chor. 1491-92, 


1491 (n.s.), 28 Mars. *srAN BLYMAN ou BLIMAN, 
chapelain de gremio chori. Il n'entre pas en fonc- 
tion, nous ignorons pour quel motif, et le chapitre 
Yindemnise des frais qu’il s’était imposés dans la 
location d’une maison et l'achat de meubles (2). 


(!} Voir pp. 51 ct 52, note 1. 
(®) Voir p. 45, note 2. 


165 


‘“ Deinde DD. concorditer elegerunt in sguceentorem. hujus ecolesie 
D. Johannem Blyman capellanum do gremio chori, sperantes quod 
honorem ecclesie et profectum puerorum faciet. ’’ — Acta cap. 28 Mart. 
1491 (n. 8). 


1491, 20 Avril. sÉrÔME pe CLIBANO, de Bois-le-Duc (!). 
Nommé à cette date, Jérôme, de l'agróment du 
chapitre, rentre chez lui pour arranger ses affaires. 
Malgré les vives instances des chanoines, il ne 
revient à Bruges pour exercer son emploi que le 
1 Décembre 1492. Dans lintervalle, la plupart des 
choraux sont toujours confiés à Pierre Basyn, 
jusqu'au 81 Janvier 1492, puis au rector scholarum 
Jacques Hemme, et quelques-uns placós respeobi- 
vement chez les chanoines Martin Christiaens, Jeen 
Gilles (Agidui) et Jean Goetgebeur (Boniwicini). 
Jérôme, bien qu’il soit bon musicien(®), ne s’acquitte 
pas des devoirs de ga charge à la satisfaction du 
chapitre. Le 16 Août 1497, les chanoines lui sigui- 
fient, que, puisqu’il ne prend pas à coeur la direc- 
tion des choraux, ils se sont pourvus d'un autre 
succentor, maìs veulent bien le conserver comme 
clerc installé avec les profits d’une double stalle. 
Le 11 Octobre suivant, de Clibano, reconnaissant 
ses fautes, demande à être réintégré dans ses fonc- 
tions de maître de chant et à reprendre sa stalle et 
habit de choeur dont il avait été privé. Lie chapitre 
refuse de revenir sur sa décision au sujet de la 
guccentoria, mais restitue au clerc repentant le 
stallum et l’habitus choralis. Quatre ans plus tard, 
nous rencontrons notre Jérôme de Clibano parmi 
les chantres de la grande chapelle de Philippe-le- 


(!) C'est par erreur que HERMANS, dans ses Mélanges historiques de la 
province du Brabant septentrional, le dit originaire d'Anvers. Voir Mattres 
de chant et organistes, etc, p. 14, note 1. 

(2)Voir sur co compositeur : E.VANDER STRAETEN, La musigue auw Päys- 
Bas, eto., T, VI, p. 202; Mustres de chant et organsstes, oto, ps 14, note 1, 


166 


Beau, qui partirent avec l'archiduc pour ’Espagne 
en 1501 (!). 


«< Tunc DD. receperunt in guccentorem hujus ecclesie Jeronimum 
de Clibano oriundam de Buscoducis * — Acta cap. 20 April 1491. 

«<& Solutum M. Jacobo Hemme rectori scholarum hujus ecclesie pro 
expensis similibas ab ultima Januarii anni 1491 (92 n. s.) usque ad 
primam Decembrig inclusive anni 1492.… VIjib VId. gr. 

Jeronimo de Clibano sguccentori pro expensis similibus a prima 
Decembris anni 1492 ad festum nativitatis beati Johannis Baptiste anni 
1493... IIIb VIs. gr. 

Item M. Martino Christiaens qui ad requestam DD. dedit expensas 
uni chorali ad quatuor menses cum dimidio et alteri ad unum mensem 
cum dimidio... XXX s. gr. 

Item D. Johanni Egidii pro similibus expensis alterius choralis pro 
quinque mensibus.… XXV s. gr. 

Item D. Johanni Bonivicini pro expensis tertii choralis ad unum 
mensem.…. V sgr." — CC. Chor. 1491-92.93. 

‘<< DD. considerantes quod succentor hucusque ecclegie servivit quoad 
juvenes et chorales instruendos in cantu, quodque eidem sepius 
dixerunt quod se emendaret, quod hucusque minime fecit, dixerunt 
eidem quod jam essent provisi de uno succentore, eo quod animo non 
haberet regimen neque administrationem choralium et succentorie. Si 
velit tamen manere apud DD. et ecclesie inservire ut ceteri clerici 
installati, dabunt eidem lucrum duorum installatorum. Quo per eum 
audito nichil reverdit. ” 

“Tune comparuit Jeronimus de Clibano quondam succentor et clericus 
installatus hujus ecclesie, rogans obnixe DD. decanum et capitulum pro 
habitu et officio succentorie, recognoscens reatum suum quodque male 
juvenes et chorales hucusque instruxisset et officium exercuisset 
promittens, modo DD. placeret eidem facere gratiam et eundem deunuo 
recipere, se emendaturum… quod DD. habebunt causam promovendi 
eum ad majora. DD. considerantes quod jam alteri provisum extitit de 
succentoria, attento quod dictus Jeronimus hucusque gatis vagabundus 


(*) “ Ordonnance de Philippe-le-Beau pourla composition et le gouver- 
nement de sa maison pendant son voyage d'Espagne : 1 Novembre 1601. 
Grande chapelle 
“Chappelains à XII sols par jour. 


Géromme de Clybano. "' 
Collection des voyages des souverains des Pays-Bas publiée par 
M. GacHaRD, Braxelles 1876, T. I, pp. 346-846. 


167 


fuit, fuerunt contenti eidem restituere habitum et stallum, salvo quod 
absentabit se ab ecclesia per quindecim dies aat tres hebdomadas. De 
pensione tamen eidem danda annue ex quatuor offlciig nichil conclusaum 
fuit.” — Acta cap. 16 Aug.; 11 Oct. 1497. 


1497, 9 Octobre. *seaAN CORDIER, ancien chanoine de 
Sainte-Walburge à Furnes et possesseur de la 
26° prébende de Saint-Donatien, depuis le 80 Juin 
1483, sur les instances du chapitre, accepte la 
direction des choraux jusqu'à l'arrivée de Jean 
Clerici, guccesseur de Jérôme de Clibano. 

Notre Jean Cordier est bien róellement le fameux 
musicien auquel M. de Burbure consacre une 
notice dans la Biographte nationale, et dont M. 
Vander Straeten cherche si activement à reconsti- 
tuer la carrière artistique. 

Voici, en substance, ce qu’en dit M. de Burbure: 
‘“< Jean Cordier fait partie de la nombreuse pha- 
lange flamande de chanteurs et de compositeurs de 
musique qui portêrent en Italie la science du dé- 
chant, qu’avaient déjà développóe à un haut degré 
leurs compatriotes, les Dufay, les Okegem, les 
Binchois, les Tinctoris. Il excellait surtout dans 
Yart du chant, et un historien milanais, Messer 
Bernardino Corio, voulant prouver en quelle estime 
cet artiste était tenu par ses contemporains, affirme 
qu’il recevait du duc de Milan, Galéas Sforce, qui 
règnait de 1466 à 1476, une pension de cent ducats 
par mois. 

‘““ Il arriva en 1492-1493, à Anvers, où Jacques 
Obrecht dirigeait depuis quelques années la mat- 
trise renommée de Notre-Dame. Ancien ami de 
Péminent compositeur, il fut accueilli par lui avec 
le plus vif empressement, et pour fêter son arrivée, 
les directeurs de la confrérie musicale des saluts 
de la saìnte Vierge lui offrirent, selon l'usage du 
temps, un présent de deux mesures de vin, 


168 


‘< Cependant le désir de visiter un maître qu’il 
vónérait n’amenait pas seul Cordier à Anvers. 
Possesseur d'une próbende canoniale à l'église 
collégiale de Saint-Gommaire à Lierre, il avait 
Pintention de permuter ce bénéfice avec celui d’un 
prêtre da diocèse de Langres, nommé Guillaume 
Michiels, à qui appartenait la place de clerc de 
l'église de Leffinghe, au diocèse de Tournai. 

‘“ Nous ignorons où et quand le célèbre chanteur 
termina sa carrière. Cependant, il est presque cer- 
tain qu’il mourut à Bruges, où il était, en 1500 et 
1501, chanoine de Saint-Donatien, dont le choeur 
musical était dirigé par J. Obrecht (). * 

‘“ Jean Cordier, écrit à son tour M. Vander 
Straeten, célèbre chantre du XV* siècle, ami de 
Jacques Obrecht et originaire de Bruges, fut 
attaché de 1480 à 1482, peut-être même plus tôt, 
à la chapelle archiducale de Maximilien. 

““ Ce prince, grand amateur de musique, se trouva 
malade à La Haye, au printemps de 1480. En 
guise de distractioni, il se fit donner des concerts 
par les artistes de sa chapelle. C'est ainsi que Jean 
Cordier, le ténoriste, fut appelé à se faire entendre 
devant larchiduc à deux reprises différentes, en 
1480 et 1482. 

“Cordier se trouvait encore en Hollande en 1487- 
88, où le magistrat de Berg-op-Zoom lui versa le 
vin d'honneur. 

‘““IÌ avait alors quittóé l’Italie. Un témoignage 
contemporain, cité par Ambros, le place en tête des 
chantres de la chapelle ducale de Milan. 

‘‘ Un Gisbert Cordier était chanoine de Saint- 
Donatien à Bruges, en 1480. Il avait pour oncle, 
Jean De Coutere. 


(!) Biographie nationale, T, IV, col. 802, v° Corpten (Jean), article 
signés: Ohev, L, de Burbure, 


169 


‘En forcant létymologie de De Coutere, si on 
n’en fait pas De Coustre, on pourrait lui appliquer 
appellation flamande de Cordier. Coutere sonne 
un peu Coordere, qui se prononce d’ailleurs, en 
certaines parties du Brabant, Coodere, Cootere, en 
adoucissant le r; dont Coutere. On dit à Bruxelles 
kood, koot pour koord ; poot, pour poort etc. 

‘“M. de Burbure présume que Jean Cordier, — 
qui est d’ailleurs cité en toutes lettres, en 1500, 
lors de la réinstallatton d’Obrecht, — est mort à 
Bruges. Rien n’est plus exact, à preuve cette ligne, 
extraite d'un fragment de registre aux comptes de 
la chapelle de Ssint-Jean à Bruges : 

Pro obitu Domini Jo. Oordier,„canonici,… axitij gr. 

“« Cette mention est faite au mois de Septembre 
de l'année 1517, qui, sans nul doute, est la date 
róelle du décès de l’artiste (!). 

En 1474, (ici nous résumons le récit de M. E. 
Vander Straeten), le duc de Milan Galéas Sforce 
donne à Gaspard Van Weerbeke, chantre de sa 
chapelle, une mission de confiance et toute artisti- 
que. IÌ e’agit de se rendre en Picardie et en Flandre, 
pour y recruter une série de chantres. Parmi les 
virtuoses enrôlés par Van Weerbeke, se trouve 
Jean Cordier. — Morigi se trompe, lorsqu’il trans- 
forme le chanteur Cordier en maître de chapelle; 
dans un sauf-conduit daté du 23 Septembre 1496, 
artiste brugeois, sur le point de se mettre en route 
pour se rendre en famille avec quatre compagnons, 
est qualifié simplement de cantor. 

Deux listes des cantores de la chapelle de Milan, 
Yune du 80 Mars, l'autre du 3 Décembre 1475, 
comprennent le nom de J. Cordier (%). 


(!) La musique auw Pays-Bas ete, T. WI, pp. 191-198, 
(*) Ibidem, T‚ VI, pp. 6 à 19. 


170 


Cordier, fort probablement, aura commencé 
sa carrière de chantre à la chapelle pontificale à 
Rome, car d’après Fornari son nom est gravé sur 
un marbre comméóémoratif de cet édifice, à côté de 
celui ‚de Josquin Deprès, chantre de la sixtine en 
1472 (U). 

Monsieur Vander Straeten se demande toutefois 
s’iln’y eut pas deux chantres Éminents du nom de 
Cordier? Le chantre de la chapelle sixtine (1472), 
le tónor attachó au service de larchiduc Maximi- 
lien (1480-1482) et le cantor de la cour de Milan, 
mentionné en 1475 eten 1496, ne sont-ils qu'un 
seul et même personnage? (*). 

Nous sommes heureux de pouvoir ajouter quel- 
ques dóétails à ceux fournis par les deux savants 
musicologues et d’éclaircir, au moins en partie, le 
doute de M. Vander Straeten. 

Jusqu’ici, que nous sachions, aucun document 
ne force à faire du Cordier de la chapelle pontifi- 
cale et du Cordier de la maîtrise milanaise deux 
artistes distincts. Les actes capitulaires de Saint- 
Donatien identifient le cantor de Milan en 1475 
avec celui dont il est fait mention dans le sauf- 
conduit de 1496 et, presque certainement, avec le 
chantre de Maximilien en 1480-1482; ils complètent 
la plupart des données biographiques de MM. de 
Burbure et Vander Straeten. 

En groupant ces divers détails, on pourrait 
résumer ainsi la carrière de Jean Cordier : 

Le virtuose brugeois fit ses débuts dans la carrière 
de chantre à la chapelle pontificale, avec Josquin 
Deprès, vers 1472. 


(!) La musique auw Pays-Bas etc, T. VI, pp. 480-481. 
(*) Ibidem, p. 16, note 2, et p. 481. 


171 


Enrôlé par Van Weerbeek en 1475, il entra au 
service du duc de Milan, Galéas Sforce. 

En 1480-1482, peut-être plus tôt, il était attaché à 
la maîtrise de larchiduc Maximilien d’ Autriche, Ce 
prince, en qualité de tuteur ou mambour de son 
jeune fils Philippe-le-Beau, souverain de Belgique, 
avait la collafion de toutes les prébendes du cha- 
pitre de Saint-Gommaire à Lierre, jure patrona- 
tus (1). C'est sans doute pour récompenser son 
serviteur, que Maximilien conféra une prébende 
canoniale à Jean Cordier. 

En 1482, une maladie l'empôcha de remplir les 
fonctions de ténor à la chapelle archiducale et, 
probablement, le fit songer à la retraite. 

Rentré à Bruges, Cordier, déjà possesseur d’un 
canonicat de Sainte-Walburge à Furnes, permuta 
ce bénéfice, avec Georges de la Bricque, contre 
la 26° prébende de Saint-Donatien. Lies lettres de 
collation, Émanant du prévôt, datent du 30 Juin 
14883. 


Les chanoines traitèêrent toujours avec les plus 
grands égards leur nouveau confrère, dont la pré- 
senceà Bruges était si précieuse pour la réputation 


de la maîtrise collégiale, surtout au point de vue 
du déchant. 


Ainsi, le chapitre lui fait grâce de lannus fabri- 
cas (*), et décide que les gros fruits du bónéfice 
de Cordier, par exception à la règle établie, ne 
seront pas affectés à la fabrique de l’église, la 


(!) P. CLAESSENs, Les chapitres séculiers en Belgique, dans les Précis 
historiques, année 1884, p. 229. 

(2) C'est ainsi qu'on désignait Àà Saint-Donatien l'année de privation, 
appelée ailleurs année de carence. Il était statuó que le bénéficier institné 
abandonnerait, la première année, les gros fruits de son bénéfice À la 
fabrique de l'église. — Voir P, CLAESSENS, Les chapitres séculiers on 
Belgique, dans leu Précis historiques, année 1884, p. 88. 





172 


première année. Ainsi encore, il admet Cordier à 
la résidence, bien que le chanoine ne se soit pas 
présenté pour la demander, en temps opportun 
(c'est-à-dire pendant les octaves des gaints Pierre 
et Paul). 

L’Italie semble avoir des attraits tout particu- 
liers pour l'ancien chantre de la chapelle sixtine 
et de la cour des Sforce. 

En 1487, on lui accorde un congé de trois ou 
quatre mois et davantage, au besoin, pour se rendre 
à Milan. S’il n’eut point pour compagnon de route 
son ami, le succentor de Saint-Donatien J. Hobrecht, 
dont la visite au duc de Ferrare date de la même 
époque, il est très probable que les deux artistes 
retournêrent ensemble par la Hollande; on constate 
en effet leur présence à Berg-op-Zoom vers le 
même temps. 

En 1492, Cordier obtient un nouveau congé pour 
faire le pèlerinage ad Limina Apostolorum. 

Enfin, en 1495, il fait un second voyage à Milan, 
et ce voyage explique le sauf-conduit que le prince 
lui délivre, en Septembre 1496, pour son retour en 
Flandre. 

Un mal atteint J. Cordier en 1499 et ne le 
quitte plus jusqu'à sa mort arrivée à Bruges, le 
28 Septembre 1501. 

Conformément au désir exprimé dans son testa- 
ment, J. Cordier fut enterré dans la nef de l’église 
de Saint-Donatien, à côté de l’autel de saint Jean- 
Baptiste, son patron, faut-il croire. Une pierre 
encastrée dans le mur, incrustóée de cuivre et ornée 
d'un tableau (tafereel) avec Ópitaphe, conserva la 
mémoire du célèbre chantre (l). 


(1) Cfr. J. Garrcragp, Inscriptions funéraires oto, Église de Sainte 
Donat, Pp. 116. 


173 


Inutile de dire que l'obstus, dont il est question 
dans lextrait des comptes de la chapelle de Saint- 
Jean donné par M. Vander Stracten, n'est rien 
qa’un anniversaire célébré en 1517. 


Le fait que Madeleine van der Coutere, sceur du 
chapelain de ce nom, avait épousé Soyer Cordier, 
explique parfaitement comme quoi Gisbert Cordier 
était le neveu de Jean van der Coutere, sans qu’il 
soit nécessaire d'avoir recours à l’ingónieux effort 
de M. Vander Straeten, pour transformer óétymo- 
logiquement le nom de Coutere en celui de 
Cordier (1. 


‘‘ Item Jeronimo de Clibano pro expensis quinque choralium a festo 
Johannis anni 97 usque ad diem nonam mensis Octobris subsequentis, 
quo idem Jeronimus hinc abiit… III ib XII s. XI d. gr.” 

& Item post recessum dicti Jeronimi, D. Johannes Cordier canonicus ad 
instantiam DD. de capitulo regimen et curam dictorum choralium usque 
ad diem decimam mensis Novembris gubsequentis acceptavit, qui ex 
ordinatione eorumdem propter expensas et sollicitudines extraordinarias 
per eum habitas recepit 2 b gr. Ideo hic solatum…. XL s. gr. * 
— CC. Chor. 1495-97. 


‘“ Eodem die DD. capitulariter congregatis comparuit venerabilis vir 
D. Johannes Cordier, presentans certas litteras patentes Rev“ patris D. 
prepositi super collatione canonicatus et prebende hujus ecolesie gibi 
per eundem D. prepositum facta, in vim tamen permutationis facte 
inter ipsum D. Jobannem de certis canonicata et prebenda ecclesie 
beate Walburge Furnensis quos obtinere dignoscitur, cum D. Georgio de 
de le Bricque, petiitque se in canonicum recipi etc. *’ 

‘“< Annuentes DD: requeste D. J. Cordier canonici, cujus fructus hoo 
anno pro fabrica esse deberent, attendentes bona servitia et diligentiam 
quibus huie ecclesie in discantando et officiando ohsequitur, quodque 
ecclesia ex eo plarimum decoratnr, ad finem qnod per hoc residentiam 
Suam magis inclinetur continuare in hoe loco, fecerunt sibi gratiam de 
fructibus suis, et quod hac vice propter certos respectus honoris silicet 
ecclesie, fabrica fractibus prebende illius careat et non habeat dicta 
fabrica annum in hujusmodi sua prebenda, ex gratia speciali et sine 
prejudicio in futurum. *’ 


* Dictum fuit et concessum D. Cqrdier quod si perrexerit Mediolanum 





(2) Voir plus haut, p. 35, note 1. 





174 


ad quedam gua negotia ibidem ut asserit gollicitanda, poterit ibi esse per 
tres vel quatuor menses continuos; quod gi ultra manserit, capitulum 
aget cum ipso ita gratiose, quod merito debebit contentari. *’ 

“ Novissime conclusum fuit quod Cordier supplebit officium cantoris 
unacum Clencquemeure guo coadjutore et DD. providebunt sibi de 
Salario secundum diligentiam quam circa illad faciet. 


‘“ D. Johannes Cordier exposuit se esse intentionis visitandi limina 
beatorum Apostolorum Petri et Pauli causa devotionis et peregrinationis, 
rogans ut interim DD. velint eum habere et computare pro residente…. 
DD. sunt contenti quod preter XXXVI dies gratie, habebit quatuor 
menses integros quibus pendentibus reputabitur residens et habebit 
turnum @t quod [si] contingat eum dintius esse absentem, [reputabitur ] 
tamen residens pro anno currente dumtaxat. * 

‘t D, Johannes Cordier rogavit DD. meosg quod licet non venisset in 
tempore ad presentandum se ad residentiam cum aliig DD., ut eum ex 
gratia vellent habere pro anno XCV currente pro residente, quodque 
posset in omnibus lucrum equaliter cum DD. meis partem habere. DD. 
mei attendentes quod dictus D. Cordier paratus est et fuit semper tam 
in cantu quam in aliis ecclesie ingervire, ex gratia speciali consenserunt 
quod ipse pro dicto anno XCV reputaretur regidens et lucraretur 
lacranda per DD. exceptis turno, denariis gquadragesimalibus et 
amigdalis. 

“ Eodem die D. Johannes Cordier expoguit DD. dolenter qualiter 
necesgario deberet accedere ducem Mediolanensem, cui dia serviverat, 
rogando DD. ut velint eidem dare grossos fructus suos anni currentis 
XCV!, DD. mei gatis scientes quod coactus recedit, quodque libenter 
permanerot apud eos, petitioni sue libenter annuerunt, rogando eundem 
ut quantocitiug redeat. 

‘“ Novissime D. Johannes Cordier propter aliquas etiam gatis notorias 
quas patitur infirmitates, rogavit DD. meos ut stando, in domo sua vel 
forsitan aliquando causa gsolatii et ganitatis acquirende, illam exeundo, 
possit Inorari in ecolesia prout alii interessentes. DD. moi considerantes 
hujusmodi requestam osse justam et honestam illi assenserunt oonce- 
dentes sibi quod petiit. 

“ Concessum et indultum fuit D. et M, Joanni Cordier ut ubicumque 
locoram resederit causa ganitatis recuperande, tam extra oppidum 
Brugense quam in illo existeng, non frequentando aut visitando eccle- 
siam, lucrabitur omnes et singulos fractus, distributiones et quecumquo 
emolumenta quo ad causam snorum canonicatus et prebende lucrari 
gquomodolibet posset si personaliter resideret et omnibus horis continuo 
interesset. Etiam concessum fuit ei ex nunc quod in vigilia octavarnm 
beatorum Apostolorum Petri et Pauli poterit so facere presentari per 
procuratorem ad residentiam. * 


“ Die Sabbati XVIII Septembris 1601 DD. in sanctuarto congregatis 


175 


comparuerunt venerabiles viri DD. et Mg" Petrus Clencquemeure, 
Guillelmus Bertrandi canonici et Remigius Louf clericus hujus eoclosie, 
ut et tanquam executores testamenti sive voluntatis pie memorie D. 
Johannis Cordier dudum hujus ecclesie canonici hoo mane defuncti, et 
exhibuerunt ibidem testamentum dicti D. Johannis per me confectura. 
Quo lecto et audito, DD. ad petitionem dictorum executorum ordinarunt 
post prandium post completorium accedendum esse processionaliter pro 
cadavere et juxta voluntatem ipsius defancti consenserunt sibi locum et 
sepulturam ad latus altaris sancti Johannis Baptiste in navi ecclegie, 
salvo jare ecclesie congueto. Fuit etiam pro tune conclusum ad petitionem 
dictorum executorum, quod die martis proxima celebrarentur vigilie et 
mercurii seqnente exequie pro dicto defuncto juxta morem pro canonicis 
hujus ecclesie alias defunctis observatam. ” — Acta cap. 23 Jan. 1483 ; 
3 Febr. 1484 (n. s.); 10 Jul. 1487 ; 14 Jul. 1490; 3 Sept. 1492 ; 29 Oct., 
11 Dec. 1495 ; 8 Jul. 1499 ; 15 April. 1501 (n. 8.); 28 Sept. 1501. 
‘Item betaelt Jan de Maech van tgraef te maetsene ende vande steenen 
te legghene met leveringhe van zes voetsteenen tsamen. …. Vs. VId. 
Item noch betaelt den zelven om den mur te brekene ende die 
epitaphe te stellene inden mur met leveringhe van steene ende mortele 
tsamen . . .. eee ee eee « … … Ig. VId. 
Item betacolt J acob v van ‘Oost steenhauwer voor eenen steen ghemaect 
ende sepulture met eenen tafereele taamen . . . . … … IX gr. 
Item noch betaelt den scildere om het voors. tafereel te scilderen 
XII s. gr. ” 
Rekeninghe ende bewys vande formorture van wylen zaligher ghedachte 
heer Jan Cordier priester etc. 


1497, 8 Novembre. *sraN CLERICI ou pr CLERC, après 
beaucoup de démarches faites par les chanoines de 
Saint-Donatien, quitte Saint-Omer pour venir à 
Bruges, où il est reu avec honneur. Le 23 Décem- 
bre 1498, il donne sa dómission, parce que le 
chapitre se refuse à augmenter les émoluments 
stipulés dans l'acte de fondation van der Coutere. 

Le texte succentor, tunc commorans in $. Audo- 
maro, n'est pas assez clair pour en conclure que 
Jean Clerici exergait les fonctions de maître de 
chant dans la collégiale audomaroise; il peut 
signifier simplement, que le nouveau succentor 
nommé parle chapitre de Saint-Donatien, résidait 
auparavant à Saint-Omer. 





176 


Le 2 Avril 1499, Jean Clerici est nommé 
phonascus de Notre-Dame à Bruges. En Juillet 
1500,1l recoit sa démission, tout en conservant une 
stalle au choeur. 


Nous le retrouvons, en 1527, comme possesseur 
de la 8° prébende et, en 1558, comme curóé de la 
portio aurea de Notre-Dame. 


Jean Clerici ou de Clerc était brugeois, fils de 
Jacques et Passchine Gailltard (!). 


“ Item die ultima Augusti anni 97 Mg" Johannes Darvilers ecolesie 
beate Marie Brug. canonicus, qui ad instantiam DD. magistro Johann i 
Clerici guccentori tuno commoranti in S. Audomaro, et in quantum 
ydeneus comperiretur, ad dictum officium succentoris assumendo, scrip-= 
serat ut hicandituras compareret etc., praesentibus DD. decano, Cordier, 
Clencquemeure, et aliig de musica sociis pluribus, in den Meyere fuit 
festivatum, exposuique ibidem pro expensis factis. . . . XIs.gr. 

Item quarta Septembris ejusdem anni solutum certo nuncio misso ad 
dictum Mgr:* Johannem succentorem, tuno commorantem in S. Audo- 
maro, ut si hic, ut promiserat, venire intenderet, reditum suum acoelera- 
ret. Sin autem eto. . . « … …- « e « « e « « « « XLIII gr. 

Item ultima Novrembris solutum D. Remigio Louf migsso ad dictum 
Mgr*= Johannem Clerici, ut finalem reportaret responsionem an esset 
venturus acceptaturus onus succentoris, vel ne, pro expensia septem 
dierum quibug vacavit. . «. … « … « « e « « … « … Vegr. 

Item octava die mensis ejusdem, ex ordinatione DD. solutum nt 
boockekin, praesentibus Cordier, Clencquemeure et Halewijn canonicis, 
Mg” Johanni Darvilers et prefato Mg*° Johanni Clerici, eodem die ad 
officium succentoris admisso, ac aliis, in sublevamen expensarum fac- 
tarum . … … «ee « « … « Ve. gr.” — CC, Chor. 1495-99. 

‘« Receptus fuit Mg' Johannes Clerici et admissus in clericum instal- 
latum et cantorem sive succentorem hujas ecclesie. *' 

‘€ DD. destitnerunt D. Johannem Clerici ab officio cantorie. Consenge- 
runt sibi stallum in choro cum lucro installatorum et receperunt D.; 
Joannem Pastoris in cantorem.*' — Acta cap. B. M. V. 2 April, 1499 
7 Jul. 1600. — Cfr. 21. Nov. 1527 et 5 Maii 156653. 


1498, 23 Décembro. *araiN De GROOTE, (senior), ancien 


succentor, accepte de prendre provisoirement soin 
des choraux, 





(1) J. Garrrragp, Inscriptiones funêratres otc., Église de Notre-Dame, p. 69. 


177 


Entre le 13 Octobre 1485, jour auquel 1l 
cessa une première fois d'exercer les fonctions de 
maître de chant à Saint-Donatien, et le 23 Décem- 
bre 1498, date du présent intérim, nous trouvons 
Alain de Groote comme chapelain de gremio chort 
à Notre-Dame et chargé de la direction des choraux 
de cette collégiale, depuis le 19 Mars 1491 jusqu’au 
8 Septembre 1495. 

D'après M. Vander Straeten (1), vers la fin du 
XV° siòcle, un chantre flamand de la chapelle des 
ducs d'Este fut chargé d’aller recruter, aux Pays- 
Bas, des voix nouvelles pour remplir les vides 
qui existaient dans la brillante phalange chorale 
attachée à la cour de Ferrare. A Bruges, ““ Bartho- 
lomé de Flandre ” put enrôler un contralto employé 
à l’église de Notre-Dame et nommé dleanus. Si, 
comme le présume le musicologue, Alain de Groote 
est bien l’Aleanus en question, c'est entre Sep- 
tembre 1495 et Décembre 1498 qu’il faut placer 
le séjour de notre musicien à la cour d’Hercule I. 
Cela devient d’autant plus probable qu'en Octobre 
1495 Alain de Groote (junior) obtint, via permu- 
tationis, la chapellenie de gremio chori possódée par 
Jacques Berbloc. Or ce dernier avait recueilli ce 
bénéfice par la résignation d’Alain de Groote 
(senior). Il est donc probable que celui-ci aura 
renoncé à la chapellenie pour se rendre en Italie 
vers Septembre-Octobre 1495. 


‘<< D. Alianus de Groote preshyter et ecclesie beate Marie capellanns 
de gremio chori ad predictum officium [nragistri choralinm) eum omni 
honore et jure sibi spectantibus ratione dicti officii receptus est per DD. 
vicarium (prepositi] et capitulum ejusdem ecclesie beate Marie, ipseque 
D. Alianus dictum officium ut prefertur assnmens eisdem DD. gratjas 
retalit. * 


) La musique aur Pays-Bas, et, T, VI, p. 71 sqq. 
I 
12 








178 


«€ Alianus de Groote capellanus de gremio chori hujus ecclesie eredens 
ex receptione dicti installati [Jacobi Doorme] se destitui de succentoria, 
adstatim, videlicet circa horam 11*” ante prandium misit ad domum D. 
Joh. Wouters vicarii D. prepositi chorales 4 ejusdem ecclesie. * 

‘“< DD. vigore collationis D. prepositi admiserunt Alianum de Groote 
clericum Tornacensis diocesig, ad capellaniam de gremio chori ecclesie 
beate Marie ad altare S. Crucis in capella S. Crucis, vacantem per 
resignationem ex causa permutationis inter ipsum et D. Jacobum Berbloo 
de illa ad capellaniam in ecclesia S. Trudonis extra Brugas. Qui D. 
Jacobus Berbloc habuerat dictam capellaniam de gremio chori a D. 
Aliano de Groote, presbytero et [patruo] (*) dicti Aliani, clerici. ” — 
Acta cap. B. M. V. 15 Mart. 1491 (n. s.); 3 Sept, 15 Oct. 1495. 

‘«« Tnne positis super buffetum capituli intersigniis officiorum singu- 
lorum officiariorum hujus ecclesie, DD. correptis singulorum moribus 
omnes in eorum officiis continuarunt, dempto Mg"° Johanne Clerici qui 
cepit licentiam a DD. quia DD. capitali nolmerunt eidem dare pro expen- 
sis choralium annue magis quam duas libras et decem golidos gr. pront 
fundatio canit et predecessores gui habuerunt. Quam licentiam DD. mei 
acceptarunt. Et incontinenter migerunt pro D. Aliamo quem rogarunt ut 
chorales per modum provisionis regeret usque ad tempus, qui precibus 
DD. obtemperavit. ** — Acta cap. 23 Dec. 1498. 


1498, 31 Décembre. *Jaoqurs HOBRECHT, qui après 
avoir quittó Bruges, en Janvier 1491, s’était rendu 
à Anvers et y avait obtenu, l'année suivante, la 
direction de la maitrise de Notre-[Dame, par voie de 
concours, est róadmis dans ses fonctions d’autre- 
fois et in loeum suum pristintum. Malheureusement 
la maladie qui, en 1498, avait déterminé son départ 
d’ Anvers, latteint de nouveau et sì violemment, 
que le succentor, renoncant à l'espoir d'une guéri- 
son, demande, par l'intermédiaire du chanoine Jean 
Cordier, à être déchargé de son emploi (3 Septem- 
bre 1500). Le chapitre déplorant le triste état de 
santé de J. Hobrecht, accepte sa démission et le 
prie de garder chez lui les choraux pendant quel- 


man 


(}) Le mot est abrégó et ressemble plutôt à patre (pre); mais comme 
le texto dee actes capitulaires de Saint-Donatien (voir p. 181) dit expres 
sément qu'Âl. de Groote (junior) est Jo neven d'Al de Groote (senior), 
nous avons cru pouvoir lire gatruo, 


179 


ques jours encore. Le maître s’empresse de faire 
répondre qu'il est prêt à tout et prend soin des cho- 
raux jusqu’au 7 Septembre, jour auquel on pourvoit 
à son remplacement. Au mois d’Octobre suivant, les 
chanoines, en reconnaissance des services rendus 
par l’ex-maitre de chant, lui confêrent la chapel- 
lenie de la Ste Croix de extra chorum et lui accor- 
dent les fruits d'une stalle cléricale. A. raison de sa 
dignité de prévôt de Saint-Pierre à Thourout, à la- 
quelle il venait d'être élevé, le chapitre le dispense 
d'occuper les siéges inférieurs des clercs installés 
et lui permet de monter aux formes des chapelains. 
— En 1501, le grand musicien reparaît à Anvers. 
Toujours souffrant il part pour Italie, en 1504, se 
met au service du duc de Ferrare et meurt de la 
peste en 1505. 


Deux épitaphes, composées par Gaspard Sardi, 
de Ferrare, et retrouvées par M. Louis Lodi, secró- 
taire dela bibliothèque palatine de Modène, célè- 
brent la gloire de illustre maître: 


Musicus moc HOBRECHT DOCTUS NULLIQUE SECUNDUS 
ARTE VEL INGENIO SARCHOPHAGO TEGITUR. 


Mvsrcus mic HoBRECHT DOCTISSIMUS, ARTE SECUNDUS 
NULLI ALIO, TEGITUR, VOCE VEL INGENIO (Ì). 


‘DD. congregnatis in rovestiario De decano presidente, receptus fuit 
Mg" Jacobus Obrecht in succentorem hujas ecclesio et in loeum suum 
pristinum, qui per juramentum sgemel prestitum promisit obedientiam 
reverentiam ot honorem DD. decano et capitulo et etiam ecclesie legaliter 
inserviro et juvenes instruere et docere in cantu et consuetudinibus 
ecclesie. °° 

“DD. meis in rovestiario congregatis D. et Mg" Johannes Cordier 
canonicus hujus ecclesie, rogatus, nt dixit, et instanter requisitus a 
Mg*° Jacobo Hobrecht succentore ecclesio, ad presens gravi egritudine 
laborante, exposuit DD. meis qualiter dictus Mg" Jacobus gratulabatur 


(!) VANDER STRAETEN, La musigwe aur Pays- Bus, ete, T. III, p. 187 
sqg. Cfr. pp. 127 à 129 ; 471 à 474; T. I, p. 118, où il est question des 
ceuvres de J. Hobrecht. 





180 


DD. meis de omnibus honoribug gibi impensis et quia ad presens infirmi- 
tate gravi laborat quam etiam timet non de levi aut facili curabilem, 
quodque propterea officio suo sucoentorie intendere non valet, rogabat 
DD. meos quatenus ipsum ab hujusmodi guo officio absolvere, (a quo 
etiam ex tunc quantum in eo fuit se abgolvit), et chorales apud aliguem 
bonum virum, quem DD. mei ad hoc deputarent, disponere et collocare 
vellent et dignarentur. DD. mei dolentes de infirmitate ipsius Mg" Jacobi 
Hobrecht, acceptarunt absolutionem ipsius Mg"! Jacobi, et ipsum etiam a 
dicto officio succentorie absolverunt. Quia tamen illico de choralibus et 
illoram collocatione disponere non potuerunt, deputarunt me Johannem 
Dionisii eorum secretarium ut ego accederem dictum Mg"**" Jacobum 
et rogarem illum ex parte DD. meorum ut chorales ipsog usque diem 
June proximam în gua doma et expensis suis tenere vellet, qui quidem 
Mg" Jacobus postquam sibi id pro parte DD. meorum expoguigsem se 
liberaliter hoe facturum promisit, offerens ge ad servitia DD. meorum 
quoad viveret. * 

“< DD. mei ad nominationem D. Victorig Brunynce contulerunt honesto 
viro Mg" Jacobo Hobrecht capellaniam S, Crucis in hac ecclesia de extra 
chorum existentem, novissime vacantem per obitum D. Jacobi Peckele, 
illins possessorig, concedentes eidem Mg"° Jacobo litteras in forma, salvia 
juribus. * 

<< Preterea quia D. et Mgr Jacobus Hobrecht, qui bene famogus musicus 
‘esse noscitur, huic ecclesie in instructione choralium et alias plura et 
grata servitia impendit, DD. mei contulerunt sibi lucrum uniuns stall in 
hac ecclesia cum honoribus et oneribus solitig. 

«< Et quia idem Mg" Jacobug, qui preposituram ecclesie S. Petri Thoral- 
tensis obtinet, eaque ratione in dignitate constitutus existit, et indecorum 
foret quod cum clericis in bassis formis se tenere deberet, consenserunt 
quod idem Mg" Jacobus deferre posset habitum capellanorum et stare 
superius cum capellanis et in processionibus haberet locum sicut alii 
capellani de extra chorum, non obstantibus quibuscumque in contrarium 
facientibus. * — Acta cap. 31 Dec. 1498; 3 Sept, 26, 29 Oct. 1500. 


1500, 7 Septembre. *ALAIN DE GROOTE, (senior) autrefois 
phonascus de Saint-Donatien, et actuellement cha- 
pelain de gremio chort, succòde à Jacques Hohrecht. 
Il meurt vers la’fin du mois d’Avril 1501, et les 
choraux, à partir du 10 Mai, sont confiés aux soins 
du rector scholarum, Josse Montfort. 


‘t Preterea ad presentationem seu recommendationem venerabilis „vir 
D. et Mg"! Richardi de Capella hujus ecclesio cantorig, DD. mei provi- 
derunt de officio saccentorie, vacante per absolutionem D. et Mgt Jacobi 
Hobrecht, honesto viro D. Aillermo de Groote capellano de gremio chori 


181 


in hac ecclesia, qui aliquando pristinis temporibus idem- officium exer- 
cuerat, injungentes sibi ut chorales in cantu ct etiam moribus diligenter 
instrueret omniaque illa que ad dictum officium spectant et pertinent 
faceret, alioquin eum dicto officio privarent; quare gratulabatur DD. de 
honore sibi impenso, et officium ipsum acceptans, illad pro suo posse 
diligenter curare promisit. ” 

‘« DD. Mg" Ludovicus Roegiers, major custos, et Áillermus de Groote, 
nepos quondam D. Aillermi de Groote succentoris et capellant de gremio 
chori hujus ecclasie, et ipsius testamenti seu ultime voluntatis executores, 
exhibuerunt testamentum originale dicti defuncti, declarantes se velle 
acceptare onus executionis dicti testamenti, cum tamen et sub beneficio 
inventarii et non alias, et rogaverunt DD. meos, quatenus cadaver exanime 
ipsius posset sepeliri in ambitu bujus ecclesie circa partem orientalem 
juxta locnm gepulture D. Arnoldi Absalonis et fierent pro eo processiones, 
exequie et solemnitates alie consuete. DD. mei, viso et prelecto testamento 
predicto, promiserunt dictis executoribus circa hujnusmodi testamenti 
executionemm facere assistentiam possibilem et solitam, et consenserunt 
Sepulturam, processiones et exequias petitas, salvo jure cujuslibet. ” 

< Postquam aliquandiu disputatum fuit de novo succentore, tandem 
DD. mei deputarunt DD. Joh. Cordier, Victorem Brunyuc, Joh. Lammins 
et Eostatium de Paris ad inquirendum et investigandum pro aliquo bono 
et honesto viro ydoneo ad officium succentorie hujus ecclesie et ad exinde 
citing quo poterunt advisandum capitulo. 

“ Fuitetiam ordinatum quod chorales qui fuerunt huousque in domo D. 
Aillermi, essent in domo et sub custodia rectoris scholarum quoadasque 
DD. mei essent provisi de novo succentore. * — Acta cap. 7 Sept. 1500; 
28 April., 10 Maii 1601. 


1501, 17 Mai. *rierme VINELOO, natif de YÉcluse. I1 
semble qu’il n’exerga pas ses fonctions, car les cho- 
raux sont toujours logés dans la maison de Josse 
Montfort, et placés sous la surveillance de celui-ci 
ou sous celle d’ Antoine de Rycke, clerc installé. 

Peut-être Vineloo, adínis le 12 Janvier 1495 
(n. s.) comme succentor à Saint-Sauveur (!), rem- 
plissait-il encere cette charge en 1501, et ne 
voulut-il pas quitter son poste pour se mettre au 
gervice des chanoines de Saint-Donatien. 


& D. Petrus Vineloo, Pbr. oriundus de Slusa, receptus fuit in gnccen: 
torem hujus ecclesie. '' 


(!) Mattreo de chant et organsstes, eta, p. 74. 


182 


‘« DD. in revestiario congregatis, receptus fuit Anthonius Rycke 
oriundus de Lovanio, clericus Leodiensig diocesis, ad stallum et habitum 
hujus ecclesie, qui habebit singulis hebdomadibus a receptore officii 
obedientie 3 s. gr. pro toto et irttegro 8uo lucro, ratione dicti habitus et 
stalli, donec DD. mei lating ordinaverint de suo lucro et etiam viderint 
industriam et diligentias guas. 

‘< Eodem die deputati fuerunt magister fabrice et coadjutor ad recipien- 
dum ex ancilla D. Aillermi de Groote dudum succentoris hujus ecclesie 
utensilia et omnia illa que D. Aillermus sub se habuit pertinentia chora- 
libus juxta tenorem cujusdam inventarii desnper confecti. *’ 

‘“ DD. mei volentes experiri de industria et moribas Anthoni Ryeke, 
novissime ad stallum et habitum hujus ecclesie recepti, dederunt gib! in 
commissis ut instrueret chorales in cantu et ineederet cum eis, tam in 
ecclesia quam extra, sicut succentor fucere conguevit et concésserunt 
sibi omnia emolumenta que succentores habere consueverunt, pro corum 
disoretione. Voluerunt tamen quod dicti chorales ordinarentur adhuc por 
aliquot dies aut menses apud rectorem scolarum prout eis videbitur, ** 

‘“ Novissime conclasum fait quod Anthonius Rycke intraret domum 
quam D. Aillermus de Groote pie memorie succentor inhabitare consuevit, 
et receptis ad se utensilibug choraliam sub tamen inventario, que in 
dicta domo sunt, haberet chorales secum in expensis et illos tam in cantu 
quam in victu et aliis gnbernaret prout succentores hujus ecclesie facere 
consueverunt et hoc quoadusque DI). mei de guccentore alio essent pro- 
visi vel desuper latius duxerint ordinandum. Et fuit ibidem expresse 
injunctum clericis et vicariig tam presentibus quam absgentibus quatenus 
ipsi obedirent eidem Anthonio in choro, pro hiis que cantum spectant, 
tanquam succentori sub pcena indignationis et correctionis capituli. * 

“ Mg"° Judoco [Monfort] rectori scholaram qui de ordinatione et 
mandato DD. habuit sex chorales in expensis suis, tempore absentie 
succentoris, promissum fuit quod pro hujugmodi suis expensis et cura 
dictorum choralium haberet ex Mg"° Joh. Bonivicini receptore officii 
Coutere pro qaolibet chorali unum stuferum in die.” — Acta cap. 17 Maii; 
2, 13, 23, 80 Junii 1501. 


1501, 12 Juillet. *Anroine pe RYCKE, qui a déjà fait 
un mois d’intérim, est admis en titre. Le 15 Décem- 
bre suivant, íl obtient la permission de recevoir les 
ordres sacrés. A son départ quelque peu inattendu 
(27 Mars 1504), le rector scholarum Jean Wint 
est chargé de la direction provisoire des choraux. 
M. E‚ Vander Straeten (!) suppose, à tort, que 


(?) Mattres de chant et organietes, etc., p. 20, note . 


183 


de Rycke est originaire de Bruges. L’acte capitu- 
tulaire cité plus haut dit expressément qu’il est 
natif de Louvain. 


Faut-il identifier notre Antoine de Rycke avec 
Antonio Divitis et Antoine le Riche? Les dates 
connues pour les trois musiciems homonymes ne s’y 
opposent pas (1). 
““ Anthonius Rycke pronuntiatus et declaratus fuit succentor hujus 
ecclesie cum honoribus et oneribus consuetis. "' 


‘““ Anthonio de Rycke succentori hujus occlesie fuit data licentia 
accipiendi ordines gacros a quocumque vellct catholico antistite. ” 


““ Accordate fuerunt D. Anthonio de Rycke succentori, qui nunc 
dominica proxima celebraturus est ad altare parochie in hac ecclesia 
suam pfimam missem, quataor canne viniex officlo equalitatis. ” — Acta 
cap. 12 Jul. 15 Dec. 1501 ; 1 April. 1502. 


“ Solutum D. Anthonio de Rycke sneoentori pre expensis sex choraliam 
pro novom mensibus XI ìb. VI s. gr. et adhuc pro qua®uor diebus III 8. 
III d. gr. Et rectori scholarum pro 83 diebus quibus tenuit in expensis 
suis 4 chorales et pro geptem diebus quibus tenuit unum choralem XXIII 
s. [I d. gr. Et succentori novo Vinelo pro quinquaginta qwinque diebus… 
XXXVII gs. VId. gr. * — C. Chor. 1503-1504. 


1504, 20 Avril. *Pierge VINELOO. Le chapitre s’étant 
vainement adressé à Nicolas Craen en résidence à 
Bois-le-Duc, (et qui cependant, à la mort d’ Alain 
de Groote, en 1501, avait sollicité l’emploi), nomme 
succentor le musicien sur lequel son choix s’était 
déjà porté en 1501. En Novembre 1507, Vineloo 
tombe malade et meurt le 22 Décembre suivant. 
Depuis le 20 Décembre jusqu’àl’arrivée du nouveau 
succentor, les choraux sont logés chez Pierre de 
Vyne rector scholarum, et surveillés par Jean 
Blyman; Jean le Petit et Pierre Zouburch leur 
donnent des lecons de chant. 

Pierre Zouburch était un clericus musicus dont 
le chapitre faisait grand cas,à cause des services 
qu’il rendait à la maîtrise. 


(1) Mattres de chant et organistes, pp. 21, 22, 


184 


Il est du nombre des chantres choisis par 
J. Hobrecht pour donner une fête musicale en 
présence do Philippe de Clèves, à l'Écluse (!). 


Le talent de Jean le Petit parait avoir été plus 
apprécié encore. En effet, successeur d’ Alain de 
Groote (junior), il remplit les fonctions de maître 
de chant de Notre-Dame à Bruges, depuis le 
81 Janvier 1508 (n. s.), jusqu'au 28 Août 1514. 

Le nom de Jean le Petit se rencontre parmi les 
chantres de la cour de Milan, en 1468 (?). Mais la 
distance entre cette date et celle de 1514 ne permet 
guère de rapprocher le virtuose de la chapelle 
ducale et le succeutor de Notre-Dame à Bruges. 


“< Quia ad aures DD. venerat quod D. Anthonius de Rycke, succentor 
hujws ecolegie, abaque scitù eorumdem, sua utensilia bona ad Zelandiam 
destinavit et misit, intendens illic suam inantea facere residentiam, et 
officiim suum dimittere, vocato prius ad se D. Ánthonio et premissa 
coram eisdem vonfitente, dicti DD. hei ordinarunt per me secretarium, 
scribi litteras cum proprio nuncio ad Nicolaam Craen, valentem musicum 
et valde commendatum in Buscoducis residentem, qui se ad officium 
predictum dum ultimum vacaret commendari et recipi supplicavit, in 
effectu continentes, quod gi ipse Nicolaus ad dictum officium cum suis 
oneribug, prerogativig et commoditatibusg recipi ac eidem ut decet 
deservire vellet, ipsi DD. mei eum reciperent et admitterent, salvo tamen 
quod hino ad quindecim dies post Pascha proxime futurum ad residen- 
tiam venire et super premissis litteras responsionem suam continentes 
DD. meis cum eodem nuncio remittere deberet. '' 

‘“< Receptus fuit D. Petrus Vineloo Pbr Tornacensis diocesis in succen- 
torem. ” 

« Tunc deputatus fuit et ordinatus ad regimen choralium, propter 
magnam infrmitatem D. Petri Vineloo succentoris et usque ad ejus 
convalescentiam sive obitum, D. Johannes Blyman Pbr capellanus hujus 
ecclesie. *' 

<DD. propter magnam infirmitatem qua laborat Mg" Petrus Vinelo 
guccentor, ita ut curam de choralibus hujus ecclesie gerere minime potest, 
commiserunt eosdem chorales Mg*° Petro Vync rectori scholarum pro 
eorum intertentione et pro instructione cantus Johanni le Petyt, alerico 


(?) Voir p. 52, note 1. 
(?) La musique aur Pays-Bas, etc, T, VI, p. 18, 


185 


installato donec ìpsi alias desnper providerint, salvis tamen eis jure et 
salario debitis. ” — Acta cap. 20 Martii, 20 April. 1504; 15 Nov. 20 Dec. 
1507. 

“ Solutum DD. Victori Brunynck et Jacobo Haverbout executoribus 
D. Petri Vinelo quondam succentoris pro expensis sex choralium a festo 
B. Johannis Bapt. usque ad festum B. Thome Apostoli, VII ib. VIII s. gr. 

“Item Mg"° Petro de Vync tune rectori scholarum, qui de mandato DD. 
habuit in expensis dictos chorales ab eodem festo B. Thome usque ad 
vigiliam Purificationis B. Marie Virginis... XXXVIs. VIII d. gr. 

“ Item D. Petro Zouburch, qui direxit chorales in ecclesia et alibi post 
obitum D. Petri Vinelo usque ad adventum moderni succentoris… V s. 
gr. ” — C. Chor. 1507-1508. 

“ Considerantes gervitium et honorem quod et quem D. Petrus 
Zouburch capellanus de gremio chori hujus ecclesie impendit ecolesie in 
cantu, ‘DD. loco pengionis quam sibi forte accordare possent et vellent, 
consentiunt gibi quod domum quam actu inhabitat, que pertinet fabrice 
hujus ecclesie, pro anno futuro et preterito habebit gratis, hoe est, 
absque aliquo locagio. ** — Acta cap. 2 Sept. 1499. 

‘“ Solutum Johanui le Petit vicario hujus ecclesie pro una pensione 
annua sibi concessa de XX 8. gr. XXe. gr. ” — CC. Chor. 1606-1506. 

‘< Receptus fuit, prestito prius juramento, ad stallum et ad officium 
cantorie hujus ecclesie debite deserviendum Johannes Parvi, clericus 
Cameracensis diocesis. *’ 

‘DD. in gacristia capitulariter congregatis, provisum est per eosdem 
D. Petro de Raet vicario de gremio chori de officio cantorie per recessum 
D. Johannis Petit vacante. ” — Acta cap. B. M. V. 81 Jan. 1508 (n. s.); 
28 Aug. 16514. 


1508 (n. s.), 26 Janvier. *ALAIN DE GROOTE, (juntor), 
neveu de l'ancien phonascus Alain de Groote, 
(sensor). Une dóémarche infructueuge avait été faite 
par le chapitre pour obtenir comme maître de chant 
Jean de Prato, résidant en Hollande. 

Avant d'être nommé succentor de Saint- 
Donatien, Alain de Groote avait rempli les 
mêmes fonctions à Saint-Sauveur, dès avant 
le 27 Mai 1500 (!) jusqu'au 26 Juin 1508 (°) et 


(!) Dans un acte capitulaire de Saint-Donatien, de cette date, Alain 
figure comme succentor de Saïnt-Sauveur. 

(?) O'est sans donate par distraction que M. PD, Vander Straeten 
(Mattres de chant et organistes, eto., p. 28, note 8 et La musique auw 


186 


à Notre-Dame, antérieurement déjà au 23 Sep- 
tembre 1506 (!) jusqu’au 9 Décembre 1507. 


D’une part, les de Groote sont qualifiés de prêtres 
du diocèse de Tournai; d'autre part, Álain (junior) 
habitait Bruges, avec ses sceurs. Ne pourrait-on 
pas en inférer que ces musiciens étaient, sinon 
brugeois, du moins flamands ? 


‘“ D. Alianus de Groote Pbr, sua spontanea voluntate cepit licentiarm 
ab officio cantorie ac habitu et luoro chori, rogans DD. ut servitium per 
ipsum factum gratum et acceptabile caperent. " — Acta cap. SS. Salva- 
toris 26 Jun. 1503. 


‘« Audita petitione D. Aliani de Groote cantus magisfri asserentig se 
intellexisse quod DD. de capitulo providerunt de hnjusmiodi officio 
cantorie cuidam D. Joh. Merschaert ac petentis propterea aut ernuno 
absolvi, aut, ne provisionem per eumdem de victualibus factam perderet 
usque ad proximum Joh. Baptiste festum continuari, per maturam delibe- 
rationem responsum fuit eidem, quod deserviret dicto officio usque ad 
primum mensis Januarii, ad quam diem plenam persolutionem acceperat, 
et quod tuno ita cum eodem agetur quod non habebit occasionem 
perdendi provisionem suam. * — Acta cap. B. M. V. 9 Dec. 1507. 

“< Tunc DD. mei deliberantes super novo succentore, ordinarunt litteras 
cuidam Mg" Johanni de Prato in Hollandia residenti tanquam ad hoc 
habili et ydoneo esse scribendas, quia ad hujusmodi officium habebant 
eum commendatum. ” 

Mg" Alianus de Groote Pbr receptus fuit in succentorem et admisaus 
ad stallam.. cum dispensatione quia sacerdos. " 


“< Capellania perpetua fundata ad altare S. Juliani collata fuit Aliano 
de Groote guccentori. ” — Acta cap. 7, 26 Jan. 1508 (n. s.); 20 Sept. 1813. 


Pays-Bas, etc, T. VI, p. 78, note 1) dit d'Alain de Groote, qu'il remplit 
pendant quelques mois gratuitement les fonctions de maître de chant en 
Yéglise de Saint-Sauveur, à partir du 25 Juin 1508. Car la phrase * cepit 
licentiam ab offcio cantorie, rogans DD. ut servitium per ipsum factum 
gratum et acceptabile caperent ” signifie bien * sl prit congé, il résigna son 
office, tout en priant les chanoines d'avoir pour agréables lee services Fw'il 
avait rendus. ” 

(!) Les actes du chapitre de Notre-Dame du 17 Septembre 1501 au 
19 Juillet 1506 n'existent plus. Alain de Groote est déjà mentionné 
comme phonascus À la date du 23 Septembre 1606. Il doit donc avoir été 
nommé avant cette époque, probablement en remplacemont de Jean 
Pastoris, après le 26 Juin 1609. 


187 


“Item D. Aillerno de Groote moderno guecenteri pro expensis chora- 
lium a vigilia supradicta [Purificationie] usque ad festum nativitatis 
B. Johannis Bapt. in anno 1508. VI Db. Vs. gr. ” 

“& Solutum sororibus D. Aleami pro factura sex parium lintheamiaum… 
Is. gr.” — CC. Chor. 1507-1510. 


1513, 12 Octobre. BARTHÉLEMI BINCHOIS ou BINSOET, 
clerc du diocèse de Cambrai. Il quitte son poste à 
’improviste, en Janvier 1520 (u. s.). Malgré cette 
faute, le chapitre lui restitue plus tard (1524) son 
ancienne stalle,avec le privilège de chanter au salut. 
Mais le chantre inconstant, parti, sans en avertir 
les chanoines, pour Arras où il compte devenir 
succentor, est définitivement licencié (1525). 


‘« Receptus fuit ad stallam et officium gsuccentorie hojus ecclesie 
Mg" Bartholomeus Binsoet clericug Cameracensis diocesis.., Et fuit con- 
cessum Aliano de Groote suo predecessori ultra stallum quod obtinet, 
dimidium stallam…. quique obtinebit locam promotionia gecundum suum 
introitum et consuetudinem observatam. ” 

“DD. ordinarunt quod singulis diebus ferialibus inantea succentor hujas 
ecclesie in domo propria videlicet in estate ab hora quinta post meridiem 
usque ad horam laudum et in hyeme ab hora quarta usque ad dictam 
horam laudam habeat docere et instruere omnes scolares istarum scola- 
rum in cantu volentes proficere, salvo sibi salario gratioso et consueto. 
Et in singulis feriis quartis et sextis in scolig ab hora decima usque 
undecimam, hoc salvo quod si dictis feriis quartis et sextis festum 
occurreret, tunc docebit eosdem die precedente. 


“Item quod chorales frequentent scolag, conguetudinem ab antiqguo 
obgervatam insequendo. 

‘Item singulis diebug dominicis et festivis succentor in latere suo et 
rector scolarum in latere opposito hora primarum et aliarum horarum 
debeat in choro stare et dirigere pueros psalmodientes juxta morem ab 
antiquo obgervatum. 

“Et in aliis faciat idem guccentor prout alii sui predecessores suceen- 
tores prioribus temporibus facere solebant. * 

‘““ Binchois olim guccentor admittitur ad stallum et laudes vespertiaas 
in loco primo post magistrum scolarum. ** 

‘<< Bartholomeus Binchoys Attrebatum propter guccentoriam ibidem 
adipiscendam, ut fertur, profectus, licentiatur propter inconstantiarmn, in 
cujus locum surrogatur Rogerius Bernardas.” — Meta cap. 12 Oct. 1518, 
8 Sept. 1616; 11 Maii 1524; 28 Aug. 1626. 


188 


1520 (n. s.), 27 Janvier. *PrrmRE DE RAEDT, clerc installé, 
nommé d’abord ad interim, puis définitivement. 
Après le départ précipité de Binchois, jusqu’au 
2 Février, les choraux sont confiés aux soins de 
Julien de Coc. 

En 1841, de Raedt reparaitra pour quelques 
jours comme succentor intérimaire de Saint-Dona- 
tien. A: propos de cette courte apparition, voici 
comment s'exprime M. E.‚ Vander Straeten (1): 

‘““ Pierre de Raedt, que ses contemporains appe- 
laient familièrement Pierken, est connu par une 
messe ‘manuscrite à quatre voix: quam dicunt 
homines, conservée dans la bibliothèque de. Cam- 
brai, ef dont M, de Coussemaker publia en parti- 
tion le sanctus. intéressant. M. Fétis, privé de tout 
renseignement ultérieur sur Pierre de Raedt, dit, 
avec son assurance habituelle, que ce musicien 
flamand ‘“ vécut au commencement du XVI°siècle’’. 
La position éphóémère que Pierre de Raedt occupa 
à Saint-Donatien, vers le milieu dudit siècle, est 
une première étape définitive dans la biographie 
de cet artiste”, 

Ce n'est pas de 1541 que date la première étape 
de la carrière artistique de Pierre de Raedt; elle 
remonte vingt-sept ans plus haut. 

_ En effet, le compositeur, avant d'être attaché à 
Saint-Donatien, (1520-1528), avait déjà rempli les 
fonctions de phonascus à Notre-Dame, depuis le 
28 Août 1514 (°) jusqu’au 8 Avril 1517. On dirait, - 
d'après la teneur de l'acte capitulaire, que les 
chanoines de cette collégiale n’acceptèrent sa 
démission qu’à regret. Aussi huit ans plus tard 


(!) Mattres de chant et organistes, eto., p. 27. 
(*) Voir p. 86. 








189 


nous trouvons de Raedt chargé à nouveau de la 
direction des choraux de Notre-Dame (24 Février 
1525-6 Juin 1526). 


“ Comparuit D. Petrus de Raet vicarius perpetuus dyaconalis misse 
animarum cantorque et magister coralium… et petiit animo deliberato 
et bene consulto, ut dixit, ab ipsis officio et oura coralium abgolvi… 
Quibus sio per eum propositis, de mandato vicarii [prepositi)] se paulu- 
lum retraxit. DD. igitur per vicarium desuper singulatim interrogatis, 
scrutatis vocibus… eoque introvocato, interrogatoque per vicarium an 
dictus Petrus de Raet esset ejusdem opinionis ut supra et bene ac 
mature deliberatus respondit constanter quod sic, quia licet officio suo 
sibi commisso pro posse guo diligenter insudasset corales instruendo, 
respectum ad honorem chori et ecclesie habendo, erant tamen aliqui qui, 
ut dixit, seminaverunt post tergum suum aliqua verba dicta rabeeuwen 
et alia multa. Quibus per DD. auditig, attenta etiam ejus responsione 
quia deliberate petiit absolvi, D. vicaring ex conclusione DD. eumdem 
absolvit et ab officio relaxavit. Salvo quod eidem officio deserviet usque 
ad adventum alterius cantoris, quod facere promisit, saltem usque ad 
diem et festum S, Bonifacii.’’ — Acta cap. B. M. V.8 April 1614. 

‘< DD. bene informati de recessu Mg" Bartholomei Binsoet clerici 
installati et succentorig hujus ecclesie (et qualiter ipse officium sucoen. 
torie et chorales sine directore dimisit) instituerunt D. Petrum de Raedt 
clericum installatum ad officium ipgum exercendum, chorales dirigendum 
et instrnendum in gcientia et moribus quousque dum alias providerint. * 

“ Attonto quod Petrus de Raedt ad snccentoriam receptus chorales ín 
domo propria ct suis expensis recipere intendit.. dentur nova utensilia 
ex officio Coutere. *’ 

“« Continuatur gsuccentor sub spe cmendationis, alias non. ® — Acta cap" 
27 Jan, 1 Febr. 1520 (n. 8.); 23 Jun. 1622. 

“ Solutum Mg"e B. Binchois guccentori pro expe@nsis sex choralium ad 
rationem uniusg dim idii anni incipientis in festò B. Joh. Bapt. anni XIX? 
et finientis in festo nativitatis Domini anní X1X', solvendo pro quolibet 
chorali tres Ìb gr. ex speciali gratia ob charistiam victualium.…IX Ïb gr. 

“ Item solutum Juliano de Coc pro expensis eorumdem choralium pro 
sex septimanis…. II b v. s. gr. 

‘* Item Mg" Petro de Raat nunc succentori a festo Purificationis usque 
ad festum B. Joh. Bapt. anni vicesimi…VIibxv a. gr.” —C. Chor. 1519-1520. 

“ Comparens D. Petrus de Raet supplicavit recipi in cantorem et 
rectorem choralium, offerens so eidem cantorie laudabiliter deserviturum 
si DD. vellent augmentare ordinatianf galariùm'de quatuor Ib gr. annuo. 
Super quo DD. habita mátura deliberatione eumdem D. Petrum in 
cantorem et rectorem choralium receperunt augmentando salarium ordi- 


' ' 
, 





190 


narium de lucre dimidii stalli clericoram de choro. Et ultra hoc DD. 
habentes respectum ad caristiam jam vigentem consenserunt eidem dari 
unum hottum tritici et habitationem domus canonicalis usque ad festam 
S. Joh. Bapt. gratis. Et si tunc duraverit adhac presens caristia ita ut 
hottum tritici vendatur octo vel novem solidis, idem D. Petrus habebit 
duas Ïb gr. annue durante hujusmodi caristia et non ultra.” 


‘“ Vocato et comparente D. Petro Raet cantore et rectore choralium 
hujus ecclesie exposuit D. vicarius quod fama fuit ipsum cessurum can- 
torie et rectorie choralium, quod tamen facere non deberet nisi trimestri 
ante predicendo. Super quo idem rector asseruit ge non recessurum nisi 
predicendo trimestri ante, qaod si tunc DD. non essent provisi, potius 
adhuc deserviret per dimidium ultra.” 


““ Comparuit Jacobus de Ponte supplicans recipi ad officium cantorie et 
rectorie choraliam… quem Jacobum DD. ad dictum officium admiserunt’” 
— Acta cap. B. M. V. 24 Febr. 1625; 1/7 Mart., 16 Jun. 1526. 


1623, 17 Juin. *wurrarD ou LevPvS HELLY NCK, clere 
installé, ancien enfant de choeur et virgifer de 
Saint-Donatien. 


M. B. Vander Straeten, qui ne connaissait que les 
actes capitulaires relatant la nomination de Hellync, 
une prétendue punition infligée au succentor, et 
son déoès, s’exprime ainsi(!): “ Ces renseignements 
sur Lupus Hellinc ou Hellin nous paraissent 
extrêmement importants, attendu qu’en ne savait 
absolument rien au sujet de ce maître habile. Sa 
réputation a été énorme pourtant, à en croire les 
êloges brillants que lui adresse le scribe des actes 
capitulaires do Saint-Donatien à Bruges. Devons- 
nous prendre au pied de la lettre la qualification de 
princeps musicorum qui est donnée à Lupus 
Hellin?.… 

“< L'insistance du scribe, qui reprend, à deux 
reprises, le panégyrique de Lupus Hellin, nous 
semble offre toutes les garanties d'une entière 
sincérité. Nombre de ses ouvrages imprimés dans 
divers recucils de France ct d'Italie, lui ont sur- 


eneen amd eme 


(*) Maîtres de chant et organistes, etc., p. 25, 








191 


vécu. Qu’on les examine; on pourra par la com- 
paraison de ceux qui ont vule jour en même temps, 
contrôler de visu et de auditu l’assertion du secrétaire 
du chapitre de Saint-Donatien. 

‘« Une autre question se présente: celle de la 
nationalité de l’éminent artiste. Dans ga Notice sur 
les collections musicales de Cambras, etc., M. de 
Coussemaker pense qu’il était flamand, car‚ dit-1l, 
“le motet Panis quem ego dabo du ms. 124, porte 
<& Pinseription suivante : Lupus noster Hellinc (c'est 
‘£ le copiste qui parle). Or, ce recueil a été écrit et 
‘“ peint par des artistes flamands. * 

‘<< Nous ajouterons que Bruges en particulier et 
la Flandre en général renferment quantité de 
familles anciennes du nom de Hellin et Hellinck. 
Comme le cas est arrivé bien souvent, le maître, 
après avoir séjourné en Allemagne et en Italie, 
aura aimé à prendre une position de retraite dans 
son pays, et il aura opté pour Bruges, qui peut-être 
est sa ville natale. De quel poids est maintenant 
opinion de M. Fétis qui assigne à l’ Allemagne 
la patrie de Lupus Hellin ? 

‘“ Le chapitre lui infligea une punition, le 
28 Février 1524 n. s. Est-ce à la suite de cette 
condamnation disciplinaire qu’il alla voir l’Italie 
et l'Allemagne? ” 

La courte notice biographique que nous avons 
donnée plus haut (1) sur Hellyne, óéclaircit déjà 
bien des points restés obscurs jusqu’ici. Il suffira 
d’y ajonter quelques détails nouveaux. 

Wulfard Hellyne, fils de Jean, était jeune clerc 
du diocèse d’ Utrecht, quand, en 1506, il vint s’en- 
gager comme choral au service de Saint-Donatien. 


(*) Voir pp. 52 et 58. 





192 


La question de la nationalité du compositeur semble 
ainsi tranchée; il est d'origine hollandaise. 


Sauf, peut-être, deux ans d'études (Ma: l511- 
Novembre 1513) et quelque temps de préparation 
au sacerdoce (après Novembre 1515 et avant 

‘Octobre 1519), Hellync passa à Bruges les trente- 
cinq dernières années de sa vie. Après avoir été, 
pendant un an et demi, chantre (clericus installatus) 
de l'église où il avait fait son apprentissage, 1l 
exerca les fonctions de phonascus à Notre-Dame, 
depuis le 20 Juin 1521 jusqu’à sa nomination 
de succentor à Saint-Donatien, le 17 Juin 1623. 
Il occupa ce poste pendant dix-huit ans, c'est- 
à-dire, jusqu’à sa mort. Durant cette longue 
carrière, nous n’avons dóécouvert aucune trace 
d’absence prolongóée: les comptes des choraux 
paient régulièrement tous les ans, sans exception, 
Wulfardus Hellynck, pour l'entretien de six ou huit 
choraux; Jamais 1l n'est question d’un supplóant, et 
deux fois lan, au jour róglementaire, le succentor 
se présente en personne devant le chapitre, avec les 
autres officiers, pour faire renouveler son mandat. 
Un voyage en Italie et en Allemagne entrepris par 
Hellync,en 1524,nous paraît donc aussi inadmissible 
qu’un séjour du maître dans ces pays, avant sa 
retraite à Bruges, en 1523. D’ailleurs la résolution 
capitulaire du 28 Février 1524, où M. Vander 
Straeten croit voir une punition infligée au succen- 
tor, punition capable de provoquer le départ du 
maître de chant, n'a pas une portée aussi ‘grande; 
si nous en comprenons bien le sens (*°), le chapitre 


charge Wulfard Hellync de payer à l'hôte de 


(!) Nous tÂchone de justifier notre manière de voir dans une notc 
explicative de l'acte capitulaire cité plus bas. 


193 


auberge la massue (in de kolve ou in de knodse), 
une dette de quinze patards, contractóe probable- 
ment par les chantres de Saint-Donatien à l’oc- 
casion du carnaval, et s'offre à rembourser cette 
somme au phonascus, lorsque celui-ci aura commu- 
niqué aux chanoines les noms des débiteurs. 

C'est uniquement par ses compositions musicales 
que Hellynck se fit une róputation au dehors. 
M. Vander Straeten lui attribue les messes ““ De 
resurrectione *’ ““ Carolus Ymperator *’ “ Surreait 
bonus *” (1). . 

Les termes dans lesquels le secrétaire du chapitre 
enregistre d’abord l'annonce du décès de Wulfard, 
puls, un an après, la fixation d’un service anniver- 
galre: ““ princeps omnium musicorum totius mundi, 
— succentur qualem nec preterita habuerunt nec 
futura habitura sunt secula *” — “ verus musicus 
eximius, °’ ces termes, disons-nous, montrent assez 
quelle haute estime les chanoines avaient pour le 
succentor dont l’habileté faisait briller leur maîtrise 
d’un gi vif éclat. 

On se rappelle que le magistrat de Bruges, 
soucieux de l’honneur de la ville, eut recours au 
talent de Lupus et de ses chantres, pour faire 
figurer avec succès la gilde du Saint-Esprit dans 
une fête de rhétorique, donnée à Gand en 1539 (°). 

De 1523 à 1541, nous rencontrons dans notre 
collégiale toute une pléiade de musiciens dont les 
noms, plus ou moins célêbres, gravitent autour de 
celui de maître Hellync: Barthélemi Binchois, 
Pierre de Raedt, Philippe Rogerie, Adrien de 
Landtheere, Jacques Siens, Jean Leunis dit Apollo, 


(!) La musique auw Pays-Bas, T. VIII, pp. 856, 862, 870, 872, 8890. 
(°) Voir p. 62, note 3. 
13 


194 


Gérard Thol, Joachim et Guillaume Richafort, 
auxquels on peut joindre Antoine Willaert. 


Plusieurs d'entre eux ne sont plus des inconnus. 


Binchois et de Raedt, anciens succentores, deve- 
nus \’un clerc installé (°), autre chapelain, chantent 
encore sous Lupus. Le chapitre, afin d’engager 
de Raedt à prêter à la maîtrise le concours de sa 
volx exercée, lui donne une pension annuelle d’une 
livre de gros. 


Philippe Rogerie, Adrien de Luandtheere et 
Jacques Siens, ex-choraux et futurs maîtres de 
chant respectivement de Saint-Sauveur, de Saint- 
Gilles et de Saint-Donatien, développent leurs con- 
naissances musicales, sous la direction de Hellync(°). 


Jean Leunis, contratenor en 1589, est le mónestrel 
qui fit plus tard, sur l'ordre de la ville, un recueil 
de tous les airs joués sur le carillon du beffroi de 
Bruges (°). 

Gérard Thol, mieux connu comme chanoine de 
Saint-Donatien, vicaire général de Jean Carondelet 
dans l'administration de larchidiocèse de Palerme, 
próvôt de Notre-Dame à Bruges et aumônier de 
Yempereur Charles-Quint et du roi Philippe II (*), 
mérite cependant d’être mentionné aussi à titre de 
musicien.Il fut ezcellens musicus d'après Foppens(®). 


(?) Voir p. 187. 

(>) Voir pp. 51, 67, 99, note 4. 

(3) La musique aux Pays-Bas, etc, T. V, p. 18, où M. Vander Straeten 
cite un extrait des comptes de la ville de Bruges 1652-1563 : “ Bouc 
ghemaect van al de airkens op den beyaerd, in ’t slaen van hueren en 
half hueren op de appelen ter Halle, Jan Leunis, gheseyt Apollo. ** 

(*) Pour de plas amples détails sur Gérard Thol, voir: BEAUCOURT DE 
NOORTVELDE, Description historique de U'église collégtale et paroissiale de 
Notre-Dame à Bruges, p. 208; J. GAILLIARD, Inscriplions funéraires, etc., 
Église de Notre-Dame, p. 41. 

(°) Compendium chronologicum, etc., p. 129: “ Fuit excellens musicus, 
primo phonascus etc. * 


195 


Ancien enfant de choeur de Saint-Pancrace et de 
Saint-Pierre à Leyde, le jeune Thol continua de 
cultiver le chant à Termonde et à Gand. Attaché 
ensuite à l’église de Saint-Donatien, en qualité de 
virgifer (1526), il y devint tabularvus (1528), 
chapelain et vicaire (1584) et fut chargé de donner 
des lecons de musique aux réfectionaux (1582). 
C'est à tort toutefois que Foppens en fait un 
phonascus (1). — Un chapelain-chantre, nommé 
Gérardi Thol, figure dans la liste des chantres 
flamands de la chapelle de Philippe II en 1559 (®); 
le prévôt de Notre-Dame étant mort en 1558, nous 
sommes en présence d’un simple cas d’homonymie. 


Guillaume et Joachim Richafort, peut-être deux 
frères de Jean Richafort, l’habile compositeur 
flamand, connu sous le nom italianisé de Picctia- 
forte (°), furent des musiciens estimés, s’il est 


(!) Voir p. 66, note 2, où est établie, pour la première période de 
Pinstitution des refectionales (15632-16550), la distinction entre le succentor 
et le professeur de chant des réfectionaux et des choraux. Pendant que 
Hellyne occupait le poste de phonascus et dirigeait la maîtrise, Thol et 
Feyo enseignèrent successivernent la musique aux enfants. Plus tard, 
Antoine Galli, appelé d'abord succentor (CC. C'hor. 1545-1547), est appelé 
ensuite succentor et magister cantus (CC. Chor. 1547-1550). Antérieure. 
ment à 1682, un professeur de chant paraît avoir existé à côté du 
succenkor ; les comptes des choraux de 1512 et de 15156 mentionnent un 
magister cantus, et sous le succentor Alain de Groote (junior) et sous 
Barthélemi Binchois : 

‘<< Solutum D. cantori D. Johanni Lsammins pro nuncio misso Curtracum 
pro magistro choraliam habendo…. XVI gr": 

« Solutum Mg" Vincencio, magistro cantus moderno pro expensis 
itineris pro prima vice qua venerat Brngas…. III s. II gr. 

‘< Solutum Mg"° Bartholomeo Binchois succentori pro viatico suo 
versus Cameracum pro novo magistro cantus habendo. * — CC. Chor. 
1512; 1616. 

(3) La musique aur Pays-Bas, etc, T. VIII, p. 25. 

(3) Pour les couvres de Jean Richafort, voir La nvusique au» Pays-Bas, 
etc., T. VIII, pp. 360, 878, 452, 458. 





196 


permis d’en juger par les termes ezcellens mustcus 
et ezimius musicus, dont le secrétaire du chapitre 
se sert pour désigner l’un et l'autre. 

Joachim Richafort, tenor de Saint-Donatien, 
touchait tous les ans une pension (!), outre les 
fruits de ga stalle et devint plus tard ““ chantre de 
la royne ” Marie de Hongrie (®). 

Un procès-verbal de la collace de Gand, publié 
par M. Gachard (%), constatant la présence do 
Guillaume Richafort en cette ville, le 6 Juin 1539, 
lui donne le titre de maître de chant de Saint- 
Donatien. Cette qualification est inexacte. G. 
Richafort n’était pas succentor, mais clericus instal- 
latus, chantre faisant partie de la maîtrise dont 
la direction appartenait à Wulfard Hellync. 


Vers la même époque, Antoine Willaert, ex-choral, 
occupait une stalle cléricale à Saint-Donatien (*). 
Quel qu’ait été son mérite comme chantre, nous 


< 


ajoutons son nom à ceux des autres musiciens, 
parce qu’il est le frère du célèbre maître de chapelle 
de Venise. 


(1) Voir p. 54, note 4, in fine. 

(®) La musique aux Pays-Bas, etc., T. III, p. 324. 

(3) Relation des troubles de Gand sous Charles.Quint par un anonyme; 
suivie de trois cent trente documents inédita sur cet Evénement, par 
M. GACHARD, Bruxelles 1846, Supplément, p. 683: “ So zyn voor my 
notaris apostolicus…. ghecompareert…, her Lieven Berchman, prosby- 
tere.…. her Antheunis Bauwing, her Pieter Van den Berghe, moester Jan 
De Brune, her Marcus van den Vivere, presbyters…. de welcke ver- 
claerst hebben, ten verzoucke van Jacob van Quickelberghe, dat zy 
comparanten op den 6°* dach van Janins int jaer 1539, present ende bij 
gheweest hebben op den Reep binnen deser gtede van Ghendt, ten huyse 
van Joos Vander Beken, bachten in den lochtinck onder eenen groenen 
waghene, daer zy comparanten zateh goede chicre te maecken met 
M" Willem Richeafort, presbyter, sanghmeester vander collegiale kercke 
van Sent Donaes te Brugghe, enz. *' 


(*) Voir p. 99, note 4. 


197 


On le sait, Bruges et Roulers se disputent la gloire 
de compter Adrien Willaert parmi leurs enfants (!). 
M. Fétis le fait naìtre à Bruges et appuie son 
affirmation sur un tÉmoignage de Zarlino, qu’il ne 
produit pas et que M. Vander Straeten a vainement 
cherché dans les wuvres de l’élève d’Adrien. M. 
Vander Straeten, et ceux qui avec lui assignent 
Roulers comme berceau de lartiste flamand, invo- 
quent le témoignage de Meyerus, compatriote 
contemporain de Willaert. D'autres ne regardent 
cependant pas cet argument comme décisif, attendu 
que le terme oriundus employé par l'annaliste des 
Flandres, signifiant originaire de, n’a pas la même 
valeur que le terme natus, natif de, et que ces deux 
termes se voient parfois róéunis ; par exemple, dans 
cette phrass: Oortraco oriundus, sed natus Insults, 
originaire de Courtrai, mais né à Lille (°). 

Nous n’avons nullement la prótention de clore 
le débat; toutefois nous pensons qu’il faut tenir 
compte des détails suivants, capables peut-être de 
provoquer des lumières ultérieures. Antoine Wil. 
laert, frère d’ Adrien, fut admis en qualité de choral 
de Saint-Donatien, le Jl Mai 1519. En 1528 et 
1529, il jouit de la faveur de continuer ses études 
à Gand, et recoit à cette fin un subside annuel d'une 
livre de gros, à prélever sur lofficitum van der 
Coutere. Les deux années, la somme est payée par 
le receveur de l’office directement au père d’ Antoine, 
Denis Willaert, une fois même en présence du 
guccentor Hellync, donc à Bruges, selon toute 
apparence. 

Ne peut-on pas, sans témérité, déduire de ces 
faits que Denis Willaert habitait Bruges et que 


(!) La musique auw Pays-Bas, etc, T. I, pp. 248-262; T,‚VI, pp. 174-368. 
(?) Annales de la Sociëté d' Emulation, T, XXI, p. 864. 





198 


ges deux fils, s’ils ne sont pas nés dans cette ville, 
peuvent cependant être regardés comme brugeois, 
à raison du moins de leur résidence dans notre cité? 


“< Recipitur ad presentationem decani Wulframus Hellynck ad stallum 
et officium succentoris cum juramento et installatione solita et consueta.” 

“ Lupus Hellin intra pascha proximum golvet XV stuferos hoepiti in 
Clava. Ipse autem nomina eorum notet qui dictos XV stuf. in repotiis 
barbarisationis expendisse dicuntur, referatque in capitulum et fiet gibi 
justicia ” (!). 

‘* Propinqui D. Lupi Hellin succentoris, qualem nec preterita habuerunt 
nec fatura habitura sunt secula, defuncti, exhibuerunt testamentum ejus, 
petentes ipsum confirmari, vigilias cantari, in capellanorum sgepultura 
poni et martis exequias fieri cum pulsu minimo, offerentes omnia exsol- 
vere pro more ecclesie. Quibus DD. annuerunt.'’— En marge: ‘““ Princeps 
omnium musicoram totius mundi defunctus. *' 


‘“ Diebas dominica et lune proximis fiet annivergarium D. Lupi Hellin 
guccentorig hujus ecclesie, cantoris, verigue musici eximii”' — Acta cap. 
16 Jun. 1523; 28 Febr. 1624 (n.s.); 14 Jan. 1541 (n.s.); 19 Jan. 1642 (n.s.). 

‘“< Petro de Raedt dudum guocentori, nunc capellano, datur pensio 
1 »b gr. ut inclinatus sit ad cantandum cum aliis musgicis. *’ — Acta cap. 
8 Febr. 1580 (n. s.). 


(!) Voici les considérants qui nous ont dicté l'interprétation donnée 
plus haut (pp. 192-198) à ce texte. 

En 1624, le jour de PÂques tombant le 27 Mars, le carnaval avait 
liea au commencement de Février. Or l'acte capitulaire est daté du 28 de 
ce mois. Repotia signifie proprement des festivités cólébrées, autrefois, 
le lendemain des noces, ou le septième jour après la cérémonie, quia gquast 
reficitur potatio, dit Forcellini; de là, d'après Ducange, on a donné ce nom 
au repas offert à l'occasion de l'anniversaire ou du jubilé de la profession 
d’un religieux : ce n'est pas forcer la signification du terme repotia que 
de le prendre dans le sens de repotatto, sterata potatio. Barbarisatio, 
mot d'une latinité fort douteuse, ne se trouve dans aucun dictionnaire. 
Ne pourrait-on pas le rapprocher de barbator ou barbarra. Barbatores : 
personnages masqués, mimi qui larvati in theatris ludunt, quomodo in 
Bacchanalibus fieri solet, in quibus larvae ipse proliwioribus et forma 
insolentis, barbis instructe sunt. Barbarra: folie, mendose pro barburra, 
stultitia, ineptia. (DucaNer, V'* Repotia, et Barbarra). D'ailleurs le 
guccentor dans les fêtes que se donnaient les chantres avait une certaine 
responsabilité, témoin la résolution capitulaire du 12 Décembre 1580 : 
« Deinceps succentor insinuabit musicis quantum vini sit eisdem presen- 
tatum. At ipsi soli remanebit authoritas constitueridi loeum ubi id vinum 


expendetur et potabitur. ” 


199 


‘ Admittitor ad stallam Joannes Apollo clericus Tornacensis diocesig."* 

“ Apollo contratenor frequentet easdem laudes [vespertinas) usque 
ad nativitatem Christi, ’’ 

“* Custodia ad altare 8. Joannis confertur Joanni Leunis.’ — Acta cap. 
18, 24 Nov. 1689 ; 16 Nov. 1641. 

“* Comparuit D. Guillelmus Richafort humiliter supplicans mite secum 
agi quoad punitionam propter lesionem Mg" Francisci Friscobaldi 
capellani, cujus supplicatione audita, primo attenta humilitate et suppli- 
cantis paupertate, et principaliter considerata et visa absolutione hujus 
delicti, eumdem lucro ecclesie restituerunt. DD. interdicentes eider 
nichilominus chori frequentationem et missarum celebrationem.” En 
marge : “ Guillelmus Richafort musicus eximius inhibetur celebrare 
missam. * — Acta cap. 2 Deo. 1582. 

“Item Dyonisio Willaert patri Anthonii Willaert quondam choralia 
Gandavum ad studium litterarum missi, ex gratia et ordinatione DD. pro 
anno XV° XXVIII, 22* Martii solvi presente D. Wulfardo guccentore et 
per quitanciam…. XX s. gr. ” 

“Item Dyonisio Willaert patri Anthonii quondam choralis, in conti- 
nuationem studii apud Gandavum etiam pro anno XV* XXIX ex gratis 
speciali capituli golvi 11 Aprilis ante pascha…. XXe. gr. ” — CC. Chor. 
1628.1580. 

“* Conceditur Anthonio Willaert accedere Romam et Venetias apud 
fratrem et quod possit abesse ad dimidium annum, sed non ultra, sine 
amissione sui stalli. ’ — Acta cap. 26 Febr. 1687 (n. s.). 


1541 (n. s.), 19 Janvier. *PienRE DE RAEDT, ancien 
succentor, qui avait été le suppléant de Wulfard 
Hellync pendant la dernière maladie de celui-ci, 
accepte de continuer à prendre soin des choraux. 
Cinq jours plus tard, il tombe malade et doit 


renoncer à l’intérim. 

‘Il y a une lacune ici, dit M. Vander Straeten (Ì), 
à en juger par un passage de la Relation des 
Troubles de Gand sous Charles-Quint. Il y est dit 
notamment que, le 10 [6] Juin 1529, donc peu de 
temps avant les troubles susdits, Guillaume Richa- 
fort, maître de chant de Saint-Donatien à Bruges, 
se trouvait à banqueter à Gand, sous un berceau 


(*) Maîtres de chant et organistes, etc., p. 27, note 1. 


200 


de verdure placó au fond d'un jardin. Inutile 
d’ajouter de quelle manière il fut impliqué dans 
les événements qui surgirent. °’ 

Nous ne pouvons souscrire à cette opinion. Si 
lacune il y avait, il faudrait la placer en Juin 1539, 
et non pas en Janvier 1541. Mais il n'y a pas de 
lacune, Wulfard Hellync ayant été succentor de 
1523 à 1941, sans interruption. En 1589, nous 
Yavons vu, G. Richafort était chantre à Saint- 
Donatien, et c'est à ce titre, sans doute, qu’on le 
trouve à Gand le 6 Juin, à occasion de la fête de 
rhétorique donnée par la ville et qui dura plus 
d'un mois (1). Probablement était-il du nombre 
des musiciens auxquels le chapitre avait, en Mai 
1589, permis d’accompagner le succentor Lupus 
Hellync (?). Quant à limplication de Guillaume 
dans les troubles qui suivirent la fête, il n'y a pas 
lieu de lenvelopper de mystère. Richafort, dans le 
procès-verbal de la collace, ne paraît ni comme 
témoin, ni comme accusé; son nom est incidem- 
ment cité dans la description de l’endroit où aurait 
eu lieu une conversation touchânt la conduite des 
députés de Gand. 

“ Rogatur Petrus de Raedt quod continuare velit officium guccentoris 


ad V vel VI hebdomadas cum lucro succentori debito; quod facere 
promisit.”’ — Acta cap. 19 Jan., 1541 (n. s.). 


(°) Voir p. 196, n. 1, où nous avons donné l'extrait auquel M. Vander 
Straeten fait allusion et qui se trouve non pas dans la Relation des 
troubles, par un anonyme, mais dans le Supplément de M. Gachard, — 
Nous lisons dans la Relation etc, (p. 81): “ Quant à leurs excuses da 
refns qu'ilz avoiont fait de payer leur portion de l'ayde…. pour la povreté 
et petit gaignage… ilz ne s'en sgauroient nullement excuser gur la dicte 
povreté,…. car tost après, ilz trouvèrent bien argent pour faire la feste 
de la rhétorique qui y fut faicte et tenue, laquelle dara plus d'un mois, 
et où plusieurs villes des dis pays de par dechà se trouvèrent, ce qui 
cousta à la dicte ville de Gand et aux manans d’icelle, bonne somme. '’ 


(@) Voir p. 62, note 8. 


201 


1541 (n. s.), 24 Janvier. *sean MONACHT, chapelain, 
remplace Pierre de Raedt comme intérimaire. 


&« Propter gegritudinem Petri de Raedt commissi ad regimen choralium, 
eadem commissio confertur D. Monachi doneo aliter provisum fuerit.'” 


« D. Joanni Monachi, qui aliquo tempore habuit regimten choralium, 
datur unus ducatusex Coutere.'’ — Acta cap. 24 Jan. 28 Mart. 1641 (n.s.). 


1541 (n. s.), 21 Février. EAN pE HOLLANDE, admis 
après promesse formelle d’être plus régulier dans 
ges meeurs et de remplir fidèlement les devoirs de 
sa charge. IÌ entre en fonction le 10 Mars et regoit 
sa démission pour cause d’inconduite, au mois de 
Mars 1544 (n. s.). 

“Ce Jean de Hollander, à coup sûr, dit M. E. 
Vander Straeten (1), est le maître belge, dont on 
publia, dans les recueils de Tilman Susato à Anvers 
en lo43 et 1558, des chansons à quatre, cinq et 
six parties. On ne sait rien de sa vie. Sa nomination 
au poste de maître de chapelle de Saint-Donatien 
à Bruges, est une première phase de sa carrière 
dont 1l convient de tenir compte.” 

J. de Hollande avait guccódé à Jacques de 
Reux (°), comme succentor de Saint-Sauveur vers 
la fin de 1538 et occupait encore cette place lors 
de sa nomination à Saint-Donatien. 

En 1497 nous avons rencontré un choral appelé 
Johannes Hollandrinus (®); Jean de Hollande aurait- 
il donc regu son éducation musicale à Saint- 
Donatien ? 


‘« Propositione facta de succentore, inter multog nominatos vocabitur 
M. Joannes de Hollande, succentor SS. Salvatoris Brugensis, uti dicitur 
maxime idoneus, auditurns leges sibi imponendas antequam admittatur."' 


am 





(*) Mattres de chant et organistes etc., p. 28. 
(2) Ibidem, p. 46. 
(3) Voir p. 65, note 1. 


202 


‘« Vocato Mg'° Joanne de Hollande succentore ecclesise SS. Salvatoris 
pro foribus sacrarii stante, introvocatus sese ad officium commendavit 
capitnlo. Cui verbaliter expositum fuit, primo, quod nnllam suspectam 
foveret; item quod chorales tam in moribus quam scientia musica dili. 
genter instrueret; item quod quolibet die hora 4 pomeridiana usque ad 
laudes refectionales, cum suis, in scholis doceret; item quod chorales 
cum modestia duceret et domum reduceret, in cibo et potu honeste 
educaret etc. Quse omnia dictus Hollande strenue adimplere promisit» 
adeo ut non sìt de eo futura conquerendi occagio, quo facto, admissus 
fuit ad guccentoris officium, collato gibi stallo.'” — Acta cap. 16, 21 Febr. 
1641 (n. s.). 

‘« D. Wulfardo Hellynck succentori pro expensis octo choralium pro 
quolibet annae tres Db gr. ex gratia spociali ob victualigmn charistiam 
golvi cidem D. Wulfardo et executoribus ejus a festo nativitatis divi 
J. Bapt. anni 1539 usque ad 10 diem mensis Martii anni 40, more 
gallicano, XLI ib 1III s. gr. D. Joanni de Hollande dicto Wulfardo suffecto 
pro rata temporis a dicta 10 die mensis Martii anni 40 usque ad festum 
nativitatis divi J. Bapt. anni 1649, LIJ WD XVIs.gr....… XCIIII D gr." 
— CC. Chor, 1539-1548. 


1544 (n. s.), 26 Mars. sacques CLEMENT, admis à titre 
d’essai. Les choraux et le succentor sont logés 
d’abord chez J. de Backere, puis chez André 
Zoetaert. Etait-ce parce que le chapitre n’avait pas 
pleine confiance en Clement? Nous ne sgaurions le 
dire. Toujours est-il qu’après un an, on dut songer 
à remplacer le maître de chant. 


‘““ Deliberato super dando lucro annuo Jacobo Clement Pb" aut admit- 
tendo ad succentoriam, Mg"° Johanne de Hollande nunc succentore eo 
munere destituendo, sed pro honesta dimissione ejus offcii ad stallum 
cum aliqua mercede annua retinendo, collectis DD. votis, et D. Joanne 
de Hollande introvocato, eidem fuit expositum per organon D. cantoris, 
quod cum aliis suppositis seepe dixerit quod vellet bene exonerari labo- 
ribus et cura succentoris, et quia revera ad idem munus propter corruptos 
mores nullo modo est idoneus, DD. preeadviserunt eidem quod tolerabunt 
ad aliquantulum temporis, sed quod non capiat spem continuationis sui 
muneris succentoris, retinendus tamen in stallo si velit, expectaturus 
guo loco et tempore promotionem aut pensionem usque ad tempus 
promotionis. Qui abiens se humiliter commendavit gratiis DD. Jacobus 
vero Clement admonitus gravitatis muneris et tenendi regiminis, puero- 
rumque instruendorum in vita, moribug et habitu, necnon instruendee 
domus alicujus concedendee aut cum aliquo bono viro habitandi, fuit 
eidem D. Jacobo datum tempus deliberandi quibus via et modo, si 
capitulo ita videatur, provinciam hujusmodi acceptare possit. '' 


203 


<< Deliberato super admittendo ad succentoriam D. Jacobo Clement 
qui dixit se invenigse civem bonum qui sibi et pueris expensas vendat, 
post deliberationem DD. admigerunt eum per modum probee, salvo quod 
officiarii soqualitatis et fabricee visitabunt domum et audient condittones 
inter civem et eundem D. Jacobum pactas seu pasciscendas, et quod 
vivat pacifice et honeste, puerosque in moribus et musica instituat 
assidue, gecus rejicietur ea facilitate qua admittitur. ” — Acta cap. 
12 Mart. 1544 (n. s.); 36 Mart. 1544 (n. s.). 

‘D.J. de Hollande gucceutori pro expensis octo choralium a festo 
nativitatis divi J. Bapt. 1548 usque ad 29 diem mensis Martii anni 
prescripti, more gallicano, XVIII ®gr.; Joanni de Backere in cujus 
domum dicti chorales cum D. Jacobo Clemente memorato D. J. de Hol- 
lande suffecto succentore migrarunt prescripta 29 Martii, cui J. de Backere 
commorati sunt iidem chorales usque ad 22 mensis Novembris anni 644, 
unde eidem solvi XVIII ® XIII s. III d. gr.; pro expensis eorumdem 
choralium qui a dicta 22 Novembris 1544 usque ad vigiliam nativitatis 
divi J. Bapt. anni 1645 Andree Zoetaert cohabitavere et convixerunt, 
eidem Andree XVI b VIs. VIII d. gr…. LIII DB gr. ” — CC. Chor. 
1643-1545. 


1545, 6 Mai. sean DR HOLLANDE est chargé provisoi- 
rement du soin des choraux toujours logés chez 
Zoetaert. 

‘““ Per modum provisionis committitur D. Johanni de Hollande presenti 
et acceptanti, cura et regimen choralium, quodque oum iisdem in domo 


quam ipsi inhabitant dormiat eosque in eoclesiam ducat et ab eadem 
reducat cum lucro succentori debito.'' — Acta cap. 6 Mai 1545. 


“Item D. Johanni de Hollande qui mensibus Mayo et Junio 1646 
postquam D. Jacobus Clemens migrasset, usque ad festum nativitatis 
divi J. Bapt. chorales nostrog docuit et cum illis in domum Andree eidem 
convictarus et commorsaturus se contulit et alias vices guccentoris 
supplevit….. VIII s. IIII d. gr. * — CC. Chor. 1544-1545. 


1940, 17 Juin. ANTOINE GALLI (ou pr HAENE ?). Co 
musicien est l’auteur de quatre chansons à quatre 
parties, qui figurent dans un recueil imprimé par 
Pierre Phalèse, à Louvain, en 1555: ‘“ Pensée est 
mienne *’, ““ Patience, ennuyctz *’ ““ Humble et léal’’ 
‘“ Au glay, bergieronette ”* (1). 

‘“ Il regoit sa démission ici en 1550. Or, il est 


(?) La musique aur Pays-Bas, etc, T. I, p. 118. 


204 


porté en 1544, dans les extraits relatifs à Saint- 
Sauveur, comme maître de chant de cette óéglise. 
Il en résulte qu'il cumulait les deux fonctions. 
Antoine Galli, dont le talent n’a pas dû être de 
peu d’importance, est encore cité dans la célèbre 
oollection de Nuremberg : Novum et insigne opus, 
éditée en 1558, et où les plus fameux compositeurs 
de l'époque ont fourni leur contingent de produc- 
tions. °”” — Ainsi s’exprime M. Vander Straeten (*). 
Et en effet Antoine Galli, magister cantus à 
Saint-Sauveur, probablement depuis 1542, en 
remplacement de Gisbert Fabri, y est encore mene 
tionné le 17 Novembre 1544 (%); mais comme sa 
nomination à Saint-Donatien date de 1545, on ne 
peut pas affirmer qu’il cumulait les deux fonctions. 
Galli passa de Saint-Sauveur à Saint-Donatien, 
comme plusieurs autres l’avaient fait avant lúi. 
S’il était permis d’identifier avec notre succentor 
M°® Antoine qui, mandé de Hollande par le chapitre 
de Notre-Dame, exerga dans cette óglise les fonc- 
tions de phonascus depuis le 2 Août 1532, jusqu’au 
8 Décembre 15834, Antoine Galli aurait été attaché, 
en qualité de maître de chant, aux trois collógiales 
de Bruges. | 
Malgré son talent, Galli se fit congédier en 1550, 
du chef de négligence et de trop de liberté dâns la 
direction des choraux, qu’il se permettait de con- 
duire au cabaret à des heures indues. 
‘‘Mg" Anthonius... demandatus ex Hollandia admittitur in phonascum.'’ 
“ Johannes Dorimont, Pbr Leodiensis diocesis, oriundus de Montibus 


Hanonie, recipitur in phonascum. *’ — Acta cap. B. M, V. 2 Aug. 1632; 
8 Dec. 1584. 


< D. Antonius Galli prestito juramento clericorum admittitur ad 


(!) Maîtres de chant et organiales, etc, p. 28. 
(2) Ibidem, pp. 46, 47, 


205 


stallum et ad succentorlam hujus ecclesie, salvo quod chorales sub 
antiquo salario, hoo est, pro quolibet chorali tres libras grossorum annu- 
atim recipiendo intertenebit, et nihilominus ob oaritatem annone, DD. 
de illi dando pro quolibet chorali tres libras cum dimidia usque ad eorum 
revocationem habebunt respectum. *' 

“& Succentor acriter increpatus quod chorales frequenter ducat etiam 
tempore nocturno ad domos laicorum et tabernas publicag non sine 
idecoro ecclesie et deinde expresse gibi inhibito, eub peena licentiae ne de 
csstero chorales sine consensu D. decani alio ducat quam oporteat, fuit 
continuatns. *’ 

‘“< Succentor acriter increpatur quod non gerat curam choraliam eosdem 
tam in bonis moribus quam disciplina instruendo, necnon circa repara- 
tionem eorumrdem vestium in tempore procurandam. " 

‘“ Succentor non continuatur, verum ad primam diem capitularem 
suspenditur. * | 

“ Quia D. Anthonius Galli succentor in officio guse succentorise quoad 
institutionem choralium in bonis moribug, digciplina et cantu,‚ ac aliter, 
licet ad hoo diversis vicibus per DD. de capitulo monitus hactenus se 
emendare non curavit, neque curat, verum de die in diem efficitur 
negligentior et inutilior in regimine eorumdem, DD. de capitulo hujus- 
modi negligentiam et contemptum diutius ferre nolentes, eumdem 
Anthonium introvocatum et comparentem exnunc licentiandum suoque 
officio privandum duxerunt, prout licentiarunt et privarunt, contenti 
tamen ut ad proximum usque festum J. Bapt. maneat, interea sibi de 
alio servitio provisuras."’ — Acta cap.17 Jun. 1645; 23 Jun. 1648; 18 Mart. 
1549 (n.s.); 14 Apr. 1550 (n. 8). 


1550, 23 Juin. *ApriEN RELAES ou RELAYS, ex-choral, 
intérimaire jusqu'au 5 Août. 


« D. Adriano Relaes qui ex ordinatione capitali vacante succentoria 
aluit et docuit 6 chorales spacio 40 dierum a 28 gcilicet mensis Junii 
XV‘L usque ad diem 5 mensis Augusti inclusive. II tb Is. IX gr. Pro 
reliquo autem tempore… D. Florentio Villain moderno succentori XVIII b 
XVIII s. II gr. 8 mit.” — CC. Chor, 1550-1551. 


1550, 19 Anillet. FLORENT VILLAIN. Il n’entre en fonc- 
tion que le 6 Août. Nommé maître de chant à la 
cathédrale de Tournai, il résigne son emploi à 
Saint-Donatien, le 24 Décembre 1555, et part le 
15 Janvier 1556. 


D'après M. Vander Straeten, ce ne serait qu’en 


206 


1557 que Villain remplaga à Tournai Pierre de 
Manchicourt (1). 


‘« DD. admiserunt et receperunt D. Florentium Vilain in sucoentorem 
hujus ecclesie. *' 

‘< Suecentor dicens se esse receptum et admissum in magistrum cantus 
ecclesiee cathedralis Tornacensis, egit DD. gratias quod eum hactenus 
in eorum servitio tolerarunt, petens nihilominus in suo officio continuari 
usque ad festum Parificationis. ” — Acta cap. 19 Jul. 1550 ; 24 Dec. 1555. 


1556 (n. s.), 15 Janvier. *acques SIENS, ex-choral, 
intérimaire. 


« Pro expensis sex choralium, ad tres libras decem solidos gross. esti- 
matis, solvi D. Florentio Villain pro medio anno incipiente a festo 
nativitatis divi J. Bapt. anni 1555 et finiente festo nativitatis Domini 
ejusdem anni, X Ïb X s. gr. et pro quindecim diebus in mense Januario 
gequente adhuc XVII s. VI gr. 

“< Item D. Jacobo Siens qui ad requisitionem capituli a predicta die 
15* Januarii, vacante succentoria, aluit dictos sex chorales et vices suc- 
centoris supplevit usque ad 29 ejusdem mensis, solvi XXXVIII es. II d. 
gr.” — CC. Chor. 1655-1656. 


1556 (n. s.), 29 Janvier. Nicoras CONRARDI. Sa carrière 
de succentor fut bien courte, car il mourut après 
trois mols d’exercice. 


‘< Mgr Nicolaus Conrardi sub spe quod chorales tam in cantu quam in 
moribus bene instrueret, et quod cum matre sua familiam alet, admissus 
fuit per probam ad officium guccentorise. Quiquidem Mg" Nicolaus petiit 
licentiam eundi ad patriam pro adducenda sua matre, promittens se 
rediturum ante Parificationem. Cui petitioni DD. annuerunt. *' 

“< Succentori graviter eegrotanti conceggee fuerunt dono liberali XII Ib 
par. ex tribus officiis, fabrica, obedientia et soqualitate. ’' — Acta cap. 
15 Jan. 1656 (n. s.); 22 April. 1656. 

‘< Item D. Nicolao Conrardí succentori, qui a die 29 Janaarii 1565 usque 
ad 1** Maii sequentis functus est officio succentoris, solvi V ib Is. gr.’ 
— CC. Chor. 1655-1556. 


1556, 1 Mai. *sacqves SIENS fait un second intóérim, 
jusqu’au 7 Mai. 


(?) La musique auw Pays-Bas, eto., T. VIII, p. 30. 


207 


‘“ Item D. Jacobo Siens, qui paulo ante mortem D. Nicolai succentoris 
a die 1* Maii usque ad '7** ejusdem mensis iterum gessit curam chora- 
lium, solvi V s. III gr. XVI mit." — CC. Chor. 1555-1556. 


1556, 4 Mai. *BErTRAND NICOLAÏ. En 1559 il obtient 
une chapellenie et devient prêtre. Le chapitre 
invité au diner des prémices, offre au nóomiste 
huit cannettes de vin et douze thalers, monnaie 
d’ Allemagne. 

‘““ Ad preesentationem D. Decani, fuit admissus ad stallum clericorum 
D. Bertrandus Nicolaï, non sacerdos, auctoritate vero capituli admissus 
ad succentoriam, galvo jure D. decani quatenus preesentatio succentoris 
ad eum spectet, cui DD. de capitalo nullo modo derogari intendunt. ” 

“‘ Altera capellania van der Banc confertur Bertrando Nicolaï suc- 
centori. ” 

‘“ D. Bertrando Nicolaï succentori invitanti DD. decanum et capitulum 
ad prandium suarum primitiarum crastina die celebrandarum, eidem 
DD. preesentarunt octo cannas vini et duodecim daleros Germaniee in 
specie constituentes III Ïb II s. gr. monetee Flandrieo, ex quatuor officiis.”” 
— Acta cap. 4 Maii 1656; 2 Jan, 6 Maii 1559. 


‘“‘ Item D. Bertrando Nicolaï moderno succentori pro reliquo tempore 
a 7* Maii usque ad festum nativitatis divi J. Bapt. anni 1556 II ib 
XIII s. VI gr. ” — CC. Chor. 1555-1556. 


1559, 24 Juillet. *roêL TRUYE, chapelain de gremio 
| chori et en même temps de Saint-Basile. Au com- 
mencement de 1549, nous le trouvons déjà comme 
maître de chant à Saìint-Sauveur. En Avml 1550, 
lorsqu’il était question de congédier Antoine Galli, 

le chapitre de Saint-Donatien offrit à Noël Truye 

le poste de succentor, mais les chanoines de Saint- 
Sauveur, dósireux de conserver leur musicien, lui 
accordèrent une double stalle et lui promìrent une 
promotion. Le 16 Décembre 1552, Noël Traye fut 
remplacé à Saint-Sauveur par Simon Cardon, mais 

fut admis à reprendre ses anciennes fonctions, le 


29 Mars 1557 (1). 


(?) Mattres de chant et organsstes, eto., pp. 48, 49. 


208 


Préférant garder sa chapellenie de Saint-Basile, 
Truye résigna les fonctions de succentor à Saïint- 
Donatien, le 31 Juillet 1560, tout en acceptant 
de prendre soin des choraux jusqu'à l’arrivée de son 
guccesseur. Plus tard, 1l fut pendant quelque temps 
maître de chapelle à Arras. 


‘ Presentato D. Natali Truye, S. Basilii et hujus ecclesie de gremio 
chori capellano, per D. et M. Cornelium Claeysseune cantorem, DD. 
decano et capitulo, ad officium succentorie, tanquam ad hoc sufficiente 
et idoneo, fuit idem D. Natalis per D.decanum ad stallam clericorum 
presentatus, et deinde capitulariter ad idem officium admissus, sub 
juramento etc. * 

‘& Comparens D. Natalis Truye, succentor hujus ecclesise, declaravit se 
intentionis esse retinendi et deserviendi capelle S. Basilii, quo aadito 
rogatus fuit quatenus apud chorales tantigper manere velit donec et 
quousque ecclesise de novo succentore git provisum, quod se libentissime 
facturum promisit. *' 


‘< Proposito per D. cantorem quod Rev. D. prepositus hujus ecclesie 
ob paucitatem capellanorum in gsancto Basilio residentium D. Natalem 
Traye ibidem capellanum absentem et non residentem, ad personalem 
residentiam vocari et compelli requirebat, DD. ordinarunt consuli M. 
Nicolaum Wympium jurisperitum ad quo modo vel qua via eumdem 
Natalem ad hoc cogi magis expediet audiendum et referendum. Qui 
desuper per me rogatus consuluit procedendum esse per monitionem et 
citationem sub prepositi, decani et capituli nominibus fiendam, requisita 
assistentia officialis Attrebatensis ob id quod Natalis ibidem resideat et 
phonascug existat.— Acta cap. 24 Jul. 1559 ; 81 Jul. 1560; 16 Sept. 1663. 


1560, 26 Août. *aurvaume ROCOURT. I avait exercé 
les fonctions de maître de chant à Notre-Dame, 
du 6 Décembre 1537 au 6 Mars 1539, En 1545, il 
avait succédé, en qualité de chapelain du magistrat 
de Furnes, à Jean Ghiselin (*). Les clercs installés 
célébrèrent la bienvenue du nouveau succentor à la 
fête de sainte Cécile 1560. Rocourt résigna ses 
fonctions en Juin 1572 (?), mais continua d’avoir 


(!) La musique aur Pays-Bas, etc, T. I, p. 68. 


(?) Et non pas le 6 Mars 1572, comme l'affirme M. Vande Casteele 
dans les Maîtres de chant et organistes, etc., p. 29. 


209 


soin des choraux jusqu’à l’arrivée de son successeur, 
Jean de Vlieghere. 


“ Insequendo conclusionem capitularem super receptione cujusdam 
Guillelmi Rocourt in magistrum cantus seu rectorem choralium hujus 
ecclesie, fuit idem Guillelmus per DD. vicarium (prepositi] et canonicos 
ad dictam cantoriam et rectoriam choralium admissus et receptus. *’ 

‘« Supplicavit magister cantus admitti ad celebrandum die dominica 
proxime sequenti suas primiciag sub cantu et in choro sollemniter cum 
appositione pelvis. Quod DD. consenserunt salvo jure chori et cerothe- 
carum. ” 

« Comparuit D. Martinus de Zaghere Pbr Tornacensis diocesis suppli- 
cans sibi de gratia DD. de officio cantorie sive rectorie choralium pro 
nunc per discessam D). Guillelmi Rocourt vacante provideri. Qua petitione 
audita eidem D. Martino, post prestitum per eum juxta consuetudinem 
ecclesie juramentum consuetum, dictum offcium cum illius honoribus, 
oneribus et emolamentis annuendum duxerunt. ” — Acta cap. B. M, V. 
6 Dec. 1587 ; 29 April. 1638; 6 Mart. 1539 (n. s.). 

‘ Audito rapportu DD. decani et cantoris hujus ecclesie de probitate, 
scientia et idoneitate D. Guillelmi Rocourt presbyteri et musici, tandem 
idem Roeourt per Mgt" Cornelium Claysseune cantorem ad officium 
guccentorie, et per D. decanum ad stallum clericorum presentatus, 
capitalariter fuit admissus. *’ 

 Audita lectura gsupplicationis pro parte clericorum installatorum 
hujus ecclesie exhibite, gratuitatem pecuniariam humiliter petentium, 
in subsidium prandii per eos in proximo festo dive Cecilie ad sese honesto 
recreandum ut moris est preparandi, et habita desuper matura delibe- 
ratione, tandem DD. dictos clericos ad suum officium posthac in choro 
diligentius solito exercendum, per hoc allicere et animare sperantes, 
necnon in novi gsuccentoris adventus congratulationem, eisdem clericis 
in dicti prandii sublevamen, ex gratia speciali annuerunt X s. gr. ex 
obedientia. "' 

“ Capellania van der Banc de extra chorum, confertur Guillelmo 
Roconrt guccentori. *’ 

‘« Capellania de gremio chori collata fuit D. Guillelmo Rocourt 
guocentori, '’ — Acta cap. 26 Aug. 20 Nov. 1660; 13 Aug. 1566; 
10 April. 1670 (n. s.). 


1572, 31 Juillet. JEAN pe VLIEGHERE ou VOLATOR, 
ancien choral de Saint- Donatien, et maître de chant 
à Saint-Omer. Nous le retrouverons plus tard en 
exil dans la cité audomaroise, lors des troubles 
religieux, 
14 


210 


‘€ Diu multumque deliberato super continuatione moderni vel assump- 
tione novi succentoris et audito ex D. Brantio quod Mg" Joannes Volator 
nuper choralis et alumnus hujusg ecclesie, nunc succentor in ecclesia 
cathedrali Audomarensi huc veniret, modo addatur augmentum stipendii 
ad VI Db gr. annue, DD. concluserunt eumdem esse requirendum, data 
commissione dicto D. Brantio equalitatis officiario scribendi ad eundem, 
cum intimatione quod de augmento per eundem petito facile cum DD. 
de capitulo conveniret. Interim fuit requisitus M. Guillelmus Rocourt 
modernus succentor ut adhuc officii vices gubiret donec sit ecclesie 
prospectum de alio et DD. laboris ipsias rationem sunt habitari. ” — 
Asta cap. 80 Jun. 1572; Cfr. 80 Jul. (!). 


APPENDICE II 


Maitres d’école de BSaint-Donatien. 


1360-1571. 


1860 (n. s.), 17 Mars. JEAN DE TY LIA, magister in arti- 
bus (*), nommé rector par le chapitre, (pendant la 
vacance de l’écolâtrie), pour l'année 1360. En 1361 
et 1362, il est présenté par l’écolâtre Jean Campion 
et admis par le doyen et le chapitre. 


«DD. J. decano et capitulo in loco capitulari more solito congregatis 
concessum est Mg"° Johanni de Tylia per capitulum (vacante scolastria 
per obitum D. Gabrielis de Placentia canonici et scolastici hujus ecolesie) 
quod ipse Mg" J.de Tylia rogeret scolas hujus ecclesie ad festum S. 
Johannis Baptiste proxime venturum incipiendum.”' 

‘« In capitulo D. Johannes Campion canonicus et scolasticus hujus 
ecclesie nominavit ad regimen scolarum hujus ecclesie pro anno futuro, 
Mgrer Johannem de Tilia magistrum in artibus." — Acta cap. 17 Mart. 
1860 (n. s.); 20 Jun. 1362. 


ann en ee ee 


(!) Voir p. 61, note 1. 
(2) Lorsque dans les actes le rector porte le titre de maître-ès-arts, 
nous lindiquons en faisant suivre sop nom de labréviation Mag. Art. 


211 


1363, 15 Juin. sean MEY. Il était en même temps curóé 
de l'église paroissiale de Maldeghem. Son mandat 

est renouvelé pour la dernière fois, le 12 Mai 1367 (1). 

‘< D. Johannes Campion canonicus et scolasticus hujus ecclesie presen- 
tavit in capitulo D. J. decano et capitulo Mg"** Johannem Mey ad 
regendas scolas ipsius ecclegie pro hoc anno proxime futuro, qui ad 


eandem presentationem receptus erat per eosdem DD, et admisgus. '’ 
— Acta cap. 15 Jun. 1863. Cfr. 12 Maii 1867. 


1368, 2 Mai. Josse DE BIERVLIET. 
Cfr. Acta cap. 28 Jun. 1374. 


1875, 8 Juin. sosse HUGONIS. Il devient chanoine de 
la 30° prébende, le 30 Juin 1882. En 1420, il fonde 
une rente annuelle de trois livres parisis, en faveur 
du maître d’école de Saint-Donatien, à charge de 
faire réciter le soir, par les écoliers, le psaume De 
profundis, avec la collecte pro defunctis. 

‘* D, Judoous filing Hugonis canonicus fundat II] PD par. annue assig- 
natas pro majori parte super terris in territorio de Sysseele, per 
obedientiam annue distribuendas rectori scolarum, cum onere procurandi 
ut quotiescumque pueris scolae datur licentia,eadem die vesperi legatur 
per eos psalmus De profundis cum collecta pro defunctis. 17 Sept. 1420."" 
— Arch. de l'évêché: Summarium fundationum eto. per HuBrRTUM 
WAGHENAERS. 

1876, 26 Mai. aopEFrOID ou GODENARD DE ZIERIXZA, 
zólandais. 

Cfr. Acta cap. 8 Maii 1381. 


1883, 8 Avril. sean BULTINC. 
Cfr. Acta cap. 16 Jun. 1889; 


1389, 6 Octobre. *sran CRACHT, Mag. Art. 


“ Presentatus fuit die capitulari et in capitulo DD. de capitulo per 
Mg"*= G. de Steene canonicum et scolasticum hujus ecclesie, Mg Johannes 





(!) Les actes de nomination et d'admission étant faits dans les mâmes 
termes, nous ne les donnerons plus dorénavant que lorsqu'ils contiennent 
des détails dignes d'être relevés. La date de la première nomination, sauf 
indication contraire, précède les noms des rectores; celle de la dernière 
nominâtion est indiquée par Cfr. Acta cap. 


212 


Oracht ad regimen scolarom hujus ecolesie, qui installatus fuit per eundem 
gcolasticum recepto prestito per dictum Mg"*= Joh. juramento. *’ — Cfr. 
Acta cap‚ 15 Jun. 1891 où il est dit de nouveau : pro anno futuro. 


1892, 22 Juin. *wrcreL DE KILLEM. Il est nommé major 
custos, le 18 Juillet 1398. 


1398, 21 Juillet, arorGES POTSHOOFT, Mag. Art. L’acte 
d’admission ne contient pas la clause pro anno 
futuro. Aussi ne trouvons-nous pas de nomination 
de rector pour les années 1894 et 1395. Le 2 Sep- 
tembre 1898, Potshooft devient chapelain de gremio 
chort et la même année se rend à Paris pour ótudier 
la médecine. 

‘“ In capitulo facta fuit gratia Mgr° Georgio Potshooft studenti Parisiis 
quod hoc anno 1398 fractus capellanie sue quam obtinuit in choro hujus 


ecclesie, deducto gervicio ad capellaniam incumbente, percipere possit.'' 
— Acta cap. 4 Oct. 1398. 


1396, 29 Mai. vENANT DE MOERBEKE. Sous son recto- 


rat, il est question pour la première fois, que nous 
sachions, d'un professeur auxiliaire (submonstor). 

“Mg: Guillelmas de Fossa canonicus et scolasticus presentavit Mgr 
Venantium de Moerbeke ad regimen scolarum anni futuri inchoandum in 
profesto nativitatis Beati Joh. Baptiste. Quem DD. de capitulo admise- 
runt sub conditione quod idem Mgr Venantius sibi provideat de bono et 
sufficienti submonitore, quod facere promisit.” — Acta cap. 19 Jun. 1402. 


1403, 23 Juin. *arorars POTSHOOFT, Mag. Art., 
bachelier en médecine, chapelain de Saint-Basile, 
prósenté par l’écolâtre G. de Fossa, le 7 Mai próécé- 
dent. Il résigne ses fonctions, le 26 Mai 1404. 
En 1409 (12 Septembre), Potshooft obtint du 
prévôt Baudouin de Niepa la 31° prébende, mais il 
dut probablement códer son bénéfice à Jacques 
Petit, docteur en thóologie, pourvu du même 
canonicat par le cardinal de Barro, légat du Saint- 
Siège, car‚ en 1424, les actes capitulaires ne lui 
donnent que le titre de capellanus S. Basilit. 


213 


“ Admissus fuit Mg" Georgius Potshooft capellanus S. Basilif ad 
regimen scolarum huj. eocl. vigore presentationis de ipso alias facte per 
Mgr" G. de Fossa scolasticum, et de mandato DD. positus fuit idem 
Mg" Georgius per D. scolasticum in posseasionem corporalem dicte rec. 
torie pro anno presenti in scolis predictis per traditionem ferule et 
virgarum, presentibus Mg"° Jacobo Vos canonico huj. eccl. et D. Quintins 
F. Nicolai, F. Hugonis, capellano S. Basilii, 


‘“Eodem die ad gupplicationem Mg"! Georgii facta fuit sibi gratia per 
DD. quod posset lucrari et percipere in choro huj. eccl. pitancias et 
gratuitates per rectores scolarum lucrari et percipi consuetas, non preju- 
dicando in aliquo juri capellanie sue S. Basilii, de quo protestatus fuit.” 
— Ácta cap. 23 Jun. 1408. 


1404, 26 Mai. *sraN GRISEPERE ou pe GRYSPEERE, 
Mag. Art., que lon trouve en 1428, mentionné 
comme curé de Sainte-Walburge, à Bruges. 

Cfr. Acta cap. 9 Jun. 1406, 


1407, 18 Avril. afrarp HENRICI (ou HENDRIKSP?), 
Mag. Art. 


1409, 23 Juin.szan BAERS, Mag. Art. En 1482, il devient 
chanoine de la 21° prébende. 


1410, 28 Juin. Jean Dr ARMINGHE, ou ve ERNINGHE, 
Mag. Art. Il exerce ses fonctions pendant plus de 
onze ans. A partir de 1420, le rector scolarum est 
compté régulièrement parmi les petits officiers dont 
le mandat se renouvelle deux fois par an, le 28 Juin, 
veille de la Nativit6 de saint Jean-Baptiste, et le 24 
Décembre, veille de la Nativité de Notre-Seigneur. 
Au commencement de 1422, le chapitre se voit 
obligé de congédier de Arminghe, dont l'incurie 
menace l'avenir de l'école. 

« DD, decanus et alii capitulantes determinarunt expediens providere 
de rectore scolarum, attento defectu notabili tam in dootrina quam mori. 
bus scolarium, timentes per hoc scolas posse perire.'’ — Acta cap. 
19 Jan. 1422 (n. 5.). 

1422 (n. s.), 28 Janvier. *sman CIVIS ou pn POORTERE, 
natif de Thielt, licencié ès-décrets. Il n'entre en 








214 


fonctions que le 13 Juin suivant. En 1488, 1l est 
promu au canonicat dont Georges Martini avait 
été le dernier possesseur. Dans son testament 
Yancien rector songe aux réfectionaux. 


«« D, decanus et alii addiscentes bonam famam cum in sgcientia quam 
in moribus Mg“ Johannis [Civis] nati et oriundi de Tielt, contulerunt 
eidem regimen goolarum inchoandum in proximo festo nativitatis Beati 
Joh. Bapt.”' 

< Presentatus fuit Mg" Johannes de Poortere per Mg"** Nicolaum 
Stercholf procuratorem Mg"! T'heodorici Batensoen scolastici ad regimen 
gcolarum et admissus per capitolum ad distributiones et alia lucra.”” 

‘« DD. gratiose concesserunt Mg" Johanni rectori scolarum ut per 
istam quadragesimam stande in scolis lucretur pitancias ut ceteri 
officfarii.” — Acta cap. 28 Jan. 1422 (n. s.); 28 Jun. 1422; 18 Febr: 
1426 (n. s.). 

“ Item lego XIII refectionalibus ut in exequiig meis sedeant ad sepul- 
chrum vel ad corpus orantes pro defunctis in habitu chorali cuilibet V s., 
videlicet III B V gs.” — Testamentum D. Joh. Civis Pb? canonici 
S. Donatiani. 


1483 (n. s.), 28 Février. sacqurs N.……. ? mentionné comme 
rector, Nous n’avons pas trouvé la date de sa 
première nomination; mais un acte capitulaire 
permet de conjecturer que Jacques succéda à Jean 
de Pootere, vers 1429. 


‘“ Mg" Audomarus Civis procurator Mg"! Johannis Civis insinuavit DD. 
meis acceptationem et provisionem per eumdem Mg"*t* Johannem vigore 
gratie sue expectative factas de prebenda et canonicatu ecclesie S. Dona- 
tiani vacantibus per obitum quondam D. G. de Lapide. Quas DD. 
habuerunt pro insìinuatis. *’ 


‘“* DD. concesserunt Mg*° Jacobo rectori scolarum quod de gratia pro 
tempore existens in soolis habeat pitancias et refectiones ac si esset 
presens in offlciis. ® -— Acta cap. 18 Nov. 1429 ; 28 Febr. 1488 (n. 5.). 


1488, 28 Juin. caRÉrieN pp NECKERE. 
Cfr. Acta cap. 24 Dec. 1439. 
1438, 30 Septembre. Orrvier ANSERIS (ou pe GANZE?), 


Mag. Art. En 1448, Y'écolâtre Gilles de Beversluus 
ge crut obligé, en acquit de conscience, de remplacer 


215 


le rector nógligent. L’accomplissement de ce devoir 
lui suscita, de la part du chapitre, quelques diffi- 
cultés. Les chanoines n’entendent pas que l’écolâtre 
renvole, de sa propre autorité, le maître d’école en 
fonction (1 Avril) (!). Ils se réservent d’examiner 
par eux-mêmes la conduite d’Olivier. Après bien 
des instances inutiles, l’écolâtre présente trois 
candidats Éverard de Harlem, Ambroise Enghelen, 
ancien professeur de philosophie et examinateur 
pour la licence de la Faculté des arts à 1’ Université 
de Louvain (), et Gilles de Caeiseele (13 Mai). Le 
chapitre consent alors à licencier de Ganze et charge 
de Beversluus de présenter un candidat flamand 
(20 Mai). L’écolâtre insistant pour faire admettre 
de Caeiseele, les chanoines le prient de vouloir 
offrir le rectorat à Adrien Loys, ancien auxiliaire 
(submonitor) du maître d’école, probablement An- 
seris. Le chanoine de Beversluus répond qu’il a 
satisfait aux voeux du chapitre, en présentant un 
flamand non prêtre, et que Loys au contraire est 
prêtre et, par suite, moins apte à remplir les fonc- 
tions de rector (25 Octobre). Enfin de Caeiseele est 
admis, rnais seulement après avoir affirmé sous 
serment qu’il n’a fait à écolâtre aucune promesse 
de gratification (27 Novembre, 23 Décembre). 

“* DD. mei in capitulo congregati admigerunt Mgt” Oliverium magis- 
trum in artibus ad reetoriam scolarum hujus ecclesie et fuit installatus 
in loco golito per Mg"e* Balduinum de le Poele cantorem, presentibus DD. 
Nicolas Weyteman capellano, Johanne Peereboom et Nicolao Breedmont 
clericis installatis. Qui etiam Mg* Balduinus per traditionem virge et 


ferule in.scolis commisit sibi ex parte DD. deocani et capituli regimen 
scolarum, presentibus Johanne et Nicolao predictis. ** 


(2) Voir p. 142, note 2. 
(2) Analectes pour servir à l'histoire, eto. T. I, pp. 890, 405, 415; T. IT, 


p. 222 : * Admissus ad regentiam, ad legentiam; tentator licentiandorum, 
Ambrosius Enghelen e natione Hollandiee. ” 





216 


« Mg*° Oliverio rectori scolaram facta fuit gratia quod compaerendo nunc 
in XL* in principio VII psalmorum vesperarum et collectarum lucretur 
lacranda in eis quamvis non revertatur in fine, et hoc pro utilitate scola- 
rium ne cogatur frequenter exire scolas. '' — Acta cap. 30 Sept. 1488; 
15 Febr. 1489 (n. s.). 

« D, Egidius de Beversluus scolasticus hujus ecclesie proposuit coram 
DD. meis capitulariter congregatis qualiter propter culpam, negligentiam 
et defectum Mg"i Oliverii rectoris scolarum, ipse redduntor inutiles et 
quod pueri ibi parum vel nichil addiscunt; qaare ipse, cui ex officio suo 
incumbit providere de rectore, dixit quod intendebat providere de alio 
rectore vel per semetipsum regere cum aliquo probo sibi adjuncto scolas, 
et requisivit super hoc sibi dari consensum et reversum. DD. attendentes 
quod dictus Mg* Oliverius est frequenter passionatus et jara rexit per 1II 
vel IIII annos et non est sibi provisum et jam proxime instat festum 
B. Johannis Baptiste et faret [inhonestum)] vel dimittere vel licentiare 
eum síe ex abrupto, concluserunt dicere dicto D. scolastico quod ipsi se 
informarent de statu scolarum et gi reperirent defectum notabilem, ipsi 
super hoo providerent et super hoc significarent ipsi D. scolastico volun- 
tatem eorum suis loco et tempore opportunis. ” 

‘<“D. Bgidius de Beversluus scolasticus huj. eccl. proposuit quod anno 
preterito ipse,ad quem ratione officii sui soolastrie spectat habere respec- 
tum ad regimen scolarum, perpendens quod Mg” Oliverius rector scolarum 
erat minus utilis ad regimen scholarum et quod pueri sub eo parum vel 
nichil proficiebant, requisiverat quod amoveretur et quod alium rectorem 
posset presentare sicut ad eum spectat. Et DD. tunc de hiis minus infor. 
mati, considerantes etiam quod proxime erat festum nativitatis B. Joh. et 
non fuisset honestum eum sic ex abrupto licentiare, reverderunt sibi quod 
ipsi DD. de capitulo adverterent si dictus rector se emendaret in futurum 
vel non, et si non, quod eo casu posset providere. Dixit etiam quod ipse 
pluribus vicibus hoc anno instetit ut dicto rectori tamquam minus utili 
daretur lioentia et sibi scolastico faocultas alium rectorem presentandi 
sicut sui predecessores alias presentarunt, quod DD. bene erant informati 
quod dictus rector omnino erat inutilis, et tamen nullam potuit habere 
reversum finale. Quapropter ipse soolasticus utens jure suo presentavit 
ad regimen scolaram hujus ecclesie pro hoo anno Mg"t= Everardum de 
Harlem, vel Mg"** Ambrosium Enghelen, vel Mg"t= Egidium de Caeiseele 
et posuit in optione DD. de capitulo ut de hijs tribus unum ad eorum 
beneplacitum eligerent et ad hujusmodi suam presentationem institnerent 
et admitterent ad regimen scolarum. DD. in capitulo congregati in pauco 
numero concluserunt die lune proxime futura super premissis deliberare, 
et reverderunt dicto D. gcolastico quod die lune proxime fatura sibi 
reverderent super requisitione sua, super quibus D. scolasticus petiit 
instrumentum rogans in testes Mg"** J. Civis et D. Johannem de Par- 
gatorio canonicos. ** 

« Comperuit in capitulo D. Egidíus de Beverslaus scolastions et petit 


217 


sibi dari reversum super requisitione per eum facta die lune proxime 
preterita. DD. mei deliberatione previa concluserunt Mg""* Oliverium 
licentiandum fore a regimine scolarum, sed quia infirmus et pauper erat 
conclusèrunt eum tolerandum usque ad natale Domini proxime futurum, 
ut interim sibi provideat, salvo tamen quod interim faciat diligenciam 
suam circa scolares. Et hanc conclasionem significarunt D. Egidio scola- 
stico dicentes sibi quod provideret de alio bono et gufficienti viro flandrico 
quem presentaret et si esset gufficiens DD. admitterent eum et facerent 
id quod facere tenentur.” 

“ Officiarii fuerunt reassumpti, excepto quod rectori scolaram Mg"° 
Oliverio fuit dictum quod infra hinc et festum nativitatis sibi provideret 
sliunde nam DD. erant intentionis providendi de alio rectore.'' 

‘“< DD. gollicitati per D. scolasticum super admissione Mg“ Egidii 
suaserunt dicto D. scolastico et requisierunt eum quod ipse vellet 
inquirere a Mg"° Adriano Loys, qui alias fuit gabmonitor in scolig, utrum 
ipse vellet assumere regimen dictarum scolarum et si ita esset et 
D. scolasticus eum presentaret DD. mei admitterent eum quia plures ex 
eis habebant bene noticiam ejus. D. scolasticus reverdit ge gatiafecisse 
ordinationi DD. in hoc quod ipse presentaverat unum ydoneum et flamin- 
gum flamingantem et non sacerdotem, dictus vero Mg" Adrianus erat 
sacerdos et non posset commode vacare ad regimen scolarum. ** 

‘t DD. ad instanoiam et presentationem D. Egidii de Beversluus cano- 
nici et scolastici admiserunt Mg"*'* Egidium de Caeiseele ad regimen 
scolaram, cum protestatione quod si non esset repertus ydoneug, ipse 
scolasticus amitteret jus presentandi rectorem proxima vice futura. 
D. scolasticus ad hoc dixit quod ipse tenebat dictum Mg"** pro sufficienti 
et ydoneo, tamen si DD. sciebant aliquem sufficientiorem et magis 
ydoneum ipse eum libenter presentaret, et fuit protestatus quod etiam 
si dictus Mg" Egidius foret repertus minus ydoneus, ipse tamen non 
amitteret presentationem suam, attenta oblatione per eum facta.’”’ 

“< Presentavit se Mg' Egidius de Caeiseele nominatus per scolasticum 
ad regimen scolarum in capitulo et dixit se venisse ad servicium DD. et 
ecclesie si DD. placeret. DD. mei advisarunt eum de uno videlicet utrum 
ipse easet paratus prestare juramentum quod pro regimine scolarum 
inter ipsum et D. scolasticum nulla vel secreta vel publica pactio inter- 
venisset de aliquid dando, nam si aliquid promisisset dare illud veri- 
similiter posset amittere, quia singulis vigiliis nativitatia Domini et Beati 
J. Bapt. haberet dimittere offlcium snum in manibus DD. Qui reverdit 
se hoc jurare paratum. Et sie DD. sibi dixernnt quod in vigilia nativitatis 
Domini veniret et ipsi eum admitterent et interim possit sibi providere 
de domo et aliis necesaariis. 

“DD. admiserant Mg""* Egidium de Caeiseele ad stallum et ad 
regimen scolarum ad presentationem D. scolastici et prestito per eum 
juramento clericoram solito fuit positas in possessionem stalli et scola« 


218 


rum etc.” — Acta cap. 26 Apr. 1442; 13, 20 Maii, 23 Jun., 25, 29 Oct, 
27 Nov., 23 Deo. 1443. 


1443, 23 Décembre. aires pe CAEISEELE. Nous venons 
de voir les différends auxquels sa nomination 
donna lieu. 


1446, 23 Juin. JEAN DE STEELANT, Mag. Art. On con- 
state de nouveau la présence d’un professeur 
auxiliaire (submonstor). 


‘< Mg Egidius de Beversluus scolasticus nominavit et presentavit Mg**” 
Johannem de Steelant magistrum in artibus ad regimen scolarum tan- 
quam sufficientem et ydoneum. DD. eo vigo et audito, tamen noticiam 
ipsius non habentes, ceperunt dilationem ad dandum reversum super ejus 
admissione usque ad medium maii proxime futurum. *” 

& DD. decanus et capitulum admiserunt Mgt“ Johannem de Steelant 
magistrum in artibus per D. scolasticum presentatum ad regimen scola- 
rum et stallam, offerentes se paratos eum in possesgionem stalli introdu- 
cere quamprimum veniret infra hìnc et festum nativitatis B. Johannis 
proxime foturum. *’ 

‘* Mg" Johannes de Steelant rector scolarum constituit suum submoni- 
torem procuratorem suum presentem ad exigendum et recipiendum a 
personis ecolesiasticis qui sibi ratione goolarum obligantur et de receptis 
quitandum. *’ 

‘DD. concesserunt Mg° J. de Steelant rectori gcolarum quod posset ire 
peregrinatum Mechliniam pro indulgentiis, premisso quod faciat scolari- 
bus provisionem de instructore. '* 

“DD. considerantes quod Mg* J. de Steelant rector scolarum, causante 
egritudine in qua diu laboravit, impotens effectus eat ad regimen scolarum 
et quod scole deperirent, concluserunt quod D. Egidius de Beversluus 
scolasticus provideat de alio reotore quanto cicius tanto melius. ** — 


Acta cap. 26 April., 18 Maü 1446; 24 Sept. 1448; 13 Oct. 1451; 10 April. 
1454 (n. s.). 


1454, 7 Mai. Louis vaN DEN HECKE ou pr DONZA, 
Mag. Art.,clerc, originaire de Deinze. Jean Leporis 

(ou de Haeze ?) est son submonitor. 
‘‘ Mg' Egidius Beversluus scolasticus presentavit… Mgrm Ladovicum 


de Donzs, clericum, magistrum in artibus, quem DD, admiserunt… et 


fuit etiam positus in possogsionem in soolis per traditionem ferale per 
D. scolasticum. '' 


“DD. decanus et capitulum concesserunt rectori scolarum ut melius 


219 


vacare posset in scolis quod non teneatur perseverare in vigiliis, septem 
psalmis et lectura biblie, quodque nichilominus suas pitantias lacretur in 
omnibus sicut guis predecessoribus solitum est concedi. *’ 

“ DD. mei gratiam fecerunt Mg"° rectori gcolarum ad ejus humilem 
supplicationem quod ipse in scolis cum decenti habitu chori existens 
lucrabitur septem psalmos, bibliam et Placebo." 

“Cornelius Sael oppidanus queritur quod junior submonitor Mg"! Ludo- 
vici reotoris scolarum verberaverat filium suum scolas frequentantem.’’ 

“ DD. mei injunxerunt Mg*° Johanni Leporis submonitori, quod ipse 
assumeret onus et regimen scolarum Mg"! Ladovici de Donza ac etiam 
gcolarium hujus ecclesie, donec et quousque dicti DD. alias desaper pro- 
vidissent, et hoc quia Mg" Ludovicus trangcripserat se nolle redire, 
quiquidem Mg" Johannes onus hujusmodi in ge sponte suscepit…”’ — 
Acta cap.'7 Maii 1454; 25 Febr. 1465; 7 Martii, 18 Aug. 1456; 12 Jun. 1468. 


1458, 21 Juin. sean LEPORIS (ou ve HAEZE?), submoni- 
tor, et, depuis le 12 Juin, suppléant du rector Louis 
van den Hecke, absent. Le 24 Décembre 1459, le 
chapitre le renvoie pour cause d’inconduite. Le 
15 Janvier suivant, sont présentés Jean de Platea, 
prêtre, et Arnold Scaghe, mais aucun des deux 
n'est admis. 


“ Mg' G. Juvenis cantor, procurator Egidii de Beversluus scolastici, 
nominavit ad regimen scolarum tanquam habilem et ydoneum Mgr" 
J. Leporis et requisivit a DD. dictam nominationem admitti, sed DD. 
continugrunt hanc materiam usque ad diem mercurii ad ooncludendum 
et usque ad vigiliam B. Joh. ad exequenduin eorum conclusionem desuper 
concipiendam. “ 

‘« Tunc admiserant DD. presentationem alias factam de persona 
Mg" Johannis Leporis ad regimen scolarum. Sed ipse fuit per DD. advi- 
satus ne gravaret scolares suos aliquibus novitatibus, videlicet, de 
golvendis pecuniig pro ludendo et gimilibus.” 

« DD. mei decanus et capitulum fecerunt gratiam Mg° Johanni rectori 
scolarum hujus ecclesie ad ejus humilem supplicationem, quod ipge cum 
habitu decenti chori in scolis predictis existens lacrabitar septem psalmos, 
bibliam et alia sicut predecessores sui ex gratia locrari congueverunt.”’ 

‘< D. scolasticus presentavit DD. de capitulo Mg"*® Johannem de Platea 
presbyterum et Mg"*“ Arnoldum Scaghe in magistrum scolarum, quate. 
nus informarent se super ydoneitate eorum et admitterent alium eorum 
ad rogimen scolarum hujus ecclesie. DD. dizerunt se velle informare.'’ 
— Acta cap. 19, 21 Jun. 1458; 14 Febr. 1469 (n. 8.); 15 Jan. 1460 (n. s.). 





220 
1460, 28 Mai. *szan DE PRATO (*),Mag. Art., regu après 


avoir, sur la foi du serment, donné aux chanoines 
assurance qu’il n’avrait promis aucune gratification 
à l’écolâtre. Il devient chapelain de gremio chors et 
résigne ses fonctions, le 2 Mai 1470. 


Tune concesserunt gratiam Mg"° Johanni de Prato rectori scolarum 
ut lucraretur lucrando in hac quadragesima essendo in scolis more solito.” 

“ Fuit dispensatum cum Mg"° Johanne de Prato rectore scolarum qui 
ron habebit perseverare in missa principis, dummodo tamen in illa hora 
sit in scolis et occupatus circa instructionem scolarium.'” — Acta cap. 
8 Martii 1462 (n. s.); 25 Aug. 1467. 


1470, 2 Mai. *Louis vaN DEN HECKE, Mag. Art. Les 
actes l'appellent homme savant, vir scientificus. 
est sans doute le motif pour lequel le chapitre le 
reprend comme rector scholarum. Il devient prêtre 
et chapelain de choro vers la fin de 1482, Quoique 
promu il continue d’exercer ses fonctions jusqu'à 
admission d'un nouveau maître d’école. 


‘< Vacante rectoria scolarum hujus ecolesie per hoo quod Mg" Johannes 
de Prato promotus est ad capellaniam de choro, venerabilis vir Mg" 
Egidius de Beversluus scolasticus, cui ex officio suo scolastria incumbit, 
presentavit DD. scientificum virum Mg"®" Ludovicum van den Hecke, 
clericum, artium magistram in rectorem et magistrum scolarum : DD. 
vero admiserumt eum et collato gibi stallo chori hujusmodi oflcio rectorie 
annexo etc. *' 


‘“ DD. concesserunt de gratia Mg" Ludovico van den Hecke magistro 
scolarum ut existens in boolis lucretur distributiones septem psalmorum 
et vigiliarum ante prandium et biblie post prandium more solito’' — 


£ Dispensatam fuit cum Mg"° Ludovico van den Hecke magistro goola- 
ram,guatenus se unica vice presentendo in die, in choro, diebus specialiter 
ferialibus et existens in scolis, circa suog scolares intendens, lucrari possit 
pitantias perseverantiam exigentes, unacum pitantiis ad speciale sive 
singulare ordinatis ut puta ad Misse introitum, Kyrie, Gloria in excelsis, 
Alleluia, Patrem, Offertorium, Sanctus vel Agnus aut Vesperarum respon- 


soriam ymnum antiphonam super Magnificat aut suffragium post Magni- 
ficat sive antiphonam etc .” 


(?) Dans le concours pour les lignes de la Faculté des arts À Louvain, 
en 14489, Jean de Prato obtint la 42° place, — Analectes pour servir à 
l'histoire oto, T. II, p. 283, 


221 


! Comparens Mg: Ludovicus van den Hecke magister scolarum suppli- 
cavit ut posset procedere ad saoros ordines, et quamvis promotus esset, 
quod ob eam rem officium guum gibi non auferretur. DD. annuerunt 
Supplicationi sue in forma.” 

‘““ Vacante rectoria scolaram hujus ecolesie per promotionem Mg” 
Ludovioì van den Hecke ad capellaniam de choro, venerabilis vir Mg" 
Petrus de Ligno scolasticus presentat adeandem rectoriam Mgrt= Gode- 
fridam (Dommele). Cujus audita supplicatione, DD. mei prius, ex relatu 
ejusdem D. scolastici, quod dictus Mg" Godefridus vir dignus et valens 
esset utpote qui novem aut decem annos rexerat in universitate Lova- 
niensi, ad plenum informati, ipsum admittentes stallam de choro eidem 
contulerunt. ” — Acta cap. 2 Mai 1470; 27 Febr., 27 Jun. 1471; 8 Febr. 
14756 (n. s.); 10 Febr. 1488 (n. s.). 


1483 (n. s.), 10 Février. aopkrrOID DOMMELE, de Bois- 
le-Duc. IÌ avait été régent àl’ Université de Louvain 
pendant neuf ou dix ans. En 1487, il renonce 
à son emploi pour devenir secrétaire de sa ville 
natale. 


‘< Rector scholarum Mg' Godefridus Dommele qui confessus est igno- 
rantiam suam crassam, quod sabbato IIII®f temporum novissime preterito 
lectiones ad missam non ordinaverit, promisit diligentius abinceps se 
acturum. Et sgubintulit de impedimento per clericum assisie Colardum 
sibi prestito de cerevisia brugensi pro se et commensalibus suis habenda, 
rogaus provisionem capituli, ut pro commensalibus predictis maxime 
hiis qui chorum frequentantes ecolesie serviunt, manere possit in ea 
libertate qua predeoessores sui in offcio rectorie semper gavisi fuerunt.”’ 

“< Mg" Godefridus Dommele cepit licenttam a scolis, quia secretariatum 
oppidi Buscoducis unde oriundus erat, adeptus."— Acta cap. 30 Maii 1485; 
23 Jun. 1487. 


1487, 12 Juillet. sean JOHANNIS (ou JANSSENS.) (!). 


1491, 12 Décembre. *sacquEs HEMME. Le 16 No- 
vembre de la même année, Sibrand F'ineti, présenté 
par Pierre de Ligno, n’avait pas étó accepté. 
Hemme devient écolâtre, le 2 Mai 1502. 

‘< Visis litteris Mg" Petri de Ligno scolastici per quas videtur commen- 
dare quemdam Mg"'® Sibrandeum Fineti ad scolas hujus ecclesie per 


modum tamen provisionis, DD. duxerunt expectandum usque proximum 
diem capitularem et interim latius cogitabunt. '’ 


(?) Voir p. 121, note 1, 


222 


€ Visis litteris DD. decani et scolastici quod scolasticus presentat 
litteris guis Mg"*n Jacobum Hemme ad scolas hujus ecclesie, rogando 
DD. licet sit sacerdos quod velint cum eo despensare quod alias ydoneus 
est ad scolas regendas, DD. attendentes ydoneitatem dicti presentati et 
quod DD. decanus et scolasticus valde commendarent eum, eumdem cum 
dispensatione quod gacerdos est, in rectorem soolarum receperunt…”” — 
Acta cap. 16 Nov., 12 Deo. 1491. 


1499 (n. s.), 26 Janvier. *sosse MONTFORT. 
1503, 8 Mai. *sran VICTRICIUS ou WINT. 


«“ Concessum fuit Mg" Johanni Wint rectori scolarum quod posset ire 
ad sacros ordines et illos ab episcopo Tornacensi suscipere.'' — Acta 
cap. 5 Mart. 1506 (n. s.). 


1504, 22 Juillet. *rieneB DE VYNC, chapelain de extra 


chorum. 


‘« Vicaria perpetua hujus ecclesie vacans per dimissionem et recessum 
Mg" Petri Vyno pridem rectoris scolarum et clerici installati collata fuit 
Joanni de Beeck." — Acta cap. 28 Febr. 1509 (n. s.). 


1508, 30 Août. *corNeirLE DE GRAVE. Il devient 
chapelain de lune des chapellenies d’ Artois, le 
9 Janvier 1514 (n. s.). 


‘« Ad presentatiorem Mg" Johannis Lammins scolastioi, providus vir 
Cornelius de Grave clericus receptus fuit per DD. in rectorem gcolarum 
hujus ecolesie cum honoribus et emolumentis consuetis et fuit installatus 
per D. fabricarium in primo loco in inferioribus sedibus a parte deoani.'” 
— Acta cap. 30 Aug. 1608. 


1509, 23 Mai. *rierrE OESTERHOUT. 
1512 (n.s.), 17 Mars. *crisLAIN DE BRÄBANDERE. 


« Ad presentationem D. scolastici Mg" Guillelmi Bertrandi, receptus 
fuit in rectorem scolarum Mg" Gislenus de Brabandere cum dispenaatione 
tamen quie sacerdos, fuitque tam in inferioribus sedibus chori prima 
videlicet a latere decanali, quam in scolis installatus et introductas.'' 

“ Concessum fuit Gisleno de Brabandere rectori scolarum quod domi- 
nica Quasimodo proxime futura posset celebrare suas primitias in choro 
et ad summum altare.” — Acta cap. 17, 31 Mart. 1512 (n. 5.). 


1516 (n. s.), 9 Février. *PasquieR DE CORTE, du diocèse 
de Térouane. Le 29 Mai 1526, il devint clericus 
sanctuart. 





223 
1522, 23 Juin. LÉONARD CLODINS. 


1528, 4 Mai. *aÉraArD BACHUSIUS. En 1537, il obtient 
le canonicat de la 11° prébende. 


1580, 19 Septembre. *aprIEN CHILIUS, natif de Malde- 
ghem. 

‘“ Tout ce que nous savons de lui, dit M. 
Roulez (1), c'est qu’il fut d’abord instituteur à 
Pécole de Saint-Donat, puis curé de l’église de ce 
nom à Bruges. On vante ges connaissances dans 
les langues grecque et latine. Chilius traduisit le 
premier, en vers latins, le Plutus d’ Aristophane. I1 
donna une traduction, également en vers latins, 
du Velocipède, petit drame tragi-comique, qui se 
trouve parmi les oeuvres de Lucien, mais qui est 
une mauvaise imitation du T'ragopodagra de cet 
auteur. Ces deux morceaux ont paru à Anvers chez 
Hillen, 1533, in 8°, * 

Chilius ne fut jamais pastor laicorum de Saint- 
Donatien, mais bien curé de Maldeghem, son lieu 
natal. 


Le premier de ses opuscules parut sous ce titre: 
Aristophanis comicì facetissums Plutus. Adriano 
Calio interprete. 
Prurus. 
Qui prius Argolico fulgebat murice, laudss 
Romanae didicì proemra ferre togas. 


Antverpiee, apud Michaelem Hillenium in Rapo. 
An. M. D. XXXTTTI. 


Le travail, dédié à Marc Laurin, doyen du 
chapitre, était destiné aux enfants de l'école de 


(!)_ Biographie nationale, T. 4, p. 76, Art. Cururus (Adrien). 


224 


Saint-Donatien, qui représentêrent en public l'ceu- 
vre de leur maitre (Ì). 


Nous avons vainement cherché un exemplaire du 
second opuscule (®). Toutefois, la Tragoedia Luciani 
cui titulus est, PopAGRA, a quodam graece latineque 
erudito versibus reddita, imprimée chez Martin 
de Keyser, à Anvers, en 1530, n'est pas une première 
édition, sans nom d’auteur, de la traduction de 
Lucien, faite par Chilius, puisque celui-ci, en 
1533, donne le nom de prémices à son Plutus. 


Plasieurs biographes () attribuent encore à notre 
rector une paraphrase latine du Psautier d'après le 
texte chaldéen, qui aurait été conservée dans la 
bibliothèque de l'abbaye des Dunes à Bruges. Nos 


(1!) “ Atqui certissimam in spem adduoor, candissime juxta ac erudi- 
tissime Laurine, ut hic noster labor futurus sit et adversus prodigiosam 
quorumdam calumniandí scabiem bene tutus, et candidis sequisque non 
omnino ingratus, si tuo quoque calculo probatus, sab tui nominis auspicio 
exeat, quem equidem e tam celebri clarissimorum pariter ac prudentissi- 
morum virorum corona delegi, cui haa meas nuncuparem vigilias, utpote 
ejus concilii preesidem, cujus instituendam guscepi juventutem, cujusque 
insignem expertus sum benignitatem … … Te itaque ero ut has in greecis 
litteria studii nostri primitias tibi cou Camillo cuipiam ac propugnatori 
consecratas lseeto animo fronteque exporrecta excipias…. Quod si Aristo- 
phanice elegantie deliciag non videar assecutngs, id tibi velim persuadeas, 


prima heeo fuisse ejns laboris MTpOYUUVATMATA, que si a viro tam 
multis probato nominibus probentur, neque nostri nog poenituerit laboris, 
negue majore gravabimur conatu vestram rem scholasticam provehere.” 
— Dédicace du Plutus. 

(2?) Le Plutus et la Podagra parurent ensemble, en 1588, chez le même 
éditeur, sous le titre donné plus haut, mais ainsi complété: “ Aristo- 
phanis…. togas. . 

Podagra Luciani posterior, eodem Adriano Chilio interprete. Ant- 
verpiee, eto. "'(#). 

(°) Varère Anpmé, (Bibliotheca Belgica); FopPPens, (Bibliotheca Bel- 
gica); VAN MALE, (Levensbeschrijving, etc.) V° ADRIANUS CHILIUS. 


(*) Bulletin du bibliophile belge, XIX, p. 409, 


229 


recherches pour la découvrir, ont été infructueuses. 
Chilius mourut en Juin 1569. 


« Satisfaciat receptor obedientie magistro scholarum pro missis per 
eum ad Danielis de jussn DD. celebrari jussis. ” — Acta cap. 11 Jan. 
1531 (n. 5.). 

‘& Mg"° Adriano Chilio alteriug portionig ecclesie parochialis de Malde- 
ghem rectori, concessum fuit alteri portioni ejusdem ecclesie per desti- 
tuttonem D. Roberti Cantelme illius novissimi rectoris vacanti deservire, 
usque ad vigiliam Nativitatis B. Joh. Bapt. 1569. * 

“ Altera portio parochialig ecclesie de Maldeghem, vacans per obitum 
quondam Mg" Adriani Chilii, illius dum viveret novissimi rectoris, ad 
presentationem DD. decani et capituli ecclesie S. Salvatoris Harlebe- 
censis, collata fuit D. Joanni Goethals presbytero Gandensis diocesis. *’ 
— Acta vicariatus Brugensis, sede vacante, 19 Jun. 1568 ; 15 Jun. 1569. 


1533, 20 Octobre. szaN SCHYNCX ou SCHYNCK. Con. 
gédié par le chapitre du chef de négligence, après 
un rectorat de douze ans, il se rend à Louvain 
pour y faire ses études de droit. A. occasion de sa 
promotion au grade de licencië ès-lois, les chanoines 
lui octroient un subside de cinquante florins. En 1567, 
nous le trouvons parmi les officiers de la cour ecclé- 
siastigne de Bruges, comme scriba et audrentrarius. 

* Quie Mg: Adrianus Chiliug renuntiavit regimini scolarum, D. soolas- 
ticus ad easdem vacantes presentavit quemdam Mg*"*= Joannem Schynok, 
quem DD. acceptarunt.” 

€ Oapellaunia de extra chorum in Varssenaere collata fuit Joanni rectori 
scolarum. *' 


< Ladimagister sepius admonitus, absolvitur a soola ; potest tamen ad 
unum vel duos menses preesse scole.”’ 

“DD. annuentes supplicationi Mg! Joannis Seynex, nuper rectoris 
gcolarum hujus ecclesie, concesserunt eidem in gai promotionem ad 
gradum licentie in studiis legum 50 florenos caroli ex 4 officiis.’' — Acta 
cap. 20 Oct. 1583; 17 Jan. 1542 (n. 5.) 23 Deo. 1546; 23 Jan. 1649 (n. s.). 


1546 (n. s.), 11 Janvier (1). *arNorDp LAURENTS. 


“ Capellania animaram collata fuit Arnoldo Laurentii ladimagistro.” 
— Acta cap. 21 Nov. 1562. 


(?) Voir p. 118, note 1. 
15 


226 


1558 (n.s.), 7 Janvier. *rrANGoIS pu QUESNOY. Sous 
lui, les réfectionaux commencent à cohabiter avec 
le rector scholarum (}). Il était le beau-frère du 
célèbre Jean van Geldre (Geldrius). 

« Custodia ecclesie parochialis de Wytschaete collata fuit Fr. du 

Quesnoy, clerico Tornacensi, rectori scholarum…”' 


‘“* Rector scholarum admonitug sui officii, sub spe emendationis et quod 
sibi assumet submonitorem, continuatur ad mensem dumtaxat.” 

“Obitus Fr. du Quesnoy. — Ad instantiam eorumdem [executorum 
testamenti} DD. substituerunt Mg"** Joannen van Geldre, gororium 
defuncti, tertium executorem in locum Laurentii de Molendino, Leodii 
residentis.” — Acta cap. 30 Oct. 1554; 24 Jun. 1556; 22 Oct. 1557. 


1557, 10 Novembre. *rrar OSTE. Après avoir renoncé à 
ses fonctions, en 1560, il devient chapelain de 
gremio chort et curatus monetarvorum. 

‘< Mg* Piatus Oste rector scholarum agens DD. gratias quod hactenas 
eum in suo officio tolerarunt, valedixit et renunciavit suo muneri, quam 
renunciationem DD. acceptarunt, consentientes ut adhuc habitum ecclesie 


gerat et refectionales domi alat, donec ipsis de alio rectore provisum 
fuerit.”' — Acta cap. 26 Martii 1660 (n. s.). 


1560 (n.s.), 1 Avril. aurraume DE LIEDEKERCKE. 
En 1561, il donne sa démission et se marie. 
Contrairement aux traditions óétablies, le chapitre 
le conserve néanmoins pour quelque temps comme 
rector, maìs à certaines conditions: G. de Liede- 
kercke continuera d’habiter la maison des réfec- 
tionaux ;à l’église, dans les offices, il sera remplacé 
par Jean Flamme, clerc installé (®; toutefois, tl 
pourra occuper un des sièges inférieurs du choeur, 
en costume laïc, afin de gurveiller ses élòves. 
Plus tard, G. de Liedekercke fut jugó6 capable 
d’occuper la chaire publique de belles-lettres, 
fondée par lévêque de Cuba, Jean de Witte. Parmi 


(}) Voir p. 66. 
(2) Voir p. 60, note 1, 


227 


ses Óélèves, on cite Gabriel Janssens (!), mieux 
connu que son maître. 


‘“ Comparens Mg* Guillelmus Liekercke rector scholarnm valedizit et 
gratias egit DD. quod eum hactenus in eorum gervitio tolerarunt, quo 
facto, rogatus fuit quod refectionales adhuc aleret et operam suam in 
scholig prestaret donec et quousque eisdem de novo provideatur ludima- 
gistro. Quod se libenter facturum promisit.”’ 

< Mg" Guillelmus Liekercke qui jamdudum per contractum matrimonii 
rector scholaram esse desiit, ex certis causis animos DD. moventibus, 
ad ejnsdem schole moderationem de consengu D. scholastici fuit reas- 
sumptus et retentus ad tempus unius anni in festo Bavonig proxime 
futuro incepturi, absque tamen lucro distributionum chori solito, ged loco 
illarum, cum sex librarum gross. pensione annua, sibi ex obedientia que 
distributionum hujusmodi onus supportare habet, solvenda. His tamen 
legibus et conditionibus adjectis, videlicet quod ipse tenebitur in domo 
refectionalium quam inhabitat remanere, et dum in ecclesia divina 
peraguntur officie, in scholis perseverare, ac onera consueta rectori 
scholarum incumbentia tam in ecclesia quam extra eam per se vel alium 
respective supportare, quodque poterit tempore divinorum et presertim 
festivis diebus in decenti habitu suo seculariì, chorum unum aut alterum 
ex gedibus inferioribug sinistrì lateris ibidem occupando, ut in mores 
dictorum refectionalium in choro tnno existentium animadvertere valeat, 
absque reprehensione frequentare. ” — Acta cap. 11 Aug., 16 Sept. 1561. 


1562, 13 Juillet. *sran ZOMERS (°), admis à la condition 
de recevoir la prêtrise aux ordinations prochaines. 
Le 22 Juin 1566, le chapitre informe qu'il doit 
songer à se procurer une autre position endéans 
les trois mois. La mesure prise par les chanoines 
ne fat bientôt que trop justifiée. En effet, le rector 
accusé d’avoir assisté au prêche des gueux et d’avoir 
acheté un livre suspect d’hérésie, tout en niant le 
premier chef d’accusation, fit des aveux touchant 
le second. Le prévaricateur fut sur le champ privé 
de son hahit de choeur et déclaré ne plus être 
suppôt de Saint-Donatien (12 Aoùt). 


(!) Nous rencontrerons celui-ci plus tard également parmi les profes- 
seurs de la fondation Cuba. 


(2) Voir p. 135, note 4. 








228 


Jean Meeze, prêtre, présenté par l’écolâtre, le 
7 Août, est admis mais n’accepte pas. 

Lie sous-maître ou hypodidascalus (c'est le terme 
désormais substitué à celui de submonstor), Liévin 
Apollonius Gentbrugge, qui enseigna sous Zomers, 
est plus favorablement connu que le maître d’école 
en chef. 

Il a mérité de passer à la postóérité par la publi. 
cation d'un ouvrage intitulé : 

Levini Apollonii, Gandobrugans, Msttelburgensis, 
de Peruvia regionis, inter Novi Orbis provinctas 
celeberrimce, inventione : et rebus in eadem gestis, 
librì V. Ad Jacobum Olaroutium Maldeghemmeae ac 
Pittemice dominum. Brevis, ewactaque Novi Orbis, et 
Peruvice regionis chorograplma. Antverpiee, apud 
Joannem Bellerum sub Aquila aurea. M. D. Lxvir (!). 

Dès 1583 parut une traduction allemande de ce 
travail ; elle forme la troisième partie d’un recueil 
d’ouvrages sur le Nouveau Monde, traduits en la 
même langue et publiés par Nicolas Höniger; en 
voici le titre: 


Hieron. BeNzon. Erste Theil der Newen Welt 
und Indvanischen Niedergängtschen Königreichs. … 


Perrus Martyr. Ander Theil der Newen Welt... 


Levinus AporLontus. Dritte Theil der Newen 
Welt dee Peruvischen Königreichs, welchea das 
mechtigste und fruchtbareste tst, under allen andern 
Landtschafften oder Provintzen des Indiantschen 


(!) Mr TerNaux, Bibl. améric., cite cet ouvrage sous le millégime de 
1665. Il existe des exemplaires aveo le millésime 1666, mais ceux-ci sont 
de la même impression que les exemplaires au millésime de 1667; de ces 
derniers le titre seul a été réimprimé. La Bibliothèque royale de Dresde 
possède des exemplaires des deux éditions. Voir: Grarsse, Trésor de 
livres rares et précieu», vol. I, p. 168; Fríp. Murrerr, Catalogue of books 
on America. Amsterdam, 1872, p. 149, n° 1216. 


229 


Nidergängtschen Reiche: wie und durch welche 
Personen dasselbig zum ersten erfunden, und was 
sich von der ersten Erfindung an, biss auff unsere 
setzige Zeit, fur schröckliche krieg und Blut- 
vergtessungen, eyns theils gegen den Peruvischen 
Einwohnern, andertheils zwiechen den Spanischen 
Landtpflägern und Vögten, allein von wegen 
Ehrgeytzes und Eygennutzes verloffen und zugetragen 
haben.Auch von derselbige Völckern Sitten, Regiment, 
Aberglauben, Oeremonien, (ottesdienst, Gebräuch 
in Essen und Trincken, Handthierungen, Gewerb- 
schafften und unerschöpfflichen Goldtgruben und 
Reichthumben, so in diesem Königreich gefunden 
werden. Item, von der Frantzosen Schiffarth in. die 
Landtschafft Floridam, und ihrer schröcklichen 
Niderlag die sie von den Spantern vm Jar M.D. XLV. 
darinnen erlitten. Mit angehenckter Supplication 
an König Carol den IX in Franckreich, der Er- 
schlagnen Frantzosen Witwen, Waysen, Verwandten 
und Einwohnern in der Landtschafft Florida, darinn 
sie shr Unechuld gegen den Spaniern vor Kóniglicher 
May. gründlich erkläret und geoffenbaret. Alles durch 
Glaubwürdige Personen, und fürnemblich durch 
den Hochberümbten Geschichtschreiber LEVINUM 
APOLLONIUM GANDOBRUGANUM, in Lateimscher 
Sprach wahrhafftig beschrieben, und zum thetl selbst 
Persönlich erfahren. Erst jetz aber auss dem Latein, 
au Nutz allen Regenten und Oberherren, Ehrgeytz 
und Bygennutz zuvermeiden : Auch Inebhabern der 
Historien, mit höchstem Fleiss und Mühe verteut- 
schet, durch Nicolaum Höniger von Tauber Kônigs- 
hofen. Base, Sebastien Henricpetri, 1583. 

A cette épogue, on possédait, il est vrai, l'histoire 
de la découverte de l’Amérique de Pierre Martyr 
d’Anghiera (De Novo Orbe Decades; De insulis 
nuper inventie et incolarum morsbus; De rebu8 ocea- 


230 


nicie, sive de navigatione, et terris de novo repertis), 
ainsi que quelques cosmographies et recueils de 
voyages, relatant sommairement les origines du 
Nouveau Monde ; mais une narration détaillée de la 
conquête du Pérou, une description complète de ce 
pays et de ses richesses, des mceurs, des usages, du 
culte et des cérémonies religieuses des indigènes, 
telles que nous trouvons dans le livre de Gentbrugge, 
devaient être de nature à intóéresser les Européens 
et en particulier les Belges, qui avaient déjà avec 
le peuple péruvien des relations commerciales très 
suivies. Áussi, le traducteur Höniger appelle-t-1l 
Liévin Apollonius un historien fameux, et l'auteur 
de la Bibliotheca antiqua le place-t-il au-dessus 
des historiographes vulgaires (!). 

Foppens attribue à notre hypodidascalus un 
autre ouvrage intitulé: De navigatione Gallorum 
in terram Floridam deque clade anno 1565 ab His- 
panis accepta. Antverpiee, apud Joannem Bellerum 
1568. Nous ne avons pas trouvé. Le titre allemand 
donné plus haut insinue que l'histoire de l’expóédi- 
tion frangaise en Floride n'est pas l’ceuvre de Liévin. 


Jusqu’ici Levinus Apollonius (°) était connu 


(*) “Professor in Academia Brugensi erat Apollonius, vir eruditus, et 
in rebus historicis hand vulgariter versatus; ut ideo etiam majoris 
momenti sit hoo scriptum; accedit quod cum nullus ante ipsum tanta 
diligentie tradiderit ; qua ratione, quibus ducibus, quo discrimine atque 
eventu rerum inventa sit ac occupata Peruvia, et quibus deinde initiis 
irarumque causis ea ipsa civili implicata bello, mnltis Hispanoram 
stragibus permaduerit, laudi ipsius ingens adhuc addatar incrementum, 
maxime cum totus incubuerit Novi Orbis historiig enarrandig. ” — 
Bibliotheca antiqua publicata Jenae. Anno M. D. cc. v., p. 869, 

(2) Levinus et Apollonius, à notre avis, sont les deus prénoms da pro- 
fesseur dont le nom de famille est Gentbrugge. Les titres de l'original latin 
et de la traduction allemande de l'histoire du Pérou, et surtout la signa- 
ture de la dédicace *° Levinus Gandobruganus’’ militent en notre faveur. 
D'autre part il existe encore aujourd'hui à Gand des familles du nom de 
Gentbrugge et de van Gentbrugge. 


231 


comme professor in Academta Brugensi et précep- 
„teur d’ André Hoyus (*!). Au milieu du XVI® siècle 
il n’y avait à Bruges d'autre institution digne de 
ce nom que les chaires publiques fondées par Jean 
de Witte, évêque de Cuba. Or, Liévin ne figure pas 
parmi les professeurs de théologie ou de belles- 
lettres de cette fondation. C'est donc uniquement de 
Yécole chapitrale qu’il faut entendre l’expression 
Academia Brugensis. 

D'ailleurs, la présence de Gentbrugge à Saint- 
Donatien comme professeur auxiliaire nous est 
révélée incidemment par une résolution capitulaire, 
qui permet à l’hypodydascalus Liévin Apollonius de 
prononcer au réfectoire des chanoines un discours 
ayant pour objet l’éloge de la noblesse, de laude 
nobilitatis. 

L’historien du Pérou mourut, croit-on, soit sur 
le sol péruvien, soit dans les Îles Canaries (*). 

‘f Ad presentationem D. Vriese scholastici de idoneitate Mg"! Joannis 
Zomerii idem facientis, idem Mg" Joannes in rectorem scholaram recipitur 
et admittitur, qui per D. Barradotium D. decani nunc absentis vicarium 
ad stallum presentatus et admissus, prestito clericorum solito jura- 
mento, installatus fuit ia choro ad latus decanale in stallo rectoris 
scholarum consueto, per D. Lambrecht, D. fabricarii coadjutorem. Postea 
vero per prefatum D. scholasticum ad scholas deductus, in dicti officii 
rectoratus scholarum et emolumentorum possessionem positug est, per 
ferule et virgarum in manibus suis traditionem. Et fuit illi capitulariter 
injunctum, quatenus proximis quatuor temporum diebus et aliis succes- 
sive sequentibus ad gacerdotium se promoveri procuret, quod se facturum 
promisit. * 

‘“Rector scholarum prius monitus ut pueros bonos mores ac litteras 


doceat, modumque et consuetudinem antiquam canendi laudes vesperi 
in scholis, ante discessum puerorum, in usum revocet et reducat, con. 


tinuatur. * 
‘“ Rector scholarum prius monitus ut refectionales et aliog pueros 


(?) Bibliotheca antiqua, etc., l. c.; FoPPenNs, Bibliotheca belgica, v° Liae- 
vinns Apollonius. 
(2?) Forrens, Bibliotheca belgica, 1. c. 





232 


pietatis leges et precepta bonosque mores dooeat, ac laudes vespertinas 
in scholis cantari faciat, continuatur. * 

«« Rector scholarum continuatur, data commissione DD. decano, cantori 
et scholastico eum admonendí privatim ut infra trimestre de alia provi- 
sione sibi prospiciat.” 

Ad presentationem D. Vriese scholastici, Joannes Meese Pb' ad regi- 
men scholarum per cessum seu abscessum Mg" Joannis Zomerii vacans 
admittitur, idque per modum probe, qui ob sibi recusatum domus refec- 
tionalicm locagium deolaravit se adhuc desuper velle deliberare.” 

“< D, Joannes Meese in capitulo comparens deliberatus, conditionem 
sub legibus pristinis sibi oblatam, se acceptare nolle declaravit. Proinde 
commissum fuit D. decano cum aasumendis monere et inducere D. Vriese 
scholasticum ut schole de idoneo rectore capitalo presentando quanto- 
cius provideat, vel regimen ejusdem per se subeundum suscipiat.”” 

‘‘ Pervento ad DD. notitiam quod Mg" Joannes Zomers rector schola- 
rum hesterno die concioni gectariorum extra civitatem interfnisset et 
librum suspectum emisset, per hoc edicto regio contraveniendo, DD. 
eumdem coram eis vocari fecerunt, cujus negatione quoad concionem et 
confessione quoad libri emptionem auditis, DD. eundem habitu ecolesie 
privarunt seu pro non supposito habuerunt et declararunt.”’ — Acta cap. 
18 Jal. 1562; 28 Deo. 1568; 28 Jun. 1664; 22 Jun. 7, 11, 12 Aug. 1666. 

“< Concessum fuit Mg"° Lävino Apollonio rectoris scholaram hypodi- 
dascalo, dominica proxima sub horam tertiam pomeridianam hic in 
refectorio publice declamare posse certam orationem de laude nobilitatis 
per eum exhibitam, salvo quod prius visitetur per scholasticum et aliog, 
prout visitata fuit ” — Acta cap. 12 Jun. 1564. 


1566, 17 Août. *sman BRANTS (}), ancien professeur de 
philosophie à la pédagogie du Lis, à Louvain, et 
actuellement chanoine de la 6° prébende, en pré- 
sence du renvoi de Zomers et du refus de Jean 
Meese, se dévoue et consent à prendre la direction de 
l'école, mais à la condition que les réfectionaux, 
vu la difficulté des temps, soient placés provi- 
soirement chez un autre. Le chapitre décide 
donc de les renvoyer pour deux ou trois semaines 
auprès de leurs parents; chacun d’eux recevra 
trois gros et demi par jour et ils fr6équenteront 
l'école et l'óglise comme d'habitude. 


(!) Analectes pour servir etc, T. XX, p. 871. 


2393 


Le 28 Septembre 1566, Gilles de Viieghere, 
ancien choral, maître-ès-arts (!), choisi par Brants 
comme hypodidascalus, en remplacement sans doute 
de Liévin Gentbrugge, est admis à occuper une 
stalle cléricale et à exercer au choeur toutes les 
fonctions du rector scholarum. 


En Décembre 1567, G. de Vlieghere est à son 
tour remplacé en qualité de sous-maître par Jacques 
Faignaert. 


Après s’être consacré pendant trois ans à l’in- 
struction des enfants et à l’éducation des réfec- 
tionaux, le chanoine Brants manifeste plusieurs 
fois le désir d'être déchargé de son emploi. Le 
chapitre, croyant ne pouvoir insister davantage, 
nomme rector scholarum le sous-maitre Faignaert 
(15 Oectobre 1569). Mais ce dernier refuse d’ac- 
cepter la charge, parce que le chapitre ne veut pas 
lai accorder la maison du chanoine Barradot 
(9 Novembre). 


“ DD. in loco capitulari congregatis, exposito per D.decanum quod 
D. Brantius canonicus, intuftu pietatis et ne juventus periret, paratus 
erat refectionalium et schole vacantis regimen sub antiquis conditionibus 
acceptare, idem Brantius tunc presens suum consensum desuper ad hoe 
prestitit, et suam operam in scholis circa juvenum institationem obtulit, 
requirens nihilominus ob presentie temporis angustiam et calamitatem, 
refeotionales certo tempore alibi in expensis collocari. Unde ordinatum 
fuit quod unosquisque refectionalis apud parentes remittatur ad duas 
vel tres sept:manas, oum golutione trium grossorum cum dimidio singulis 
diebus pro expensis, ut interim temporis saccessus videatur, ita tamen 
quod idem refectionales in dies scliolam et ecclesiam more solito facturi 
et servituri accedant: ” 

“ Concessum D. Brantio canonico et scholarnm moderatori ut quando- 
cumque principio matatinarum interfuerit, in scholis circa puerorum 
institutionem manendo et continuando excuaari et luori earumdem mata- 
tinarum particeps esse possit.'’ 

“Ad presentationem D. decani Mg" Egidius Volator per D. Brantinm 
canonicum ludimoderatorem in hypodidascalum assumptus, receptus fuit 
ad stallam, ad omnia rectoris scholaram offcia in choro subeundum.” 


(!) Voir plas haut, p. 82. 


234 


‘« Jacobus filius [Gasparis) Faignaert per D. scholasticum presentatus 
ad locum rectoris scholaram et per D. decanum ad stallum, per capituluur 
receptus est. ** 

<< Attento quod D. Brantiugs canonicus refectionales et scholas relin- 
quere intendat, quodque D. scholasticus paratus sit ad regimen dictarum 
scholarum et refectionalium presentare Jacobum, filium Gasparis Faig- 
naert, modernum hypodidascalum, tanquam habilem et idoneum, aliisque 
variis ex causìs DD. moventibus, iidem DD. declararunt se admittere 
geu paratos esse ad eumdem presentatum admittendum. * 

«“D. et Mg" Georgius de Vriese, attento quod Brantius canonicus 
maneat in renunciatione scholaram et refectionalium, presentat Mg"*= 
Jacobum Faignaert, modernum hypodidascalum, ad regimen dicte schole 
et refectionalium, ab ipso semel presentatum et a DD. tuno admissum, 
rogans ut DD. velint manere in sua conclusione semel facta. Super quo 
habita deliberatione DD. ordinarunt hoo negotium differendum in proxi- 
mum diem capitularem. * 

‘ Audita relatione DD. decani, Woelaert et Hubrechts, capituli deputa- 
torum, super sufficienti litteratura Mg” Jacobi Faignaert ad institutionem 
refectionaliam, et deinde subsecuta relatione aliorum DD. deputatorum…, 
DD. de capitulo inherendo retroactis eumdem Mg" Jacobum ad 
presentationem D. scholastici, cum consilio et assensu provisorum refec- 
tionalium factam, galvo jure cujuslibet, admittendum duxerunt et 
admiserunt. " 

“ Petita per D. Faignaert, obedientie receptorem, voluntate et bene- 
placito DD. super migratione sui cognati Mg"! Jacobi Faignaert scholarum 
rectoris cum refectionalibus ad illins proprias edes, vel remansione in 
domo quam hactenus cum D. Brantio canonico habitarunt, DD. prehabita 
deliberatione, refectionales in domo in qua nunc sunt remanere voluerunt 
et concluserunt. *’ 


‘“D. Faignaert ob recusatum sibi certum locagium domus Barradot 
pro se, cognato suo et refectionalibus, conditionem scholarum et refec- 
tionaliam, ad quam dictus suus cognatus receptus erat, recusavit. * — 
Acta cap. 17 Ang. 11, 26 Sept. 1566; 9 Deo. 1567 ; 16 Aug., 26 Sept, 
15 Oct., 3, 9 Nov. 1669. 


1569, 21 Novembre. *aroraEs pm VRIESE, écolâtre, 
ne trouvant pas de nouveau rector et códant à de 
nouvelles instances du chanoine Brants, consent à 
diriger lui même l’école et les réfectionaux. 

Le 24 Novembre 1569, Séverin Baten (1), sur la 
présentation de de Vriese,est admis comme vice geren 


(!) Voir p. 62, note 8. 


235 


dans les mÔmes conditions que de Vlieghere et 
Faignaert sous le chanoine Brants. 


Le 21 Mars 1571 (n.s.), de Vriese demande à 
être déchargé de la direction des réfectionaux, 
mais le chapitre diffêre de répondre. Dans l’inter- 
valle le séminaire est fondé. 


“ Audita propositione D. Brants canonici, petentis liberari ab onere 
refectionalium, et ipsos alibi collocari, D. Vriese scholasticus asserens 
magnis diligentiis factis, adhuc nullum invenire potuisse ludimagistrum, 
declaravit se onus et regimen scholarum et refectionalium domií sue 
alendorum acceptare per modum provigionis, donec ecclesie de aliquo 
scholaram rectore et ludimagistro sit provisum. 

& Attenta declaratione D. Vriese scholastici, asserentis se intentionis 
esse continuandi in regimine scholarum et refectionalium, donec eorum 
domus infra tres aut quatuor annos vacua existat, et forte diutiug, Deo 
favente, DD. quantum in ipsis est, D. Brantium canonicum a locagio 
domus canonicalis D. Barradot absolverunt, seu ipsum indemnem erga 
D. Barradot desuper conservare promiserunt. *” 

& Audita propositione D. Vriese scholastici in effectu declarantis quod, 
ob certas causas eum moventes, intenderet relinquere scholas et refec- 
tionales, ac suos convictores domi retinere, petens eisdem refectionalibus 
de rectore provideri, sibique consensum prestari ut domum ecclesie alias 
per eum in canonem acceptatam, laicis locare posset, casu quo nullus 
habituatorum eam cupiat, DD. super utraque sue propositionig parte 
conclusionem distulerunt, ordinantes interim ut dicta domus per habi- 
tuatos visitetar. ” — Acta cap. 21, 24 Nov. 1569; 21 Martii 1571 (n. s.). 


1571, 28 Juin. *prar OSTE, chapelain de gremio chori et 
ancien rector scholarum, figure désormais sous le 
titre de rector scholarum seu senvanarts. 

Séverin Baten, cessant d'être hypodidascalus, 
conserve sa stalle et est déclaré du nombre des 
promovendi (*). 


‘“Qaoad Petrum van Maren alterum virgiferorum chori, etiam D. 
scholastico cohabitanti, ordinatum fuit quod apud Mg"** Piatum in 
eodem seminario collocetur, ac cum eodem Mg"° Piato super expensis 
conveniatur. * 

‘« Rector scholarum seu seminarii Mg" Piatns Oste fuit continuatus. ” 
— Acta cap. 28 Jun. 1571 ; 28 Dec. 1678. 


(?) Voir p. 62, note 8. 


236 
APPENDICE III. 


Écolâtres de Baint-Donsatien. 
1261-1555. 


1261, GILLES, en même temps chanoine de Notre-Dame 
à Bruges, connu par une lettre que lui écrit 
Urbain IV, le 17 Septembre 1261 (1). 


1291, GERVAIS, professor legum, dans une donation de 
livres qu’il fait à abbaye de Ter Doest, s’intrtale 
écolâtre de Saint-Donatien (®). 


18??, sman FIVINI, chanoine de la 11° próbende (%). 


1385 (un. s.), Février. ener DE CARRETO ou px 

CHARETTO, possesseur de la 9° prébende à Saint- 

_ Donatien et chanoine de la métropole de Rheims, 
mort en 1846 (*). 


L'acte capitulaire de Février 1885 (n. s.), où il 
est signalé comme écolâtre, n'existe plus. IÌ faut 
croire qu’il y est question de la démission de de 
Carreto, puisqu’un acte du même mois et de la 


même année mentionne un nouveau titulaire de 
Yécolâtrie. 


‘< Henricus Charetto fuit scolaatious 1884 Feb., reg. 8, fol. 10, a. 8." — 
Arch. de U'évéché, ms. intitulé Scholastria. 

‘ De gratia facta D. H. de Carreto de non residendoab biennium: 

‘Bactus fuit et constitutus procurator generalis capituli et ecolesie 
nostre D. Henricus de Carreto et conocessa fuit aibi gratia de non resi- 
dendo Brugis, sed quod absentando se stare posgset Remis vel alibi 
ubicumque locoram pro libito voluntatis sue, a festo Beati Joh. Baptiste 


(!) Fzrset NéLis, Les cartulaires de la prévôté de Saint-Martin, à Ypres, 
Bruges 1884, T. I, La prévôté de Saint-Martin, esquisse historique, p. 68. 

(3) Annales de la Société d' Emulation, lere série, T. I, p. 178. 

(*) Forpens, Compendium chronologicum etc., p. 189. 

(*) FoPPExs, Compendium chronologicum eto., p. 183, 


237 


nuper elapso usque ad proximum biennium, lucrando grossos fructus 
prebende sue mediantibus XIV Pb par. ” — Acta cap. 11 Jul. 18465. 


1335 (n. 8), Fóvrier. zn. pe ALEYO. 
« H. de Aleyo, 1834 Febr., rog. 8, fol. 16. a. 1.” — Scholastria. 


1846, 5 Juillet. prrmme De VALERIANIS figure comme 
écolâtre dans un acte capitulaire de cette date. 
« Die V dicti mensis [Juli 1846) D. Jacobus Fanuelli promisit solvere 


D. Petro de Valerianis scolastico X°** Tb ad panem infra proximam festem 
Beate Marie Magdalene.” — Acta cap. 6 Jul. 1346. 


1847 (n.s.), 25 Janvier (1). eaBriEL pa BURGATIS ou 
DE PLACENTIA, natif de Plaisance en Italie, 
chanoine de la 7° próbende, est regu par le chapitre 
en vertu de lettres de nomination Émanant du car- 
dinal Anibaldi, légat du Saint-Siège. IÌ mourut en 
1360 (®). 

«< Die 25 dicti mensis [Januarië 1947 (n. a.) } D. Gabriel de Placentia 
receptus fuit et admissug, salvo jure cujuslibet, ad scolastriam hujas 


ecclesie tunc vacantem quocumque [modo } hoo esset, virtate hitterarum 
D. Anibaldi 8. R. B. cardinalis.’ — Acta cap. 35 Jan. 1847 (n. s.). 


1361, 30 Septembre. sean CAMPION, chanoine de la 
18° prébende, nommé par le prévôt de Saint- Dona- 
tien Gui de Bologne, évêque de Porto. D'après 
Jacques de Meyere, l'annaliste des Flandres, Cam- 
pion était un homme très versé dans les lettres, 
orateur et poète. Il mourut versla fin d’Octobre 
ou le eommencement de Novembre 1883 (9%). 


(') Doréravant la date qui précède Ie nom de T'écolâtre kera celle de 
sa HÉGeption par le chapitre. 

(°) ForPens, Compendium chronologicum, eto., p. 125 ; 

(2) Forpens, Compendium chronologicum etc, p. 159; Merrrus, Annalium 
Flandriae libris XVII, ad ann. 1362. J. de Meyere se trompe en assignant 
Y'an 1362 comme date de la mort de Campion, puisque cet écolâtre nomme 
encore Îe réctor scholarum en 1883 (*). 


(*) Acta cap. 8 Aprilis 1886. 


288 


“ Eadem die [ultima Septembris 1861] D. Johannes Campion canoni- 
cus hujus ecclesie receptus est per DD. J. decanum et capitulum in 
scolasticum hujus ecclesie, virtute et auctoritate patentium litterarum 
Rev”! in Christo patris ac D. D. Guidonis episcopi Portuensis et hujus 
ecclesie prepositi, cujus scolastrie collatio ad ipsum pertinet pleno jure ; 
presentibng D.J. Paessin et Mg"° Brixio de Gandavo canonicis hujus 
ecclesie testibus ete. Et statim Mg" Brixiug de Gandavo ad hoe a D. decano 
et capitulo deputatus duxit dictum scolasticum a capitulo in chorum ubi 
sibi ut scolastico assignavit stallam in choro, et tunc duxit eum in domum 
scolarum hujus ecclesie, ubi eum poguit in corporalermn possessionem dicte 
gcolastrie, presentibus discretis viris DD. Jacobo de Dixmuda et Jacobo 
Busschere capellanis hujus ecclesie testibus etc.” — Acta cap. 80 Sept. 1361. 


1383, 13 Novembro. arorRGES VAN DE STEENE ou pe 
LAPIDE,ancien curé de Saint-Nicolas, à Dixmude, 
chanoine de la 21° prébende, licencié-ès-lois, admis 
en vertu de lettres de collation, délivrées par le 
prévôt de Saint-Donatien Sigerus de Beka, 


‘«« Eodem die in capitulo virtute litteraram D. prepositi hujug ecolesie 
receptus fuit et admissus ad scolastriam hujus ecolesie Mg" Georgius de 
Steene canonicus hujus ecclesie. 

Tenor litterarwm : Sigerus de Beka, prepositus ecclesie sancti Donatiani 
Brugonsis Flandrie cancellarias.. venerabili viro Mg"° Georgio de Lapide, 
licentiato in legibus, canonico prebendato ecclesie nostre, cum sincera in 
Domino dilectione, salutem. Literarum goientia, moroam honestas ao alia 
virtutum merita quibus personam vestram novimus insignitam, necnon 
et grata laudabilia obsequia que nobis et ecclesie nostre exhibuistis dili- 
genter et devote exhibere poteritis in futurum, merito nos inducunt ut 
personam vestram illo prosequamur favore ex quo fructus vobis accrescant 
omnimodi et honores. Volentes igitur premissorum meritorum vestrorum 
intaitu vos favore proseqni benevolo, scolastriam ecclesie nostre gancti 
Donatiani quam in eadem nuper obtinuit dofunctus D. Johannes Campion 
ultimus pogsegsor ejusdem, nnnc liberam et vacantem per mortem ejusdem 
D. Johannis et ad nostras collationem et provisionem pleno jure spectan- 
tem, vobis conferimus et de illa providemus cum guis juribus et perti- 
nentiis universis, investientes vos de ipsa goolastria per traditionem 

veeveeree P, Salvo in omnibus jure alieno. Requirentes nichilominus vene- 
rabiles viros nobis in Christo dilectos decanum et capitulum ecclesie 
nostre predicte quatenus vos, vel procuratorem vestrum legitimum pro 
vobis, ad prefatam scolastriam, jura, libertates et pertinentias ejusdem 
recipiant et admittant et in possessionem indncant seu induci faciant 
corporalem, juxta consuetudinem et morem ecclesie nostre, in quantum 
in eis est et pertinere potest ad eosdem, adhibitis solemnitatibus in 


239 


talibus consuetis adhiberi. Datum Ingulis sub sigillo nostro die decimo 
mensis Novembris anno Domini MOCCLXXX tercio.'’ — Acta cap. 
13 Nov. 1883. 


1393 (n. s.), 10 Février. sacquzs pe MEYERE, chanoine 
de la 5° prébende, nommÁé par le prévôt Sigerus de 
Beka. Il fut élu cantor, la 20 Septembre 1400, et 
mourut en 1409 (1). 


‘““ Eodem die receptus fuit in scolasticum et positus in possessionem per 
D. decanum D. Jacobus Meyere. 

Tenor litterarum: Sigerus de Beka prepositus S. Donatiani……. dilecto 
nostro D. Jacobo Meyere, canonico ecclesie nostre S. Donatiani salutem. 
Soolastriam quam nuper in ecclesia nostra S. Donatiani obtinuit Mg" 
Guillelmus de Lapide ultimus possessor ejusdem, ad nostras collationem 
et provisionem pleno jure spectantem, nunc liberam et vacantem per 
mortem ejusdem Mg" Guillelmi, vobig conferimus et de illo providemus…. 

Datum Brugis sub gigillo nostro die VIII (Febr.] anno Domini 
MCCOXCII." — Acta cap. 10 Febr. 1898 (n. s.). 


1400, 20 Septembre. GuiuraumE pe FOSSA ou VAN DER 
GRACHT, licencié-òs-lois, bénéficier de la 25° pré- 
bende, nommé par le prévôt Baudouin de Niepa, 
en remplacement de J. de Meyere, qui venait d’être 
promu à la dignité de grand-chantre. Il avait fait 
ses études à l’universitó d'Orléans, comme l’attes- 
tent des litterce scolarmtatis. S'il faut en croire 
Foppens, van der Gracht, originaire du diocèse 
d’ Arras, appartiendrait à la noble famille qui donna 
au monastère des Dunes le vénérable abbé Ides- 
balde, mort en odeur de sainteté. Il mourut le 
8 Août 1420, après avoir célébré son jubilé de 
cinquante ans de canonicat (*). 

‘< Et quia scolastria huj. eccl. per promotionem predictam [D. Jacobi 

Meyere ad cantoriam] vacabat in manibus R patris D. B[alduini de 


Niepa) prepositi huj. eccl., idem Rev®*'* pater eandem cum juribus suis et 
pertinentiis universis contalit venerabili viro Guillelmo de Fossa, licen- 


(1!) ForpPens, Compendium etc., p. 97. C'est par erreur que de Meyere 
s’y trouve mentionné comme cantor en 1396. 
(2) FoPPENs, Compendium etc, p. 178. 


240 


tiato in legíbus canonico huj. eccl., et eidem providit de eadem, investiendo' 
ipsum per biretí sui traditionem presentialiter. Et dictus Mg* Guillelmnus 
petit instrumentum, et dictus Rev*®* pater mandavit per me Balduinum 
fieri litteras collationis sub sne prepositure sigillo, ei sit opus. Actum in 
ganctuario huj. eccl. die XX Septembris, presentibus D. Petro de Querou 
canonico huj. eccl. et Johanne de Hagha clerioo prepositure, testibus ad 
hoe vocatis, etc.'’ — Acta cap. 20 Sept. 1400. 


1421 (n.s.), 20 Fóvrier .Trfoporic BATENSOEN ,pourvu, 
par voie romaine, de la prébende et de l’écolâtrie 
vacantes par la mort de G. de Fossa. 


‘“< Eadem die D. Theodoricus Goby canonicus ecclesie S. Petri Leo- 
diensis, procurator et eo nomine Mg“ Theodorici Batensoen, presentavit 
DD. litteras apostolicas et processus super collatione canonicatus et 
prebende necnon scolastrie huj. eccl., quos dum vixit Mg" Guillelmus de 
Fossa obtinere golebat, supplicans et requirens nomine quo supra ad 
eosdem admitti et in possessionem poni et induci. Quibus litteris aposto- 
licis et processibus in parte de mandato DD. per me lectis, iidem DD. 
aliquali deliberatiene habita, volentes apostolicis obedire mandatis, eum 
procuratorem nomine prefati Mg" Theodorici Batensoen admigerunt et in 
possessionem dictoram canonicatus, prebende et scolastrie per Egidium 
de Munte eorum concanonicum indaci fecerunt, stallum in sinistra parte 
chori et locum in capitulo assignando, juramento solito per eum in 
animam Mg" sai prestito cum ceteris golemnitatibus et pulsu campane 
capitularis golitis et consuetig, presentibas Gerardo de Polslawer canonico 
Beate Marie (Tungrensis,?} Mg"° Balduino f° Balduini et Johanne Walteri 
et quamploribus aliis testibus., — Sign. DE PLACEA.''— Acta cap. 20 Febr. 
1421 (n. s.)}. 


1438, 7 Novembre. GUILLAUME DE SARS, successeur de 
Batensoen comme chanoine de la 25° prébende et 
comme écolâtre, nommé également via romana. IÌ 
était camérier du Pape, mais n’avait pas encore 
regu les ordres majeurs. 


“Anno Domini M CCCC XXXVIII die septima mensis Novembris 
coram DD. meis in capitulo ad sonum campane congregatig comparuit 
Mg' Balduinug de le Poele cantor et canonicus huj. eccl. et procurator 
Mg“ Guillelmi de Sars D. N. pape cubicularii,…… In vim processuum…, 
super literis apostolicis et gratia dicto Mg" Guillelmo facta per D. N, 
papam de canonicatu et prebenda ac scolastria hujus ecolesie vacantibus 
per obitum Mg"! Theodorici Batensoen…. petiit ge ad dictos canonicatum 
et prebendam ac soolastriam admitti… DD. mei prehabita deliberatione 
eundem procuratorem nomine magistri sui, prestito per eum juramento 


241 


Canonicorum solito, admiserunt…. et per Mg"*** Jacobum Busvardi man- 
daverunt sibí stallum et locum assignart ín pavimento ohorí secundum 
consuetudinem ecolesie quie in sacris non erat…. etc, '' … Acta cap. 
7 Nov. 1486. 


1441, 26 Juin. aiures DE BEVERSLUUS snooède à de 
Sars.par vole de permutation. Ses lettres de oolla- 
tion Émanent du próvôt David de Burgundia. Il 

‚ n’était encore que simple clerc. 


“ Die lune XXVI Junit comparuit in capitulo… Egidius Beversluus 
clericus Tornacensis diocesig et exhibuit litteras D. prepositi super colla= 
tione canonicatus et prebende huj. eccl. necnon officii scolastrie ejusdem 
per eundem D. prepositum gibi factam et requisivit se ad eog ac ipsorum 
possessionem admitti. DD. mei cantor et capitulum, audita lectura litte. 
rarum predictarum, avisaverunt D. Egidium quod scolastria huj. eccl. 
est simplex officium non annexum alicui prebende et quod prebenda sibi 
collata erat subdyaconalis et interrogaverant eum utrum ipse vellet 
assumere et adimplere onus sue prebende incumbens, qui reverdit quod 
ita. Tuno DD. admiserunt enm galvis juribus consuetis et salva fide. 
jussione per eum danda de indempnitate capituli… Et prestito per 
eundem Egidium juramento canonicorum solito, fait dactus ad choram 
ad magnum altare, ubi obtulit aurum et deinde per Mg"*= Henricum 
Clapdorp canonicum fuit sibi locus assignatus ad latus ginistrum in 
pavimento, quia non erat in sacris, et reversus ad capitulum aperuit 
ibrum Evangeliorum et legit in eo et fnit tunc receptus ad osculam 
pacis, presentibus…. etc. 

Tenor litterarwm D. prepositi sequitur et est talis: 

David de Burgundia prepositus eccl. B. Donatiani Brugensis, Tornae 
censis diooesis Flandrieque cancellarins, dilecto nobis in Christo Egidio 
Beversluus clerico Tornacensis diocesis salutem in Domino sempiternam. 
Oanonicatum et prebendam necnon soolastriam eccl. 9. Donatiani Brug. 
quos nuper in ea Mg" Guillelmus de Sars obtinebat ad meam collationem 
et provisionem pertinentes nuno liberos et vacantes per resignationem 
de eis per Joannem Hovin curie episcopalis Tornacensis juratum nota- 
rium procuratorem dicti Mg"! Guillelmíi ad hoe specialiter constitutum 
nomine procuratorio ipsius et pro ipso in manibus nostris sponte factam 
et per nos gratioge admissam, causa temen permutationis et non aliter 
fiende de ipsis vobiscum, ad custodias seu matricularias ecolesiarum 
S. Nicolai Gandensis, de Eokerghem, de Chaeftinghe B. Matie et de 
Arlebardi cappella, alias Slyppen, cum duis dependenciis, videlioet cum 
custodia et scolastria de Steene, soolastriisgte ipsius looi de Arlebaldi 
capella, de Leffinghe, Mannekinsvere et de Willekinakercke eidem matri- 
cularie de Arlebaldi capella adnexis, rvobis presenti et acceptanti cum 


16 





242 


plenitudine juris canonici ao guis juribus et pertinentiis universis tenore 
presentium couferimug et de illig etiam providemus investiendo vos de 
eisdem per presentium traditionem litterarum….. 

Datum Brugig in domo habitationis nostre sub nostri appensione 
sigilli. Anno Domini 1441 mensis vero Junii die 24. ” — Acta cap. 
26 Jun. 1441. 


1474, 18 Avril. seaAN COOLBRANT, chanoine de la 12° 
prébende, succâde à Beversluus décédé, en vertu 
de lettres de collation données par le próévôt 
Antoine Hanneron, en date du 20 Juillet 1473. 


«< Venerabilis vir Mg" Jo. Coolbrant petiit a DD. poni in possessionem 
realem et actuale scolastrie huj. eocl. vacantis per obitum D. Egidii de 
Beversluus. Cum in mediam exhibuit illius collationem sibi factam…. 
Cujus tenor sequitur et est talis ; 

— Anthonins Hanneron, prepositue ecclesie Sancti Donatiani Brugensis, 
Tornacensis diocesis ac Flandrie cancellarius, dilecto nobis in Christo 
magistro Johanni Coolbrant, canonico prebendato ecclesie nostre pre- 
dicte, salutem. Scolastriam ecclesie nostre, nuper per obitum seu 
decesaum magistri Egidii de Beversluus, dum viveret etiam prefate 
ecolesie canonici prebendati, ad nostras collationem, provisionem et 
omnimodam dispositionem pleno jure spectantem et pertinentem vacan- 
tem, vobis presenti et acceptanti propter Deum contnlimus et conferimus 
per presentes, quooirca….. Datum Mechlinie.... anno 1473, mensis Julii 
die vicesima. — DD. matura deliberatione prehabita poni fecerunt eum 
in possessionem…. etc. ** — Acta cap. 18 April 1474. 


1480, 19 Octobre. PierRE DE LIGNO, doeteur-ês-décrets, 
chanoine de Saint-Donatien, nommé probablement 
par le prévôt, en remplacement de J. Coolbrant, 
décédé. Adrien Milot, titulaire de la 25° próbende, 
lui dispute inutilement l’écolâtrie. Élu doyen du 
chapitre le 5 Avril 1492 (n. s.), de Ligno meurt le 
12 Septembre suivant, avant d'avoir pris possession 
de sa nouvelle dignité. Il était aussi próvôt de 
Saint-Hermès à Renaix (Ì). 

‘“ Mg' Petrus de Ligno ostendit in capitulo collationem sibi factam de 


gcolastria ecolesie S. Donatiani Brugensis, petens admitti. DD. delibe- 
ratione previa, dictum Mg"*" Petraum de Ligno in scolasticum receperunt 


(!) FoPPEns, Compendium etc, pp. 83, 178. 


243 


modo et forma consuetig et juramento….; proviso quod idem Mg* Petrus 
promitteret jura et consuetudines scolastrie intertenere et inter cetera 
quod litteras capitulares et missivas que verbig latinis mitterentur, 
conficere haberet, vel confectas visitaret et dirigeret et similiter super- 
intenderet de lectionibus in ecclesia legendis, et alia faceret prout moris. 
Que premigsa idem Mg" Petrus de Ligno promisit et gio fuit admissus. * 

‘D. et Mgr A. Milot canonicus huj. eool. inginuavit DD. meis diligentias 
factas per eum nomine proprio et pro se super scolastria huj. eccl. 
vacante per obitum M. Jo. Coolbrant, et exhibuit litteras expectativas et 
processus apostolicos. DD. mei habuerunt dictas diligentias pro insinua- 
tis. ” — Acta cap. 19 Oct., 4 Deo. 1480. 


1495 (n. s.), 18 Mars. sean BONIVICINT ou GOETGE- 
BEUR, nommé par le Pape. 


‘< Postrermo deputati sunt venerabiles DD. decanus et Bogaert ad 
communicandum cum Mg"° Joanne Bonivicini qui petit recipi in scolag- 
ticum huj. eccl. virtute unius nude gupplicationis, per quam papa eidem 
contulit dictam scolastriam, per obitum quondam Mg" Petri de Ligno 
dicte scolastrie novissimi possessoris vacantem. ’” 

“< Tune Mg Joannes Bonivicini rogavit DD. prout fecit die capitulari 
preterita quod DD. eum admitterent ad scolastriam huj. eccl. DD. mei, 
provigo quod illa (supplicatione) non utatur quodque illi renunciet, eum 
receperunt. Quo audito, dictus Bonivicini illa supplicatione non uti 
promisit et prestitit juramentum de legaliter scolastrie deserviendo et 
circa scolas et rectorem oculam habere, necnon missivas capitulo directas 
recipere ac illaram litterarum gecundum quod DD. dictaverint respon- 
Sionem scribere et inductus est in possessionem per D. Johannem Egidii 
receptorem fabrice et etiam ad gcolas per dationem virge in manu sua 
et palmeti, cum observatione singularum solemnitatum debitarum et 
consuetarum. ” — Acta cap. 16, 18 Martii 1495 (n. s.). 


1501, 19 Octobre. zrÉvinN pe JONCHEERBE, docteur-ès- 
lois, chanoine de la 2° prébende. 


Jean Bonivicini avait obtenu de Rome la faculté 
de résigner l’écolâtrie entre les mains de Louis 
Barradot, doyen de Notre-Dame à Courtrai, juge 
et exócuteur désigné à cet effet. Jacques Hemme, 
chanoine de Saint-Donatien, muni de lettres 
patentes délivrées par Barradot et portant collation 
à lui faite de l'écolâtrie, demande au chapitre à 
être mis en possegsion de son office. Lies chanoines 





244 


récusent les lettres et procódent à l'élection d’un 
nouvel écolâtre. Leur choix tombe sur Liévin de 
Joncheere. 


‘< Mg" Jacobus Hemme canonicus huj. eool. presentavit DD. quasdam 
litteras patentes venerabilis viri D. ac Mg"! Ludovici Barradot decani 
.ecclesie B. Marie Curtracensis per quas, ut asseruit, constabat officium 
goolastrie huj. eccl. quod obtinere solebat honorabilis vir Mg" Johannes 
Bonivicini per ipsius puram liberam et simplicem resignationem in 
manibus dicti Mg" Ludovici decani, judicis et execntoris quoad id per 
dictum Mg"*" Johannem in vim facultatis sive licentie permutandií sibi a 
Sancta Sede apostolica conoesse electi et assumpti, factam et per eumdem 
D. decanum judicem admissam vacans, pro tuno sibi Mg*° Jacobo collatam 
fore et etiam de illo cum guis juribus et pertinentiis universis provisum. 
Quapropter petiit et rogavit dictus Mg" Jacobus DD. meos quatenus 
ipsum ad officium scolastrie et in scolasticum huj. eccl. recipere et 
in illius corporalem, realem et actualem possessionem ponere et inducere, 
seu poni et induci mandare dignarentur, cum solemnitatibusg ad id requi- 
sitis. DD. mei habita in et super hujugmodi petitione deliberatione 
aliquali, responderunt eidem Mg’ Jacobo quod cum maturitate volebant 
examinare suas jam exhibitas litteras et quod hora 2* post meridiem circa 
initium vesperarum omnes DD. canonici convenirent in loco capitulari 
et tunc respouderent prout de jure sentirent respondendum. Adveniente 
dicta hora 2* post meridiem, omnibus DD. decano et canonicis in loco ipso 
capitulari capitulariter congregatis et existentibus, Mg" Jacobus supra- 
dictus petiit et rogavit denuo ad possessionem scolastrie recipi. DD. mei 
in absentia ipsius Mg"! Jacobi et etiam in absentia Johannis Bonivícini 
resignantis, ad longum viderunt et examinarunt jam exhibitas litteras 
et illarum tenorem et tandem, consideratis omnibus que circa hoo congi- 
deranda videbantur, respondendam esse conclugerant prout et de facto 
dictis Mgr" Jacobo et Johanni in capitulo reversis per organum D. 
decani responderunt: quod certis causis et motivis animos eorum ad 
id moventibus et inducentibus non poterant nec intendebant admittere 
litteras exhibitas per ipsum Mg"“* Jacobum nec etiam eum ad posseg- 
sionem scolastrie recipere illarum vigore, declarantes expresse quod, 
attenta vacatione ipsius scolastrie per resignationem supradicti Mg" 
Johannis Bonivicini, ipsi procederent etiam illico ad electionem seu 
nominationem novi gcolastici. De qua responsione prefatus Mg" Jacobus 
fuit male contentus et protestatus fuit expresse de suis loco et tempore 
ezseguendo et etiam defendeudo jus suum quod pretendebat in dictam 
scolastriam. Qua protestatione non obstante DD. mei persistentes in sua 
responsione et conclusione, aboedentibus diotis Mgri* Jacobo Hemme et 
Johanne Bonivicini, processerunt ad electionem sive nominationem novi 
scolastici et omnes concorditer et unanimiter, excepto Mg" Nicolao 
Breydel, omnibus modo et forma quibus potuerunt et debuerunt meliori- 


245 


bus, elegerunt et nòminarunt venerabilem et circongpectum virum D. et 
Mg" Livinum de Joncheere,legum doctorem,ibidem presentem confratrem 
suum in et ad officium scolastrie huj. eccl., ipsumque Mg"** Livinum qui 
electioni et nominationi de persona sua factis suum prebuit assensum, in 
scolasticum dicte ecclesie pronunciarunt et publicarunt. Quibus omnibus 
Bio actis de mandato et auctoritate capituli Mg" Ghysbertus de Scoonovia 
receptor fabrice, in presentia plurium DD. canonicorum, mei notarii, ac 
testium infrascriptorum, eumdem Mg"t® Livinum electam, ad scolas 
hujus ecclesie precedente virgifero capituli, ut moris est, duxit et 
inibi ipsum in corporalem, realem êt actuslem pogsessionem dicti officii 
scolaatrie per aasignationem loci in eisdem scolis et traditionem virgarum 
ao alias prout melius potuit et debuit posuit et induxit, cum aliis solem- 
nitatibus requisitis. Supra quibus omnibus tam dicti DD. quam etiam 
ipse Mg" Livinus petierunt et petit instrumentum publicum unum vel 
plurs a me notario infrascripto. Testes ad installationem et possessionis 
induotionem in scolis fuerunt Remigius Louf Pbr et de Molendino clerici 
installati hujus ecclesie. Sign. J. DroNisrr Not."— Acta cap. 19 Oct. 1601. 


1502, 2 Mai. sacques HEMME, ancien rector scholarum, 
bénéficier de la 19° prébende, admis comme écolâtre 
en remplacement de Liévin de Joncheere qui, sur 
les instances des chanoines, avait donné sa démis- 
sion aux fins de conserver la paix entre le chapitre 
et le prévôt revendiquant le droit de conférer 
Vécolâtrie. 


7 Die Veneris penultima mensis Aprilis, DD. in loco capitulari capita- 
lariter congregatis, honorabilis et scientificus vir Mg" Livinus de Joncheere, 
legum doctor et canonicus huj. ecol., pride per capitulum electus ad 
‘officium soolastrie et in scolasticum ecclesie, ad instantes preces DD. et 
ad finem qood pax et concordia remanere poterit inter D. Reva archie- 
piscopum Bisuntinum prepositum huj. eccl. qui dictam officium scolastrie 
ad ipsing collationem pertinere pretendit et DD. meos de capitulo, et 
etiam ad rogatum spectabilis viri Jheronimi Lauryn thesaurarii generalis 
IN! principis noetri ibidem presentis, omni juri, liti et cause sibi in et 
ad dictam officium scolastrie quomodolibet competentibus, in mei notarii 
publici et testinm ad id vocatorum presentia, palam, publice et expresse 
cessit et renunciavit ao per presentes renunciat, actam sive instrumen- 
tum publicum cuilibet petenti super premissis fieri et dari consentiendo. 
Actum in loco supradicto, pregentibus ibidem honorabilibus viris Adriano 
Drobbe et Nicasio Hanneron procuratore prefati Ill=i D. archiepiscopi 
testibus ad premissa vocatis specialiter ac rogatis et me 

JoHANNE Droxisri Nor. ” 


246 


«< Mg" Jacobus Hemme receptus fuit in scolasticum et admissus ad 
officium scolastrie huj. ecol. Qui prestitit juramentum per gcolasticosg 
prestari consuetum… etc. ** — Acta cap. 29 April, 2 Maii 1602. 


1504, 14 Août. ran LAMMINS, chanoine de la 19° pré- 
bende. Quoique Lammins soit pourvu de l’écolâtrie 
par Léon de Sancto Vedasto, vicaire gónéral du 
prévôt Georges de Bavière et agissant au nom de 
celui-ci, le chapitre se permet de l'élire clandes- 
tinement et de l’admettre en vertu de cette élection. 
Léon de Sancto Vedasto proteste contre la oonduite 
des chanoines et revendique en faveur du próvôt 
la faculté de conférer l'office d’écolâtre, que le 
droit et la coutume lui ont toujours reconnue. 


‘« Vacante scolastria huj. eccl. per obitum quondam Mg" Jacobi 
Hemme Pb“ et canonici ejasdem ecclesie ipsias scolastrie ultimi posses- 
goris, DD. mei elegerunt et admiserunt ad eandem Mgt” Johannem 
Lammins eorum confratrem et concanonicum presentem et acceptantem. 
Qui prestitit juramentum per scolasticos prestari consuetum… etc. *° 

« Tuno comparuit ibidem venerabilis Mg" Leo de Sancto Vedasto, 
canonicus et vicarius D. prepositi hujus ecclesie et ibidem coram DD. 
meis in presentia Mg" Bernardini de Curia notarii et testium ad hoc 
vocatorum, fecit et legi petit quandam suam protestationem scripto 
requirens eandem in registro dicti capituli inscribi. DD. mei audita 
dicta protestatione, licet in eam non consenserint, annuerunt petitioni 
Sue, cujus tenor sequitur et est talis: Licet alias scolastriam ecclesie 
S. Donatiani Bragensis, Tornacensis diocesis, oujus collatio, provisio et 
omnimoda dispositio, quotiens illam vacare contingat, ad prepositum 
dicte ecdlesie pro tempore existentem et non alium seu alios, tam de 
jure quam de consuetudine spectare dinoscitur, per obitum Mg"! Jacobi 
Hemme illius ultimi pacifici possessoris vacantem, ego, Leo de Sancto 
Vedasto canonicus prebendatus dicte ecolesie, Illustrissimi D. Georgii 
comitis palatini ex ducibus Bavarie prepositi ejusdem ecolesie vicarius 
generalis, ad dictam scolastriam conferendam sufficienti mandato atque 
facultate munitus, eandem soolastriam venerabili viro D. Johanni Lam- 
mins auotoritate dicti D. Georgii prepositi contulerim et assignaverim, 
eique de illa unacum suis juribus et pertinentiis universis providerim, 
egoque et dictus D. Johannes Lammins litteras oollationis desuper in 
forma debita expeditag vobis DD. decano et capitulo dicte ecclesie 
S, Donatiani in loco capitulari congregatis capitulariter presentaverimus, 
ut earam vigore prefatum D. Johannem Lammins in gcolasticum recipe= 
retis et ad íllius juramentum admitteretis, eratque, prout adhuc est, 


247 

idem D. Johannes vigore earum collationis litteraram in scolasticum per 
vos recipiendus et ad juramentum dicte scolastrie admittendusg, attamen, 
vos DD. decane et capitulum, me et dicto D. Johanne Lammins per 
vestram ordinationem a loco capitulari egressis, interea quo existimabam 
vos super materia receptionis et admissionis dicti scolastici deliberare 
neque me neque dicto D. Johanne Lammins vocatis aut alias advisatis, 
eundem D. Johannem ad dictam soolastriam tamquam modo premisso 
vacantem, clandestine nominare sive eligere et eum pretextu vestre 
nominationis seu pretense electionis in scolasticum recipere et admittere 
pregumpsistis, licet tamen nulliter, etiam de facto, quasi tota dispositio ad 
vos spectaret et pertineret, dictamque pretensam nominationem seu 
electionem gic per vos nulliter factam in actis registri vestri capitalaris 
registrari fecistis, his et aliis modis illicitis dietum D. Georgium prepo- 
Sìtum suo jure collationis spoliare intendendo, et quantum in vobis est 
spoliando aut galtem jus oollationis dicto D. preposito spectans et perti- 
nens usurpando et eum in sua pacifica possessione confereudi dictam 
scolastriam turbando et molestando. De quibus omnibus et gingulis 
gio per vos attemptatis revocandis, injuriisque dampnis et interesse dicto 
D. preposito et michi ejus vicario per premissa illatis, reparandis et suis 
loco et tempore prosequendis, in presentia notarii et testium hic astan- 
tium expresse in hijs scriptis protestor. "* — Aeta cap. 14 Aug. 1504; 
28 Jul. 1506. 


1511, 10 Novembre. aurvaumE BERTRAND, docteur- 
ès-décrets, chanoine de la 18° próébende, nommóé 
probablement par le prévôt en remplacement de 
Jean Lammins, qui, Élu grand-chantre le 15 Sep- 
tembre, avait róésigné l’office d’écolâtre. G. Bertrand 
était en même temps próvôt de Sainte-Pharaïlde 
à Gand. 


« Quia DD. meis legitime constitit quod scolastria huj. eecl., vacans 
per simplicem resignationem venerabilis viri Mg" Johannis Lammins 
ipsius scolastrie ultimi poesessoris, collata fuit cum guis juribus et perti- 
nentiig universis venerabili viro Mg'° Guillelmo Bertrando decretorum 
doctori, presenti et acceptant, idem Mg" Guillelmus de mandato capituli 
fuit per venerabilem viram D. Victorem Brunync in scolis dicte ecclesie 
in corporalem, realem et actualem possessionem ipsius scolastrie jurium- 
que et pertinentiarum suorum omnium introductus et illic de eisdem per 
traditionem virge investitns, adhibitis aliis solemnitatibus debitis et 
requisitis. ” — Acta cap. 10 Nov. 1611. 


1524 ?, ….….? sean Dm FENYN. Nous n’avons pas trouvé 
l'acte de son admission. Il est probable qu’il fut 





248 


nommé en remplacement de G. Bertrand, éla cantor 
le 15 Juin 1524. J. de Fenyn, brugeois, juris 
utrsusque doctor, était cólbre par son érudition et 
ges vastes connaissances, puisées dans les universitós 
de Louvain, de Pavie, de Bologne et de Rome. Il 
écrivit plusieurs ouvrages pour l'enseignement de 
la philosophie et fut Fami d’Érasme avec lequel il 
entretint un commerce épistolaire. Il mourut le 
23 Octobre 1555. 


1555, 11 Décembre. arorars pu VRIESE, bénóficier de 
la 31° prébende, nommé par le prévót. Les chanoines 
en l’admettant font une réserve touchant le droit 
du chapitre d’élire l'écolâtre. G., de Vriese reste 
en fonctions jusqu’à sa mort, arrivée le 24 Février 
1574 (n.s.), trois ans après l’érection du séminaire. 


“ Mg" Georgius de Vriese virtute litterarum collationig scholastrie 
huj. ecol. a D. preposito emanatarum, admittitur ad eandem scholas- 
triam, jure electionis DD. de capitulo ad eamdem scholastriam compe- 
tente salvo remanente. *” 

«€ Mg* Georgius de Vriese novissimo die capitulari ad scolastriam huj. 
ecol, admissus, prestitit juramentum per scolasticos prestari consuetum, 
videlioet, quod litteras missivas capituli specialiter latinis verbis confi- 
ciendas, ípse conficíet vel confectas visitabit et diriget, bonaque et jura 
ipsias scolastrie pro posse suo conservabit et defendet et quod habebit 
superintendentiam circa lectiones legendas in choro,ac alia omnia faciet, 
ad que scolasticus huj. eocl. ex consuetudine antiqua obligatur et 
tenetur. Quoquidem juramento gio prestito, idem Mg* Georgius fuit de 
mandato et auctoritate capituli per D. fabricarium positus et, inductus in 
possessionem gcolastrie predicte juriumque et pertinentiarum omnium 
ejusdem in scolis ejusdem ecolesie et illic investitus de eisdem per 
traditionem virge et ferule more solito, cum aliis solemnitatibus ad id 
requisitis, presentibus Mg“ Francisco du Quesnoy rectore scholarum et 
Joanne Lescornet ostiario capituli testibus ad premissa vocatis et rogatia. 
mm Ácta cap. 11, 16 Deco. 1556. 


249 


CHAPITBE IV. 


CHAIRES PUPLIQUES DE TEÊOLOGIE ET DE BELLES-LETTRES 
FONDÉES A BRUGES PAR JEAN DE WITTE, EVEQUE DE CUBA. 


Comme l'école de Saint-Donatien est le berceau 
du futur séminaire, ainsi la fondation Cuba en sera, 
dans la suite, le plus solide appui. C'est à ce titre 
que nous devons faire connaitre cette institution. 


Jean, issu de l’ancienne et noble famille deg de Jean de Witte, 


Witte (Ì) (sago togaque illustris), naquit à Bruges 
le 6 Août 1475. Jeune encore, il fut envoyé par 
ses parents en Espagne, pour s'y former aux affaires 
commerciales. Mais, plus porté vers la piété et la 
religion qu'avide d’honneurs et de richesses, 1] prit 
habit des enfants de Saint-Dominique au couvent 
de Saint-Paul à Valladolid (*). Ses vertus et sa 
science attirèrent bientôt sur lui l'attention et l'en- 
levèrent à sa retraite. 


(1) Voir Histovre du Séminaire de Bruges, T. II, Documenta, 
p. 49, note 1. — D'après P. Lepourx (Levens der vermaerde man- 
nen der stad Brugge, (msc.) V° Joannes de Witte), Jean était fils de 
Jean de Witte, seigneur de Ruddervoorde, conseiller des duca de 
Bourgogne, comtes de Flandre, et de Marie Hoose, petit-fils de 
Josse de Witte et de Jacqueline de Baenst, et arrière-petit-fils de 
Pierre de Witte et de Barbe van Aertrycke. 

(2) D'autres disent dans le couvent de Salamanque. Voir: Saurer, 
Infulae Belgicae Ord. FF. Praedicatorum, Tornaci 1666, p. 7. — 
LAURENT ViraLi donne la description du couvent de Valladolid 
dans sa Relation du premier voyage de Oharles-Qwint en Wepagne, 
publiée dans la Oollection des voyages des eouverains dee Pays-Bas, 
par GACHARD et Prior, Bruxelles 1881, T. 8, p. 160, “ De la 
beauté de ung colliege et ausey de ung monaatère de frères de Sainct 
Dominteque. *’ | 


religieux doe 
minicain, 


250 


Philippe-le-Beau et Jeanne d’ Aragon, proclamés 
roi et reine de Castille, de Léon et de Grenade, à la 
mort d’Isabelle (1504), s'embarquèêrent le 10 Jan- 
vier 1506, pour aller recueillir la succession qui 
leur était échue. Avant de quitter les Pays-Bas, 
Philippe ordonna ‘““ que Monseigneur le duc Charles 
son filz, et aussi trois de ses filles [ c'est-à-dire Éléo- 
nore, Isabelle et Marie } demoureroient en la ville de 
Malines jusques à son retour ou qu'il en ordonneroit 
aultrement (!).’” Mais le nouveau roi de Castille 
mourut à Burgos (°), le 15 Septembre, cinq mois 
après son arrivée en Espagne, et la tutelle de ses 
enfants fut confiée à son père et leur aïeul, l'empe- 
reur Maximilien [. 


précepteurdes Dans la prévision des futures relations des 


filles de Phi- 


lippe-le-Beau, 


jeunes princesses avec des peuples différents, peut- 
être déjà Philippe, ou plus probablement Maximi- 
lien, après la mort de son fils, songea à leur donner 
un précepteur, joignant à la piété, la connaissance 
des langues flamande et espagnole. Le choix tomba 
gur le dominicain Jean de Witte, qui, à raison de 
Sa naissance en Flandre et de son séjour en 
Espagne, parlait les langues de ces deux pays. 
D'ailleurs, l'ordre des Frères-Prêcheurs était en 
haute estime auprès de la cour et en avait la con- 
fiance. Ainsi, à exemple de Philippe-le-Bon, duc de 


(1) Collection des voyages etc, T. I, p. 461 : Deuaième voyage de 
Philippe-le-Beau en Eepagne en 1506. 

(?) C'est sans doute un lapsus calami qui fait éorire à M.GaALEsLOOT, 
que Philippe mourut à “ Bruges.” Voir: Marguerite d' York, dans 
les Annales de la Société d' Emulation, T, XXX, p. 819. 


251 


Bourgogne, qui avait eu pour confesseur le Frère 
Simon de Laude (!), du couvent de Douai, évêque 
de Sélivrée (Selymbria) (%) in partibus infidelvum 
(x 1463), Maximilien s’était choisi comme directeur 
de ga conscience, le Frère Nicolas Brugman (®), du - 
couvent de Gand, également évêque de Sélivrée 
(x 23 Avril 1493). En 1490, il avait confié l'in- 
struction de son fils unique Philippe-le-Beau au 
Frère Michel Francois (*), du couvent de Lille. 
Celui-ci devint ensuite le conseiller, l'aumônier et 
le confesseur de son jeune élève, et après la mort 
du Frère Brugman, fut à son tour nommé évèque de 
Sélivrée par le Pape Alexandre VI, le 15 Juillet 
1496. Lorsqu’en 1502, Jeanne, étant devenue héri- 
tière présomptive des couronnes de Castille et 
d'Aragon, par le décès de son neveu don Michel, 
larchidue et son épouse projetèrent leur premier 
voyage en Espagne, le Frère Michel Francois s'ex- 
cusa auprès du prince d’entreprendre une aussi 
longue traversée, que son âge et ses infirmités 
rendaient périlleuse; après lui avoir procuré un 
autre confesseur, le Frère Jean Lampier, du cou- 


() B. De Jonacue, Belgium Dominicanum, Brux. 1719, p. 191. 

(2) On traduit communément ““ episcopus Salubriensie ” par 
évêque de Salubrie, ’ mais le vrai titre de ce siège est Selymbria. 
Voir B. RexsBry, Saint Gilles, ea vie, ses reliques, eon culte en Bel- 
gique et dans le Nord de la France, Bruges 1881 T.I, p. 80 n.4. — 
Selymbria, petite ville de la Turquie d'Europe, est appolée aujour- 
d'hui Sélivróe. 

(©) B. De Jonaue, Relg. Dom., p. 66. 

(©) Qouzetir et EcHarp, Scriptoreg ordinie Praedicatorum, Luut. 
Paris. 1721, T. II, p. 7. — Buzeuinus, Gallo- Flandria sacra et pro- 
fana, Duaci 1624, Lib. 1. p. 31. 








252 
vent de Bruxelles, il se retira à Malines auprès de 
Marguerite, veuve de Charles-le-Téméraire, dans 
intention d’instruire les enfants confiés à la garde 
de cette princesse; mais il mourut le 2 Juin 1502, 
quelques mois avant le départ de la cour. 

Le Frère Jean Lampier (!), devenu confesseur de 
Philippe, l'accompagna en Espagne, une première 
fois en 1502, une seconde fois en 1506; à cette 
dernière époque, il était déjà évêque de Sélivrée. 
Ce fut lui qui ferma les yeux au duc mourant, à 
Burgos, et devint le confesseur et le conseiller du 
jeune Charles et de toute la famille royale. Il mou- 
rut à Malines en Octobre 1509. 


En confiant l'instruction des princesses à Jean 
de Witte, de ordre de Saint-Dominique, la cour 
ne fit donc que suivre ges anciennes traditions. 


Nommé précepteur (?) d'Éléonore et d'Isabelle, 


(1) B. Da Joxarr, Belg. Domin., p. 343. — Jean Lampier était de 
Nivelles (Nivigella). — Si l'on compare les agsertions de De Jonghe 
avec les relations des voyages de Philippe-le-Beau, c'est bien ce 
religieux qu'il faut reconnaitre sous les dénominations suivantes : 
‘“Aujourd'huy (l nov. 1501)... monseigneur l'archiduc.…… or- 
donne…. que, durant son prochain voyaige d'Espaigne, il ge veult 
et entend servir des cy-dessoulz nommez etc.…… 

Grande chapelle. 

Frère Jehan de Noyelles, (liscz Nivelles), jacobin, à xvr sols. 
Monseigneur a retenu ce frère Jehan son confesseur dès le xr de 
Novembre 1501, à xvr sols par jour, et ordonné le ingoripre en ces 
ordonnances. ”’ — Oollection des voyages eto., T. I, p. 845. 

« Rôle des officiers de la maison de Philippe le Beau au 
8 Juin 1506." 

Grande chapelle. 

’Evesque de Salubrye, zuvim s. *’ — Ibid, p. 524. 

(2) Quant À l'époque de la nomination de de Witte, nous ne 
pouvons pas la préciser exactement, Toutefois, elle doit dater 


253 
le religieux, s’il n'était pas déjà aux Pays-Bas, y 


revint (*) pour leur enseigner la religion et les 
langues. Il était en même temps le confesseur 


d'avant Avril 1509, comme le prouve le document que voici: 
« Je Jehan de Witte, frère de l'ordre de saint Dominike, confesseur 
de madame Lienor d’Austrice et de Bourgoigne eto., confesse avoir 
receu de Jehan Micault, conseillier et receveur général de toutes 
les finances de 1’ Empereur et de monseigneur l'archiduc d'Austrice, 
la somme de dix neuf livres dix solz du pris de quarante gros mon- 
noie de Flandres la livre, pour don que mesdits seigneurs m'en 
ont fait de grace espécial pour une fois en considéracion des bons 
services que je leur ay faiz et fay encoires journellement alentour 
de madite dame à l’instruire à bien et autrement. De laquelle som- 
me de xrx livres x solz du pris et pour la cause que dessus je suis 
content et bien payé et enquicte mesdits seigneurs, leurdit receveur 
général et tous autres. Temoing le seing manuel de maistre Olivier 
De Kesele, secrétaire d'iceulx geigneurs cy mis à ma requeste. Lie 
xxXvii* jour d'Àvril lan milcing cens et neuf. Sign. KESRLE. ” 

— Archives du département du Nord, Chambre des comptes de Lille, 
B. 2212, pièce en parchemin. 

(1) Après l'exposé que nous venons de faire, nous croyons pouvoir 
nous écarter du récit de G. CASSANDER (Orat. in laudem urb. Bru- 
garwm) et de B. Dr JonrcuHE (Belg. Dom. p. 188), d'après lesquels 
Jean De Witte aurait été nommé précepteur des filles de Philippe- 
le-Beau, lorsque ce prince se rendit en Espagne avec toute sa 
famille. En effet, Philippe et Jeanne firent deux voyages en Es- 
pague: le premier en 1502 (4 Nov), lorsque la mort de don Michel 
rendit Jeanne, sa tante, héritière présomptive des couronnes de 
Castille et d’Aragon; le second en 1506 (10 Janv.), après le décòs 
d'Isabelle. En 1502, Éléonore n’avait que 4 ans, Charles environ 
2 ans, Isabelle quelques mois. D'ailleurs, Antoine de Lalaing dit 
expressément que les “ enfans furent mis et nourris, pendant le 
tempz de ce voyage, en la ville de Malines (*) ” et nousavons va 
que Mishel Francois se dispogait à inatruire la jeune princesse. 

En 1506, nous venous de le voir également, les enfants restèrent 
à Malines. Cela est confirmé par les paroles que Philippe prononga 
durant la tempête qu'il essuya : ““ Hélas! et que feront mes beaulx 
enffans et semblablement tous mes bons subject? (#%) * 

(*) Collection des voyages oto, T.I, p. 126, 

(**) Ibid, T, I, p. 410, 


évêque de 
Cuba, 


254 
d’Éléonore, et peu de temps après la mort du Frère 
Jean Liampier, en 1514, le pape Liéon X le nomma 
évêque de Sélivrée (1). 

En 1517, Charles-Quint et sa sceur Éléonore 
partirent pour l'Espagne (°). Le nom de de Witte 
ne se trouve pas sur la liste des personnes qui 
les accompagnèrent. En 1519, Éléonore devint 
reine de Portugal par son mariage avec Emmanuel- 
le-Grand. Peut-être le prélat continua-t-il, pendant 
quelque temps,‚de remplir les fonctions de précepteur 
auprès d'Isabelle et de Marie. Nous n'avons pas de 
détails sur de Witte de 1517 à 1528. 

À la demande de Charles-Quint, le pape Adrien 
VI avait élevé l'église de Saint-Jacques de Cuba à 
la dienité de cathédrale, le 28 Avril 1522. Le pre- 
mier titulaire du nouveau siège épiscopal fut le 
Frère Bernard de Mesa, de l'ordre de Saint-Domi- 
nique. Le Frère Sébastien de Salamanque, religieux 
du même ordre, lui succéda. Á la mort de ce der- 
nier, en 1528, l'empereur nomma évêque de Cuba 
Jean de Witte, et la nomination fut confirmée par 
Clément VII. Mais de Witte n'administra son 
diocèse que pendant deux ans à peine, car en 1530, 
à la prière d’Éléonore, qui, veuve d’ Emmanuel de 
Portugal, venait d'épouser Francois I, roi de France, 
et sur les instances de Charles-Quint, il résigna son 
siège pour accepter les fonctions d'aumônier de la 


(!) Arch. de l'État à Bruges, Archives eccléetastiquees, registre 
anépigraphe portant le n° 410, ad ann. 1514. 


(®) Collection des voyages etc, T. ILL, p. 46-47. 


259 


reine (*). Le 16 Novembre, il fut remplacé à Cuba aumônier de 


par le Frère Michel Ramirez. 
Malgré la rivalité qui régnait entre le royaume 
de France et l'empire d’' Allemagne, Jean de Witte, 


()) “ Hoc anno in ejus (Eleonore) preces declinans, et velut ex 
mandato Caesaris (Caroli V), noster J. de Witte episcopus vix a 
biennio Cubanus.…. redit, episcopatu relicto etc.” — Arch. de l'État 
à Bruges. Arch. Heel. reg. n° 410, ad ann. 1580. 

Les auteurs nes’'accordent pas au sujet l'épiscopat de de Witte. 

D'apròs CASSANDER, (Or. in laud. urb. Brug.) de Witte se conduisit 
à Cuba èn pasteur laborieux et en Évangélisateur infatigable; le 
premier, il bâtit et consacra une cathédrale dédiée au Sauveur 
(primuegue Christo servatori templum princepe, quod cathedrale 
vocant, exedificavit et consecravit). 

C'est probablement cette expression primusque etc. qui fait dire 
à (1) SANDERUS et à Piron (°) que de Witte fut le premier évôque 
de Cuba. ‚ 

LAMBRECHT (®), après avoir désigné de Witte sous le nom de pre- 
mier évêque de Cuba, hésite un instant dans son assertion parce 
qu'il avait lu dans Pierre Martyr que le siège de Cuba fut 
occupé d'abord par le Frère Bernard de Mesa; puis il explique sa 
manière de parler, en digsant que de Witte n'a pas pris possession 
de son église, mais a resigné son siège immédiatement après sa 
consécration. 

SgGurEr (“) affirme que de Witte est mort le 15 Aoùt 1540 
à Bruges, où il s'était rendu pour ge faire sacrer, avant de partir 
pour I’tle de Cuba. 

Gams ($) donne la série des Évèques de Cuba dans l'ordre suivant: 


‘ Santiago de Cuba. 
28 IV [April.] 1522 Cathedr. er. 25 XII [ Decembris ]1803 archiepisc. 
1525 cl. Joann. de Ubita [lisez Witte] O. S. Fr. [lisez 
O. S. D.] res. 1535. 
1537 intr. Mich. Ramirez de Salamanca O. S. D. 
Bernard. de Mesa, O. S. D. 1538. *' 


Q) Flandria illustrata, Hage comitum 1733, T. 2, p. 108. 

(2) Algemeene levensbeschrijcing der mannen en vrouwen can Belgie, Mechelen 1860, 
T. 1, p. 466. 

(*) Een kerckelicke historie, Loven 1590. Dédicaoe in fine, 

(*) Inf«le Belgice, p. 8. 

(5) Series episcoporum Eeclesiae catholicae, Ratisbonee 1879, p. 146, 


la reine de 


France. 


Sa retraite à 
Bruges. 


256 


gut se concilier en même temps la vénération 
d’Éléonore et l'affection de Charles-Quint. 


Après quelque temps, sentant ses forces brisées 
par l'âge, il gollicita d’Éléonore et de Charles-Quint 
la faveur de rentrer dans ga ville natale pour y 
passer le reste de ges jours. 


Il serait difficile de préciser l'époque de son 
retour définitif. En effet, on constate une première 
fois sa présence à Bruges le 20 Décembre 1580, 
date à laquelle l'évêque de Cuba officie à -I'óéglise 
de Notre-Dame, lors du service funèbre célébré 
pour le repos de l'âme de la duchesse Marguerite 
d’Áutriche (1), Deux ans après, le même prélat 


Nous avons suivi Fontana cité par De Joners, (Belg. Dom. 
p. 190) parce que à titre de Dominican rebue Ordinie et antiquita- 
tibus inquirendie et esecutiendis omnino addrctus, selon Querir et 
Bcxarp (Script. Ord. prasd. T. 2, p. 660), son autorité doit prévaloir, 
et parce que ses données se concilient mieux avec les autre détails 
sur de Witte, puisés au mso. n° 410 déjà cité. 

JANSSEN (!) suit également Fontana, et, pour expliquer la phrase 
de Cassander, conjecture que de Witte, peut-être en souvenir de 
l'église de Saint-Sauveur de Bruges, aurait enlevóle titre de cathé- 
drale à l'église de Saint-Jacques pour le donner à sa nouvelle 
église de Saint-Sauveur. 

(!) “ Die Mercurii XIII mensis Decembris, DD. de capitulo, 
receptis ex camera Flandrie litteris super celebrandis exequiis pro 
anima ducisse Margarete. fuit ordinatum quod fierent exeguie 
predicte cum pulsu trium dierum, quarum prima erit dies lune 
proxime sequentis et 2* flent vigilie cum tribus lectionibus et 
laudibus, et tercia die commendationes cum missa. 

Et fuerunt hujusmodi exequie honorifice celebrate, pregentibus 
toto collegio scabinali et tota natione Hispanorum hujus civitatis. 
In quibus exequiis missam celebravit R. D. Johannes de Witte 
Jacobita episcopus Cubensis…… Et DD. de capitalo presentarunt 
dicto R. D. episcopo quatuor kannas vini. ” — Acta cap. B. M. V. 
13 Dec. 1530. 


(1) Bijdragen tot de oudheidkunde en geschiedenis, inzonderheid van Zeeuwsch-Flaan 
deren, Middelburg 1859, bl, 188, nota 1 op bl, 149, 


257 


recommande aux chanoines de Saint-Donatien un 
religieux dominicain frangais pour les germons du 
Carême à prêcher au réfectoire du chapitre ()). En 
1535, Jean de Witte chante la messe dans la collé- 
giale de Saint-Donatien, aux funérailles de son 
parent, Josse de Brune (%). 

La retraite du précepteur ne l'empêcha pas de 
rendre encore des services à ses anciennes élèves. 
Ainsi lorsque, grâce à lintervention du pape 
Paul III, les deux souverains belligérants, Fran- 
cols I et Charles-Quint, eurent signé la trève de 
dix ans (13 Juin 1588), Jean de Witte ménagea une 
entrevue entre Éléonore et sa scour Marie de Hon- 
grie. Lies deux reines se rencontrèrent en Octobre 
à Cambrai et se félicitèrent de la paix obtenue (°). 

L'évêque se fit bâtir à Bruges une belle demeure, 
nommée depuis, l'hôtel de Cuba. On y lisait, au- 
dessus de la porte d'entrée, linscription *“ Omne 
solum viro patria est, ”’ surmontée des armes de la 


(1) *“ Ree D. Cabensi episcopo, qui alias supplicarí fecit in capitulo 
pro Jacobita quodam Franco, concionatore, uti fertur, longe 
doctissimo, ad habendum refectorium pro XL*,respondebitur post 
Natalia. ” — Acta cap. 2 Dec. 1532. - 

(2)“ Propuinqui eum curato huj. eccl. in sanctuario comparuerunt 
rogantee quod D. episcopus de Cuba sanguineus ejusdem defuncti 
(Judocí de Brune] exequiarum sui cognati sine prejudicio ecclesie 
posset missam celebrare in choro, quibus DD. attenta sanguinitate 
et quod sine prejudicio ecclesie id fieret, annuerunt. ”” — defa cap. 
19 Febr. 1535 (n. s.). 

(3) Arch. de État à Bruges, Archives ecclésiastiques, reg. n° 410, 
ad ann. 1538. 

(“) Ibid. reg. n° 409, Brevis collectio omnium bonorum tmmobi- 
lium Conv. Brug. Ord. FF. Predic., fol. 164. — Cfr. Histoire du 


Séminaire de Bruges, T. IT, Documents, p. 43, note 1, ; 
| 


258 


En sa qualité d’aumônier d’Éléonore, Jean de 
Witte avait regu annuellement une pension consi- 
dérable, tant de la part de la reine, que de la part 
du frère de celle-ci, Pempereur Charles-Quint (). 


Même après son retour à Bruges, cette pension 
lui fut continuée par la cour de France. 


Le prélat fit de sa fortune le plus noble usage (°). 


(!) Marrias LAMBRECHT, Een kerckelicke historie etc, Dédicace, 
in fine — Nous ne connaissons pas le montant de cette pension. Le 
geul compte que nous ayons pu découvrir, date de 1516,alors que de 
Witte était confesseur d'Éléonore, encore archiduchesse d'Autri- 
che; nous le donnons à titre de curiosité: *“ Entre les debtes deues 
à cause de la despence ordinaire et extraordinaire de l'ostel de mes 
dames Lyenore et Isabeau d'Austrice, de Bourgoigne etc. infantes 
de Castille, contennes et déclairées en ung quayer de parchemin 
signéen fin et baillié en la chambre des comptes du roy de Castille, 
nostre sire, à Lille, par Didier Boisot, congeillier et maistre de la 
chambre aux deniers des mes dites dames et attachió en la fin de 
son quatriesme compte illec rendu de ladite entremise pour six 
mois finiz le derrain jour de juing XV° quinze sont escriptes et, 
mises en debte à la charge d’icelluy seigneur roy folio XXXI, les 
parties qui s’ensuivent : A frère Jehan de Witte, evesque de Salu- 
bry pour reste de ses gages de l'année finie décembre XV* douze 
CII livres XVI solz. A lui pour les années finies décembre XIII 
et décembre XIIII, II° XLVII livres IIIT solz. A lui pour les 
Six mois ensuivans finiz le derrain de juing XV* quinze LX 
livres IIII solz. Font ces trois parties ensemble la somme de quatre 
cens dix livres quatre solz du pris de quarante gros monnoye de 
Flandres la livre. Ainsi fait et extrait en la chambre des comptes 
à Lille, le XVI‘ jour d’avril lan XV seizo après Pasques. 

Signé BosqureL. * 

— Archives du département du Nord, Chambre des comptes de 
Tille, B. 2258, pidce en parchemin. . 

Lee 17 Août 1516, Jehan de Witte confesse avoir regn cettesomme. 

— Ibid., B. 2260, p. en parchemin, scellée d'un scel en cire 
rouge écrasé. 

(5) Il était d'une générosité rare; jamais personne ne s'adressait à 
luien vain. (G. CASSANDER, Oraf. in laud. urb. Brug.)—1l portait une 





259 


Le mouvement général des études classiques 
s'était propagé de l’Italie dans toute 1’ Europe et 
jusque dans nos provinces. Grâce à l’appui spécial 
qu’Érasme prêta aux projets généreux de son bien- 
faiteur, Jérôme Busleiden, une institution consacrée 
à l'enseignement des trois langues savantes, le 
latin, le grec et l'hébreu, venait de s'ouvrir à 
Louvain, en 1518, sous le nom de collège des Trois- 
Langues (collegium Trilingue, collegie van de Dry 
Tonghen) et sous celui de collège de Busleiden 
(collegium Buslidianum ou Buslidii). 

Le fondateur avait voulu que son établissement 
eût son siège dans le collège de Saint- Donatien(!), si 
on pouvait y trouver un local convenable, ou bien 
dans le collège d’ Arras. Aucun de ces deux collèges 
n'accepta le legs dont le testateur voulait les favori- 
ser; en présence de ce refus, le magistrat de Bruges, 
ville où Erasme comptait tant d’amis,et où Busleiden 








affection particulière au couvent de son ordre à Bruges. Avant de 
mourir, il lui donna diverses sommes d'argent, des joyaux, ses 
ornements pontificaux, tons leg meubles de ga chapelle domes- 
tique, ete. De ce chef, les Dominicains célébraient tous les ans, 
le 16 Août, un gervice anniversaire et récitaient journellement 
les psaumes Miserere et De proftndis,pendant que le chosur chantait 
l'antienne Inviolata. Un riche mausolée, orné de l'effigie en 
marbre du prélat, fut Élevé sur la dépouille mortelle de de Witte, 
inhumée dans le choeur de l'église des Frères-Prêcheurs. — Arch. 
de I'Ét. à Br., Arch. Heel, reg. n° 409, fol. 164 et reg. n° 410, ad ann. 
1555; Fragmenta, maandschrift voor de geschiedenis van steden en 
dorpen in Vlaanderen, T'hielt 1888, 2° jaar, n° 12, bl. 206. Voir aussi: 
Histoire du Séminaire de Bruges, T. II, Documents, p. 483 sqg., où 
l'on trouve les nombreux legs faits par l'évôque de Cuba, ainsi que 
l'inseription de son monument funéraire. 

(!) Collège fondé en 1484 par Antoine Hanneron, prévôt de 
Saint-Donatien de Bruges. Cfr. Histoire du Séminaire de Bruges, 
T. IL, Documents, p. 21, où nous donnons l'acte de fondation. 


260 


avait été prévôt de Notre-Dame (!), offrit d'affecter 
gratuitement au collège projeté, de spacieux édifi- 
ces (2). Cette offre n'eut point de suites. 


Tous ces souvenirs, et puis le séjour à Bruges de 
Jean-Louis Vivès, avec lequel Jean de Witte était lié 
d'amitié (°), exeroèrent peut-être quelque influence 


(D ““ Nous ne savons, dit M. NÈver (Mémoire historique et liltéraire 
eur le collège des Trois-Langues à U Université de Louvain. Bruxelles 
1856, p. 42, note 4), sur quelle autorité l’abbé Bax fait aussi Jérôme 
Busleiden….. prévôt de Notre-Dame à Bruges. ” 

Le nom de J. Busleiden ne figure pas sur la liste des prévôts de 
Notre-Dame, donnée par J. GaiLLrarp (Inscriptions funéraires eto., 
Bruges, óglise de Notre-Dame, p. X). 

* Après la mort de Jean de Bourgogne, lan 1499, écrit BrAv- 
COURT DE NOORTVELDE (Description historique de Notre-Dame à Bruges, 
Bruges 1773, p. 206), ceux du chapitre choisirent un prévôt, 
nommé Frangois, le surnom du quel on ne trouve point; mais le 
prince s'y opposa et conféra la prévôté à Louis de Verre, alias 
de Weyere [lisez de Veyere). ” 

Bax était cependant bien renseigné. Jean de Bourgogne mourut 
le 25 Janvier 1500 (n. s.). Le 5 Février, Philippe-le-Beau impose à 
élection du chapitre, Louis de Veyere, son aumônier, mais deux 
jours plas tard, les chanoines choisissent, per viam Spiritus eancti, 
Jérôme Busleiden. L'archidue ordonne de réunir le corps capitu- 
laire aux fins d’élire son candidat (22 Mars). Après bien des pour- 
parlers, Busleiden, du consentement du chapitre, résigne sa dignité 
próévôtale en faveur de de Veyere, par voie de permutation contre 
‚la chapellenie de la maison du comte de Flandre, ad majus altare 
capelle domus seu curie comttie Flandrùe, dont l'aumônier du prince 
était le possesseur (10 Novembre 1500). Jérôme Busleiden fut done 
prévôt de ‘Notre-Damé du 7 Février au 10 Novembre 1500. — 
Acta cap. B. M. V. 5, 7 Febr., 22 Mart., 10 Nov. 1500. 

(?) Féurx Nève, Mémorre etc, pp. XII, 36, 47, 49, 53. 

(3) La Flandre, revue des monuments etc. 1876, p. 309: “* Il (Vivès) 
êtait lié d'amitié avec Pierre (lisez Jean) de Witte, évêque de 
Cuba.”—Jean-LouisVivès ne mourut que le6 Mai 1540. Voir sur ce 
personnage: NAMÈCHE, Mémoire sur la vie et lee écrits do Jean-Louis 
Vivès, dans les Mémoires couronnés, T. XV, Bruxelles 1841; 
VAN DEN BUSSCHE, Luiz Vivès célèbre philosophe du XV (lisez XVI) 


261 


sur les dernières volontés de l'évêque de Cuba. 
Toujours est-il qu'inspiré par des hommes sages 
et éclairés, il résolut d'employer ses richesses à la 
propagation des bonnes études dans la ville de 
Bruges. 

Par disposition testamentaire (!) du 10 Février _ 11 y fonde 
1540 (n. s.), autorisée en vertu d'une dispense du publiques. 
Souverain Pontife, 1l destina toute la masse de ses 
biens, après paiement des dettes et des legs parti- 
culiers, à la création d'une ou de plusieurs chaires, 

à savoir, de belles-lettres, de logique et physique 
(e, à d. de philosophie), et, si possible, de théologie. 

D'après les stipulations du testament, dont l'exé- _ Dispositif 
cution était confiée à Corneille van Baesdorp et à ion oare” 
Jean Claeyssone(®), les legons devaient être données 
par des religieux dominicaing, ou par des laïcs très- 
versés dans ces matières. Toutefois la préférence 
était accordée aux parents du fondateur. 

Lies professeurs, gratifiég d'un honnête galaire, 
étalent tenus d’enseigner tous les jours de l'année, 
au couvent des Frères-Prêcheurs, ou, gelon l'avis 
des exécuteurs, dans un autre endroit convenable, 

La fondation devait sortir ges effets à perpétuité. 

C. van Baesdorp et Claeyssone avaient, leur vie 
durant, le droit de présenter leg candidats. La nomi- 
nation des titulaires, et, après la mort des exécuteurs, 


etdcle, dans La Flandre, l.c.; Joan. Lup. Vrvis, Valentins. Opera 

omnia, ed. Gr. Majaneto, Valentiae Edetanorum 1782, T. I 

Genealogia J. L. Vivis, p. XXIX aqq. et J. L. Vivie vita, pp. 1-220’ 
(!) Histoire du Séminaire de Bruges, T. II, Docnments, p. 48 sqq. 
(?)-Ibid., p. 50, notes 1 et 2, 





Chaire de 
belles = lettres 
et ses profes- 
seurs. 


262 


lenitière disposition de l'oeuvre, étaient dévolues 
au magistrat de la ville de Bruges. 

Le digne évêque mourut le 15 Août (!) 1540. 
Malheureusement la fortune qu'il laissa, ne suffisait 
point pour remplir ges généreuses intentions ; les 
aumônes et Ìes libéralités, faites pendant sa vie, 
avalent fortement ébréché son avoir. 

Il est permis de croire que van Baesdorp, 
médecin d’Éléonore, exposa à celle-ci l'embarras 
de la situation ; car après la mort de Jean de Witte, 
la reine de France, d’accord sans doute avec son 
époux Frangois I, ce grand mais parfois impru- 
dent (?) Mécène des belles-lettres, ne voulut pas 
laisser périr une institution aussi utile; elle continua, 
pour un temps, de payer la pension allouée à son 
ancien confesseur et aumônier (%). 

Grâce donc aux ressources que la générosité royale 
ajouta au fonds provenant de la mortuaire de 
de Witte, la volonté du testateur put, dés 1541, 
recevoir son accomplissement partiel. 

Respectant l'ordre dans lequel le testament 
Énumérait les lecons, on commenga par instituer 
Ja chaire de littérature in bons8 litteris, in huma- 
nioribus litteris. 

()) P. Van Mare (Levensbeschrijving, etc.), assigne le 14 Août 
comme date du décès de de Witte. Cependant toutes les archives 
dominicaines asstignent le 15 Août “ ipso die Assumptionis. ” 

(2) Ce prince ne fub pas assez judicieux dans le choix des 
étrangers, dont on lui vantait les connaissances et les talents. IÌ 
attira ainsi dans gon royaume des humanistes, qui, à la faveur de 


leur réputation scientifique, y propagèrent les doctrines nouvelles. 
(£) G. CaSSANDER, Órat, in laud. urb. Brugarum. 


263 


Le premier professeur fut Georges Cassander. G. cassander. 


Georges Cassander, né à Pitthem (Y) en Flandre, 
le 15 Août 1513, fit ses études à Louvain, où il 
était élève de la pédagogie du Château et devint 
raître-ès-arts, en 1933. Si, comme aucuns l'’affir- 
ment, il a enseigné les belles-lettres à Gand, ce 
ne peut avoir été qu’'avant son arrivée à Bruges (°). 


Le 3 Mai 1541, en présence du magistrat, d'un 
grand nombre de savants et d'une foule de jeunes 
gens avides de sg'instruire, Cassander inaugura 
solennellement son cours par un magnifique dis- 
cours à la louange de la ville, des études humani- 
taires, de leur protecteur Jean de Witte et de tous 
ceux qui avaient contribué à réaliser les voeux du 
prélat fondateur. Outre ce discours, un autre 
gouvenir nous rappelle encore les débuts de la 


(!) Pendant bien longtemps, les ‘auteurs ne s'accordèrent pas 
au sujet du lieu natal de Cassander. Les uns le faisaient naître à 
Bruges, (peut-être parce que dans l'Indez librorum; prohibitorum 
ils le voyaient qualifié de Brugensis); — d'après les autres, il aurait 
vu le jour dans l’île de Cadzand et emprunté de là son/nom de 
Cassander. Cependant Cassander lui-même dit expressément qu'il 
ne s'est jamais intitulé brugeois, (Opera omnia, Parisiis, 1616, 
p. 1191); il appelle la Flandre sa patrie (Ibid. p. 1130) et jusqu'à 
trois fois il nomme Josse Ravestein, 'de Thielt, son compatriote, 
conterraneus (Ibid. pp. 1095, 1097, 1206). Mr Assink Calkoen (*), le 
dernier biographe de Cassander, a eu la bonne fortune de recevoir 
en communication de M. Piot, archiviste du royaume à Bruxelles, 
un document qui tranche la question; parmi les élèves de la 
pédagogie du Château, divitee castrenses, gradués ès-arts, sous le 
rectorat de Ruard Tapper, figure, à la date du 28 Janvier 1531(n.s.), 
le nom de “ Georgius Casant, de Pitthem, Flandrensis. * 

(2) AssiNK CALKOEN, U. c., pp. 19, 30. 


(*) J. M‚ Assink CALKOEN, Specimen Metorico-theologiecum Georgii Cassandrí vitae 
atque operum narrationem exMbens, Amstelodam 1858, p. 9, 








264 


nouvelle institution. Jacques de Meyere,l'annaliste 
deg Flandres, à cette époque maître d'école à Bruges, 
dans une poésie élégiague souhaite la bienvenue à 
Cassander, et chante la lbéralité de de Witte et la 
munificence de la reine Éléonore (!). 

En 1542, le savant humaniste, amené, par le pro- 
gramme qu'il s’était tracé, à expliquer les éléments 
de la rhétorique, publia à l'usage de ses élèves 
un opuscule intitulé: Tabulae breves et expeditae 
‚in praeceptiones rhetoricae (?), et dédié à Corneille 
van Baesdorp et à Jean Claeyssone. Il y expose, 
sous forme de questions et de réponges, la série 
des préceptes et la méthode de l'art oratoire, et, 
suivant la division recue, traite successivement de 
Yinvention, de la desposition, de Y'élocution, explique 
les figures (figurse verborum, figg. sententiarum, 
figg. amplificationis) et termine par les lois de la 
compostron. 

L'année suivante, le docte professeur prit la 
résolution de ge rendre en Italie et renonca à la 
chaire de belleg-lettres (*). 

Avant son départ, il eut soin de recommander 
aux administrateurs de la fondation la-candidature 


()) G, OassANDER, Opera omnia, p. 1201 ; Cfr, Histoire du Séminaire 
de Brugse, T. II, Documents, p. 44, note, où l'on trouve le titre 
complet de l’Oratio etc. 

(2) GH. CaSsANDER, Opera omnia, p. 1272 (*). 

(©) Histoire du Séminaire de Bruges, T. II, Documents, p. 179, 
note 1. — Afn de ne pas interrompre le récit, nous examinerons, 
à la fin de ce chapitre, le motif qui dicta cette résolution. 


(*) Oet ouvrage étant devenu classique dans plusieurs éooles de renom, Cassander 
en donna, en 1550, une seconde édition rovue ot augmentée, 


268 


d'un jeude flamand, dont probablement il avait 
fait la connaissance à Louvain. Sur la présentation 
de van Baesdorp et de Claeyssone, Jacques Cruckius 
fut admis par le magistrat de la ville, le 8 Février 
1543 (n.s.) ()). 


Cruckius, natif de Messines, avait étudié la pki- Jacques Cruce 


losophie, les belles-lettres et le droit. Après avoir, 
comme élève de la pédagogie du Lis à Louvain, 
obtenu la 8° place un prima linea, au concours de la 
Faculté des arts, le 18 Février 1535 (°), 1l suivit 
pendant quelque temps les legons de Goclenius et 
de Nannius au collège des Trois-Langues (%), et 
devint enguite licencié en droit. (*). 

La carrière du nouveau professeur fut aussì 
longue que celle de Cassander avait été courte: 
il occupa la chaire de littérature pendant plus de 
°_quarante ans. Durant cette période, le philologue 
édita plusieurs ouvrages. 

En 1565 parut: Q. Horatiù Flacci carminum 
liber quartus, ex antiquiss. manuscriptis codicibus 


cum commentariis falsò adhuc Porphyriont et Acroni 


adscriptis; opera Jacobi Cruquis Messinii apud 
Brugenses litterarum professoris publici editus. 


(1) Ibidem, p. 179, note 1. 

(5) Analectes pour servir etc, T. II, p. 308. 

(®) NÈve, Mémoire etc., p. 337. 

(*)“ Meester Jan Craucke, licentiaet inde rechten ende lecteur up 
de halle binnen deser stede by ordonnantie van der wet… 2 B gr.” 
En marge: “ Nieuwe partie gheaccordeert by der wet volghende 
acte daenof ghedepesscheert in daten van den rx Meert 1544, ende 
by quittancie.”— Oomptes de la ville de Bruges 1544-45, fol. 54, sous 
la rubrique Saisoene laken. 


266 


Ejusdem in eundem adnotationes. Brugis Fland. Ez 
officina Hubert Goltzu, 1565. 

L'ouvrage est dédié à Francois d’Helfaut, abbé 
du monastère de Saint-Pierre à Gand, qui avait 
gracieusement permis à Cruckius d'emporter chez 
lui quatre vieux codices manuscrits d’ Horace, con- 
servés à la bibliothèque blandinienne, à la condition 
d'en publier ce qu'il trouverait digne d'être connu 
des savants. 

Quelques années auparavant, Cruckius exposait 
à ses élèves les Odes d’Horace et réunissait des 
notes au cours de ses lecons. IÌ était arrivé au 
quatrième livre, quand un religieux de Saint-Pierre, 
Antoine du Pré (a Prato) lui découvrit le trésor 
caché sous la poussière. C'est ce qui explique 
pourquoi la publication du dernier livre des Odes 
précède celle des trois premiers (1). 


Après chaque Ode, dont il eroit avoir rétabli le 
véritable texte, il donne, sous le titre de commen- 
tator, explication, épurée par lui, d'un scholiaste 
qui n’avait transmis que les commentaires altérés 
d’Acron et de Porphyrion, puis la sienne propre, 
gous le titre de Cruquius (*). 


(!) Voir la dédicace et la préface de cet ouvrage. 

(2) “ Suivant l'exemple des érudits de son temps, le professeur 
de Bruges ne recueillit pas toutes les variantes des manuscrits 
avec la fidélité et le soin scrupuleux, qu'on y apporte de nos jours, 
et, malgré la grande valeur de lun d'eux, il ne songea pas à les 
prendre pour base de son texte…. 

“ De nos jours, on a accusé de fausseté un certain nombre de 
variantes et plusieurs passages des scolies, sans qu'on ait prouvé 
guffisamment cette accusation. Quoi qu'il en soit, le caractère de 
De Orucque, tel qu'il se révòle dans ges écrits, Éloigne tout 


267 


Cette première publication fut bientôt suivie de 
celle de: Q. Horatii Flacei Bpodôn liber, ex anti- 
quissimis septem codicibus manuscriptis, cuin com- 
mentarvis antiquis emendatus et editus opera Iacobi 
Cruguii Messinii, apud Brugenseis politioris littera- 
turae professoris publici. Hjusdem in eundem adnota- 
tones. Antverpiee, ez officina Christophori Plantini 
MDLXVII. Le livre est dédié à Jacques Claerhout, 
seigneur de Maldeghem, etc, dont l’aïeul maternel, 
Jacques van Halewyn, avait encouragé les études 
de Cruckius et favorisé le cours de littérature (!). 


En 1573, il publia: Q. Horatii Flacci satyra- 
rum, seu potvus eclogarum Libri II, ez antiquissimis 


soupgon de mauvaise foi. Nous voyons en lui un homme candide 
et modeste, guidé uniquement par l'intérêt de la vérité et non par 
le désir de se faire valoir.”— Bingraphie nationale etc, T. V, p. 48, 
v° De CrucQue (Jacques), article signé: J. Rourez. — Cet article 
parut en 1876. Depuis lors, la discussion touchant la bonne foi de 
Cruckius et la valeur de sa collation ainsi que de celle de ses 
manuscrits se poursuit toujours. Áprès Th. Bergk, O. Keller (défa- 
vorables à Cruckius) et R. Zangemeister (favorable au professeur 
de Bruges) cités par Mr Roulez, d'autres savants sont entrés en 
lice. Tandis que M. Haupt (*), W. Meves (*!), P. Höhn (#2) et R. C. 
Kukula (#) prennent la défense de Cruckius, Fr. Matthias (**) et 
J. Häussner (#) se prononcent contre la valeur de notre critique. 
Nous n’avons pas qualité pour nous immiscer dans cette contro- 


verse philologique. , 

(') Voir la dédicace de l’Epodón. 

(*) Veber die Kritik der Horasischen Gedichte dans ses Opuscxla. Berlin 1876, 
T. II, p. 43, 

(*1) De oodicis Horatiani qui Blandiniue vetustissimus vocatur natura atque indole, 
Berlin 1881. — Veber den Werth des codex Blandinius vetustissimus für die Kritik dea 
Horaz. Berlin 1882. 

(**) De codice Blandiniano antiquissimo. Jenae 1883. 

(“3 De Cruguii codice vetustiesimo. Vindebonsee 1885. 

(**) Quastiones Blandinianae, Halis 1883, 

(*6) Cruquius und die Hora-kritik, Leipzig 1884, — Cfr, Horatii opera ediderunt 
O. Kuran et J, Ilävssxun. Lipsise 1685, 


268 


undecim codicibus manuscriptis cum antiquis com- 
mentariis, post omneis qui hactenus edit, sunt, 
infinitis locis purgat:i et clarius explicati opera Jacobi 
Oruguii Messinii, apud Brugenseis politroris bittera- 
turae professoris publici. Bjusdem tn eosdem com- 
mentarii. Antverpiee ez officina. Christophors Plantind 
MDLXXIII. 

Michel Drieux (Driuttus), professeur de droit 
canonique à Louvain et fondateur du collège qu1 
porte son nom, avait été le Mentor de Cruckius 
pendant le séjour de celui-ci à l'Université ; 1l 
avait aidé de ses conseils et de ses lumières (}), 
voire même recu à sa table, en société du dooteur 
Vulmar Bernaerts, de Pierre Nannius et d'autres. 
Remi Drieux s'était lié d'amitié avec le protégé de 
son oncle. 

C'est en souvenir de ces relations que Cruckius 
dédia son nouvel ouvrage à son ancien ami, devenu 
depuis évêque de Bruges (®). 


( ““ Qui [Michael Drusius]primùm nostram instituit adolescen- 
tiam gubernavitque sua prudentia a primis dialecticee naturalisque 
audientise preceptis, ad eam usque philosophiw partem, que 
legalis est: quique deinde ex peregrinatione, quam ejus hortatu 
fortiter institueram, me reversum ita humaniter est amplexatus, ut 
quoties honoris ergo, ad eum accederem, non desierit officii modes- 
tieeque in rebus agendis commonefacere, ne fortasse quid eetatis 
ardore, rerumgue iguoratione apud viros bonog, honestee famse et 
nomini meo deperiret. Interim sì quid in juris studio difficultatis 
obscure me ab instituto cursu deterreret, nihil erat ei antiquius 
pro summa legum peritia, qua multos annos Lovanii antecessor 
illaxerat, quam juris nodos, et legum qusedam quasi cenigmata 
dissolvere, nosque veluti data manu per salebras omneis magno 
animo deducere. ” — Dédicace des Satyrarum kbri II. 

(2) Ibid, Dédicace. — Cruckius exprime également son affection 
respectueuse à l'endroit de l'évêque, dans une poésie: “ De fausto 


269 


Donner un commentaire complet sur Horace, 
tel fut le rêve du laborieux professeur. [l parvint à 
le réaliser en 1578. I1 réunit en un seul volume ce 
qu'il avait publié précédemment et ce qui restait 
encore à publier, savoir, les trois premiers livres 
des Odes, ainsi que les lettres, parmi lesquelles se 
trouve l'Art poétique; 1l y ajouta une triple bio- 
graphie d’ Horace, tirée des manuscrits de Blandin. 
Le commentateur y suit la méthode adoptée autre- 
fois pour le quatrième livre des Odes. 

L'ouvrage, dédié cette fois au magistrat de la 
ville de Bruges, est intitulé : Q. Horatius Flaccus, 
ee antigquissimis undecim lib. m. 8. et schedis aliquot 
emendatus et plurimis laciscum commentariis antiquis 
eepurgatus et editus opera Jacobì Cruquis Messenù, 
apud Bruganos politioris litteraturae professors 
publici. Ejusdem in eundem enarrationes, observatio- 
nes et variae lectiones, cum alins quibusdam et indice 
locupletissimo. Antverpiee, ez officina Christophori 


Î 
laetoque auspicio reverendissimi DD. Remigië Drusii episcopi Brugeneta 
congratulatio Jacobi Messinii, ” qui se trouve immédiatement après 
la dédícace. 

“ Selon Sweertius et Sanderus, cités par Paquot, De Crucque 
serait auteur de diverses poósies latiues, qui n'ont probablement 
Jamais été rénnies. Nous ne connaissons que deux piòces (#): l'une 
de trente-trois distiques, imprimée dans son édition des satires 
d’Horace; l'autre de soixante-dix-neuf vers, placóe en tête de son 
édition complète du poöte. Ni lune ni l'autre, ne confirme le juge- 
ment favorable que les deux savants portent sur le mérite du 
professeur de Bruges comme poëte. ” — Appréciation de M. J. 
RouLez, dans la Biographie nationale 1. c. 

{*) Deux autres pofsies latines de Cruckinë, et qui ont échappé à Mr Roulez, 


sont insérées dana: Hus. Goutzius. C. Juliun Caesar, aive hist. imper. caes. rom, 
Brug. 1663-1674, L, I,: “ Consona mens Divum eto…” ** Sic fatum melius etc…’” 


270 


Plantum, architypographi regi MDLXXVII (U). 
Pour récompenser les labeurs de Cruckius, la 
ville lui accorda une prime de cinquante florins et 
doubla la gratification annuelle octroyée déjà sous 
le nom de keirlaken ou droit de robe (°). A partir : 
done de 1578, le professeur percevait 4 livres de 
gros, outre sa pension ordinaire de 24 livres (%). 


() “ De Crucque ne manqnait pas d’érudition, mais sa critique 
laisse souvent à désirer. IÌ donne trop au verbiage et devient 
parfois ennuyeuz. On lui a reproché, non sans raison, de vouloir 
expliquer lantiquité payenne par l'antiquité sacrée, de chiercher 
deg étymologies grecques et latines dans le flamand et dans 
’hébreu. En somme cependant, grâce aux manuscrits qu'il a eus 
à sa disposition, il a bien mérité d'Horace. Mais c'est moins à son 
talent qu’à la perte des manuecrits Blandiniens, consultés par lui 
geul, qu'il doit la notoriété, dont il jouit encore anjourd’hui. ” — 
Mr J. RouLez, dans la Biographie nationale, 1. c. 

Plus tard, une édition de 1’ Horace de Cruckius avec des notes 
de J. Dousa, parut sous le titre : Q. Horatius Flaccus, cum commen- 
tarits et enarrattonibus commentatorig veteris et Jacobi Crugquit 
Messenii, literarum apud Brugenses profegeoris. Accesserunt Jani 
Dousae Nordovicis in eundem commentariolus, unacum succudanea 
appendice ad eupertorem commentariolum. Item auctartum commen- 
tatoris veteris a Crugwio editi. Lugd. Bat, ex offic. Plantiniana, ap. 
Franc. Raphelengium, 1597. 

(?) “ Actum den vierden November 1578. Item alsdan pre- 
genteerde Meester Jacob Cruckius ’t collegie commentarius by hem 
ghemaect in Horatium. Ten regarde van welcken ende de eere by 
hem de stede ghedaen, was hem toegheleyt de somme van vichtich 
guldens eens, ende voorts twee B gr. ’t siaers tot verbeterynghe 
van zyn keirlaken zyn leven gheduerende, sonder by zyn succes- 
seurs te trecken in consequentie.”’— Archives de la ville de Bruges, 
Seerete resolutie bouc, reg. 6, ann. 1575-85, fol. 193"°. 

Déjà à partir de 1944, Cruckius regevait 2 livres de gros pour 
son keirlaken. Voir p. 265, note 4. 

(?) En vertu du testament, l'administration de la fondation était 
réservée aux exécuteurs. C. van Baesdorp, dernier survivant, 
mourut le 24 Décembre 1565, A compter de l'exercice 1567-68, c'est 


271 


L'âge ne ralentit pas l'activité de notre philo- 
logue. En 1582, il offrit aux deux magistrats de 
Bruges son livre: M. Tul. Ciceronis oratio pro T. An. 
Milone. Cum enarratione Jacobi Cruquii, bonarum 
htterarum professoris publicí Brugis. Antverpiee, ex 
oftcina Christophori Plantini MDLXXXII (U. 

La ville, en signe de gratitude,vota au professeur 
une somme de cinquante florins, plus une augmen- 
tation annuelle de pension de cinquante florins 
Carolus, tandis que le Franc allouait à l'auteur une 
indemnité de 100 livres parisis (). 


la ville qui administre. D'après le’ compte de 1554 (le seul qui 
nous reste de la première administration) et les comptes de la ville 
1567-68 sqq., la pension annuelle allouée au professeur de belles- 
lettres était de 24 livres de gros. 

(1) A la fin du volume, on trouve: Brevis orationis parcenesis 
Jacobi Cruguit ad juventutem Bruganam. “ Toutes les études de 
De Crucque se concentrèrent sur Horace. Son édition de la 
Milonienne de Cicéron n'offre rien de remarquable. ”_—M!r J. Rourez, 
dans la Biographie nationale, 1. c. 

(2) “ Den V*° Nov. 1582, presenteerde Meester Jacob Crucquius, 
lescre in de latynsche letteren, an schepenen collegialick vergadert 
commentare by hem ghemacct in orationem Ciceronis pro Milone. 
Ende was hem naer danckseggynghe van zynen aerbeyt ende 
industrie, tot vereerynghe van zynen persone ende onderstande 
van zyne familie, ghepresenteert ende ghejuendt de somme van 
vichtich guldens eens, ende voorts by maniere van toelegghe extra- 
ordinaire vichtich carolus guldens ’t siaers zo langhe schepenen 
dit redelick dyncken zal, ende emers tot by der stichtynghe vande 
ghemeene schole hem zy ghegheven middele omme leven.” — 
Archives de Ìa ville de Bruges, Secrete resolutie bouc, reg. 6, ann. 
1575-85, fol. 3567. 

. ‘Mr Jacop Cruucke by vorme van hiesschede (sic) over de presen- 

tatie by hem ghedaen an 't collegie ’s landts van den Vryen van 
zeker zynen bouck ende uutlegghinghe van de oratie Ciceronis 
pro Milone. By ordonnantie. C. Ib (par). ” — Archives de l'État à 
Bruges, Comptes du Franc, 1582-83, fol. 68'°. 





272 
Le vieillard ne jouit pas longtemps de ces 
faveurs; il mourut le 22 Juin 1584 (1). 


Nous interrompons ici l'histoire de la chaire de 


belles-lettres, pour la reprendre après les troubles 
de 1578-84. 


Chairedethéo- En 1545 (n. s.), les revenus de la fondation étant 


logie et ges 
profegseurs. 


Jonerius. 


devenus suffisants, grâce sans doute, une fois 
encore, Àà la munificence de la reine Éléonore, on 
créa la chaire de théologie, désignée sous les noms 
de lesse in de Heilighe Scrifteure, lesse in de Heilighe 
Godtheyt (®). 

Le 5 Février, le magistrat nomma professeur 
d'Écriture sainte Frangois Jonerius, espagnol, 
bachelier en théologie, présenté par Claeyssone (°). 

A la demande de ce dernier, les chanoines de 


nn 


(1) ““ Van den 7°* April 1584 totten 22°" Juni daernaer, dach van 
zyn overlyden…” — Comptes de la ville, C. 1684-85 fol. Sove. “ On 
ignore l'époque précise de sa mort. S'il était vrai qu'elle eut lieu 
en 1621 ou en 1628, comme l'avance Eckstein, je ne sais d'après 
quelle autorité, il serait devenu centenaire.” — M: J. Rouuez, dans 
la Biographie nationale, 1. c. 

(?) CC. de la ville de Bruges, passim. 


(3) “ Ver February XV° XLIII M° Jan Claisseune als executeur 
ende machtich over M'° Cornelis Barsdorp zynen mede executeur 
vanden testamente van zaligher memorie Eerweerdighen vader in 
Gode broeder Jan de Witte biscop van Cuba, presenteerde den 
collegie van scepenen der stede van Brugghe, Mr Franciscus 
Jonerius bacelier inde heleghe scrifture omme lecteur te zyne 
vander lesse inde zelfste heleghe scrifture ghefondeert by den 
voorn. biscop,‚, versouckende dat den collegie ghelieven zoude 
hem daertoe te admitteren metten vrydomme van assyse daertoe 
staende, twelcke ghehoort, ‘tvoorn. college admitteerde den voors. 
M" Franciscus, ende daertoe 't vrydom vanden assyse van wyne 
ende biere als hy huus houden zoude.” — Archives de la ville 
de Bruges, Secrete resolutie bouc, reg. 1, ann. 1541-45, fol. 259, 





273 


Saint-Donatien permirent à Jonerius de donner 
ses lecons dans le réfectoire de leur cloître (!). 


Cette complaisance n'a rien qui doive nous 
étonner. Le chapitre avait la coutume d'accorder 
Tusage de son local à l'un ou à l'autre théologien, 
exégète, prédicateur, pour y exposer des cas de 
conscience, interpréter l'Écriture sainte, prêcher 
les stations de l’Avent et du Carême ou des sermons 
à occasion des grandes fêtes liturgiques. 


Ainsi, le savant Francois Costerus, provincial 
de la Compagnie de Jésus en Belgique, y donne 
des conférences de théologie morale, en 1571 (®). 


En 1532, Jacques Maillet, franciscain colétan (9), 


(!) “Comparuit coram DD.in sanctuario congregatis Mg" Joannes 
Claysseune, alter executorum testamenti pie memorie R*"! D.Joannis 
de Witte, episcopi Cubensis, supplicans humiliter quatenus iidem 
DD. cuidam Hispano theologie baccalaureo loeum refectorii hujus 
ecclesie pro ibidem singulis diebug temporis quadragesimalis, ad 
horam quartam, extra vero quadragesimam ad aliam horam magis 
accommodam, facienda lectione in theologia, per eumdem quondam 
D. episcopum Cubensem fundata, annuere vellent. Cui quidem 
supplicationi DD. satis inclinati, ob paucitatem DD. in crastinum 
diem deguper concludere distulerunt. * 

‘“ Petitioni Mg"! Joannis Clayssenne quoad locum refectorii pro 
habendis lectionibus publicis in theologia, cuidem Hispano annu- 
endum, hesterna die facte, DD. annuerunt.” — Acta cap. 24, 25 
Febr. 1545 (n. 5). 


(2?) “ Instante D. Monachi pro parte D. doctoris et provincialis 
Jesuitarum (Fr. Costerij intendentis postridie Circumeisionis 
Domini usque ad XL*" docere casus conscientise, concesgus fuit 
eidem ad hoc loens refectorii,et ut capiat horam magis commodam.” 
— Acta cap. 24 Dec. 1571. 


(2) Colétane: franciscains qui avaient embrassé la réforme de 
sainte Colette de Corbie, au commencement du XV* siècle. 


17 


274 


explique la lettre de saint Paul aux Corinthiens (Ì) 
et, en 1541,un orateur francais commente les épîtres 
du docteur des nations (°). 

Des religieux de différents ordres briguaient 
Phonneur de se faire entendre devant cet auditoire 
choisi. Pour ne citer que quelques noms, Jacques 
Maillet déjà mentionné et Thomas Hazard, S. T. D., 
frère-mineur (°), Pierre Hovius, ermite de Saint- 
Augustin (£), Jean de Meyere et Adrien Ecquet, 
S. T. B., carmes chaussés (°), Jacques de Atrio et 
Gui de Lille, dominicains (®), y prêchent tour à tour. 

Le célèbre jésuite Robert Clayssone, à peine 
rentré de France et nommé professeur de la chaire 
publique de théologie, commence, au réfectoire de 
Saint-Donatien, la série des prédications éloquentes 


(1) “ Concionatori Maillet propter excellentiam conceditur locus 
refectorii usque Pascha. *” 

““ Concionatori cuidam coletano nostro eximio, qui tota hac XL* 
verbum Dei excellenter lingua gallica, in refectorio predicavit, 
qui quoque successivis horis aliquot pomeridianis Pauli epistolam 
ad Corinthios declaravit, tum ob predicationis excellentiam tum 
ob epistole declarationem ac etiam ob viatici sui subsidium, utpote 
qui versus provinciale concilium seu capitulum suum Tolose pro- 
pediem celebrandum dicitur accersiturus, dantur 4 caroli ex 4 
officiis. ” — Acta cap. 16 Jan. 1932 (n. s.); 27 Martii 1532. 

5) “ Conceditur concionatori Gallico quod quotidie hora tertia 
cum dimidio a meridie possit in refectorio Epistolas Pauli 
exponere.” — Acta cap. 28 Febr, 1541 (n. 5). 

(3) Acta cap. 6 Nov. 1549; 30 Oct, 1543. Cfr. note 1 de cette page. 

(£) Acta cap. 29 Nov. 1564. 

(5) Acta cap. 6 Nov. 1514; 3 Oct. 1558. 

(6) ““ R. P. Jacobus de Atrio studens honori Preedicatorum ordinis 
in Duaco, supplicans pro loco refectorii ad concionandum gallice in 
_adventu et quadragesima, eumdem obtinet.” — Acta cap. 10 Oct, 

1542. Cfr. 23 Nov. 1546 et 31 Jan. 1547 (n. 5.). 





275 


dont il édifiera dans la guite la ville de Bruges (1). 
Guillaume Taelboom, également professeur de la 
fondation Cuba, y entretient ges auditeurs du 
mystère de l'Epiphanie (?. Le docte Frangois 
Lucas, mieux connu sous le nom de Lucas Brugensis, 
et Gilles van de Walle, S. T. B., recteur de l'école 
Bogaerde, y font leurs débuts oratoires (°). Il n'y a 
pas jusqu'à l'évêque de Sarepta in partibus in- 
fidelium, Nicolas Bureau (Burelli), suffragant de 
'évêque de Tournai, qui ne figure parmi ceg 
prédicateurs d'élite (*). 


(}) “ Conceditur Mg'° Roberto Claeyssone Pb"° hujus oppidi in 
theologia lectori, quod die crastino post vesperas in refectorio, 
superpellicio et stola vestitus, concionetur.”’— Acta cap. 1 Jul. 1560. 

(2) “ Comparuit ID). et Mg" Guillelmus Taelboom, gacre theologie 
professor, petens sibi concedi die dominica proxima Epiphanie, 
post vesperas locum refectorii, ad habendam orationem de eadem 
solemnitate. Cui petitioni DD, annuerunt.”’— Acta cap. 4 Jan. 1577. 

(2)“Mg"° Egidio Walle theologie baccalaureo concessus fuit locus 
refectorii, ad die crastina [dominica)] finitis vesperis ibidem decla- 
mandam orationem per Rr** Brugensem visitandam. * 

“Mg Egidio Walle theologie baccalaureo supplicanti, coneessus 
fuit locus refectorii ad die crastina [dominica] finitis vesperis vel 
mercurii seguenti, ipso die Assumptionis Marie, declamandam 
orationem per R"** Brugensem aut ipsius consiliariosg visitandam.” 

‘« Mg" Egidio Walle S. T. baccalaureo, rectori schole Pomariane 
dominica proxima suas primitias celebraturo, qui habuit his supra 
diebus orationem hic in refectorio, presentate fuerunt sex canne 
vini ex tribus offictis. ” 

<< Cuidam Mg'e Francisco Lucas Brugensi conceditur locus 
refectorii, ad die Jovis proximo, ipsa festivitate S. Joannis Bapt. 
finitis vesperis ibidem orationem habendam et publice declaman- 
dam, D. archidiacono se eandem orationem visitasse declarante.”’— 
dcta cap. 4, 11, 16 Aug. 1671; 21 Jun. 1574. 

(£) Acta cap. 3 Oct. 1546. — A cette énumération déjà longue, 
nous pourrions encore ajouter d'autres prédicateurs: Les gardiens 
des Frères-Mineurs de Bruges et de Saint-Omer (6 Nov. 1532; 


276 


Ces sermong extraardinaires se faisaient, oroyons- 
nous, en frangais ou en latin (!), et, pour ce motif, 
au réfectoire du cloître, devant un auditoire plus 
restreint que celui de l'église, où la parole de Dieu 
était prêchée en flamand à tout le peuple. 


Le magistrat de la ville de Bruges avait la cou- 
tumie de donner une gratification à ceux qui prê- 
chaient les stations de l'Avent et du Carême (®). 
Le chapitre octroyait bien aussi, de temps en temps, 
une indemnité à ces orateurs, mais ne s'en faisait 
pas une règle fixe. Le nombre des solliciteurs était 
grand, et les chanoines considéraient déjà comme 
une faveur l'autorisation accordée à un prédicateur 
de prendre la parole dans leur salle (9). 


19 Sept. 1547); le prieur des Dominicains de Douai (7 Jan. 1538 
(n.s.); 31 Aug. 1545); les pòres confesseurs des monastères des 
Annonciades et du Val des Anges (8 Jun. 1551; 22 Apr. 1555), etc. 

()) L'expression ad gallice concionanduan, ou son équivalent, se 
retrouve dans presque tous les actes capitulaires indiqués plus 
haat. Quant à Taelboom, Lucas et vande Walle, nous croyons qu’ils 
ont prêché en latin. On sait qne cette langue était familière à 
Taelboom et à Lincas, tómoin la dispute publique que le premier 
soutint, en 1580, contre les calvinistes à Bruges(*),et le recueil de 
sermons publié par le second, sous le titre de : Sermones de diversis 
christiance fidei mystertie, Antv. 1610. 

(2) “ Was gheconsenteert d’'heer Jan Peres tresorier bouchoudere 
te betalen broeder Aernoudt... religieus Augustien die desen 
Vasten geprict heeft up Sinte Donaes reftere, IX Carolus guldens.” 
— Secrete resolutie bouc, reg. 1, ultima Martii 1544. Cfr.5 Jan.1543. 

®) “ F. Guillelmus Furbicius hic per totam quadragesimam 
concionatus et breviter laurea doctoratus coronandus supplicat 
sibi elemosynam erogari pro expensis lauree. DD. nulla ratione 
habita suarum concionum hic factarum, namque pro loco refectorii 
ab omnibus concurritur, sed golo habito respectu sui doctoratus, 
concesseruat eidem quatuor carolos aureos. ” — Acta cap. 16 Apr. 
1531. 


(*) Histoire du Séminaire de Bruges, T, II, Documents, p. 164 sqg. 


277 


Jonerius n'engeigna que pendant un an et trois Coraeille 
maensz. 


mois, car, le 29 Mai 1546, il fut remplacé par Bren (ou 
Corneille Adriaensz. (}). Brauwer). 


Corneille Ádriaensz. Brouwer (ou Brauwer), natif 
de Dordrecht, était fils d’ Adrien Cornelisz. Brouwer 
(ou Brauwer),qui, après la mort de ga femme, avait 
embrassé l'état ecclésiastique et était, en 1520, 
curé de la ““ Nouvelle-église”’ dans sa ville natale(®). 
IÌ fit ses études à Louvain (°),à la pédagogie du Porc. 
Après avoir obtenu la 4° place in prima linea 
dans la promotion de la Faculté des arts, en 1540, 
il s'appliqua aux études théologiques et devint 
bachelier. Il enseignait la philosophie au Porc 
depuis 1544, lorsqu'il fut appelé à Bruges pour y 
expliquer 1’ Écriture sainte (£). 

Dans les actes postérieurs, les expressions en gratia, pro hae vice 
tantum, reproduisent la même pensée, — Acta cap. 20 April. 1944; 
30 Martii 1945. 

(!) Histoire du Sémwnaire de Bruges, T. II, Documents, p. 178, 
note Ì. 

(*) M. BALEN, Jansz. Beschryvinghe der stad Dordrecht, Dordrecht 
1677, blz. 112; Servars Dinks, Histoire liltéraire et bibliographigue 
des Frères-Mineurs de V'observanco de Saint-Frangois en Belgique et 
dans les Pays-Bas, Anvers 1885, p. 104. Voir aussi la note 3. 

D'après W. vaN GOUTHOEVEN, (D'vude chronycke ende historien 


van Hollandt, enz. Dordrecht 1622, blz. 222), le père de Corneille 
Adriaensz. ge nommait Adriaen Woutersz. 

(©) JANSSEN, De Kerkhervorming te Brugge, enz., Rotterdam 1856, 
ID. blz. 107. Ì 

(®) Dansla Tabula prima chronologica de conventibus Fratrum 
Minorum et monialkum eis subjectarum in Flandria, ab anno 1544 
usque ad annum 1626 (mso. du R. P. Ériexns pe Neer, conservóé 
aux archives des RR. PP. Récollets à Suint-Trond) nous lisons: 
‘* Anno 1578 Brugis vel capti vel fugati fuerunt fratres, totusque 
Conventus gspoliatus; quidam tamen gzelosissimi fratres apud 





278 


Sous son professorat les legons se donnaient aux 
halles, laprès-midi, de trois à quatre heures. 
Peut-être est-ce à l'occasion de ce transfert, que le 
magistrat invita les chanoines À assister au cours 
public et à y envoyer leurs subordonnés. Le chapitre 
répondit gracieusement à cette invitation (!). 


amicos manseruant absconditi, signanter vir doctissimus F. Corne- 
lius Brauwerius, filius Adriani, ab originis loco dictus Dordracenus, 
qui coetibus privatis, diu noctuque verbum Dei proponebat, heere- 
ticorum errores confutabat, catholicos ad perseverantiam in fide 
animabat, ac sacramenta ministrabat, verus Brugensium apo- 
stolus. ” Le personnage, connu en religion sous le nom de Fr. 
Corneille de Dordrecht, Br. Cornelis van Dordrecht, Fr. Cornelius 
Dordracenus ou a Dordraco, s'appelait donc en réalité, dans le 
monde, Corneille Brauwer. Or, parmi les concurrents pour les 
lignes en 1540, on rencontre à la 4° place “ Cornelius Brouwer, 
Dordracenus (*) ” et parmi les professeurs de philosophie de la 
pódagogie du Porc “Cornelius Brouwer, Dordracenus, dictus etiam 
Cornelius de Dordraco... ab anno 1544 ad 1546(**). ” D'après les 
archives de la ville de Bruges, c'est précisément en cette der- 
nière année, que “ Mg Cornelius Dordracenus ” fut admis par le 
magistrat à recueillir la succession de Jonerius dans la chaire 
PÉeriture sainte. Ces données nous paraissent de tout point 
suffisantes pour reconnaiître “ Corneille Brauwer, professeur de 
théologie à Bruges, en 1546” dans “ Corneille Brouwer, professeur 
de philosophie à Louvain, de 1544 à 1646," 

1) <<“ DD. in sanctuario congregatis comparuerunt ibidem deputati 
mé*istratus Brugensis supplicantes quatenus DD.lectiones publicas 
in sâcris (litteris] ex fundatione quondam D. Johannis de Witte 
episcopi Cubensis in phallis hujas oppidi, ab hora tercia pomeri- 
diana usque ad quartam deinceps habendas, sua presentia decorare 
necnon suos subditos ad eisdem interessendum admonere dignen- 
tur. Cui quidem DD. post maturam deliberationem desuper habi- 
tam, dicte petitioni annuerunt, sege dicto magistratui commen- 
dantes.” — Acta cap. 19 Jun. 1546. 


(*) Analeotes eto., T. II, p. 829. 

(**) Analectes etc, T. XX, p. 297: ““ Cornelius Brouwer, Dordracenus, dictus etiam 
Cornelius de Dordraco, anno 1540 in schola artium e Porco quartus, in hoo pesdae 
gogio (Poroenat) philosophiam doouit ab anno 1644 ad 1540.’ 


279 


Le nouveau professeur réunissait toutes les 
qualités requises pour rendre, par son enseigne- 
ment, de sérieux services; à la connaissance appro- 
fondie des trois langues sacrées, le latin, le grec 
et hébreu, il joignait une vaste érudition et une 
facilité d'élocution surprenante (*). 

Corneille Brouwer ne remplit pas longtemps les 
fonctions de lecteur;il les quitta bientôt, pour prendre 
habit des Frères-M ineurs au couvent de Dordrecht. 
Nous ignorons la date exacte de son départ, mais, 
d'après les comptes de la ville, Josse Walrave est 


le titulaire rétribué pour l'exercice de Septem- 
bre 1547 à Septembre 1548 (®). 


(D ““ Anno Domini 1581 ex hujus mundi periculoso pelago ad 
salutis portum enatavit venerandus ad. Pater Fr (orneliug 
Adriani, Dordracenus dictus eo quod Dordracho Hollandie oppi- 
do originem duceret; qui hujus conventus ante devastationem 
tertio guardianus extitit; vir admirabilis eruditionis et eloquentie, 
triumque linguarum sacrarum callentissimus, quas et publice 
docuit; quique, annis 36 continuis, populum Brugensem divini 
verbi pavit alimento; hujus urbis apostolus, splendor et ornamen- 
tum; Romane fidei propugnator acerrimus; nec secus quam alter 
Athanasius, validissimus hereticorum malleus dici potuerit; tan- 
dem velut alter Elias, relictus solus, apud amicos clanculum. 
gustentatus, a Domino Deo evocatur, ac in xenodochio S'! Joannis, 
ipsis hostibus spectantibus, solemnibus exequiis sepelitur. Hujus 
ossa, bene disposita, anno 1615, translata fuere ad novam conse- 
cratam ecclesiam, perpetua memoria dignissimus. Requiescat in 
pace. ” — Arch. de la ville de Bruges, Acta diurna defunctorum 
Fratrum Minorum Recollectorum in conventu nostro Brugenst ab 
anno 1247, à la date du 14 Juillet. 

(2) ““ Joos Walrave Pb" ghestelt ende ghecomitteert lecteur 
ende professeur vander lesse inde H. Scriftuere up de halle deser 
stede, by ordonnantie vande collegie, IL B gr.”—En marge: “* Nieuwe 
partie ende ghehoort de redenen van burchmeestre ende scepenen. 
Transeat. ” — OC, de la ville de Bruges, 1547-48, fol, 51“, 


280 


L’heureuse et puissante influence que le F. Cor- 
neille Adriaensz. exerga sur la ville de Bruges, 
comme prêtre et prédicateur, dédommagea ample- 
ment celle-ci de la perte d'un professeur savant. 

En effet, pendant plus de trente ans (}), le zélé 
religieux ne cessa de prêcher la parole de: Dieu 
aux fidèles, les confirmant dans la foi catholique, 
les prémunissant contre les pièges des sectaires, 
réfutant les nouveautés doctrinales, sì bien qu'il 
mérita d'être appelé un nouvel Athanase, le véri- 
table marteau des hérétiques. 

Jean Lernout (Janus Lernutius), poète et homme 
de lettres brugeois, contemporain du F. Corneille, 
a vu une collection inédite de sermons dus au 
célèbre frère-mineur; mais les manuscrits en sont 
perdus (?). 

Heureusement, nous trouvons un spécimen de 
la doctrine et des prédications du franciscain dans 
les deux ouvrages flamands, qu'il a transmis à la 
postérité, et qui sont aujourd'hui des raretés 
bibliographiques presque introuvables (%): 

De speghel der thien gheboden, huutgeleujt bij B. 


hen 


(!) Déjà en 1549 (n. s.) il préchait les stations du Carême à 
léglise de Saint-Jacques. 

 Ontfaen vande aelmoesenen ghegheven inde sermoenen ghe- 
predict inde vastene by Broeder Cornelis van Dordrecht.” — 
Archives de l'église de Saint-Jacques à Bruges, Comptes de la 
fabrique, reg. 3, anno 1548-49. 

(2?) F. SweeErtivs, Athenae Belgicae. Antv. 1628, p. 180. 

(8) La bibliothèque de l'Université de Gand possède un exem- 
plaire des deux ouvrages. Un exemplaire du traité des sept Sacre- 
ments a été vendu à la vente Vergauwen à Bruzelleg, en 1884, 
(T. I du catalogue, n° 256). M. Rembry, chanoine de la cathédrale 
de Bruges, est possesgeur d'un exemplaire du Miroir des dix com- 





281 


Cornelis van Dordrecht: Predicant int conuent vanden 
minrebroeders binnen der stede van Brugghe.Gheprent 
te Brugghe inde Noordtzandt strate, inde gouden 
handt by my Corijn van belle, gheswooren prentere 
der K, M. voor Jan Verbuere. [1554]. 

De seuen Sacramenten wigheleyt ende openbaer- 
lijck te Brugghe ghepreect by B. Cornelis van 
Dordrecht, minderbroeder nv ter tyt Lesere binnen 
den conuente aldaer. By Jan vanden Buerre, ghesworen 
boeckvercooper, te Brugghe op de Burght aen sinte 
Donaes kerckduere in't gulden A. b. c. Met gracie 
ende preutlegie. MDLVI. 

Le premier de ces opuscules, le Miroir des dix 
commandements, est une explication du Décalo- 
gue. Le Traité des sept Sacrements, série de 
sermons sur les Sacrements, prêchés à Bruges, 
est dédié au magistrat de cette ville. Dans la 
dédicace, l'auteur rappelle son professorat de 
théologie (}). 

Le fruit des labeurs apostoliques du F. Corneille 
doit avoir été immense, à en juger seulement par 
la haine féroce que lui vouêrent ceux dont il com- 
battait les erreurs. 


mandements. Un volume contenant les deux opuscules réunis 
figurait au catalogue de la vente van Huerne à Bruges, en 1845, 
sous le n° 379, Ce sont les seuls exemplaires que nous connaissons. 

(!) “ So ist dat ick so wel van ouer tien iaren (te wetene in mijnen 
staet van Religie) als oock daer te voren, wesende alsdoen opde 
Halle deser stede (als onweerdich) Leser publijck inder Faculteyt 
van Theologie, al mijn vterste beste ghedaen hebbe om duer predi- 
catien, leeringen ende andere gediensticheden, de inwoonende 
vander seluer steden, ende een yegelijck dies behoenende te onder 
houdene oft te beweghene tot volstandicheyt vander warachtiger 
religieu. *’ 


282 


Une foule de personnes pieuses, connaissant sa 
sainteté et sa science, s'étaient placées sous sa 
direction. Plusieurs de ses pénitentes, tout en res- 
tant dans le monde, s’adonnaient aux austérités du 
jeûne et faisaient usage du cilice et de la discipline. 
Les novateurs prirent occasion de ces progrès de 
esprit de pénitence chrétienne, pour dénaturer les 
faits etaccuser le confesseur de pratiques honteuses; 
is inventèrent l'histoire des dévotaires et de la 
discipline secrète (1). S'il en fallait croire l'auteur 
anonyme d'un affreux libelle, dont il sera question 
tout à heure, c'est en 1563 que cette étrange mé- 
thode de’ conduire les Âmes dans la voie des mortifi- 
cations, suivie dès avant 1583, aurait transpiré dans 
le public. Le magistrat, soucieux de honneur des 
femmes et des filles de Bruges, après avoir ordonné 
une enquête, dont le dossier fut volumineux, aurait 
porté plainte aux supérieurs du F. Corneille et 
provoqué l'éloignement du religieux prévaricateur 
à Ypres. Trois ans plus tard, en Février 1566, 
le F. Corneille-serait retournéà Bruges, sans auto- 
risation, pour recommencer ses prédications furi- 
bondes. 


Le P. Servais Dirks, dans ga notice biogra- 


(®) Par respect pour le lecteur, nous ne faisons connaître ces 
calomnies que par une citation de Voetius, extraite de sa Politica 
ecclesiastica. Amstelod. 1663, P. I, p. 686: ““ Nee minus convenire 
videtur cum transcendentali devrotione virginum, viduarum, ac 
mulierum Brugensium,queis omnis pudoris depositionem et exclu- 
Bionem instillabat Cornelius Hadrianus Minoritarum celebris 
concionator et lector ibidern, ut statis diebus et horis totas nudas 
se ei sisterent virgulis leniter ceedendas ad galutarem poenitentiam 
et satisfactionem pro peccatia.” 


285 


phique sur Corneille Brauwer, ne rejette pas le 
fait d'une enquête. Mais il dit qu'elle confirma la 
bonne réputation dont le pieux franciscain avait 
toujours jovui et tourna à la confusion de ses 
accusateurs. Il ajoute que, pour céder pendant 
quelque temps à la persécution et laisser se calmer 
leffervescence populaire, le F. Corneille partit 
pour le couvent d’Ypres, et en fut nommé gar- 
dien; charge qu'il rempltt durant trois ans. 

Nous nous rallions, sur ce dernier point (!), à 


_ Fopinion du savant publiciste. Quant à l'enquête, 


les archives de la ville de Bruges n'en disent mot; 
toutes les recherches faites pour découvrir le dos- 
sier relatif à cette affaire sont demeurées infruc- 
tueuses, et les résolutions du magistrat qui parlent 
cependant si souvent de Broeder Cornelis, ne font 
pas la moindre allusion aux faits imputés au reli- 
gieux, en 1563, ni à des investigations ordonnées 
de ce chef. 

Quoi qu'il en soit, cette perfide calomnie ne 
produisit pas l'effet que s'en étaient promis les 
hérétiques. Malgré les pasquinades et les chansons 
dirigées contre lui, le F. Corneille ne perdit, ni 
estime des gens de bien, ni la considération dont 
ses frères en religion et l'autorité diocésaine l'en- 
touraient ; plus que jamais, les foules se pressaient 
autour de sa chaire, attentives et recueillies. 


(1) Nous devons toutefois faire une réserve au sujet dela charge 
de gardien que le Fr. Corneille aurait occupée à Ypres. En effet, 
la Series Guardianorum ab anno 1503, quo regularie observantia est 
introducta, ueque ad annum 1608. (Arch. de la ville d'Ypres) ne 
comprend pas le nom de Fr. Cornelius Dordracenus parmi les 
gardiens du couvent Yprois. 


284 


Invité à prêcher les stations du Carême à la 
collégiale de Saint-Saaveur (!), le Fr. Adriaensz. 
revint à Bruges au commencement de 1566 et se 
fit entendre, du 28 Févrer, mercredi des Cendres 
au 18 Avril, jeudi après Pâques: pendant la semaine 
une fois le jour, les dimanches et les jours de fête, 
deux fois, matin et soir, et le jour de la Résurrec- 
tion, trois fois (°). Le succès du prédicateur fut si 
grand que le chapitre de Saint-Donatien, frappé 
du bien opéré par cet homme apostolique, crut que 
la ville de Bruges ne pouvait point se passer de 
son ministère. Aussi, le 1 Avril 1566 (n. 8), sur 
la proposition du doyen de Tordomar, Jes cha- 
noines envoyèrent une députation chez I'évêque 
Curtius, pour le prierd’insister auprès du provincial 
des Frères-Mineurs, en vue d'obtenir le maintien 
du F. Corneille au couvent de Bruges. Lie pro- 
vincial ne voulut pas donner âà la requête une 
réponse favorable, sans avoir consulté l'évêque 
d'Ypres, Martin Rythovius. Cette démarche et 
gon résultat prouvent tout le prix qu'on attachait 
aux prédications d’Adriaensz., non seulement à 
Bruges, mais encore à Ypres (*). 


(1) Il y avait déjà prêché le Carême en 1558. — Arch. de l'église 
de Saint-Sauveur, Rekening fabrijke ann. 1558. 

(?) Le Fr. Corneille ne prêcha pas moins de soixante germons 
dans l’espace de cinquante et un jours! C'était ainsi que se donnaient 
alors les stations du Carôme. — Ibidem, ann. 1566, 

(®) “ Audita propositione D. Decani de fratre Cornelio francis: 
cano insigni concionatore multum fructum suis concionibus 
faciente circa populi instructionem et edificationem, quem reipu- 
blice Brugensi hoe tempore maxime utilem et necessarium 
asserebat, petens an DD. expediens videretur apud ordinis provin: 


285 


De fait, le F. Corneille, resta à Bruges, et, 
durant neuf autres années consécutives, il fut 
choisi pour préparer les fidèles aux solennités de 
Päâques dans les églises de Notre-Dame et de 
Saint-Sauveur (!). 

Daniel Carré, curé de Couckelaere, avait été 
condamné, par l'official de la cour ecclésiastique 
de Bruges, à suivre pendant deux ans les cours de 
théologie à l'Université de Louvain. Au commen- 
cement de 1569 (n.s.), il obtint des vicaires 
capitulaires (sede vacante) la commutation de ga 
peine et put rester à Bruges, à la condition de 
fréquenter, la semaine, les legons du professeur 
publie d'Éeriture gainte, Guillaume Taelboom, et, 


les dimanches et jours de fête, les sermons du F. 
Corneille (”). 


cialem nuno in civitate existentem instare ut in hac civitalo 
relinguatur, DD. probantes intentionem D. decani ejusque 
effectuationem exoptantes, deputarunt eundem D. decanum ac 
DD. cantorem et Claysseune qui insistent apud Reverendissimum 
Brugensem ut ad hoe inducat provincialem, cui provincial si favo- 
rabile responsum concedat, seu hujusmodi petitioni annuat, vinum 
ex parte capituli presentari ordinatur pro discretione dominorum 
deputatorum. Unde relatione deputatorum proximo die capítulari 
habita quod provincialis parum videbatur inclinatus, ita quod 
consuleret episcopum Iprensem, postmodum daturus responsum, 
vinum non fuit presentatum.”’ — Acta cap. 1 April. 1566 (n. s.). 

(1) Archives de l'égliso de Notre-Dame à Bruges, n°* 446-447, 
Rekeningen der Kerk 1567-72; Arch. de l'église de Saint-Sauveur, 
Rekening fabrijcke, ann. 1573-75. 

(2) “ Dominus Daniel Carré, curabus ecclesie de Couckelaere, ob 
certa sua delicta condemnatus per D. officialem Brugensem, inter 
alia, ad accedendum Lovaninm, et ibidem per totum biennium 
permanendum ac lectiones sacre theologie frequentandum et 
gudiendum, obtinuit secum dispensari ut hic manendo, accedat 











286 


Josse Ravestein, de Thielt, nommé inquisiteur 
apostolique général par Pie IV, en 1560, avait le 
pouvoir, et en usait, de transmettre, par subdélé- 
gation, la faculté d'absoudre du cas d'hérésie ceux 
qui venaient à résipiscence et imploraient le 
bienfait de l'absolution. Parmi ces inquisiteurs 
subdélégués, en 1568, nous trouvons le F. Corneille 
de Dordrecht, dont le nom est associé à ceux des 
PP. Roger de Jonghe et Jacques van de Velde, 
ermites de Saint-Augustin, des PP. Alphonse 
de St Émilien et Paul Coye, dominicains, et du 
savant Jacques Pamelius (!). 


Il est à remarquer que ces ecclésiastiques et 
ces religieux avaient été proposés à Josse Ravestein 
par les vicaires capitulaires. 

Les Frères-Mineurs de leur côté continuêrent à 


singulis diebus lectiones theologie et froquentet diebus dominicis 
et festivis conciones fratris Cornelii Dordraceni, sententia contra 
eum lata in suo robore nihilominus permanente, et donec fuerit 
monitus, ut parendo eidem sententie accedat Lovanium.” — Acta 
vicariatus 14 Jan. 1569 (n. 5). 


(1) “ Comparentibus prefatis fratribus Rogero Juvenis, Alphonso 
Emiliano, Paulo Coeye, MFr° Jacobo Pameclio, fratribus Jacobo 
Veldio, Cornelio Dordraceno ct M#° Adriano Smont per D", 
Tiletannm inquisitorem generalem subdelegatis, DD. vicarii facta 
ipsis lectura litterarum missivarum et subdelegationis per eumdem 
Tiletanum cuilibet eornm facte, eosdem comparentes requisierunt 
quatenus hujusmodi provinciam et onns absolvendi sectarios 
legitime penitentes suscipere vellent; qui quidem comparentes 
ad partem se retrahentes et redeuntes declararunt gese dictum onus 
seu provinciam suscipere, eo addito quod nomina et cognomina. 
omnium et singulorum poenitentium et confitentium notabunt et 
deseribent; quo audito, Dni vicarii cuilibet subdelegatornm 
propinarunt expensis episcopatus unam cannam vini. ” — Acta 

Vicariatus 18 Martii 1568 (n.s.). Cfr. 20 Febr, 12 Martii 1568 (n. 5.). 


287 


donner à leur confrère des témoignages non équi- 
voques d'estime et de confiance. En dépit des 
calomnies répandues contre lui, le F. Corneille fut, 
après comme avant, investi de la charge de gardien 
du couvent de Bruges. Des actes publics de 1560, 
1561, 1568, 1572, 1573, 1574 et 1575 lui donnent 
ce titre (1). | 

Une nouvelle Épreuve attendait l'ardent apôtre. 
En 1569 parut le dégoûtant libelle intitulé: 


Historie van B. Cornelis Adriaensen van Dordrecht, 
minrebroeder binnen die stadt van Brugghe. Inde welcke 
warachtelick verhaelt wert, de discipline ende secrete peni- 
tencie,‚of geesselinghe,die hy ghebruycte met zijn deuotarigen: 
de welcke veroorsaect hebben zeer veel wonderlicke sermoenen, 
die hy te Brugge gepredict heeft, teghon den magistract 


mn ae a ae 


(!) “ Cornelis van Dordrecht president vanden Minrebroeders 
clooster in Brugghe en Rogier de Jonghe provincial van den 
Augustiners, enz. ” — Arch. de l'Etat à Bruges, Chartes, mélanges 
généraur, Carton 113, n° 2098, Acte notarial en date du 18 Nov. 1560. 

“ Ghepreect by Broeder Cornelis president vander Ordene der 
Minnebroeders in Brugghe, beghinnende den XVI in Sporkele 
wesende tsoudachs voour asschen woensdach ende hendende 
twoensdachs inde Paesscheweke XV° LXI, enz.” — Arch. de 
léglise de Notre-Dame à Bruges, n° 446, Iiekentngen der Kerke van 
1539 à 1569. 

“< Fratres Joannes Hauwaert, Adrianus Seryewatre.…… ‚ pro 
quibus Fr. Cornelius Dordracenus guerdienus conventus Minorum 
Brugensis spopondit, adlmissi fuerunt ad predicandum et audien- 
dum confessiones christifidelium in decanatibus episcopatus Bru- 
gensis.” — Acta Vicariatus 17 Febr. 1568 (n. s.). 

Voir plus bas le documeut du 23 Mai 1572, (Acte Driutit), où 
'évêque désigne Cornelius Dordracenus sous le titre do guardianus. 

‘€ Ontfanc vanden sermoenghelde. — Vande sermoenen gheprict 
by den gerdiaen Broeder Cornelis van Dordrecht. Cette phrase 
revient textuellement dans les comptes de l’église de Saint-Sauveur 
aux années 1573, 1574 et 1675.” 





288 


aldaer, ende teghen die vier leden des lants van Vlaenderen: 
Item tegen het vergaderen vande Generale staten, ende tegen 
die tsamen gheconfederierde edel lieden: met noch veel 
andere gruwelicke blasphemien teghen Godt ende de natuere: 
oock veel bloetdorstighe sermoenen tegen de Caluinisten, 
Lrutherianen ende Doopers, vol leelicke leugenen ende abomt- 
nabile woorden. Inhoudende ooc twee vermaen brieuen van 
Stephanus Inndius, anden seluen B. Cornelis, vn latine 
gesonden, ende nu ouergheset vn nederlants: met noch 
sommighe pasquilllen (sic) ende refereynen tusschen de ser- 
moenen begrepen. Ghedruct int jaer 1569. 


L'infâme production contient d'abord, dans des 
termes révoltants, l'histoire calomnieuse de la 
discipline secrète, ensuite les prétendus sermons 
prêchés par le F. Corneille, du 24 Février 1566 
au / Juin 1568, enfin la traduction flamande de 
deux lettres latines, adressées au F. Corneille par 
Jean Casteele, sous le pseudonyme de Stephanus 
Lindius. 

Ces deux lettres de Magistratu et de Missa, qui 
attaquent Église catholique et sa doctrine plutôt 
que le religieux franciscain, sont la seule partie 
authentique de cette malsaine élucubration. 

On conservait autrefois aux archives des RR. PP. 
Récollets, le texte original de la réponse du F. 
Corneille aux lettres de Stephanus Lindius ““ de 
Magistratu ” et ““ de Missa”’(}). P. van Male affirme 


(!) Histoire du Séminaire de Bruges, T. II, Documents, p. 180, 
note 1, où l'on trouve le titre complet des denx lettres, tel que le 
donnent 1’ Inder lilrorum prohibitorum, imprimé À Anvers, en 1570, 
et l' Inder imprimé à Rome, en 1876. 

“In archivio hujus conventus servantur ejus opera sequentia. 
(ast ubinam nunc? ingemisco): 1° manugcriptum originale contra 


289 


avoir recu ce précieux manuscrit des mains du 
curé de Saint-Jacques à Bruges, M. Charles Nollet, 
et avoir remis au P. Joseph Pot, définiteur du 
couvent des Récollets de cette même ville, qui 
en délivra une copie au généreux donateur ()). 
Les sermons attribués au F. Corneille ne sont 
pas Ì’ceuvre de ce religieux, mais un ignoble traves- 
tissement, une indigne parodie de ges prédications. 
La paternité de ce factum appartient,d’après M. Th. 
Arnold, à Hubert Goltz ou Goltzius, imprimeur à 
Bruges, dont le nom est demeuré célèbre dans les 
annales de la typographie aussi bien que des arts; 
il aurait été aidé, dit-on, dans cette triste besogne, 
par Jean Casteele ou Castelius, ancien curé de 
l'église de Saint-Jacques, en la même ville (%. 


Stephanum lLaindium. 2° hibellus cujus titulus: De speghel der thien 
gheboden…. 3° libellus cujus titulus: De seven sacramenten…. ” — 
Archives des RR. PP. Réoollets à Saint-Trond, Eatractum ew reg. 
conventus Brugensis PP. Mimorum Recollectorum. 

(!) “ Stephanus Lindius, anderzints heer Jan vanden Casteele, 
pastor van S. Jacobs te Brugghe, schreef aen onzen Cornelius 
Adriani, alias Dordracenus, eenen wydloopenden brief, op 28 Nov. 
1566, De Magistrutu et Missa, den welcken den vader Cornelius zeer 
gheleerdelick beantwoorde, in zynen brief gheschreven op den 
18 Dec.1567; den welcken ickoorspronkelic gheschreven met de hand 
van Cornelius hebbe vereerd gheweest van den Z. B. Heer Carolus 
Noltet. Dan ick hebbe dezen brief voorts vereerd aen den E. vader 
Josephus Pot‚definiteur van de KE.Paters Recollecten tot Brugghe, 
den welcken my daer af eene copie heeft ghegeven,de welcke ick 
by my bewaere. *” — P. vaN Mare, Levensbeschryvinghe, enz. 

(2) Bibliotheca Belgica. Bibliographie générale des Pays-Bae, par 
FerD. VAN DER HARGHEN, bibliothécavre de U Untvernté de Gand, 
Tu. J. L. ARNOLD et R. VAN DEN BERGHE, livraisons LXXV° et 
LXXVI°®, R 64 H et B 175 2-7, — M. Th. Arnold, dans un 
travail intitulé: Broeder Cornelis Adriaensz. van Dordrecht. Een 


19 





290 


Si 'imfluence puissante, et trop souvent néfaste, 
de la presse avait pu, cette fois du moins, donner 
quelque ecrédit aux accusations des sgectaires, et 
faire croire à la réalité, tant des faits imputés au 
religieux, qu'à la suprême inconvenance de son 
langage en chaire, à coup sûr, le F. Corneille eût été 
chassé de la ville et déposé par ses supérieurs. 

Et cependant, après 1569, comme avant, il se fait 
entendre non seulement chez les Frères-Mineurs, 
mais encore dans les églises plus vastes, où l'on 
réclame lappui de son éloquente parole. C'est ainsi 
qu'il prêcha les stations du Carême en 1570, 
1571 et 1572, dans la collégiale de Notre-Dame et 
en 1573, 1574 et 15/75 dans l'église de Saint- 
Sauveur (Ì). 

L'autorité diocésaine encourage les études et 


pleidooi, et publié dans la Dietsche Warande (année 1878),a entrepris 
d’établir le caractère apoeryphe des ““ Sermoenen van Br. Cornelis *” 
et de venger la mémoire du religieux calomnié dans \’Historte van 
Br. Cornelis. L'auteur a démontré déjà d'une fagon victorieuse, avec 
une érudition bibliographique et un sens critique peu communs,que 
les historiens accusateurs du F. Corneille ont agi injustement 
1°/ en admettant, sans réserve et sans examen, l'authenticité du 
libelle ““ Historie [en Sermoenen]”’ et du récit de van Meteren ; 
2e/ en falgifiant ces données et en y ajoutant des énormités, qui 
ne reposent sur aucun document historique, même apocryphe; 
3°/ en négligeant des documents d'une authenticité certaine et les 
écrits des historiens favorables au F. Corneille. 

M. Arnold, espóérons-le, achèvera bientôt son ceuvre et nous 
prouvera, à l'aide de documents irrécusables, qu'un imposteur, le 
trop fameux Hubert Goltzius, a rédigé 1’ Historie [en Sermoenen ) 
van Br. Cornelis. Tous les amis de la vérité lui en sauront gré. 
Puissions-nous avoir facilité la tâche du savant bibliographe par 
la publication des détails inédits, insérés dans notre travail ! 


(1) Voir plus haut, p. 285, note 1. 





291 


les travaux entrepris par le F. Corneille pour la 
défense dela foi catholique. L'évêque Remi Drieux 
accorde simultanément à Jacques Pamelius et à 
Corneille de Dordrecht la faculté de lire la version 
de l' Ancien Testament de Sébastien Munster et la 
Bible éditée par Franc. Vatable; il octroie à Élisabeth 
vanden Bussche la permission de falre usage du 
Seutum fidei, des ouvrages de Jacques Veldius et 
de Corn. Adriaengz., touchant les controverses entre 
catholiques et hérétiques (1). 


Après, comme avant la publication de 1’ Historie 
Len Sermoenen |, les Frères-Mineurs, réunis en cha- 
pitre provincial, portent leurs voixsur le F. Corneille 
et lui confient les fonctions de gardien, non pas 
d'un couvent queleonque, mais du couvent de la 
ville de Bruges.Le vaillant religieux conserve même 
cette charge au delà du triennat réglementaire (®. 


(5) “D. Rev de requisitione fratris Joannis Mortier, sacristee 
Preedicatorum conventus Brugensis, confessarii domicelles Elisa- 
bethee van den Bussche,alias Priesters, concessit eidem domicelles 
licentiam et facultatem legendi et habendi (ultra licentiam illi 
concessam 5 Äprilis 1571 a Nativitate Domini) schutum [sic] fidei, 
libros patris Jacobi Veldii, patris Cornelii Dordraceni atque alios 
in linguam vernaculam versos de controversiis inter catholicos et 
beereticos nuno temporis disserentes, a catholicis authoribus scrip- 
tos et, approbatos *. — Acta Driutii, 7 Oct. 1575. 

« D. Ree concessit patri Cornelio Dordraceno, franciscano con- 
ventus Brugensis S. T. B., facultatem et licentiam habendi et 
legendi versiones veteris Testamenti Sebastiani Munsteri et totum 
volumen Bibliorum Vattalbi [ec]. 

Similem licentiam neenon habendi et legendi versiones veteris 
Testamenti a damnatis auctoribus editas concessit D. et Mere 
Jacobo Pamelio S. T. Ls. ac ecclesiee cathedralis Brugensis cano- 
nico ”. — Acta Driutit, 16 Sept. 1571. 

(®) Voir plus haut, p. 287, n. 1. 








292 


Après 1569, comme avant, le F. Corneille jouit 
de Y'affection des hommes de bien. En 1552, Corn. 
Adriaensz. avait assisté aux derniers moments du 
chanoine Jacques de Coninck et lui avait fermé les 
yeux. De même, en 1577 et 1580, les chanoines 
Jean Brants et Josse Lambrecht manifestent leurs 
sympathies à l'endroit de Broeder Cornelis, en lui 
réservant un legs dans leurs dispositions testa- 
mentaires (*). 

Les atroces calomnies du libelliste anonyme 
n'empêchèrent pas l'évêque Remi Drieux de con- 
gerver à l'égard du F. Corneille la confiance et 
Pestime, que lui avaient montrées les vicaireg capi- 
tulaires. Non content d'accorder au religieux une 
ample juridiction pour prêcher et absoudre des cas 
réservés dans toute l’étendue du diocèse (®, il le 
charge encore de plusieurs missions spéciales. 


(!) “ Betaelt Broeder Cornelis van Dordrecht predicant ten 

Freren, voor zyn visitatie, bystandt ende consolatie, ghedaen den 
overledenen tot in de doot, ten oorboire van den cloostere ende 
tzynder recreatie, by quictantie xx s. gr”. — Staet ende inventaris 
etc., Jacob Regis. 
“« Item ic gheve den Eerweerden Pater Cornelis van Dordrecht, 
predicant ende lesemeester vande Minnebroeders in Brugghe, de 
somme van twintich scell. gr. *”’. — Testamentum Mi! Joannis 
Rrants + 1577. _ 

“Item gheeft Broeder Cornelis van Dordrecht religieus der 
Ordine van Sinte Franchois in Brugghe thien scellinghen gr. ”. 
— Testamentum M3"' Judoci Lambrecht. 

(2) “D. R®“* ad presentationem patris Cornelii Adriani Dordra- 
ceni guardianiconventus Fratrum Minorum Brugensis, conoessit 
eidern, ac fratribus Francisco de Busoo vicario, Adriano Screywa- 
tere, Wilhelmo Stephani, Egidio Logghe, Francisco Fabri, Petro 
Hellinck, Gerardo Vervust et Petro Willems dicti conventus 
religiosis, licentiam predicandi verbum Dei in et sub terminis 


298 


En exécution des règles 5° et 10° touchant les 
livres prohibés, rédigées par les Pères députés du 
concile de Trente, l'évêque avait, le 31 Mai 1571, 
nommé visiteurs et examinateurs des imprimerieg 
et librairies, l'archidiacre Jacques Beckius, l'archi- 
prêtre Hubert Hubrechts, le pénitencier Mathias 
Lambrecht et le chanoine Jacques Pamelius. Comme 
dans les Pays-Bas il existait beaucoup de livres 
pernicieux inconnus aux Pères du concile ou édités 
depuis, Philippe II fit ajouter à l' Inder de Trente 
un appendice confectionné par les évèques, les pré- 
lats et les docteurs. Il publia le tout, le 15 Février 
1570 (n. s.), en ordonnant “ que tous les livres ré- 
prouvés et deffenduz par le catalogue faict audict 
concille de Trente, et l'appendice dressé par nostre- 
dicte ordonnance et annexé à iceluy soyent brusléz 
endéans trois mois après la publication de cestes… 
Et que les autres livres qui restent et sont encores 
à corriger et purger, soyent endéans le temps sus- 
diet exhibez et rapportez ès mains du Magistrat 
du lieu, avec l'inventoire et spécification d'iceux, 
dont le diet Magistrat sera tenu avertir nostredict 
cousin le Duc d'’Alve, ou lesdicts de nostre conseil 
ordonné lez iceluy, afin de commettre personne 


consuetìs diocesis Brugensis confessionesque audiendi et absol- 
vendi, ac patri guardiano cum tribus aliis prioribus supra specifi- 
catis facultatem etiam absolvendi in casibus S. P. reservatis sive 
episcopalibus. Salvo tamen quod pastoribus locoram quorum 
subditos absolvent in quadragesima aut paschate eorumdem 
confitentiam et absolutorum nomina et cognomina scripto exhibere 
teneantur, eadem licentia ad annum durante. * — Acta Driutit, 
24 Octobre 1579. 


294 


idoineet qualifiée pour les repurger… (1) Sur Yinvi- 
tation du duc d'’Albe, des comités de censeurs 
furent institués dans tous les diocèses, chargés de 
faire l'examen des livres et de transmettre leurs 
observations au comité central établi à Anvers (%). 
Les quatre examinateurs nommés dans le diocèse de 
Bruges, ne pouvant pas suffire à la besogne, Remi 
Drieux leur adjoignit, le 25 Octobre 1571, neuf 
„autres savants ecclésiastigues séculiers oureligieux, 
savoir: Jean Trimpont, S. T. L., curé de Saint- 
Donatien, Adrien Smout, S.T. B., curé de Sainte- 
Walburge, Guillaume Taelboom, S. T'. B, curé de 
Sainte-Anne et professeur de la chaire publique 
de théologie, les PP. Christophe de Saint-Tite, 
commigsaire apostolique, Jacques van de Velde, 
provincial, et Roger de Jonghe, S. T. DD., des 
Ermites de Saint-Augustin, Alphonse de Saint- 
Émilien, S. T. D., dominicain, Théadoric Vasseur, 
prieur des Carmes, et le F. Corneille de Dordrecht, 
S. T. B., de l'ordre de Saint-Francois (°). 

En 1570, Philippe II accorda une amnistie géné- 
rale, par laquelle il pardonnait à ceux qui, dans 
l'espace de trois mois, viendraient, avec un vrai 
repentir, abjurer leurs erreurs. Le 16 Juillet, jour 

(') Phälippi II regis catholici edictum de Wibrorum prohibitorum 
catalogo observando. Antv. 1570. 

(?) P. pe Ram, De laudibus quibus veteres Lovaniensium theologt 
efferri possunt oratto. Lovanii 1848, p. 33. 

(5) “D. Re** considerans quatuor visitatores et examinatores per 
RB. S. P. ad visitationem librorum imprimendorum aut venalium 
et officinarum impressorum ac librariorum dudum deputatos non 
posse librorum expurgandorum secundum modum et rationem 


indice expurgatorio [etc], jussu et auctoritate Ser. Reg. et Cath. Maj. 
edito, multitudinem guatinere, pro subditorum diocesis Brugensis 


295 


auquel le duc d'Albe promulgua le décret de la 
clémence royale devant le peuple assemblé à Anvers, 
on y publia dans l'église de Notre-Dame, la bulle 
confirmatoire de Pie V accordant aux repentants 
une indulgence plénière, et aux confesseurs des 
pouvoirs spéciaux d’absoudre du cas d’hérésie (*). 


A l'occasion, de la naissance d'un fils (4 Décem- 
bre 15/1), le roi prorogea, pendant un nouveau 
terme de trois mois, à commencer le 23 Mai 1572, le 
délai fixé par le generael Pardoen de Juillet 1570 (®). 


Le 6 Juin 1574, Louis de Requesens proclama 
une nouvelle amnistie, à laquelle le Pape Grégoire 
XIII ajouta de son côté des faveurs spirituelles 
extraordinaires (°).: 


commoditate et celeriori librorum dicto cathalogo expressorum 
emendatione, ultra dictos venerabiles viros et DD. Jacobum 
Eeckium archidiaconum, Hubertum Hubrechts archipresbyterum, 
Mathiam Lambrecht poenitentiarium, Jacobum Pamelium S. T. 
LL. et ecclesie cathedralis canonicos, ut premittitur per nos 
deputatos et quos quatenus opus est ad infrascripta iterato 
deputamus et committimus, insuper eximios viros et DD. 
Johannem Trimposium, S. T. L., Sancti Donatiani pastorem, 
Adrianum Smout, Guillelmum Taelboom, pastorem Sancte Anne, 
S. T. Baccalaureos, ac reverendos patres Christophorum de S'® 
Titio, commissarium apostolicum, Jacobum Veldium, provincialem 
et Rutgerum Juvenis, S. T. Doctores, ordinis Augustinensium, 
reverendum patrem Alphonsum Emiliani, S. T. Doctorem ordinis 
Dominicanorum, patrem Cornelium Dordracenum, S. T, B, ordinis 
Franciscanorum, et patrem Theodoricum Vassoris, priorem ordinis 
Carmelitarum et eorum quemlibet ad predictum correctionis 
opus deputavit et &mmisit deputat et committit per presentes. ” 
— Acta Driutii, 25 Octobre 1571. 

(!) GacHaRD, Correspondance de Philippe II eur les affaires des 
Paye-Bas. Bruxelles, 1848-61, T. II, p, 680. 


()) Ibid, T. IL, p. 695. 
(5) J.F. van Da VaLDE, Synopeie monwmentorum. Gandavi, 1822, 
T, II, p. 1028, 


296 


L'archevêque de Cambrai, Maximilien de Berghes, 
exécuteur des bulles pontificales, avait délégué 
Févèêque de Bruges pour l'absolution ab heeres) dans 
ce diocèse, avec faculté de subdéléguer (1). 


1)“ D. Ree volens mandare executioni certam bullam seu gratiam 
apostolicam quoad absolutionem hereticorum etc. cujus executio 
personaliter erat commissa R®° ac Ill*° D. archiepiscopo Camera- 
censi, cum clausula quod ipso alios delegare et illi delegati alios 
subdelegare possent, ipse igitur D. Rr" tanquam delegatus 
prefati D. archiepiscopi auctoritate sibi concessa subdelegavit 
gequentes honorabiles viros ac DD. Jacobum Eeckium, archidia- 
conum, Hubertum Hubrechts, archipresbyterum, Matthiam Lam- 
brechts, poenitentiarium, Jacobum Pamelium, sacre theologie 
Licentiatos, cauonicos ecclesie cathedralis Brugensis, Joannem 
Trimposium, ejusdem ecclesie pastorem, Adrianum Smout, pasto- 
rem ecclesie parochialis S. Walburge Brugensis, venerabiles patres 
commissarium apostolicum Rutgerum Juvenis et Jacobum Veldiam, 
ordinis Augustinensium, conventus Brugensis, reverendos patres 
Alphonsum Bmilianum, Paulnm Coianum,ordinis Dominicanorum 
ac conventus Brngensis, necnonet D. priorem ejusdem conventus, _ 
patrem quoque Cornelium Dordracenum, ordinis Franciscauoram 
conventus dicte civitatis.” — Acta Driutit, 24 Jul. 1570. 

«Reu in Christo Pater et D. Driutius episcopus Brugensis, 
acceptis litteris sue excellentie cum exemplaribus litterarum Ser. 
Reg. Cath. prorogationis ad tres alios menses gratie sue Majes-- 
tatis dudum concesse, volentibus redire ad gremium sancte 
matris Ecclesie, ne quisquam dicte gratie et clementie regie 
ignorantiam in futurum pretexere valeat, precipit et mandat omni- 
bus et singulis decanis christianitatis, ecclesiarum parochialium 
sue diocesis pastoribus ac concidnatoribus, quatenus diebus domi- 
nicis et festivis populo ad divinum audiendum congregato notificent 
et declarent prorogationem predicte gratie populumgque serio 
admoneant et hortentur ad eamdem gratiam et absolutionem 
regiam iterato eis oblatam (si eguerint) promerendam, signifi- 
cantes omnibus christifidelibus ad gratiam hujussnodi obtinendam 
opus esse syncera ab erroribus et heresibus ad fidem catholicam 
Ecclesiamque Romanam infra tres menses a die publicationis que 
fuit XXIII mensis Maii conversione et errorum excessuumque 
oonfessione coram deputatis fideliter facienda. Deputati autem 
per diocesim Brugensem sunt venerabiles et eximii viri et DD. 


297 


À trois reprises, en 1570, 1572 et 1574, parmi les 
prêtres subdélégués par Remi Drieux, figure notre 
Cornelius Dordracenus. Áinsi le digne religieux se 
trouve de nouveau associé à tout ce que la ville de 
Bruges comptait de plus respectable et de plus sa- 
vant. Ses collègues étaient: Jacques vau den Eecke, 


Jacobus Eeckius, archidiaconus, Hubertus Habrechts, archipres- 
byter, Matthias Lambrechts, poenitentìarius, Jacobus Pamelius, S. 
T. licentiati et ecclesie cathedralis canonici, Joannes Trimposius, 
similiter S. T. licentiatus et pastor S. Donatiani, Christophorus de 
S. Titio commissarius apostolicus, Jacobus Veldius provincialis, 
Rutgerus Juvenis, magistri nostri, religiosi ordinis Âugustinensis, 
pater Cornelius Dordracenus, guardianus conventus Franciscano- 
rum et pater Guillelmus van Eecke, religiosus ordinis Dominica- 
norum. Quod Rrv prefatus ad omnium notitiam deduci voluit 
omnibusque innotescat ac ut premittitur notificari per decanos 
christianitatum,pastores et concionatores respective mandat.Äctum. 
Brugis die XXIIT. Maii anno 1572.” — Acta Driutis. 

“«D, Re“ ab Illustr”° et Rev®° D. archiepiscopo Cameracensi, 
primario commissarto et executore apostolico certi Brevis apos- 
tolici quoad absolutionem hereticorum……, per episcopatum Bru- 
gensem subdelegatus cum potestate ulterlus alios per diocesim 
suam gubdelegandi, ne amplissima Sue Sanctitatis gratia optati- 
ssimo fructu careat, precipit et mandat omnibus et singulis decanis 
christianitatis, pastoribus et vices eorum gerentibus ac verbi Dei 
concionatoribus quatenus in ecclesìis et conventibus guis…. sub 
concione aut divino officio e suggestu supradictam gratiam publi- 
cent et claris verbis auditoribus explicent,atque solemnes et devotas 
processiones eodem die publicationis et duobus festis vel dominicig 
sequentibus celebrent, humilesque et pias preces pro aberrantium 
a fide catholica Romana conversione et ad gremium sancte matris 
Eecelesie reductione fundant, seduloque omnes culpabiles adhor- 
tentur ut iufra tempus a regia et catholica Majestate prefixum 
gratiam condoftationemque apostolicam et regiam sincero corde 
studeant promereri, ne mors infernusque eos subito absorbeat, 
quum poenitentie non erit locus nec tempus. Pro commodiori autem 
et celeriori presentig gratie executione S. P. subdelegavit per 
civitatem et diocesim Brugensem venerabiles et eximiosg virog et 
DD. Jacobum Eeokium, archidiaconum, Hubertum Hubrechts, 








298 


archidiacre, Hubert Hubrechts, archiprêtre, Mathias 
Lambrecht, pénitencier, Jacques Pamelius, cha- 
noines de la cathédrale, Jean Trimpont, pastor 
laicorum de Saint-Donatien, tous licenciés en théo- 
logie, Adrien Smout, curé de Sainte-Walburge, S. 
T. B, Roger de Jonghe, Christophe de Saint-Tite, 
commissaires apostoliques, et Jacques Veldius, 
provincial, ermites de Saint-Áugustin, Alphonse 
de Saint-Éimilien, Paul Coye, Guillaume van Eecke 
et André Heynsius, prieur, de l'ordre de Saint- 
Dominique, enfin le célèbre Frangois Costerus, 
professeur de théologie de la Compagnie de Jésus. 

Des marques aussi constantes de sympathie, 
d'estime et de confiance données au Fr. Corneille 
par ses frères en religion, par les chanoines et 
par l'évêque, qui, tous témoins de ses travaux 
apostoliques, auraient dû être les premiers, en 
ce temps de lutte, à rejeter un religieux abusant 
du tribunal de la pénitence et souillant la chaire 
de vérité de propos immondes; de telles marques 
de faveur, disons-nous, ne laissent pas subsister 
le moindre doute gur le caractère calomnieux des 
accusations formulées dans 1’ Historie [en Sermoe- 
nen] van Br. Cornelis. Adriaensz. était le fléau 


archipresbyterum, Mathiam Lambrechts, pcenitentarium, M. Jaco- 
bum Pamelium, S. T. Licentiatos et canonicos ecclesie cathedralis 
Brugensis, necnon reverendos patres Christophorum de S'° Titio, 
commissarium apostolicum et Jacobum Veldium, religiosos ordi- 
nis et conventus Áugustinensium, Paulum Coyanum, provincialem 
ordinis Dominicanorum, Franciscum Costerum, presbyterum socie- 
tatis Jesu, sacre theologie professores et Doctores, ac patrem 
Cornelium Dordracenum, guardianum conventus Franciscano- 
rum.” — Acta Drvutis, 21 Jun. 1574, 


290 


des hérétiques et lés hérétiques vonlaient le perdre; 
voilà le secret de toutes les calomnies. 

A la haine des sectaires se joignait le mauvais 
vouloir du magistrat de la ville de Bruges. Mais 
la persécution des uns et les vexations de l'autre 
ne faisaient que stimuler lardeur du vaillant 
apôtre. Redoublant d'énergie, l'infatigable fran- 
ciscain continua de prêcher en public jusqu'à la 
dispersion des religieux de son ordre. Le 3 Fé- 
vrier 1578, le collège des échevins enjoignit au 
gardien des Frères-Mineurs d'interdire la prédi- 
cation au courageux athlète, avec menace d'em- 
ployer la force pour arracher celui-ci de sa chaire, 
sil osait enfreindre cette défense (!). Quelques 
jours plus tard,la ruine du couvent était consommée. 

Afin qu'on ne puisse nous accuser de réticences 
calculées, examinons les griefs du magistrat à 


() “ Alsdan was versocht ter Camere te commen de gardiaen 
vanden cloostere vande Graubroeders, Br. Jacob Dastudillo, ende 
daer ghecomen zynde met een zyn medebroeder, was versocht 
voorts te verbiedene Br. Cornelis van Dordrecht meer te prekene, 
met expressen verclaerse indien hy hem vervoorderde meer up 
den stoel te commen, dat hem scepene daer uuyt zouden doen halen 
byder weirlicke ende stercke handt. Ende dat uuyt cause dat hy, 
nietjeghenstaende zo menichvuldich vermaen ende interdictie 
hem ghedaen, zo by den zelven gardiaen ende voorsaten in officie 
als by myn heere den bisschop, die vanden vicariate, ende ooc de 
voorsaten in wette van scepenen, bleef hem in zyn sermoen moyen 
met de affairen vanden lande ende vande staten, blamerende dicwils 
huerlieder acten, ende van huerlieder gheallieerde, tot groote 
ontstichtynghe vande ghemeente ende daer duere by dese stede 
brochte in d’ooghe van andere dit interpreterende alle zulcke 
schandaleuse propoosten by der wet goet ghevonden ende ghead- 
voueert te zyne, ende voorts zyn persoon in dangier ende tcloos- 
tere in den haet van een yghelick. ” — Secrete resolutiebouc, 
3 Febr. 1578. 








800 


charge du Fr. Corneille. Cet examen prouvera, 
une fois de plus, que les avertissements et les 
mesures vexatoires dont le prédicateur fut l'objet, 
n'ont pas été provoqués par son prétendu langage 
indécent et grivols, mais par des motifs d'un tout 
autre ordre. 

Les pasquilles, les vers et les libelles, d'une 
part, les caricatures, les charges et les représen- 
tations grotesques, de l'autre, étaient les armes de 
prédilection employées par la Réforme allemande 
pour combattre l'Église romaine, ses dogmes et 
se8 rites, pour vilipender le Pape et les évêques, 
pour dénigrer le clergé et leg moines (*). L'usage 
de ces armes empruntées à l'art et à la littérature 


(1) Voir sur cette matiòre, J. JANSSEN, Geschichte des deutschen 
Volkes seit dem Ausgang des Mittelalters. Freiburg 1888, Sechster 
Band, pp. 35-47: Spott-, Schand- und Lästerbilder- zahllose Holz- 
schnitte wider “* das verfluchte teuflische Pfaffengeschlecht” etc; 
pp. 224-230: Unzählige Spott- und Schmähschriften etc. — Parmi 
les nombreuses gravures injurieuges à la religion catholique, ren- 
seignées par léminent historien, {l en est une qui nous a frappé; 
c'est celle qui représente un moìine donnant la discipline à une 
religieuse. Le texte allemand nous dira que la calomnie lancée 
contre le F. Corneille au sujet des dévotaires u’était pas une inven- 
tion originale de son auteur: “ Auf einem Holzschnitt entblösst 
ein Mönch eine auf der Erde liegende Nonne, um gie mit einem 
an einer Stange befestigten Fuchsschwanze zu geisseln. Die 
Unterschrift lautet : Im Klostergarten wird verricht solch Disciplin 
wie man hie sicht. * 

Fuchsschwanze, queue de renard, vossensteert. C'est également 
une discipline bien douce que Gorrzrus (Historie [en Sermoenen ]) 
et VAN METEREN (Belgische ofte Nederlantsche historie) mettent entre 
les mains de Broeder Cornelis; gi bien que vaN Marg (Levens- 
beschryvinge) relatant les calomnies de ces écrivains, se sert de 
Yexpression: “ eene zachte lyfkastydinghe met eenen vossen steert.”” 
On sait que, même dans le langage ordinaire, les mots : Temund met 
eenen vogsonsteert geeselen signifient: châtier quelqu'un doucement, 
comme le verbe Fucheechwöänzen signifie: cajoler, caresser, flatter, 


801 


passa de l'Allemagne aux Pays-Bas. Malpré la 
défense faite par les placards, sous des peines 
sévères, on y voyait, surtout à partir de l'érection 
des nouveaux évèchés, pulluler les productions 
gatiriques et bouffonnes, semées à profusion par les 
hérétiques et les rebelles, dans le but de ruiner, 
dans l'esprit du peuple, les catholiques fidèles à la 
religion et au roi, en particulier le cardinal de 
Granvelle (1). Bruges aussi avait des caricaturis- 
tes (?), et dans les registres aux résolutions du 
magistrat de la ville, plus d'une fois, il est question 
de fameuse libellen, scandaleuse brieven, diffama- 
tovre liedekens (°). 


(!) Une des plug fameuses caricatures de ce temps est celle où 
le cardinal était représenté couvant des ceufs, d'où sortaient de 
petits évêques en foule, avec le diable voltigeant au-dessus de 
sa tête et la légende: Hic est fllius meus dilectus, ipsum audite. 
Voir NaMÈcHe, Cours d'histoire nationale. Louvain, 1884, T. XIII, 
p. 287. 

(2) Dans l'Edictum de Philippe II, mentionné plus haut (p. 294, 
n. 1), sous la rubrique Duytsche verboden boecken, (litt.F) p. 87, on lit: 

“ De Thien gheboden, by Jacob Janssen Brugis. 

Triniraeckel daer Christus V. Duysent ghespyst heeft, een caerte 
oft figuere, by Jacob Janssen Brugts. 

Het Oordeel, by den selven ”. 

(°) “ Ghelast te scryven an Mevrauwe de gouvernante up haeren 
brief van tscryven vande briefkins anden pastor Smout, hoe dat 
toollege van 1‘ article niet gheweten en heifs, by dat myn heere 
den bisscop tzelve ontrade omme scandael te scuwen, zo hy ooo 
dede van nyet te publyceeren by halleghebode, hoe wel dat toollege 
de briefkins bewaert, zo dat tauderen tyden up ghelycke briefkins 
zyn zulcke debvoiren ghedaen dat de facteurs achterhaelt zyn 
gheweest ende metter doot ghepuniert… ” 

“ Gheresolveert by halleghebode te vercondighen zo wie ter ken- 
nesse vande wet zal brynghen de autheurs scryvers, sayers of 
plackers van eenighe pasquillen, fameuse libellen of papieren de 


503 


En Juin 1560, dans un germon prêché à l'église 
de Sainte-Walburge, Broeder Cornelis, pour donner 
plus de poids à ses paroles et pour détourner plus 
efficacement ses auditeurs des nouveautés doctri- 
nales et de la rébellion contre le souverain, se 
permit de leur exhiber une de ces caricatures 
outrageantes et de leur en dénoncer la malice. Le 
curé de la paroisse, Adrien Smout, en fit autant. 
Le magistrat peureux s'en Émut; il députa l'éche- 
vin Pierre Hanseman et le pensionnaire Gilles W yts 
au couvent des Frères-Mineurs, et manda le curé 
pour lui exposer le danger qu'il y avait-à agiter 
ainsi le peuple. Adrien Smout présenta des 
excuses (1). Cet incident doit avoir été de peu 


welcke onlancx diverschelick ghestroyet ende bevonden zyn ghe- 
weest, dat hem uuter stede buerse zullen voor eene schoonesse 
ghegheven worden hondert keysers guldens eens. Verbiedende 
voorts een yghelick van nu voortan zulcx te doen up peyne van 
metter galghe ghestraft te worden naer het uutwysen vande lette- 
ren van placate daerup uutghegheven inde maent van Meye 
latstleden LXVI.” — Secrete resolutiebouc, 18 Sept. 1564; 4 Oot. 
1567. Cfr. 27 Jan. 1568 (n.s.) (Diffamatoire liedekens); 3 Jan. 
1560 (n. s.) (Scandaleuse brieven). 


(!) “ Ghecommen zynde ter kennesse van den college dat Broe- 
der Cornelis zoude hebben int sermoen Ste Walburge ghetoocht 
een figure metter penne int papier ghecontrefait die scandaleus 
was, ende dat den prochiepape aldaer ooc tzelve den ghemeente 
te kennen gaf, zo es an Broeder Cornelis ghezonden d’heer 
Pieter Hangeman scepene met M" Gillis Wyts pensionnaris; ende 
ontboden den voorseyden prochiepape es hem vertoocht tdangier 
datter inne gheleghen es tghemeente daermede te ontstichtene; 
daer up den voorseyden prochiepape comparerende heift zyn 
excuse ghedaen.” — Secrete resolutiebouc, 22 Jun. 1560. 

Tous ceux qui ont l’habitude de lire les documents de cette 
époqueagitée, savent que le mot scandaleus n'a pas la signification 
d'indécent, d'mmoral ou d'obscène, mais bien celle de injurieuw, 
irrespectueur, capable d'evciter, de troubler le peuple. 


303 


d'importance, puisqu’il n'empêcha pas le même 
magistrat de donner, un mois plus tard, un témoi- 
gnage public de satisfaction aux Franciscains, en 
leur octroyant un subside de six livres de gros, 
tant pour les aider à couvrir les frais de restaura- 
ration de leur couvent, qu’en gigne de gratitude 
pour les services que ces religieux rendaient à la 
population brugeoise, par leurs instructions et 
leurs sermons (!). 

De 1561 à 1565, une grave question d'économie 
sociale, déjà soulevée en 1526, préoccupa de nouveau 
les esprits à Bruges. 

Le règlement concernant la bienfaisance publi- 
que, dressé sur les pressantes instances de J. L. 
Vivès (°), et mis en vigueur pendant quinze ans, 
était tombé en désuétude (*). 

Le 2/7 Novembre 1561, le magistrat de la ville 


(1) ““ Gheconsenteert te ghevene den cloostere van de Freremi- 
neuren ter contemplatie ende respecte van de groote coste die zy 
ghedaen hebben int repareren van heurlieder dormptere ende 
van de goede dienste die zy doen int preken ende uutlegghen 
van den woorde Gods, de somme van zes ponden grooten.” — 
Seerete resolutiebouc, 2 Aug. 1560. 

(®) Joannis Ludovici Vivie Valentint. De subventione pauperum. 
Sive de humanis necessitatibus Libri II. Ad senatum Brugensem. 
Prior de subventtone privata, quid unumguemgque facere oporteat. 
Alter de subventtone publica, quid ciwvitatem deceat. Brugis 1525. — 
La dédicace est datóe du 6 Janvier 1526. 

(5) “ Upde missive van die van Doornicke verzouckende thebben 
copie van de ordonnantie vanden aermen die zy verstaen hier 
onderhouden te worden, es gheresolveert by den greffier by mis- 
sive te doen antworden dat wy een oude ordonnantie, nu interrupt, 
wel XV jaeren onderhouden hebben, maer dat wy eene nieuwe 
willen stellen ende dat men hemlieden zal van copie zenden. ” — 
Secrete resolutiebouc, 6 April. 1562 (n. s.). 





804 


chargea R. Ommejaghere, Philippe Bruneel, éche- 
ving, Jean van Nieuwenhove, conseiller, Soyer van 
Male, Omer Coolman et Jean Aernoult de rédiger un 
projet de nouvelle ordonnance touchant l'entretien 
des pauvres et la répression de la mendicité (1). 
Le projet, présenté au collège, le 9 Janvier 1562 
(n..s.) (°), suscita, dès qu'il fut connu du public, 
de vives protestations; mais les édiles passèrent 
outre, et lordonnance fut publiée, probablement 
en Septembre 1562 (*). Tandis que les opposants 
S’'adressaient à l'évêque pour lui exposer les incon- 
vénients du règlement, le pensionnaire Gilles Wyts 
prenait la plume pour le défendre (*). Curtius, 


(1) “ Omme orde te stellen up d'aermen ende vagabonden daer- 
deure de sayetiers, fustyeniers ende andere neeringhen deser stede 
qualic kuenen ghedient werden, enz. heift tcollege gheauthoriseert 
d’heeren R.…. Ommejagher, Philips Bruneel, Segher Van Male, 
Jan Van Nieuwenhove, Omaer Coolman ende Jan Aernoult omme 
eene preparatie te maken van de ordonnantie zo tanderen tyden 
ghedaen es ter sustentatie van buiswerkers ende extirpatie vande 
onbescaemde aermen, ende ten eersten trapport te doene.” — 
Sacrete resolutiebouc, 27 Nov. 1561. 

(2) “ Eodem hebben de mannen ghestelt tot maken vande ordon- 
nantie vanden aermen overbrocht de zelve, ende tcollege heift 
hemlieden ghepresenteert elco II cannen wyns.” — Ibid. 9 Jan: 
1562. (n. s.). 

(®) Voir plus bas, p. 309, n. 1. 

(*) De continendis et alendis domi pauperibus el in ordinem redi- 
gendis validis mendicantibus Egidii Wytsii, jureconsulti Brugeneie, 
consilium. Ad reverendissimum D. Episcopum el amplisetmum Sena- 
tiem Brugensem. Antv. 1562. — Lauteur offrit son ouvrage au 
magistrat, le 4 Septembre 1562: “ Eodem heift Mr Gillis Wyts 
ghepresenteert zynen bouck inhoudende raedt omme te onder- 
houden de aermen, gheprent met privilegie ende ghedediceert den 
bisscop van Brugghe ende Mynheeren vande wet, ten welcken 
respecte en van zyn dienst heift tcollege zyn jaerlicx pensioen 
gheaugmenteert tot II° gulden tejaers.” — Secrete regolutiebout, 
4 Sept. 1562, 


805 


comprenant importance de la question, soumit 
Fordonnance al’avis des théologiens de Louvain. 


Les docteurs donnèrent leur réponse à l'évêque, 
le 6 Mars 1563 (n. s.). En voici lanalyse, d'après 
Mer de Ram (1). 

‘*IIs louent, sans réserve (°), le magistrat de Bru- 
ges de ce qu'il s'occupeavec tant de charitéet de zèle 
à mettre en vigueur des mesures propres à bannir 
de la commune la mendicité et la fainéantise, et à 
secourir plus efficacement les véritables indigents… 


‘« La Facultéreconnaît l'utilité de la bienfaisance 
collective, mais elle maintient la nécessité de la 
bienfaisance individuelle, sève et racine de la pre- 
mière. Elle recommande l'exercice des oeuvres de 
miséricorde, et demande que la répression, sì dés1- 
rable de la mendicité, ne dégénère pas en une 
sévérité excessive qul anéantisse toute liberté indi- 
viduelle, qui blesse la pudeur du pauvre, qui 
condamne à mourir de faim celui qu'on ne peut 
nourrir ou entretenir suffisamment. C'est à ce point 
de vue seulement (®) que les docteurs de Louvain 


(?) De Ram, Opinion des théologiene de Louvain eur la répres- 
ston administrative de la mendicité, en 1562 et 1565, dans les 
Bulletins del’ Académie royale des eciences, dee lettres et des beaux- 
arts de Belgique, T. XXII, p. 266. Cfr. Annexe I, p. 267. 

(2) Le texte latin porte: “ Non possumus non magnopere com: 
mendare charitatem et studium vestri magistratus…”’ 

(®) “ Per ordinationes exhibitas, disent les théologiens, non videtur 
in universum egentium necessitati et pudori posse gatis subveniríi ; 
imo in ipsis ordinationibus quredam inesse putamus, quee si non 
prorsus impia (dans le sens de sane pitié), certe parum christiano 
homine digna videntûr.” — Plug loin ils désapprouveront encore 
Yofdontánce, en co qui toùche les fondations pieuses. 

20 





806 


présentent quelques remarques critiques sur l'or- 
donnance de Bruges. Ils font ces remarques non 
pas pour empêcher la réalisation du but qu’on veut 
atteindre, mais pour qu’on ne s'écarte en rien des 
sentiments d'humanité et de justice, et que l'on 
puisse parvenir à concilier tous les intérêts. 

‘Sous prétexte de grossir le trésor des pauvres, 
on eût voulu détourner de leur institution primi- 
tive certaines fondations pleuses et en réunir les 
revenus à la collecte générale. Les théologiens de 
Louvair réprouvent ce moyen. Cependant la Faculté 
croit que l'évèque de Bruges doit, avec une golli- 
citude paternelle, avoir Égard aux bonnes intentions 
du magistrat, et qu'il convient, non pas de réprou- 
ver lordonnance d’une manière absolue, mais de 
tächer d'en faire modifier quelques dispositions.” 

En 1564, parut un règlement modifié, dans plu- 
Bleurs de ses parties, d'après les instructions des 
docteurs de Louvain. Il fut néanmoins attaqué 
encore, en particulier par Laurent de Villavicentio, 
ermite de Saint-Augustin. Interpellé par l’évêque 
au sujet de son opposition, ce religieux publia, la 
même année, un travail (*) où il réfute l'ouvrage 
de Wyts et fait la critique des trente-six articles 
de l'ordonnance de 1564 (2). 


(!) De aconomta sacra circa pauperum curam a Christo enstituta, 
apostolie tradita et in universa. Ecclesia inde ad nostra usque tempora 
perpetua religione observata, cum quarundam proposttionum, quce 
huic sgacre aconomte adversantur, confutationa, librt III, authore 
fratre Laurentio a Villavicentio Keresano, doctore theologo Augusti- 
niano eremita. Antv., ex offic. Chr. Plantini, 1564. 

(®) Cette critique se trouve à la fin de l'anvrage précédent 
(pp. 262-266 [296)), sous l'en-tête: Deliberatio burgimagistrorum 





807 


‘< La controverse devint gi animée, de part et 
d'autre, que le magistrat se détermina à suspendre 
Fexécution de son ordonnance et à en référer au 
gouvernement. 


<< La gouvernante, Marguerite de Parme, S'an 
dressa à l'Université de Louvain et ordonna aux 
Facultés de théologie et de droit de lui donner un 
avis sur les deux écrits qui soulevaient à Bruges 
des disputes opiniätres. 


‘f La réponse de la Faculté de théologie à la 
gouvernante porte la date du 30 Mars 1565. 


““ Dans cette censure théologique, nos docteurs.…. 
trouvent que les deux écrivains, Villavicentio aussi 
bien que Wytsius, sont trop attachés à leurs 
opinions, et qu'en les soutenant avec trop de 
violence, ils s'écartent des règles de la modestie, 
des convenances et de la charité chréttenne. 


“< Villavicentio avait consacré une partie notable 
de son ouvrage à exposer les principes qui militent 
en faveur de la liberté du pauvre et qui confirment 
Pautorité de l'Eglise concernant les fondations 
pieuses, autorité que les idées de Y'époque tendaient 
à méconnaître. A ce point de vue seulement (1), la 


atque scabinorum senatus ciwitatis Brugense in negocio pauperum 
servanda, anno 1564 pronuncrata, cum responstone fratris Laurentit 
a Villavicentia Xerezuni dactorie theologi Augustiniand eremtoe, R. 
Eptecopo ejusdem civitatis, qui hoe ab ipso petierat, exhibrta. 

(I) Le but que Villavicentio se propose, est approuvé par la 
Faculté, sans réserve. “ Scopus tamen libelli, dit-elle, a M.N. 
Laureutio conscripti laudandus est, ut qui ex professo spectet ad 
defonsionem tum pauperum tum auctoritatis ecclesiasticse, que 
hodie in plerisque locis graviter Inbefactatur.” 





308 


Faculté loue le but que l'auteur s'est proposé. Mais 
ce que la Faculté blâme et réprouve, c'est l'ani- 
mosité de l'écrivain, ce sont ses attaques contre le 
magistrat de Bruges, c'est la prétention de vouloir 
trouver dans certaines dispositions de l'ordonnance 
des tendances favorables au luthéranisme. Ce qui 
déplaît à nos docteurs c'est que Villavicentio mé- 
connaît (?)-à son tour les droits de l'autorité civile 
par rapport aux soins à donner aux pauvres…. 


‘<< Les sentiments des docteurs de Louvain dif- 
fèrent donc essentiellement de ceux de Villavicentio. 
Voyons maintenant ce qu'ils pensent de Wytsius. 

‘< Ils ne gauralent approuver son livre sans 
réserve (?), car quoique la partie qui traite de la 


(!) Le texte latin porte: ‘‘ in eo vehementior est, quod aliquot 
locis a seeculari magistratu videztur tollere omnem pauperum 
curam, e&amque solam pertinere ad episcopi jurisdictionem.” 

(®) Mgr de Ram nous semble trop indulgent à lendroïit de 
Weyts. Voici ce qûe la Faculté dit de ouvrage du pensionnaire: 
‘“ Scopus vero libelli Egidii Wytsii nobis non per omnia probatur. 
Nam etsi ex parte laudandus sit, quod ostendat non ita, ut passim 
fit, tolerandos esse validos mendicantes, non tamen quacumgque 
ex parte, nam nimis constringit pauperum subventionem, et nimis 
tribuit sseculari magistratui cum preejudieio auctoritatis ecclesia- 
sticse : in quibus totus liber potissimum versari videtur. Que dum 
agit, non solum in eo peccat, quod contemptim nimis etiam ipse in 
eos invehitur, qui ejus sententiam non approbant, vocans eos 
refractarios et blaterones, ideogue eos asserens senatus constitu- 
tiones impugnare, quod cum suis rationibus putent non esse 
conjunctas; sed multo magis in eo quod qusedam affirmet, que 
pias et christianae aures merito offendant, quoeque sanctionibus cano- 
nicie palam repugnant, ut cum XIII cap. sui libelli asserit per 
magistratum seecularem pias voluntates defunctorum in alios usus 
posse converti… Item cum folio 18 dicit, particularia judicia de 
contractibus usurariis, decimariis, matrimoniorum et votorum 
formis, eequalitate et justitia, non ex sacra scriptura peti debere, 


809 


répression de la mendicité soit digne d'éloges, 
cependant l'auteur est trop enclin à restreindre la 
gubvention des pauvres et à étendre l'intervention 
de l'autorité civile au préjudice de lantorité ecclé- 
siastique, et même à tel point que l'ouvrage dans 
son ensemble ne paraît pas avoir d'autre but. La 
Faculté bläme sévèrement ces dispositions, mais 
elle est loin (!) de porter une accusation d’hérésie 
contre Féerivain.… (%). ** 

Ce fut probablement à la suite de cette décision 
que le règlement du magistrat de Bruges fut mus 
à exécution (%). 

Cet exposé était nécessaire pour nous faire saisir 
la portée du différend qui surgit entre le Fr. Cor- 
neille et le magistrat, à propos de la suppression 
de la mendicité. 


ged ex civilibus legibus…”— M. Carton dans Ìa notice consacrée à 
G. Wyts (Biographie des hommes remarquables de la Flandre occt- 
dentale, Bruges 1847, T. 4, p. 325), dit: “* J'ai lu les denx ouvrages, 
et celui de Wyts est une ceuvre de bon sens.” Qu'il soit permis 
de mettre en regard de cette appréciation, celle de Mgr Malou, le 
savant évêque, si entendu dans les questions de bienfaisance: 
‘“< Abundantia sterilis ; voces et verba; res perpaucse; commemo- 
rantur qusedam circumstantiee locales” Ce sont les mots écrits 
de sa main sur son exemplaire de l'ouvrage de Wyts. 

(1) On trouvera, à la page suivante, la note à laquelle nous ren- 
voyons p. 304, note 3. 

“< Itaque auctorem Wytsium, etsì heereseos vel suspicionis de 
heeresì non putamus condemnandum, maxime quod omnia gubji- 
ciat ecclesiee judicio, admonendum tamen putamus, ut in scribendo 
et consulendo sit circumspectior atque utrique magistratui suam 
agnoscat tribuendam et tribuat reverentiam et auctoritatem.…’” 

(2) Opinton des thóologiens etc. 1. o. Cfr. Annewe III, p. 275. 

© De Lerr, Hequiese biographique de Pierre de Corte (Curtius), 
premier évéêque de Bruges, ancien professeur de U’ Université de Louvain. 
Louvain 1863, p. 108, 


810 


Parmi les plus ardents contradicteurs du règle- 
ment de 1562 se trouvalent les ordres mendiants et 
plusieurs ecclésiastiques,entre autres Adrien Smout. 
Le 29 Aofit 1562, Alphonse de Saint-Éimilien, domi- 
nicain, etC. Adriaensz., franciscain, avaient obtenu, 
grâce à intervention de l'évêque, de conférer sur 
la matière avec les députés du magistrat, Sébastien 
vanden Bussche et Philippe Bruneel, échevins, et 
Gilles Wyts, pensionnaire. Sur le rapport des 
députés, comme quoi le Fr. Corneille avait vive- 
ment combattu lordonnance et aurait même, dans 
un sermon, parlé de la conférence de manière à 
agiter le peuple, le collège pria Curtius d’interdire 
la prédication au curé de Sainte- Walburge, Adrien 
Smout, ainsi qu’à Broeder Cornelis, et fit mander le 
gardien des Frères-Mineurs à la chambre du con- 
geil. Le gardien ne se présenta point, mais fit 
savoir que les quatre ordres mendiants avaient 
résolu de ne plus comparaître devant le magistrat(*). 


() “ Up tvertooch den college ghedaen byden greffier civil hoe 
dat mynheere den Bisscop hem te kennen hadde ghegheven dat by 
zynder Eerw. ghecomen hadden Broeder Alfonsus doctor van de 
Predicaren en Broeder Cornelis predicant van de Minrebroeders, 
verzouckende, up de ordonnantie van den arme te stellen, te 
commen in communicatie met ghedeputeerde van mynheeren, zyn 
by den college ghedeputeerd dheeren Sebastiaen van den Berghe 
en Philips Bruneel, scepenen en M* Gillis Wyts, pensionaris.” 

‘«“ Uptrapport vande ghedeputeerde gheweest hebbende by myn- 
heere den Bisscop ende vande groote oppositie van Broeder Cornelis 
die ooc ghister of eerghister zoude gheprect hebben vande commu- 
nicatie ten verzoucke vanden Bisscop hem gheconsenteert, ende 
ghezeyt scandaleuse ende seditieuse woorden, es gheresolveert 
thove te zenden alle de informatien en verzoucken an den Bisscop 
dat hy den prochiepape van Ste Wouburghe verbiede te preken 
alsooc Broeder Cornelis. Dat men ooo zoude ontbieden den gar- 





811 


L’opposition du Fr. Corneille, commune d’ailleurs 
aux ordres mendiants et à beaucoup d'ecclésias- 
tiques, se comprend parfaitement, si l'on considère 
qu'elle visait Fordonnance de 1562, abritée sous la 
défense de Gilles Wyts et non encore corrigée’ par 
la Faculté de théologie (*), et que la conférence eut 
lieu, avant la publication du règlement, avec un de 
ses rédacteurs, Philippe Bruneel, et avec son plus 
chaud défenseur, Gilles Wyts. Les contradicteurs 
du magistrat voulaient empêcher la promulgation 
de l'ordonnance telle qu'elle était alors congue, 
et les observations faites par les docteurs de 
Louvain, tant sur le règlement lui-même que sur 
Yopuscule de Wyts, nous disent qu’ils avaient 
raison. S'il y eut de lanimosité de la part de 
C. Adriaensz., à n'en pas douter, il y en aura 
eu aussi de la part du pensionnaire qui, déjà si 
violent dans son écrit, ne laura pas été moins dans 
une discussion orale. 


diaen en hem te kennen gheven indien hy Broeder Cornelis nyet 
en verbiet dat men zal raedt vinden, nyet min dat men de publi- 
catie doen zal vande ordonnantie.” 

«“ Alzo tcollege omme beters wille ter cause voorscreven hadde 
doen verzoucken an mynheere den gardiaen ende Broeder Cornelis, 
te com pareren hier int collage, so heift Antheunis de Kieck, hooft- 
man vande stedegarsoenen, gherelateert dat sy zouden gezeyt 
hebben hoe tusschen de IIII orden was ghesloten int college 
nyet meer te compareren.” — Secrete resolutiebouc, 29, 31 Aug., 
2 Sept. 1562. 

(!) L'opuseule de Wyts venait próécisóment de paraître. Cfr. 
p. 304,n. 4. La réponse de Louvain est datée du 6 Mare 1562. 
Contrairement àl'opinion de Mgr de Ram, les dates de la rédaction 
de l'ordonnance, de sa présentation au magistrat et de ga publica- 
tion, exigent que l'on entende la date du 6 Mars 1562, stylo Brat 
bantia, c. à. d. 1568 (n. 8.). 


812 


Ceci se passait avant le séjour du Fr. Corneille 
au couvent d’Ypres. Après son retour à Bruges, 
il prêcha, sans relâche, jusqu'en 1578. Pendant 
cette période de douze ans, trois fols, que nous 
sachions, le magistrat crut devoir se plaindre des 
sermons du religieux. Il le déféra, le 5 Juillet 
1566, à l'évêque, et, le 20 Janvier 1567, au gardien 
des Frères-Mineurs (!). 


(5) “ Eadem es mynheere den Bisscop gheadverteert gheweest 
by de gheputeerde van den college hoe dat Broeder Cornelis 
frere mineure, Broeder Jacob Veldeken ende Spykelboort augus- 
tynen, zeere scandaleuselic preken zo dat tghemeente daerinne . 
onsticht wort.ende van hem verzocht daerinne ordene te stellen, 
dat zyn Eerw. belooft heift te doene. * 

& Ontboden den gardiaen van de Freren mineuren eg hem te 
kennen ghegheven hoe dat Broeder Cornelis ghisteren voor ende 
naer noene ghepreeckt heyft dat die van Brugghe hebben verloren 
heurlieder privilegien ende dat men zal stellen in alle prochien 
inquisiteuren ende alzo tzelve zoude tvolck meughen verwecken 
tot seditie, es hem gheboden dat hy Broeder Cornelis zoude doen 
zwyghen, of dat ’t collegie zal moeten claghen thove mits mynheere 
den Bisscop gheen debvoir en doet.” — Secrete resolutiebouc, 5 Juil- 
let 1566. 20 Jan. 1567 (n. 5). 

Une résolution du 24 Avril 1567 n'atteint pas directement 
Broeder Cornelis. Le magistrat y fait seulement alluston aux réso- 
lutions du ‘5 Juillet 1566 et du 20 Janvier 1567, à propos d'une 
difficulté entre Charles Courtewyle et l'évêque. Le prieur des 
Carmes, dans ses sermons, s'étant écartóé de l'exactitude doctrinale, 
la cour ecclésiastique se vit obligée d'instruire son procòs. Chose 
étrange, les édiles, si chatouilleux à l'endroit des autres prédica- 
teurs, prennent la défense de celui-ci. Après quelques années 
d’interdiction, Courtewyle put reprendre ses prédications, comme 
nous le verrons plus loin, p. 322, notes 1 et 2. 

‘« Verstaen by den college hoe den prior van de Carmers zoude 
ontboden zyn by den Bisscop om te antwoorden up zekere 
articlen die hy zoude ghepreect hebben zonder hem die te willen 
gheven by ghescrifte, daer uuyt zoude meughen volghen groote 
zwarichede tusschen tghemeente twelcke tcollegie ghelast es in 
payse te houden, es versocht an den Burchmeester by den Bisscop 





313 


Le 3 Février 1578, dans leur résolution de faire 
interdire formellement l'exercice de la prédication au 
franciscain, les édiles résument ainsi tous les griefs 
à sa charge: ils accusent Broeder Cornelis de s’oecu- 
per de politique en chaire; ils lui reprochent de 
blâmer les actes du magistrat et ceux de ses alliés, 
au grand scandale de la commune et au risque de 
brouiller la ville de Bruges avec d'autres cités, 
qui pourraient croire que les propos violents du 
Franciscain avalent lapprobation de l'autorité ci- 
vile; enfin ils déclarent que le prédicateur met en 
danger sa propre personne et voue son couvent à la 
haine du public (°). 


te ghaene ende an mynheere den Scoutheeten om hem te bidden 
de zaeken wyslic te handelen, of dat tcollegie tot heurlieder 
excuse zal bedwonghen zyn thove de clachte te doene, te meer 
deur dat mynheere den Bisscop tanderen tyden up de clachte van 
tcollegie van dat Broeder Cornelis ende andere zouden openbaerlic 
gheprect hebben int scimp ende prejuditie vanden collegie, 
verclaersde gheen authoriteyt te hebben up den voors. Broeder 
Cornelis. Mynheer den Burchmeester heeft ghezeyt dat hy de 
zaeke discretelic zal handelen” 

‘< Up de requeste van mynheere den prior vande Carmers zyn 
ghecommitteert den burchmeester van den Courpse, den voor- 
scepen Nicolaus Boulangier en den pensionnaris de Groote omme 
an mynheere den bisscop te verzoucken dat hem in zijn proces 
worde ghedaen goede en corte expeditie, ende ooc zyne eere ende 
goede reputatie bewaert ende gheconserveert, zo verre alst moghe- 
lick sal wesen; tzelve proces beleidende alzo civilick alst zyn Eerw. 
tot eer van thooft van zulck een notable ghemeente ende ooc van 
dese stede daerinne hy langhe ghepredict heift sal weten te beho- 
rene.” — Secrete resolutiebouc, 24 April, 10 Jun. 1567, 

('!) Voir plus haut p. 299, n. 1. Nous tenons à le rappeler encore 
une fois, les mots schandaleuse propoosten de la résolution du 
3 Février 1578 n'ont pas le sens d'obscène, mais celui d'injurieuw, 
d'irrespectueux à Pendroit du magistrat, capable d'agiter le peuple. 
Le contexzte l'établit à toute évidence, Cfr. p. 308, n, 1. 


814 


Afin d'apprécier sainement ces démêlég, il im- 
porte de remarquer que leurs dates correspondent 
précisément aux époques les plus troublées pour 
les Pays-Bas et les plus critiques pour la ville de 
Bruges. 

La ligue anticardinaliste formée par le prince 
d'Orange et les comtes d’ Eigmont et de Hornes, le 
départ du cardinal de Granvelle [ 13 Mars 1564 |(!), 
les conférences secrètes des seigneurs projetant 
la confédération connue sous le nom de compromis 
des nobles [Novembre 1565] (®), laudace toujours 
croissante des sectaires et les progrès de l'erreur (°) 
avalent préparé les évènements plus graves de 
1566. Cette année, à laquelle les annalistes fla- 
mands ont donné le nom de wonderjaur, année 
des prodiges, est demeurée tristement fameuse. Il 
suffit de se rappeler les requêtes présentées par 
les confédérés à la gouvernante, les 5 et 8 Avril, 
touchant les édits de religion (*), la célèbre réunion: 
de Saint-Trond ([mi-Juillet], suivie d'une nouvelle 
requête des compromissaires le 30 Juillet (®), la 
conjuration des réfugiés à Sandwich et à Nor- 


(!) NAMÈCHE, Cours d'histoire nationale. Période espagnole, T. 18, 
chap. V, pp. 195-212; 241-294; Kervyn ps LETTENHOVE, lee Hugue- 
nots el les gueux, Bruges 1883, T. 1. chap. VIII, pp. 152-196. 

(9) Naxtcue, l. c. T. 14, chap. VII, pp. 1-29; KeRvyN DE LETTEN- 
HOVE, Ì. c. T. 1, chap. X, pp. 263-275. 

(5) NaxkcHe, l.c. T. 13, chap. VI, p. 298-301; Kervin pe Ler- 
TENHOVE, l.c. T. 1, chap. VIII, pp. 178-182. 

(“) Namècug, l.c. T. 14, chap. VII, pp. 48-65; Kenvyn pa Let- 
TENHOVE, Ì. c. T. 1, chap. XII, pp. 295-312. 

(*) Nautcrs, Lc. T. 14, chap. VIII, pp. 100-118; Kenvrx DE 
LerrenNuovs, }. c. T. 1, chap. XIII, pp. 313-854, 


eem mmm 


818 


wich (Ì), la multiplication des prêches publics (®), 
les horribles excès des iconoclastes surtout à 
Anvers et en Flandre (*). 

Bruges, où les nouvelles doctrines avaient fait 
jusques là le moins d’adeptes, était alors sérieuse- 
ment exposée. L’hérésie et la rébellion menagaient 
d'envahir la cité, que Marguerite de Parme comptait 
encore parmi ses villes bonnes (*). Depuis quelque 
temps, beaucoup de marchands et de gens de métier 
suspects, installés à Bruges à la faveur du commerce 
et de industrie, communiquaient l'esprit de nou- 
veauié religieuse à nombre de bourgeois (°). Des 
hommes de condition, parmi lesquels se recrutaïent 
les bourgmestres, les échevins, les conseillers et les 
pensionnaires, partageaient les idées de Cassandre 
et, tout en voulant rester catholiques, professaient 
des principes d'une fausse et dangereuse modé- 
ration. Plusieurs d’entre eux étaient même soup- 
connés d'hérésie, non seulement par le fougueux 
Laurent de Villavicentio, mais aussi par le calme 





(1) E. DE COUSsRMAKBR, Troubles religieus du XVI stècle dans la 
Flandre maritime, 1560-1570, Bruges 1876, T. 1, pp. 21-23. 

(?) KERVYN DE LETTENHOVE, l.c. T. 1, chap. XIII, pp. 327-331, 
chap. XIV, pp. 359-360. 

(°) NAMÈCHE, 1. c. T. 14, chap. IX, pp. 128-145; KERVIN Da- 
LETTENHOVE, l. c. T. 1, chap. XIV, pp. 355-880. 

(f) GacHarp, Correspondance de Philippe II eur les affaires des 
Prys-Bas, T. 2, p: 582, Lettre de la dachesse de Parme au comte 
d' Egmont (11 Août 1566): ““ s'estant l'on en ladicte ville de Bruges 
si bien conduict jusques à présent”; p. 156, Lettre circulaire de 
la duchesse de Parme aux villes bonnes (28 Octobre 1566). 

(5) Voir la lettre de Curtius à Marguerite de Parme, dans 
l'Appendice da chapitre V de ce livre. 


816 


évêque de Corte (1). Sous prétexte de défendre les 
privilèges de la ville, le magistrat de Bruges s’'op- 
posait aux mesures prises par l'évêque et par l'in- 
quisiteur Titelman contreles hérétiques ets’ associait 
à ceux qui réclamaient l'adoucissement des placards. 
Ces dispositions de l'autorité civile encourageaient 
et enhardissaient les sectaires autant qu’elles 
excitaient le mécontentement de Philippe II (*. 
Aussi, à partir du mois de Juillet 1566, vit-on 
les prédicants calvinistes et anabaptistes s'appro- 
eher de la ville, prêcher presque sous ses murs, 
et exercer des actes de religion, tels que célébrer 
des mariages et baptiser à leur guise. A Bruges 
même, les novateurs tenaient des conventicules, 
avaient leur consistoire composé d'anciens et de 


(1) ““ Omme trapport ghedaen int collegie hoe dat frere Laurentie 
doctor Augustin dezer stede, zoude thove hebben ghezeyt dat hy 
tcollegie hiet suspect van heresie ende dat mynheere den Bisscop 
zoude hebben ghescreven an zomighe heeren thove dat die van 
Brugghe zouden zyn suspect;es verzocht an mynheere den burch- 
meester van den courpse te scryven anden heer die hem hierof 
veradverteirt heift of tcollegie zoude meughen hen veronsculdighen, 
omme, daerof hebbende antwoorde, ghedaen te zyne naer redene.’’ 
— Secrete resolutiebouc, 31 Jul. 1564, Voir GacHarRD,Oorrespondance de 
Phileppe IL, T.2, p. XXXVII, où il est dit qu'en 1565,fray Lorengo 
signala particulièrement à& lanimadversion du roi le magistrat 
de Bruges, le pensionnaire Gilles Wyts, le clerc des orphelins 
Pierre Mouscron, et l'ex-bourgmestre Corneille van Baesdorp. 

(2) GACHARD, Correspondance de Philippe II, T. 1, p. 329, note 1, 
Séance du conseil d'État des 13, 17 et 20 Octobre 1564, où il est 
question de la requête des quatre membres de Flandre contre 
inquisiteur et l'évêque; p. 373, Lettre du roi à la duchesse de 
Parme, 20 Octobre 1565, dans laquelle il exprime son mécontente- 
ment de la dispute que ceux de Bruges ont suscitée à leur évéque 
et à l'inquisiteur; T. 2, p. 565, Avis des États de Flandre gur la 
modération des placards (25 Mai 1566). 





817 


diacres (ouderlingen en diakenen), et chantaient 
des psaumes non seulement dans des maisons par- 
ticulières, mais encore sur la voie publique, la 
grand’ place et le bourg (t). 

Le magistrat, il est vrai, avait Énergiquement 
préservé la ville du fléau de l'iconoclastie et pro- 
hibait les prêches à l'intérieur de la cité ; mais il 
ne prenait pas des mesures efficaces pour empêcher 
les Brugeois d’aller aux prêches, laissait les mères 
apporter leurs enfants au baptême des ministres 
réformés, tergiversait et temporisait avec les gec- 
taires, imitant en cela l'hésitation et la faiblesse 
du gouverneur de Flandre, le comte d' Egmont. 

Après quelques années d'accalmie, la ville de 
Bruges était, en 1577 et 1578, de nouveau ménacée, 
et cette fois plus gravement que jamais. 

La pacification de Gand (8 Novembre 1576) 
n'avait rien pacifié, grâce aux menées perfides du 
prince d'Orange (?). La défection des Etats géné- 
raux qui déclarent don Juan traftre et parjure et 
entament des négociations avec l’archiduc Mathias 
pour le gouvernement général des Pays-Bas, ral- 
lume la guerre civile (%). Entretemps, à Gand, 
deux gentilshommes, Jean de Hembyze et Fran- 


(*) Afin de ne pas nous répéter, nous ne donnons ici que des 
généralités sur la situation de la ville de Bruges; on trouvera les 
détails, avec les preuves à l'appui, au chapitre suivant. 

(©) KrRvyN DE LETTENHoVE |. c. T. 4, cinquième partie, chap. 
X, pp. 156-166; sixième partie, chap. I-XXIV passim, pp. 169-483. 

(3) Namtcre, 1 c. T. 17, chap. XX, pp. 245.420; T. 18 chap. 
XXI, pp. 1-147 passim; KERVIN DE LETTENHOvE |. c. T, 4, 
sixième partie, chap. XXV, pp. 484-498. 





818 


gois de la Kethulle, seigneur de Ryhove, soulèvent 
les passions de la multitude, s'emparent de l'auto- 
rité suprême et inaugurent le règne de la terreur 
en emprisonnant le due d’ Arschot et les principaux 
membres des États de Flandre, parmi lesquels 
'évêque de Bruges Remi Drieux. Ils prétendaient 
ériger une république indépendante dans laquelle 
entreraient, de gré ou de force, les autres villes de 
la province. Sur l'ordre de Guillaume de Nassau, 
le magistrat gantois est renouvelé et on institue 
une sorte de comité du salut publie sous le nom de 
krijgsraad, conseil de guerre, composé de XVIII 
notables choisis parmi les plus séditieux de la cité. 
Tout exercice du culte catholique est bientôt 
interdit, les religieux sont maltraités, les églises 
envahies, les monastères pillés. La révolution gueu- 
se, non contente de doiminer à Gand, veut encore 
embaucher les autres communes de la Flandre et 
fait des efforts inouïs pour entrainer Bruges (1). 

Deux fois donc la ville de Bruges se trouva en 
danger de perdre la foi et fut sur le point de se 
révolter contre son souverain légitime, 


(!) Namècre |. co. T, 18, chap. XXI, pp. 199-147; KeERvrIN 
DE LRTTENHOVE, Ì. c. T. 4, gixième partie, chap. XXVI, pp. 
496-507; VAN Mare, Geschiedenis van Vlaenderen van het jaer 1566 
tot de vrede van Munster, Brugge 1843, chap. V, blz. 56-70; PH. pr 
KrxrPeNARe, Vlaemsche Kronijk, of dagregister van al het gene gedenk- 
weerdig voorgevallen 18 binnen de stad Gent, sedert den 15 July 1566 
tot 15 Juny 1635, overgezet door J.P. Van Male, Gent 1839, blz. 
184-199; B, nr Joncne, Gendsche geschiedenissen, ofte kronijke van de 
beroerten en ketterye binnen en ontrent de stad van Gend, sedert het jaer 
1566 tot hef jaer 1585, Gend, IT, blz. 310-336, IT, blz. 199. 








819 


En face de ce péril imminent, les prédicateurs 
catholiques, stimulés d’ailleurs par les exhortations 
royales et Éépiscopales (1), s’opposèrent de toutes 
leurs forces au triomphe de lerreur et de la 
rébellion. Parmi eux se distinguaient les religieux 
des ordres mendiants et plus &pécialement les 
Franciscains. Le Fr. Corneille en particulier déploya 
toute l'énergie de sa puissante parole. Dans ces 
circonstances critiques, où la politique était si 
étroitement unie à la religion, est-il Étonnant que 
l'apôtre de la vérité attaque de front les novateurs 
et leurs doctrines subversives, blâme la faiblesse 
du magistrat et des États de Flandre, commente 
les évènements publics, et annonce les malheurs 
qui vont fondre inévitablement sur des sujets 
rebelles à Dieu et à leur roi P 

Loin de nous de prétendre que jamais, dans 
Pexercice, sì pénible alors, de son ministère, l'ora- 
teur ne se soit laissé emporter par son zèle. D'une 
nature ardente, doué d’une éloquence populaire, le 
religieux aura usé de cette hardiesse évangélique, 
si commune aux prédicateurs de l'époque, et dans 
le feu de la mêlée, il aura parfois laissé échapper 
des paroles propres à blesser un magistrat ombra- 
geux et craintif. Mais ce que nous ne pouvons 
admettre, ce que nous repoussons de toutes nos 
forces, c'est que le courageux athlète se soit servi 


(!) GacHaRD, |. c. T,1,p. 360, Lettre de la duchesse de Parme au 
roi (22 Juillet 1565), où il est question des remèdes canoniques 
prescrits par Philippe II, tels que d'avoir de bons prédicateurs, etc. 
Voir la lettre de lévèqne Curtius à Marguerite de Parme, dans 
VAppendice du chapitre V de ce livre. 


820 
des termes orduriers, qui font rougir le lecteur 
condamné ne fût ce qu'à parcourir l'indigne 
pamphlet: Historie [en Sermoenen}] van Broeder 
Cornelis. 

Les accusations formulées contre lui par l'auto- 
rité communale; nous venons de le constater une 
fois encore, ne portent pas sur le caractère immoral 
et obscène, mais bien sur la violence des prédica- 
tions du Fr. Corneille. Tout l'ensemble de la car- 
rière d’ Adriaensz., l'estime dont il est entouré, les 
missions qui lui sont confiées depuis son retour à 
Bruges en 1566, excluent toute idée de vrai scan- 
dale, Ajoutons un seul détail : tandis que le magis- 
trat peureux et susceptible s'effarouche des sermons 
de Broeder Cornelis, les églises de la ville se dis- 
putent l'orateur, et parfois longtemps d'avance 
veulent être assurées d'’entendre son éloquente 
parole pendant les stations du Carême (1). Les 
gratifications accordées par les marguilliers au 
couvent des Frères-Mineurg, beaucoup plus impor- 
tantes, lorsque c'est le Fr. Corneille qui prêche, 
prouvent encore la préférence donnée au prédica- 
teur populaire (®). 

D'ailleurs, le Fr. Corneille n'est pas le geul 
prédicateur qui déplaise au magistrat. Lies édiles 


(1) ““ Betaelt voor de presentatie ghedaen den gardiaen van den 
Freremineuren (Broeder Cornelis] als predicandt vander Vastene 
a° 1573, int ghezach van eene collatie die men met hem plach te 
houdene inden Advendt daer te vooren, omme van hem verzekert 
te zine. In ghelde X 8. gr. ” — Archives de l'église de Saint-Sau- 
veur, Rekening fabryche, ann. 1572-1573. - 

(2) Voir les comptes des Ééglises de Saint-Sauvenr, de Notre 
Dame et de Saint-Jacques, aux années indiquées, p. 285, note 1. 


821 


reprochent aux quatre ordres mendiante d’exaspé- 
rer les sectaires (!). 


Lorsqu’en 1566 Adriaensz. est déféré à I'évêque, 
Spykelboort et Jacques van de Velde, ermites de 
Saint-Augustin, sont déférés en même temps (°). 
En Décembre 1576, le même Veldius, pour lors 
provincial de son ordre, est accusé d'avoir prèché 
contre la pacification de Gand (°% et, en Mars 
1578, il est repris, en société cette fois avec le 
francìscain Francois Everaerts, pour s'être occupé 
en chaire des affaires de l'État (*). Enfin, la même 
année, Charles Courtewyle, prieur des Carmes, se 


() “ Up tvertooch van den Eerw. Heere den Bisschop hoe dat 
de vier ordenen verzoucken te meughen preken, es gheantwoordt 
dat hy daerinne doe zo hem goet dinct, hoewel ’t collegie dinct 
zere periculeus zynde, zonderlinghe omme dat de predicanten zere 
exaspereren de sectarissen, de welcke mynheere wel doen zoude 
te vermanen dies hemlieden te vermyden.” — Secrete resolutiebouc, 
81 Aug. 1566. Cfr. note 3 de cette page. 

(”) Voir p. 312, note 1, 

(®) ““ Alzo scepenen wel ende behoorlick gheinformeirt waren dat 
Br. Jacob vande Velde, meester vande Augustynen, hadde in zyn 
latste sermoen vele ghegeyt tot lasterynghe vanden Paix, zo waren 
ontboden de vier biddende ordenen omme te versouckene dat in 
huerlieden sermoenen hemlieden zouden vermyden van te roerene 
vande zaken van staten of die eenighsins zonden moghen offen- 
deren tgemeente. * — Secrete resolutieboue, 14 Deo. 1576. 

(*) “ Alsdan waren in scepencamere ontboden Broeder Jacob 
vande Velde, doctor inde Godtheyt ende provinciael vanden ordene 
vande Aagustinen, ende Broeder Francoys Everaerde. vanden or- 
dene van Sinte Francoys, ende beide vermaent ende berespt van 
zeker indiscrete en uproeryghe proposten by heurlieder opden stoel 
ghepredict, ende verboden meer zulex te doene of henlieden in 
heurlieder germoenen te becommeren metten affairen van state, 
up peyne van tpredicken henlieden verboden te wordene. ” — 
Secrete resolutiebouc, 17 Mart. 1578. 


21 





822 


volt interdire la prédication, parce qu'il a fait allu- 
sion à l'archiduc Mathias, en disant qu'on ne devait 
pas reconnaiître comme gouverneur celui qui n’était 
point légitimement nommé en cette qualité par le 
roi (l). Et cependant, Jacques van de Velde et 
Charles Courtewyle sont regardés par les protes- 
tants eux-mêmes comme des religieux modérés, 
favorables à la cause des novateurs (®), et Stepha- 
nus Lindius, dans ga première lettre à Broeder Cor- 


(1) “ Alsdan was verboden Broeder Caerle Courtewylle Carme- 
lyter, meer te predicken ghedurende dese alteratie en tot andere 
ordonnantie ende voorts in maeltyden, vergaderynghe van volcke 
of elders te houden eenighe oproerighe proposten up peyne van 
jeghens hemlieder gheprocedeert te wordene als seditieus ende 
uproerigh zynde van de ghemeente, uuyt cause dat de zelve 
Broeder Caerle gheconvinceert was ende ooo openlick kende, dat 
men niet en behoorde te kennen noch obedieren voor gouverneur 
die niet en was specialick ghesonden van den conynck, noch en 
hadde commissie van zyne majestyt, met meer andere uproerighe 
woorden daerby, tacite ghenouch denoterende myn heer den arts- 
hertoch Mathias, byde Staten voor gouverneur eendrachtelick 
ghecoren ende ontvanghen, mits twederbieden van Don Jan ende 
“_B'conincx absentie; hebbende ooc ghenouch ghelastert den eet 
den zelven artshertoghe ghedaen, tot groote onstichtinghe van de 
ghemeeute. Al niet lydelick in desen tyt sonder dies betooch te 
doene. ” — Seorete resolutiebouc, 13 Maii 1578. 

(2) JANssEN, De kerkhervorming te Brugge, 1 deel, tweede tijdperk, 
VIII, Begunstigers der hervorming onder de Brugsche geeste- 
lijken, bl. 99,“ Karel Courteville”’,en bl. 100, “Jacob van de Velde". 
Inutile de dire que, pour l'honneur du savant et zélé religieux 
Jacques van de Velde, nous n’acceptons pas la fareur à lui faite 
par Janssen, de le compter parmi les protecteurs du pur évangile. 
Quant à Courtewyle, il a pu un instant n'avoir pas été assez correct 
dans l'exposé de la vérité catholique et mériter ainsi '’animadver- 
sion de l'évêque Curtius; mais déjà sous Remi Drieux, sinon avant, 
la permission de prêcher lui fut rendue. - 


823 


nelis, les appelle des hommes pieux et savants (!). 
Ce qui plus est, l’un d'eux, Veldius, quelques mois 
après avoir regu sa première admonestation, est 
honoré d'un présent de la part du magistrat, auquel 
il vient d'offrir un de ses ouvrages, et en 1571, 
â l'occasion de son doctorat en théologie, il est 
gratifié d'un nouveau cadeau (%). 


() “ Iok en weyghere niet, ja selfs ick beghere grootelycks dat 
ghy desen brief deelachtich maeckt, niet alleene den allerweerdich- 
sten heere, myn heere den bisschop, maer ook den eerweerdighen 
vaderen Rogerius, Veldiue, Paulus, Courdewijle ende anderen ghe- 
leerden ende godtvruchtigen mannen.” — Historie [en sermoenen] 
van Broeder Cornelis, édition de Deventer, 1689, p. 153. 

(®) “ Alsdan ghepresenteert Broeder Jacob van de Velde, licen- 
tiaet inde godtheit, 1II B. gr. voor 't presenteeren van zyn boecks- 
ken in ’t vlaems. ” — Secrete resolutiebouc, 18 Jan. 1567 (n. s.). 

Cet ouvrage est intitulé: 

Een claer betooch vanden oorepronck der Lastherte, van die menich- 
vuldicheyt der secten. Van die tweedrachticheyt die onder den secta- 
rissen es. Van die schade ende bloetstortynghe, die ter cause der secten 
ts gheschiet int Christendom vanden jare duust vyf hondert zeven- 
thiene, tot den jare duust vyf hondert zesentzestich. Werst ghemaeckt 
sn Latine by. WILLEM VERLINDE [Lindanus).…. ende nu in ons 
Nederlandsche tale over ghestelt by B. JacoP vaNDE VELDE Prior 
vanden Augustynen te Brugghe. Brugge, P. de Clerck, 1567. La 
dédicace au magistrat de Bruges est datée de cette ville, le 1 Jan- 
vier 1567. Jacques van de Velde publia la même année: Den brief 
van die helige bisschop Athanasius, inde welcke hy betoocht dat 
hier voortyts die Arrianen ghevioleert ende te niete ghedaen hebben 
die Sacramenten, die doop-vonten, kercken ende cloosters: zoo men nu 
heeft zien doen ons Beelde stoormners, ende Sacrament-schenders, int 
Juer 1566. Overghestelt wt den Lutyne in Vluemsche, Ly B. Jacop 
VANDE VELDE. Anno 1567. Noch een cort bewys, hoe dut den dienst 
diemen die Helighen..…. es doende, gheen afgoderie en ee. Ghemaect by 
B. JAcoP vANDE VeLDe... Beugge, P. de Clercq, 1567. En 1580 
“ Veldius fit imprimer : Een cort betvoch der warachticheyt des Lichaams 
Jesu Christi vint Sacrament des Outaér. Ghemaect by Meester Jacor 
VANDE VELDE, predicant binder stede van » Brugghe, Brugge, J og. 
Janszueue, 1980. . 





824 


Lies années que nous venons de traverser, appâr- 
tiennent à ces temps où la lutte est nécessaire, où, 
malgré ses amertumes et ses périls, il faut s'y jeter, 
coûte que coûte. On doit regretter assurément ces 
vivacités, dont les polémiques les plus justes ne 
sont pas toujours exemptes, mais il faut savoir 
respecter ceux quì combattent pour le salut des 
ämes,au prix souvent de douleurs intimes et parfois 
même en payant leur tribut à la faiblesse et à la 
passion humaines ; il faut savoir se garder de rape- 
tisser par des impuftations mesquines les grands 
caractères et les grands rôles. 


Nous reconnaissons au Fr. Corneille ce grand 
caractère, nous lui attribuons ce grand rôle. Si, en 
1566, Bruges ne fit pas naufrage dans la foi et 
demeura fidèle à son souverain légitime; si, de 1578 
à 1584, lorsque la ville gémissait sous la domina- 
tion tyrannique des gueux, la très-grande majorité, 
pour ne pas dire la presque totalité des Brugeois, 


Tous ces écrits prouvent que l'orthodoxie de Veldiusest au-dessus 
de tout soupcon. Rappelons encore que J. van de Velde était, en 
1568, du nombre des inquisiteurs subdélégués par Josse Ravestein, 
et qu'en cette qualité il fut nommé examinateur du mennonite 
Jacques de Rore ou de Keersemaecker, en 1569, (voir p. 826, note 2). 
Déjà en 1565, nous voyons le magistrat réclamer les services du 
religieux dans les causes des prisonniers suspects d’hérésie. 
‘« Verzocht mynheere den Prior vanden Augustynen, Veldeken, 
te examineren de ghevanghene suspect van dolynghe. *” — Secrete 
resolutiebouc, 28 Apr. 1565. 

‘« Gheresolveert te beschynckene Broeder Jacob van de Velde, 
provinciael van de Augustynen, ’t zynder promotie tot docteur- 
schepe in theologie, te gheschiedene binnen der Universiteyt van 
Leuven de toecommende maent van october, met twee cannen 
rynsche wyn. ” — Ilidem, 28 Sept. 1571. 





828 


conserva la religion de ses pères et le désir de 
rentrer sous l'obéissance du roi, une large part de 
cette gloire revient à Broeder Cornelis, le fléau des 
hérétiques, le courageux prédicateur qui, malgré 
des avanies de tout genre, Épuisa ses forces dans 
la lutte suprême. 

Aussi, les sectaires devenus maîtres de la cité 
livrée par trahison à Ryhove,le 20 Mars 1578,firent- 
ils éclater leur vengeance d'une fagon terrible non 
seulement contre leur vieil ennemi Ädriaensz., mais 
encore contre l'ordre des Franciscains tout entier. 

Depuis 1569, Hubert Goltzius, par prudence 
sans doute, n'avait pas continué la publication des 
sermons apocryphes du Fr. Corneille. Il g'était 
contenté d'employer son talent de peintre pour 
ridiculiser lorateur populaire, en faisant un por- 
trait gatirique du religieux, qu'il représente effaré 
et furieux au moment où il voit pour la première 
fois ses prédications travesties (*). 

L'année 1578. était plus propice pour ruiner 
Broeder Cornelis dans opinion du public. En effet, 
bientôt parut un nouveau libelle sous le titre : 

Het tweede boeck vande sermoenen des wel vermaerden 
Predicants B. Cornelis Adriaenssen van Dordrecht, Minre- 
broeder tot Brugghe. Waervan d'inhouden begrepen staet 
int naervolghende bladt. Nu eerstmael in Druck uuytghe- 
geven buyten Noirdwitz 1578. 


(1) Ce portrait porte l'inscription: “ F. Cornelius Adriani 
Dordracen. ord. S. Francisci, apud Brugenses concionator celeb. 
ad vivum delin. MDLXXIII. ” Il est conservóé aux archives de la 
ville de Bruges, qui le regut de M. J. Vermeire, membre du conseil 
de régence, au mois d’Octobre 1829, 


326 


Ce produit malsain contient les prétendus 
sermons prêchés par le Fr. Corneille, depuis le 
8 Juin 1568, jusqu'au 24 Juin 1569, ainsi que ses 
disputes soutenues avec les deux téléobaptistes Jac- 
ques de Rore, alias de Keersmaecker ou de Keers- 
gieter, et Herman van Vleckwijk. Inutile de dire 
que ces sermons, comme ceux contenus dans le 
premier pamphlet, ne sont qu'une écoeurante paro- 
die des véritables prédications du religieux. Quant 
aux disputes, dans lesquelles Broeder Oornelis est 
représenté comme un fanatique aussi cruel et san- 
. guinaire que bassement ordurier (!), leur caractère 
apocryphe a déjà été dévoilé par M. Arnold (®). 
Le savant bibliographe, sS'appuyant sur le témoi- 
_gnage irrécusable de Jacques de Rore lui-même, 
nous apprend qu’en réalité celui-ci regut la visite du 
franciscain, mais n’entama avec lui aucune contro- 
verse, pour la raison bien simple que toute discussion 
était formellement interdite. Il nous reste peu de 
documents où le Fr. Corneille apparaît en qualité 
d'inquisiteur ; mais dans tous, son rôle ge réduit à 


(*) Un fragment de la dispute du Fr, Corneilleavec H. van Vleck- 
wijk figure dans l'histoire de la réforme de G. BRannt (Geschiedenis 
der reformatie enz. Amsterdam 1671, D. TI. blz. 508); mais les 
retouches faites par l'auteur au texte original porteraient à croire 
qu’il a eu honte de le reproduire dans toute sa crudité, 

(2) Bibliotheca belgica, R 64 g, 10.13, B 175 13-97. Voioi ce que De 
Rore écrit à ses ouailles. “ Drie reysen was ick by den Provinciael 
van de Augustijnen, met zijn medebroer Veldeken ende eens by 
den Predicant van de grauwe broers, genaemt broer Cornelis, 
maer sy en wilden niet disputeren. Sommige heeren seyden, het 
was verboden, ende mijn heren en begeerdent niet, sì en waren 
niet gecomen om van my onderwesen te syn, maer om mi selve te 


onderwijsen.’’ 


327 


examiner, instruire et réconcilier avec l'Église les 
hérétiques qui lui sont confiés (!). 


(1) “ Betaelt Matheus de Zutter, burchmeestere, ende den gref- 
fier up den 23 ende 24 in sporkele met M" Ph, van Belle, den 
ghevangen gheexamineert nopende zeker bryeven van dyversche 
personen by hem ontfaen, welcke personen hem huerlyden name 
niet ghestelt en hadden, ende tsanderdaechts met broer Cornelis 
ten Freren ende den meester van den Augustynen, myta dat hy 
vande zeven sacramenten der heiliger kercke [zeide P] datter maer 
twee en waren, het gacrament van den houtare ende bet doopselle; 
behoudens, dat men die behoort te ghebrnyckene alzo men die 
ghebruyckt in de stad van Hundon (lisez: Emden] in noordt [lises: 
oost] vrieslant, maar alzo de Roomsche Kerke die ghebruyckt en 
hilt hy die voor gheen sacramenten, te elo xxiiij at. p. elo daechts. 

Betaelt het ghemeene college by hemlieden verteert up den 1 ende 
2 dach in Maerte, aldaer het ghemeone college vergadert waren te 
Brugghe up den steen met M" Matheus van Vyven, Mr Maerten de 


Mil, ende Mr Ph. van Belleende broer Cornelis ten Freren,meenende - 


gheconcludeert ende ghesloten hebbende de sententie van den ghe- 
vanghen, ende den ghevanghen zynde in de vergaderynghe van 
het collegie metten gheleerde heeft verclaerst dat hy van zyn 
opinien afscheden wilde, biddende de coninck. Majesteit, ende 
het ghemeene collegie om gracye, ende hy ghevanghen beloofde 
voor broer Cornelis te biechten ande ten heleghen sacramente te 
gene, ende al te doene dat een goet kynt der helegher kercken 
behoort te doene; daer mede de zake ghestateert was ende daer 
was ghezeyt by den gheleerde datmen de informacye zoude doen 
horen van het leven van [lisez: dat] den voorseiden Aernoudt (etc) 
gheleet hadde, als hy te Reynegelts ghewoent hadde, ende an die 
vanden geestelicken hove tY per, waeromme hy Reynoudt (sic) daer 


ghedaecht gheweest hadde, binnen 2 daghen ende eenen nacht, elo 


xxvst.p.daeghts.”— Arch. générales du royaume à Bruxelles, Compte 
de Monnikenrede, 1556-57, n° 36523 de la Chambre des corr ptes. 

<« Den XI in sporcle [15)56 (1557 n. 5). Aldaer [in camere) 
ghetermineirt wiert up de zake vande voorn. Laureyns Abbey 
ende wiert ooc overzien tavys van de consultanten, zo wiert ghe- 
ordonneert dat men examineeren zoude den zelven Laureyns in 
de presentie van mijnen heere de suyergaen, de M" van den 
Augustyne ende broeder Cornelis up zyn gheloove. ” — Arch. de 
l'Etat à Bruges, Comptes de la Prévôté, 1556-57. 


ki Betaelt broeder Cornelis van Dordrecht, lesere vanden cloos- 





828 


Le libelliste anonyme de l’ Historie [en sermoenen] 
van Broeder Cornelis a donc inventé la dispute 
d'Andriaensz. avec Jacques de Rore, dans le but 
de noircir son adversaire et de le vouer à la haine 
publique; il a sciemment affirmé ce qu'il savait 
être faux. Surpris, ne fût-ce qu'une fois, en flagrant 
délit de mensonge, un auteur perd tout droit à la 
confiance de ses lecteurs, alors surtout que cette 
altération de la vérité est chez lui le résultat de 
Yesprit de parti. D'après cette règle élémentaire 
de la critique historique, nous pouvons légiti- 
mement rejeter et la dispute du Fr. Corneille avec 
Herman van Vleckwijk et l'histoire des dévotaires 
et les sermons que l'ignoble pamphlétaire attribue 
au religieux franciscain (!). 


tere van de Minrebroeders in Brugghe, voor zyne moyte ende 
dienst den Lande ghedaen omme te instruerene eenen Toussain 
Cruso ende Denys Thys, beede ghevanghen van heresie, by ord. 
thien scellinghen gr… vi D. par. 

«* Betaelt broeders Cornelis van Dordrecht ende Martin... reli- 
gieusen van de Minrebroeders in Brugghe, voor huerlieder moyte 
int onderwysen van den voornomden Toussain… vib. par. ” — 
Arch. de l'Etat à Bruges, Comptes générauw du Franc, 1556.57. 

(!) N'est-ce pas une chose étrange de voir un historien recon- 
naître le caractère apocryphe de l’Historte [en sermoenen) van Br. 
Cornelis et néanmoins en approuver la publication? Voilà cepen- 
dant ce que fait M. F. Van Hulst, en Éécrivant au sujet du faussaire 
Goltzius : 

« Nous avons peu de détails gur les peintures faites par Goltzius. 
Carle Van Mander, cité par Millin, loue beaucoup une charge 
piquante qu'il fit à Bruges, en peignant le portrait d'un prédica- 
teur connu sous le nom de frère Corneille. Ce frère Corneille eat le 
fameux Adriaensen, accusé par tous les écrivains protestants et 
par J. Boileau, dans son Histoire des Flagellants d'avoir institué 
pour les femmes et pour les jeunes filles un genre de discipline qui 
blessait toutes les lois de la déoence. Quoi qu'il en soit, cet, Ádrinen- 
sen prêobait comme un furieux eb entremêlait ses exhortations 


829 


Au commencement du mois de Mai 1578, les 
Frères-Mineurs de Bruges eurent à déplorer l'apo- 
stasie de deux religieux, qui s'enfuirent de leur 
couvent et se réfugièrent chez Ferdinand Leys, 
ancien du consistoire calviniste (1). Soit inspirés par 


d'’obscénités qui, du reste, devaient moins blesser à cette époque 
des oreilles généralement pen délicates. Le ouré de Saint-Jacques 
de Bruges, Van de Casteele, publia dans un but satyrique des 
sermons apoorypbes du frère Corneille, et Hubert Goltzius lui 
prêta ses presses à cette fin. M. Goethals reproche très-sévère- 
ment à notre numismate cette condescendance qu'il ne considère 
cependant pas comme tròs-coupable. Si l'on vent bien réfléchir que 
ce frère Adriaensen est gónéralement représenté comme un fana- 
tique sanguinaire, qui, pour nous servir d'une expression répétée 
par M. Goethals lui-même, espérait bien noyer la réforme dans le 
sang des réformateurs, tout son grand zòle ne doit pas empêcher 
de reconnaître qu'à une époque où la Belgique était sous lg domi- 
nation du duo d’Albe, le curé de Saint-Jacques faisait une bonne 
uvre en cherchant à détruire par le ridicule l'influence de ce 
prédicateur furibond; si ses parodies sont souvent obscènes, c'est 
que pour réussir elles devaient nécessairement ressembler aux 
prêches qui leur avaient servi de modèles et, en définitive, il sera 
bien difficile de faire à Goltzius un grief sérieux d'avoir prêté ses 
presses pour l'impression de ces pamphlets du temps, non plus 
que pour avoir personnellement ridiculisé le frère Corneille, en 
faisant sa charge d'une manière spirituelle.” — La Revue de Tiège, 
sous la direction de M. Félin Van Hulst. 1846-I, pp. 24, 25, article 
signé F'. Vlan) H(ulst). 

(1) “ Up trapport ter camere ghedaen dat J" Nicolaes Despars 
couronnel vande poorterye hadde hem vervoordert uuyten huuse 
van Ferdinande Leys te halene twee graeubroeders gheloopen 
zynde uuyten cloostere, sonder daertoe thebbene tconsent van 
scepenen, sonder twelck gheen exploicten en mochten ghedaen 
werden in eenighe huusen van dese stede volghens de privilegien 
van diere, was gheresolveert de zelve twee broeders wederomme 
te doen leidene byden schouteten ter zelver plaetste, ende dat 
terstont ende sonder voorder vertreck, omme alsdan dezelve ghe- 
hoort, voorder gheordonneert te wordene, zo behooren zoude, * 
— Secrete rasolutiebouc, 12 Maii 1578. | 


330 


les hérétiques, soit poussés par le désir de justifier 
leur défection, ces misérables accusèrent leurs 
anciens frères en religion d'avoir violé leurs voeux 
et commìs un crime abominable. 

Les sectaires trouvèrent l'occasion trop favo- 
rable pour ne pas la gaïsir et lexploiter contre 
leurs ennemis. | 

Bien que la cause des religieux, à raison du pri- 
vilège du for, regsortisse toujours au supérieur de 
leur ordre, le magistrat de Bruges charge l'écou- 
tête, Georges de Themseke, et le bourgmestre de la 
commune, Josse de Cabootere, d'investir le couvent 
de soldats (14 Mai) et dépêche le pensionnaire 
Nicolas Casembroot chez l'archiduc Mathias, le 
prince d'Orange et les États, pour les informer de 
la mesure prise à l'endroit des Franciscains 
(17 Mai) (1). Casembroot, en passant par Gand, y fit 
probablement part de la nouvelle, car‚ le 18 Mai, 
les prétendus méfaits des religieux de Bruges 


(2) “ Ghehoort alsdan de informatien ghehoort (sic) up dat diver- 
sche broeders vanden convente van Sinte Francoys waren gheyn- 
fecteert vande vicie van sodomie ende vuggherye tot grooter oneere 
vande stede ende schandael vande ghemeente, zo waren ghelast 
den Schouteten ende Burchmeester van den courpse te gaene in 
tcloostere, gheaasisteert met xx of xxv soldaten tot heurlieder 
verzekerthede, ende hemlieden van alle de broeders vanden 
convente te verzekeren tot, de zelve allegader ghehoort ende 
gheexamineert zynde tot contentemente van schepenen, anders 
worde gheordonneert.” 

“Was ghecommitteert Nicolaes Casembroot pensionaris omme 
te treckene thove ende zyn Alteze metgaders mynheere den 
prince van Orangie ende den raedt van staten te adverteerene van- 
den exploicte ghedaen up tcloostere van de granbroeders ende van- 
de cause ende redenen van dien.” Secrete resolutiebouc, 14, 17 Maii 
1578, 


331 


servirent de prétexte aux gueux gantois pour sévir 
de plus belle contre les enfants de Saint-Fran- 
goìs (Ì). 

Bientôt les plans du Taciturne sont combinés et 
les ordres donnés. 

À Bruges, gur onze accusés, six d'entre eux 
réputés les plus coupableg, sont mis au secret dans 
le Steen, et cinq confiés au P. gardien pour être 
enfermés dans la prison du couvent; tous les autres 
frères doivent promettre sous serment de rester 
chez eux, portes closes, et de ne pas sonner la cloche, 
sous peine de se voir expulser de la ville (24 Mai) (®). 


Á Gand, sept ou huit franciscains sont incar. 
cérés au château des comtes (26 Mai). Josse Huus- 


(*) Pour de plus amples détails sur la triste équipée dont les 
Franciscains de Gand furent les victimes, voir VAN PUYMBROUCK, 
Eenige bladzijden uit de geschiedenis van het voormalig Franctscaner- 
klooster, te Gent, Gent [1889], blz. 157-178, ainsi que les sources 
citées par cet auteur, savoir: JAN VAN DEN VIVERE, Chronycke van 
Ghendt ; BERNARD DE JoNens, (lendsche geschiedenissen, enz.; Pu. 
DE KEMPENARB, Vlaemsche kronijk, enz. Nous ne pouvons en donner 
jol qu'un court résumé. 

(?) “ Zo waa gheresolveert, orame tclooster te moghen ontlasten 
vande garde van soldaten, boven ten steene te beweghene zesse 
vande beschuldigste ghesloten in bloockhuysen, doende tot; dien 
hende, zo varre dat nood wort, ruymen den gbemeenen steen 
omme de zelve te bet te moghen houden verscheden, ende dandre 
vyfve ghevanghen bezchuldicht zynde ten alderminsten van 
onkuysche handelynghen, over te leveren den gardiaen omme. by 
hem bewaert te wordene in den carckere vanden convente of 
elders.…. laetende voorts alle dander broeders in tconvent sonder 
voorder garde onder caucie juratoire van in tcloostere te blyvene 
met ghesloten duere ende zonder gheluyt… up peyne van als 
faulteurs van vuylen faicte, daermede tcloostere belast es, uuyter 
stede ghedreven ende gheextermineert te Byne.…”’— Seorete resolu 
teebouc, 24 Maii 578, 


832 


man et Gilles Wyts, chargés de connaitre de la 
cause, ont bien vite terminé le procès. Les tour- 
ments de la torture, et les hypocrites promesses 
d'impunité données par de Hembyze à son neveu 
Daneels, ermite de Saint- Augustin, arrachent des 
aveux inconscients. Ces aveux, rétractés aussitôt 
après, suffisent au tribunal pour admettre les accu- 
gations de Jean van Hove, frère-mineur apostat, 
et pour prononcer un verdict de condamnation. Le 
28 Juin, deux franciscains et un dominicain sont 
fouettés et bannis, trois franciscains et deux 
dominicains exécutés par le feu (*). 

La tragédie de Gand se joua bientôt à Bruges. 

Le gouverneur, ou plutôt son tuteur, Guillaume 
d'Orange, ne se fiant pas à l'habileté du tribunal 
ordinaire de l'échevinage et voulant donner à 
l'affaire un certain éclat, tout en paraissant sauve- 
garder impartialité, avait délégué Josse Huusman 
et Gilles Wyts, conseillers de Flandre, pour diriger 
les débats, ensemble avec le magistrat et deux 
jurisconsultes de leur choix, en présence de Remi 


(1) ““ Betaelt Willem vander Meulne, gheweldighen prevoost, de 
somme van zij B xvì s. gr. over de alimentatie ende vanghenescos- 
ten van broeders Vincent Isaac, Vincent Hoflate, Ghilein Boeye, 
Minnebroeders, Joos van Dickele en de Claeys Daneels, Augus- 
tynen, gheexecuteert metten viere, metgaders broeders Jan 
Buicke, Rougier Vlaemynck ende Lieven Lack, ghepuniert by 
gheesselynghe, bannissement ende scavotterynghe.” Extrait des 
comptes de la ville de Gand, 10 Mai—15 Août1578, cité par vaN 
PurMBROUCK, l.c. p.174,note1. Le plus âgé des cìnq religieux brûlés 
vifs n'avait pas vingt ans ; ils ignoraient même la nature du crime 
dont la douleur, la crainte ou un vain espoir leur avait arraché 
laveu. 


883 


Drieux, official de la cour ecclésiastique, de deux 
chanoines du chapitre de Saint-Donatien, du pro- 
vincial des Frères-Mineurs et de Francois d’ Astu- 
dillo, gardien du couvent de Bruges. Les commig- 
gaires choisirent comme adjoints les jurisconsultes 
Jean du Breucq et Jean Caluwaert. Les échevins 
(contrairement aux ordres de l'archiduc, qui laissait 
au chapitre le choix de ses délégués), requirent 
Parchidiacre Van den Eecke et le chanoine Barradot. 
A la demande de D' Astudillo, Van den Eecke et le 
pénitencier Mathias Lambrecht (Barradot s'était 
fait excuser), acceptèrent l'ingrate mission d’assis- 
ter au procès (Ì). Le provincial ne comparut point, 
mais le général de l'ordre se fit remplacer par le P. 
de Goisseau, lecteur du couvent d’ Ath. Ce dernier 
toutefois ne vint à Bruges que le 3 ou le 4 Juillet. 


) “ Lecte fuerunt littere clause a gubernatore D. Mathia archi- 
duce Austrie emanate, quibus petebatur per DD. de capitulo duos 
canonicos deputari qui interessent examini et informationi quo- 
rumdam Franciscanorum hujus civitatis in carceribus detentorum. 
… Quarum lectura audita, declararunt DD. archidiaconus et 
Barradot se hodie ante prandium una cum officiali brugensì apud 
magistratum vocatos et ad eumdem effectum a dicto magistratu 
requisitos fuisse, juxta certas hitteras D. commissario Huusman et 
magistratui scriptas, qui provìinciam acceptare distulerunt incon- 
sulto capitulo. Quibus sic actis, commissum fuit eisdem DD. ut 
super premissis communicent cum D. gardiano dicti ordinis, ac 
ejus consilium requirant…. * 

«< Lecta fuit supplicatio gardiani Franciscanorum, humiliter 
petentis tam suo quam conventus nomine, duos ex capitulo juxta 
contenta litterarum gubernatoris deputari. DD. ad hoe deputarunt 
et rogarunt DD, archidiaconum et Barradot prius per magistra- 
tum ad hoe requisitos; sed audita instanti excusatione D. Barra- 
dot… eumdem exonerarunt, ad hoe ejus loco deputantes et rogantes 
D. et Mg'** Mathiam Lambrecht canonicum et poemitentiarium. * 
— Acta cap. 14-15 Jun. 1578. 


334 

On n'avait pas attendu son arrivée pour instruire 
la cause. Commencée vers le milieu de Juin la pro- 
oédnre ordinaire était terminée le 2 Juillet, sans 
obtenir l’aveu des inculpés, etle tribunal allait porter 
sentence de torture, sì Drieux, Van den Eecke et 
Lambrecht ne s’y étaient opposés, sans doute, 
parce que les conditions requises pour recourir à 
cette justice extraordinaire faisaient défaut. Devant 
cette opposition, et en consìdération de l'absence 
du provincial, le collège s'adresse à l'archiduc (!). 
Dans l'intervalle, le P, de Goisseau, au nom du géné- 
ral, réclame les prisonniers comme sujets de l'ordre, 
avec promesse de les juger et de les punir, s'il les 
trouve coupables. Les échevins, Huusman et Wyts 
rejettent la juste revendication du P. de Goisseau(®), 


(1) “ Comparerende in camere M"' Joos Huusman ende Gillis 
Wyts reden sconincx, ende commigsarissea ghedeputeert tot 
kennesse vande ghesequestreerde graeubroeders, vertoochden hoe 
zy by ordinaire executie gheprocedeert hebbende, zoo varre hem- 
lieden dat moghelick was, ende dat de zake voorts was ghedispo- 
peert ter torture, zy zwaricheyt macten, zo ooc deden huerlieder 
adjoincten, van voorts te procederen (sonderlinghe inde absentie 
van den ministre provinciael daertoe by zyne Alteze hescreven 
synde ende nyet ghecompareert, noch yemaat ran zynent weghe), 
ten waere by andere specialen laste van zyne Alteze, te moer dat 
den officinel ende caneunicken daertoe by zyne Alteze ooc ghecom- 
mitteert ende by hemlieden gheassumeert zynde, daerup refuseer- 
den daerover te staene, versouckende…. dat dien aenghaende by 
bemlieden ghesaemdelick metten college ghescreven zoude worden 
an zyn Alteze,.… hemlieden in antwoorde was ghegheven dat tcol- 
legie bereet was voorts te vaerene… ende… dat zy alleene scryven 
zouden. ” — Seercte rexolutschouc, 3 Jul. 1578. 

() “ Ten zelven daghe, ontboden zynde ter camere broeder 
Frauncoys de Goisscau (lesere vanden cloostere vaude -grueubrove- 
‘ders tot Atb,als ghedelegheerde vanden geneérael vandéù zelve 
ordene), gheassitcert met den gerdiaën' vanden’ courente’ deser 


835 


goumettent les accusés à la question (1) et recourent 
à la violence pour forcer le délégué du général 
à leur remettre les FF. Adrien Screywatere et 
Gilles Logghe (®). 

Outre les tourments de la torture, recourut-on, 
comme cela se fit à Gand, à de trompeuses pro- 
messes pour extorquer des aveux ? Nous l'ignorons. 
Toujours est-il qu'une sentence de condamnation 
fut prononcée contre Francois de Voughenaere, 
Francois Maertens, Martin Revelaere, prêtres, 


stede, ende ghevraecht of hy van advyse was hem te couformerene 
ter ordonnantie van zyne Alteze up de kennesse vande graeubroe- 
ders hier ghevangen…. ende up den voet bij de zelve ordonnantie 
ghedreghen, persisterende by den vertoghe by monde ende sorif- 
telick daerup by hem te vooren ghedaen, ende zegghende deu voet 
vande zelve ordonnantie te zyne buyten de commissie hem by den 
voorn. generael gheprescribeert, versouckende daeromme achter- 
volghende den teneur vande zelve zyne commissie, hem de voorn. 
ghevanghene ghelevert te wordene omme als supposten vanden 
ordre ende vanden voorn. generael, uuyt zynen naeme van huer- 
lieder misdaet ghekent te wordene, met belofte van over de 
beschuldighen zulcke correctie te doene, dat de eere Gods zoude 
worden bewaert ende vuldaen ten debvoiren vande goede justitie, 
ooo tot vulle satisfactie van schepenen, sonder dat hy vande zelven 
zyne vermete wilde wycken, zo dan hem verclaerst was zo by de 
commissarissen sconincx als den college, dat zy, dat nemende voor 
refuuz, zouden voorts procederen volghende de voorn. ordonnantie 
van zyne Alteze, buuyten de welcke zy niet en mochten te gaene.” 
— Secrete resoluttebouc, 9 Jul. 1578. Cfr. 5 Jul. 


()“ DD. intelligentes quod D. Smout, eanonicus, hesterna die in 
burgo (certis minoritis ad torturam ductis)... tumultuosa verha 
protnlerit, que possent rapi in calumniam, ita quod ex parte 
magistratus per pensionarium illinc abire juesus, iterum redierit, 
idem DD. timentes inde posse majus scandalum oriri, ac illius 
persone periculum imminere…, eidem ordinarunt et ordinant, ut 
deinceps a similibus abstineat.”’ — Acta cap. 11 Jul. 1578. 


(2) Secrete regoluticbouc, 12 et 14 Jul. 1578. 


836 


Jacques Speelman, Jean Fabri et Jacques Prum- 
bout. Malgré l'énergique refus du Fr. de Goisseau 
de les abandonner au bras séculier, l'exécution eut 
lieu le 26 Juillet, au mépris du droit canonique 
sur lequel d’ailleurs le gouverneur avait recom- 
mandé de ne pas insister (*). Les trois premiers 
religieux furent brûlés vifs sur la place du Bourg, 


(1) “ Alzo M"* Joos Huusman ende Gilles Wyts, raden sconincx 
ende commissarissen van zyne Maj' ten desen ghestelt, M"* Jean 
du Bruecq ende Jan Caluwaert adjoincten, metgaders Burch: 
meesters ende schepenen vande stede, vyndende de processen van 
broeders Francoys de Voughenaere, Francoys Martins ende Mar- 
tin Revelare Pb", metgaders Jan Fabri, Jacob Speelman ende 
Jacob Prumbout, allegader gheaccuseert ende gheconvinceert 
zynde van de vuyle zonde jeghens nature, ende willende daerof 
een hende maeken, hadden ontboden in camere broeder Francoys 
Goisseau... vicaris of ghedelegueerde vanden genersel van den 
‘orde van Sinte Francoye, ende ter presentie vanden gardiaen van 
desen convente, metgaders M"* Remigius Driutius, offictael ende 
Mathys Lambrecht, penitenoiaris (absent den archidiacre mits 
zyne zieckte), versochten dat de zelve vicaris uuyt crachte van 
zyne commissie ende delegatie zoude willen de handt doen van 
voorn. broeders ghevanghen ende de zelve abandonneren, die 
overleverende de voorn. heeren, omme by hemlieden tzaemen, als 
ghedelegueerde jugen by commissie van zyne Álteze, gherecht te 
wordene naer huerl. verdiensten, ende daer de zelve vicaris hadde 
dies gheexcuseert, verclaersende dies gheen commissie thebbene… 
de voorn. heeren nemende tvoorscreven vertreck voor refuuz…, 
verclaersden dat zy ghedelibereert waren metter zake voorts te 
varene…, ende dat de zake [niet ] en ghedoochde enich voorder nyt- 
stel om te stremmen tgroot schandael…, daertoe ooe ghevoucht 
dat zyn Alteze hadde ghescreven dat men up het caneunick recht 
niet zeereen zoude insisteren”’ 

‘< Eadem waren gheexecuteert de drie graeubroeders priesters 
hierboven als sodomiten metten viere, alvoren ghewoelt zynde, 
ende niet min waren, ter eere van den priesterlycken staet, de 
verbroyde lichaemen begraeven in de helighe aerde. God ghedyncke 
de zielen ende vergheve alle menschen heure feiten.” — Secrete 
resoluttebouc, 25, 26 Jul. 1578. 








837 


les trois derniers battus de verges et chassés igno- 
mintensement de la ville. Lie 1 Anût, le magistrat 
bannitneuf autres frères, Adrien Screywatere, Denis 
Hoecke, Philippe Ochaert, Gilles Logghe, Alard 
Franckaert, Denis Busco, Gilles Marcelis, prêtres, 
Jacques Tant, novice, et Antoine Fevers, frère Isi (}). 

Quinze victimes, co n'est pas assez pour les 
sectaires; les Frères-Mineurs doivent disparaiître. 
Le 6 Août, les échevins décrètent la suppression 
du monastère, alléguant comme metif de leur 
sentence, labsenee de tout signe de repentir 
chez les religieux et la nécegsité d'apaiser la colère 
divine (°). Le 13 Août, Francois d’Astudilla et 


(1) ““ Ten zelven daghe waren in tclooster vande graeubroeders 
ghesonden dheeren Fr. van Nieuwenhuyse ende Reynier Wyuc- 
kelman, schepenen, metgaders Nicolays Casembroot, pensionaris 
omme an Br. Francoya Goisseau.… metgaders, Br. Francoys D'astu- 
dillo gsrdisen, te versouckene dat zy zpuden willen de handt 
doen vande broeders Adriaen Screywatere, Denys Hocke, Philips 
Ochaert, Gillis Logghe, Allaert Franckaert, Denis Busco, Gillis 
Marcelis, Pb'“; Jacob Tant, novicie, ende Anthone Fevers, leeke- 
broeder, ende de zelve hemlieden overleveren omme ghepuniert 
te wordene.… daerup de zelve commissaris [Goisseau ] antwoorde 
als up tversouck an hem ghedaen van de andere zesse hiervoren 
ghepuniert…… mids weloke refause was by commissarissen, adjoinc- 
ten ende schepenen gheresolveert voorts te varene tot vuldoene 
van den bevele ende commissie van zyn Alteze.”’ — Secrete resolu- 
tiebouc, 1 Aug. 1578. 

(9) “ Alsdan anderwarf ghetracteirt zynde de zake van de Jesui- 
ten ende Graeubroeders.… was ghesloten de Jesuiten te zegghene 
uuytter stede ende schependomme met expressen laste van te 
vertreckene binnen thien dagen, ende aengaende de Graeubroe- 
ders, tcloostere te scheedene ende geparerene ende alle de meunic- 
ken daer uuyt te doen vertreckeu binnen ghelicken daghen, met 
consente nochtans van hier te moghen blyven in weirlicke habyten 
by huerl. vrienden of anders, ende sonder in andere cloosters 


22 


338 


Frangois Everaerts recoïvent l'ordre de se disperser 
eux et leurs confrères, endéans les dix jours, avec 
la faculté cependant, pour ceux qui sont bourgeois 
de la ville, de demeurer à Bruges en costume de 
prêtres séculiers, chez des amis, et non dans un 
autre couvent. La même faveur est accordée à 
Broeder Cornelis et au Fr. Defense, quoique 


ceux-cl ne jouissent pas du droit de bourgeoisie 
(18 Août) (}). 


Une requête du gardien, appuyée par les Floren- 
tins, tendait à obtenir pour les Franciscains la 
permission de conserver leur demeure et leur église 
et d'y exercer le saint miniìstère; elle fut favora- 
blement apostillée par l'archiduc Mathias, sous la 


huerlieden vertreck te nemen, omme textirperene de memorie 
van het abominable vicie ende zonde jeghens nature, daerin tzelve 
was gevallen ende zo veele jaren hadde ghecontinueert tot groote 
oneere vande stede ende verstorynghe van God almachtich, heb- 
bende dat, zo vehementelick es te presumeren, die noch ghebleven 
‘zyn, gheweten ende by communen ghedissimuleert, emmers 
daeraf nyet ghedaen de demonstratie ende bewys van leetschepe 
ende raishaghen daertoe staende ende naer rechte ende redene 
gherequireert, sonderlynghe ooc in gheestelicke personen. ” — 
Secrete resolutiebouc, 7 Aug. 1578. Cfr. 6 Aug. 

(1) “ Eadem was by resolutie ende ter presentie van Burchmees- 
ters schepenen ende raeden metgaders vande edele ende notabele 
deser stede gheordonneert den graeubroeders deser stede in den 
persoon van broeder Francoys D'astudillo, gardiaen ende broeder 
Francoys Everard predicant, beede ghecompareert zynde in 
camere, te scheedene uuyten couvente ende dat te verlatene binnen 
thien daghen… consenterende metten inwooners deser stede hier 
te blyvene buuyten den couvente in weirlicke habyten.” 

« Eadem was gheconsenteert Broeder Cornelis van Dordrecht 
ende Nicolays Defense, minnebroeders, hier te blyvene met de 
separatie van den convente, behoudens in habyten van weirlicke 
priesters ende dat zy hemlieden in al draghen wyselick ende 
gheestelick, ende oncost der stede.” — Ibidem, 13, 18 Août 1578. 


839 


réserve toutefois que le magistrat n’eût pas ‘de 
motifs pour maintenir le décret de suppression. 
Les édiles, cela va sans dire, trouvèrent des rai- 
‘sons. Jacques Speelman, un des fustigés, avait, 
par écrit, rétracté ses aveux ainsi que son accusa- 
tion à charge du Fr. de Voughenaere et blâmé 
vivement la conduite de certains pensionnaires et 
échevins; le Fr. Gérard Vervuust, retiré à l’ Écluse, 
avait également vengé l'honneur des condamnés 
et le Fr. Corneille n’avait pu s’empêcher de 
protester à son tour contre l'inique sentence d'un 
tribunal incompétent. C'était assez pour que le 
magistrat, revenant même sur ses résolutions des 
13 et 18, décidät, le 22 Août, le bannissement 
immédiat, avant le coucher du soleil, de tous les 
religieux. indistinctement, bourgeóis ou non. Le 
lendemain, d’Astudillo et Everaerts, retenus sous 
bonne garde, ainsi que Vervuust, appréhendé à 
PÉcluse ou à son retour de cette ville, sont expulsés 
également; ils avaient eu à répondre de toutes ces 
protestations, et les échevins ne se déclarèrent point 
gatisfaits de leurs explications (!). Le couvent des 
Frères-Mineurs, cédé aux ministres calvinistes 
depuis le 3 Septembre 1578, fut mis en vente le 


() “ Ghezien de requeste thove ghepresenteert van weghen de 
gardiaen van de Graeubroeders metgaders de natie vande Floren- 
tynen metter apostille van zyne Alteze, by de welcke schepenen 
gheordonneert was de zelve graeubroeders te laten payselick ghe- 
bruuckene van huerlieden oude wuenste ende cloostere, ende daer 
te continuerene den goddelicken dienst, ten waere zy eenighe 
redene hadden ter contrarie…; ghezien ooc zeker briefken ghevon- 
den ten cloostere in handen van broeder Francoys Everard, 
inhoudende tverclaers van broeder Jacob Speelman, revocatoire 
van zyne confessie ende bedrachte ghedaen voor commissarissen 


840 


26 Juillet 1580, raaé, et son emplacement trans- 
formé en blanchigserie et en marché au bois ('}. 


ende toollegie tot laste van broeder Fr. Voughenaere, met zeker 
notable i injurien tot oneere ende belastynghe van zeker schepenen 
ende pensionarissen, daer uuyt, metgaders de propoosten ghehou- 
den ter Sluus, by broeder Gherard Vervuust,.. meu mochte 
verstaen huerlieder quaet herte toten magistrate ende secrete 

machinatien… de welcke by den voors. suppliante was verzweghen 
ende grootelicx ke duchtene, zonde streaken lancx zo voorder tot 
stads oneere ende blamatie ende yproeringhe vande ghemeente ; 
ghezien oog een ander briefken revocatoire onder het handteeken 

van broeder Cornelis Adriaens : zo was gheresolveert te doen 
effeotgerene de voorg. resolutie up den xiij deser maegt hemlieden 
gbedeponceift als van tcloastere te ruymen ende daeruuyt te 
scheeden, ordoneerende hemtieden voor zonne onderganck alle- 
gader te vertrecken uuyter stede, zo wel de poorters ende inghe- 
bagrene deser stede als de vremde, njet jeghenstaende tconsent 
by de voorg. regolgtie den poorters ende ingheboorne ghegheven 
van hier te blyvene in weirlicke priesters habyten, houdende 
alleenlick daer met schadebeletters vast ende wel bewaert den 
gardiaen ende aen vande broeders, Francoys [Ererard] pmme 
nader fe verantwoorden tvoors. calumnieux brieveken, metgaders 
ooo broeder Gherard Vervuust indien hy wederghecomen is van 
Sluus, ende daer hy noch waere ter Sluus, hem daer doen houden, 
omme up zelve briefken poc ghevraecht ende onderzocht te 
zyne.. 

di Alsdan was gheresolveert, (ap trapport ter camere ghedaen 
vanden verclaerse ende confessie van broeder Fr. D'astudillo gar- 
digen ende Fr. Everard metgaders (iherard Vervaast nopende het 
briefken ghemencionneert hierup up den xxij deser maent) de 
zelve drie broeders achtervolghende de resolutie aldaer, te doen 
vertrecken uuyter stede ende daer buyten te zegghene met inter- 
dictie van niet weder te keerene sonder den speciael consente 
vande wet. 

Was voorts gheresolveert toloostere te doen bewaren by 
Vincent van de Bure garsoen, een schadebeletter ende een sheren 
dienaere up huerlieder eyghen oosten ten pryse van xx gr. sdaechts 
of daer ondere.” — Secrete resolutiebouc, 22, 23 Aug. 1578. 

(D) “ Waren ghecommitteert tot visitatie vanden cloostere vande 
graeubroeders Schout, Burchm'* vanden Courpse ende alle de 
schepenen die daertoe zullen moghen vaceren, metgaders Nieu- 


341 


« IÌ n'est nulletnent croyable, éérit. Beaucourt de 
Noortvelde (!), à la guite de Custis, coïnme quel- 
gues historiens partiaux le disent, qué ces teligieux 
aient recu un tel châtiment ext punition de leurs 
mauvaises actions. Fl est bien plus vramembláble 
que Pumique câude de leur nialheur était la herme 
implacable que les Gueux àfaient et partieutier 
contre les Frères-Gris, qui evatent partoi eux de 
céRbres prédicateurs, qui, tous les jours óét vec 
un zèle sontenu; découvraient au peuple les four: 
beries attachées & la rouvelle doctrine. *’ 

H. Q. Janssen, éerivain protestant, redonniaft que 
esprit de parti, effet de la haine voube à Broeder 
Cornelis, ne fut pas étranger au triste dénouement 
du procès mtenté aux Frarociseamms (°). 


Le D' Nuyens ($), considérant la marche pêòs 


landt ende Casembroot pensionaris, omne dâer thende te moghen 
designefen Égèuné ten zal willen laetemr tot exercitie vandé 
ghereformeerde religie.” — Seorstò resoluWiëbouc; Ì Sept: 1578; Cfr. 
3, 10, 12 Sept; 26 Jul. 15890. 

Ure maison bâtie à côté du couvent par d'Astudillo, fat vendue 
par la vile à Jacques Broucqsaatt, bonrgnrestre, qui acheta attdeî 
le blanchisserie, — Fbidem, 23 Martit et 25 Aug. 1562. 

()) Tablenu fidòle des. troubles ef révoluttone en Flandre éé dans set 
environe, arrivés depuie 1500 juegu'à 1585, T. 2, publié par la Société 
des Bibliophiteg Belges, Mohs, 1845, p. 29. Beaucourt étriváit verd 
+790. Cusrrs, Jaer-boecken der stad) Bruggét, Brugge, 1765, III Ds 
blz. 27. 

(°) De Kerk-hervorming te Brugge, 1 D. bla. k7ö: “ Waarsochijndijk 
ook [weigerden den eed van getrouwigheid aan Mathias |, evert alst 
in andere plaatsen, de minderbroeders of Fraänciscânen, tegen wie 
buitendien hevige beschuldigingen waren opgerezen, koezeor 
miesehien partijdigheid daaronder gemengd was, ùib ouden haat 
tegen Broeder Cornelis. *’ 

(3) Geschiedenis der Nederlandsche beroerten in âe AVP eeuw, Am 
sterdam, 1867, III werk, I D., bla. 237, 


342 


gressive et méthodique des accusations” dirigées 
contre les religieux, la nature systématique de la 
persécution, la conduite uniforme tenue dans pres- 
que toutes les villes (sauf à Gand, où l'on se mit 
en besogne d'une fagon plus rude et plus démago- 
gique), conclut à l'existence d'un plan tracé d’a- 
vance et savamment combiné par des hommes 
habiles et audacieux. 

Après le récit que nous venons de faire, récit 
basé sur des documents officiels, nous pouvons 
nous prononcer plus catégoriquement. 

Toutes les circonstances plaident en faveur de 
Yinnoeence des condamnés. | 

Lies accusateurs sont deux misérables ‘apostats 
réfugiés chez un des plus chauds partisans de la 
réforme. 

Le tribunal proprement dit ge compose des 
échevins de Bruges, des commissaires Huusman et 
Weyts, des adjoints du Breucq et Caluwaert ; 
official, les deux chanoines, le gardien et le pro- 
vincìal des Frères-Mineurs avaient été simplement 
invitésà assister à l'instruction. — Or les échevins(!) 
étaient les hommes de confiance du prince d'Orange 
qui, le 26 Mars 1578, les avait nommés, après 
avoir congédié le magistrat régulier de Septembre 


(?) Nous ne disons pas que tous les échevins fussent favorables à 
la réforme ; nons parlons du magistrat considéré comme corps. Au 
chapitre II du livre II de cette histoire, on pourra juger de ce 
corps, lorsqu’on Je verra à l'ceuvre pendant les troubles de 1578-84. 
Disons toutefois dès maintenant que le bourgmestre des échevins 
Georges van Brakele et l'échevin Jacques Brouncqsault étaient 
les plus acharnés ennemis des catholiques. 


94 


1577. Wyts, déjà connu pour n'être pas lami des 
Franciscains, fit partie du pseudo-conseil de Flan- 
dre, établi par Mathias en 1580, et dont de Kempe- 
naere dit que tous leg membres ge conduisaient en 
vrais calvinistes (Ì). Son confrère, Huusman, égale- 
ment député par le Taciturne, était sans nul doute 
un homme de la même trempe, et les deux com- 
missaires en s'adjoignant comme assesseurs les 
jurisconsultes du Breucq et Caluwaert, auront fait 
un choix conforme aux intentions de leur maître. 

Du côté des accusés, on constate à la vérité des 
aveux, mais des aveux arrachés par la torture 
(à Yemploi de laquelle les ecclésiastiques s’oppo- 
‘galent) et rétractés aussitôt après. L’indignation 
publique se soulève contre le verdict des juges (%) 


(!) Vlaemsche Kronyk enz. blz. 226 : ““ Al deze raedsheeren gingen 
ter geusche predicatien, enz. °’ 

(*) “ Alsdan comparerende ter camere heer Pieter Braems tot 
wiens huuse ghisteren soldaten ghesonden gheweest hadden, ter 
cause dat hy besich zynde met messe te doen, en daer ziende 
Mr Joos Huusman raedt ende commissaris tot kennesse vande 
delicten vande graeubroeders, hadde den zelven Mr Joos ghedaen 
zegghen dat hy zoude gaen uyter kercke, of andersins dat hy niet 
voorts varen en conste metter messe, verclaersde up tghevrach 
hem]. by schepen ghedaen, dat hy dat ghedaen hadde uyt hem 
zelven, omme dat by ghelesen hadde dat hy sulcx schuldich was te 
doene als hy in de kercke zaghe de geune die handt zouden heb- 
ben ghesleghen up priesters” — Secrete resolutiebouc, 31 Jul. 1578. 

‘“ Pervento ad notitiam DD. D. Smout canonicum ex burgo 
per duos observantes vigilias, adductum fuisse ad ecclesiam ad 
impediendum tumultum qui verosimiliter potuisset oriri ob ipsius 
ibidem loquendi libertatem in magistratum et alios, causa futuri 
supplicii in aliquot minoritas, ordinatum fuit DD. tempore summe 
misse convocandos, super opportuno remedio adhibendo delibera- 
taros, ** 


‘“ Ob certas querelas ad capitulum delatas de D. Petro Braems 


84 


et les frahoiscairig les plus et renom de vertu et 
de science (Ì) protestent de l'innocence de leurs 
confrères, en blämaänt sévèrement la conduite du 
tribunal. A peine la ville de Bruges est-elle tentrée 
en grâce avec son roi, que le Fr. d’Astudillo der- 
nief gardien, élu provincial, au lieu de cacher 
ailleurs la honte qui aturait pesé sur son ordre si 
les crimes mis à sa charge eussent été vrais, s'em- 
presse de retourner däns la cité réconaliée et de 
voit restituer l'ancien emplacement du couvent, 
pour y établir une nouvelle résidence (®). Parmi les 


pbro ac custode S. Basilii qui in hodierna sue misse celebratione,… 
ulterius pergere noluit… ob presentiam spectabilis viri Mg” Judoci 
Huusman... ex eb quod eum excommunicatum putabat ob consi- 
lium datum ofrca supplicium Minoritarum... ” — Acta eap. 26 
30 Jul. 1578. 

(!) C'étaient les FF, Corneille Ádriaensz., Frangois Everaerts et 
Gérard Vervuust. Ces deux derniers, comme le Fr. Corneille, 
furent plusieurs fois gardiens. Everaerts remplit cette charge à 
Gand, à Bruges et à Ypres. Vervuust, gardien du couvent d’Y pres, 
a laissé plusieurs ouvrages. Voir Servais Dimks, Histoire Littéraire 
et bibliograpligue des Frères-Mineure,etc., p. 113. — Registrum Fra- 
trum Minorum reeollectorum conventus Iprensts collectum partim ax 
chronicia ordinie, altiegue historiographie; partim ex archivie provincics 
el conventus hujus, aliisqwe memorialibus el annotationibue proscaden- 
ttwm guardianorwm. Revieum et auctum anno 1677. P. I, 82 Sertes 
guardianorum ab anno 1508, quo regularis observantia est introducta, 
usque ad annum 1608, (Mac. appartenant à Mr Aimé Verschaeve(®) 
à Ypres): “ 14“ V. a, P, F. Gerardus Vervuyst 4 1597; 15" 
(anno 1595) Franciscus Everaerts. * | 

(9) “ Alsdan was ghelast Michiel de Ruddere te verhuusene 
uyten huuse byder stede ghedaan maken up den gront vanden 
Freren cloostere naest den huuse vanden Provinciael Astudillo 
ende eertyds vercocht aen d'’heer Jacob de Broucqsault, ende 
tzelve averteleveren den zelven provinciael Astudillo tot zynen 
dienste ende van zynen medebroeders. ” — Secrete resoluitebouc, 
4 Sept. 1584. 


(*) C'est par erreur que dans la note 1 de la page 399, nous attribuons la propriété 
ds oe ma0, aux archives de la ville d'Y pres, 





345 


frétes rentrés à Bruges, on coinptait sans doute 
plus d'un des condamnés de 1578. La pénurie deg 
documents ne notis a permis de découvrir qu’un 
seul nom, eelui de Gilles Logghe qui devint jubi- 
laire (!). 

_ Enfin, Francois de Voughenare prédicateur 
distingué, Francois Martens prêtre d'un grand 
savoir, et Martin Revelaere jeune étudiant en théo- 
logie, tous trois brúlés vifg et par conséquent, 
réputés les plus coupables, brillent avec l'auréoleé 
„du martyre dans les annales des Frères-Mineurs, 
et le gardien Frangois Everaerts, témoin de leur 
vie et de leur gupplice, lui qui assurément eût gardé 
un prudent silence, s’il avait eru À la culpabilité de 
ges frères, consacre ce distique à leur mémoire (°) : 
Florenti etáte atque ipsis juvenilibus annië 

_Hos tres ad Christum transtulit una dies. 


(!) Voir p. 340, note 1. 
(5) “ Anno 1579 [conventus]ab heerettcis solo fuit seequatus, pulsis 
vel captis religiosis ac variis opprobrijs saturatis: inter quos 


extitit V. P. F. Franciscus Vingenare, (ste) rhetor theutonicus, 


insignis, in communi conversations pacificus et gratus, qui cum 
F. Francisco Martini, sacerdote maximi ingenii, necnon F. Martino 
Revelare ab heereticis furentibus violenter captus, in carcerem 
eonjectus, ad obscurandaäm martyrii gloriäm per calumniam accu- 
gatus crimínis ingimulatur nefandisgimi ac crndelissime necatut 
cum sociis, quibus hoc distichon posuit R. P. F. Franciscus 
Everárdi : Florentò ete.” 

“ Anno 1578 heeretici Brugis sub conficto crimine tres presclaros 
patres morti tradiderunt, quorum pietatem cum P. Everardus 
cognosceret optime, nobis pro eorum innocentia reliquit hoo 
distichon : Florenti etc” — Archives des RR. PP. Récollets à 
Saint-Trond, Chronologia Provincies S, Joseph Flandrie FF. Min. 
Recollectorum, Tit. OConventus Brugenste, fol. 5, et Tabula chronologica 
P. Stephant de Neaf, parte Ì, anno 1578. 


846 


Qu’était devenu dans èette tourmente le Fr. 
Corneille? 

Deux jours avant la dispersion des Franciscains, 
un riche marchand de soieries, Othon Arremarre, 
eut la charité et le courage d'aller au couvent cher- 
cher Broeder Cornelis. IÌ 'emmena chez lui pour le 
dérober à la persécution et en prit un soin paternel, 
s'exposant ainsi au péril de perdre sa fortune ()). 
Le digne vieillard, bien que brisé par ses longs et 
rudes labeurs, ainsi que par les lugubres événe- 
ments dont il était le tÉmoin et la victime, aimait 
trop les âmes en danger, pour ne pas leur consacrer 
ses dernières forces. Il continua son apostolat, 
prêchant dans des réunions privées, encourageant 
les catholiques au milieu des épreuves, les excitant 
à la persévérance, administrant les sacrements en 


() “Inter primariog fautores tempore revolutionis FF, Minorum 
at preecipue F. Cornelii Dordracensis fuit Ottho AÁrremarre, sericì 
pannis tum temporis negotiator, dives et attavus D. Bruynsteen, 
ut vidi ex originali attestatione quam desuper anno 1606 dabant 
Fr. Reginaldus Blancke guardianus, Franciscus Everaerts sacer- 
dos eoclesiastes et frequens guardianus, item F. Mgidius Logghe 
sjubilarius. Inter ceetera sic habebatur: ipse Ottho, biduo ante 
nostrorum fratrum Brugis exterminationem, ex nostro conventu 
senem languidum et membrorum impotentem eduxit, ne in heere- 
ticorum manus incideret, suis sumptibus paterno affectu succurrit, 
non absque gravi suarum facultatum periculo aluit et conservavit. 
Tandem Fr. Cornelio mortuo oculos clausit et eumdem in Xeno- 
dochio divi Johannis Brugis (ubi pestis, quam heeretici valde 
timebant, grassabatur) sepeliendum curavit, ne heeretici in ejus 
corpus sevirent. Etiam opitulante Otthonis veneranda matre, 
effigiem ejus pincillo depingi curavit, quam in nostro conventu 
in ejus memoriam usque in hodiernum diem custodimus etc.” — 
Extrait des archives des RR. PP. Récollets, cité par J.P. van Male 
dans son ouvrage: Nauwkeurige beschrijving van de oude en 
hedendsegsche stand van Brugge in Vlaenderen (Msc. de la 
bibliothèque de M, De Wolf, pharmacien à Bruges). — 





847 


cachette (!). Lie 14 Juillet 1581, la mort mit fin à la 
noble carrière du vaillant athlète. Arremarre lui 
ferma les yeux, et afin de soustraire sa dépouille 
mortelle aux profanations des hérétiques, illa fit 
inhumer à l’hôpital Saint-Jean, où sévissait la 
peste. En dépit de la fureur des sectaires et de la 
défense faite d'exercer publiquement le culte 
catholique dans les couvents et hospices, une foule 
immense de fidèles de tout rang assistèrent aux 
funérailles solennelles du saint religieux (®). 


(!) Voir p. 277, note 4. 

@) “ Cornelius Adriani Minorita, Dordracenus dictus, quod 
Dordraco Hollandise oppido originem duceret. Hujus aliquando 
cosnobii … … (*) …… potuerit convelli. Tandem velut alter Helias 
propheta Domini relictus solus, plenus dierum in festo S. 
Bonaventure anno 1581, in ipsis hesreticorum tumultibus, 
omnibus religiosis causâ fidei proscriptis, clanculum apud amicos 
sustentatus ad coelestia regna a Christo Jesu, cui fideliter servierat, 
evocatur. Cujus corpus non sine admiratione summa ab omnibus 
Catholicis urbis concommitatum (quod minime tunc licebat) 
ipsis hostibus gpectantibus, nee quicquam contradieentibus, 
solemnìi pompa,„ et splendidis exequiis in Xenodochio Divi 
Joannis, ubi sola tuuc erat catholicorum sepultura, tumulatum 
est. Hujus Rev. Patr. ossa integra et bene digposita inventa, anno 
1615 translata fuere pompa funebri ex preefato Xenodochio ad 
novam extructam et consecratam ecclesiam, et reposita circa 
summum altare ad latus epistole sub sarcophago. Fuerunt 
preesentes, qui et ejus sepulchrum ante triginta quatuor annos 
curaverant, qui asserebant videntes caput ejus: Etiamsi non 
scirem patrem Cornelium hic sepultum: vere tamen et sincere 
dicerem iilud ipsum esse eaput ipsius propter certa signa in 
frontispicio. Cui hine inde adhuc crines adheerebant. Scripta ejus 
post mortem (uti facta calumniis) impudicis salibus, dicteriig, 
erroribus, ac meris sycophantiis inspersa maligna heeresio vitiavit, 
et ad ludibrium boni viri edidit”’ — Sanperus, Flandria illustrata, 
Hage comitum 1732, T. II p.159. E& monumentis mec Monasterii 
Franciscanorum Brugensie etc ad me missie. 

(*) Ce que nous avons omis n'est que la reproduction, sauf quelques variantes, 
du twzte de \'épitaphe donnde plus bas, p.40, 


348 


Trois épitaphes, dont le texte nous a été conservé, 
vinrent ratifier, sitôt après le déeès d'Adriaengz., 
les éloges que tous les hommes de bien décernatent 
au célèbre franciscain (!). 

La première, placée dans l'église de l'hôópital 
Saint-Jean, fait allusion à la modeste sépulture 
du grand homme. En voici la teneur: 


Ecquis in obscuro latitans, die parva tabella, 
Tumalo hic repostus eonditur f 
Quis fugiens adeò est et famae, et lucis, et aurae, 
Umbris ut hic velit obrui ? 
Tune Pater celebri condigno ex marmore orypta 
Hie Dordracene recubas ? 
Quem tam facundae decoravit gratia linguae, 
Monita Salutis cum dares, 
Ut tua fama volet totum vulgata per orbem, 
Stridente quamvis Zoilo. 
Sed quia Seraphici placuit pia semtîta Patris, 
Placuit sepulchrum ignobile; 
Nam tituli et Pario excisae de marmore tumbae 
ZEtate longâ intercidunt. 
Virtus sola viget vivitque aeterna, nec aevo 
Labente longo eztingmtur. 
Haec jam te aequavit Superis, coeloque locavit 
Sertis decorum fulgidis. 
Quid juvat ignoto kune igitur requiescere busto, 
Qui mente coelo vixerit ? (*). 


(!) A ces Épitaphes il faut ajouter encore l'extrait du neerologium 
que nous avons reproduit plus haut, p. 279, note 1. 

(2) J.F. Forrens, Bibliotheca Belgica. Brux. 1739. TI. p. Y02. — 
F. Swerrrrus, Selectae christians orbis delictae. Col. Agr. 1608. p. 507, 
== F. Bwzuntius, Athenae Belgicae. Antv. 1628, p. 180. 


849 


La denxième épitaphe, destinée à l'église des 
Frères-Mineurs, provisoirement restaurée après la 
pacification de la ville de Bruges et le retour des 
religleux, était ainsi congue: 

D. O0. M. 

Rev. Patri Fr. Cornelio Adriani Dordraceno, hujus 
aliquando Coenobii ante Provinciae vastitatem toto Belgio 
splendidissimi amplissimique Guardiano (!) vigilantissimo, 
et Sacrae Theologiae interpreti facundissimo, viro incom- 
parabilis tum eruditionis, tum eloquentiae, triumque 
linguarum, quae sacrae sunt et dicuntur, callentissimo. 

Qui-annis continuis triginta (2) populum Brugensem in- 
credibili cum gratia, fructu, atque utilitate, divini verbi 
suavissimo pavit alimonio, sementem vere spargens Evan- 
gelicam; tantâque contentione zizania Ò malignorum 
spirituum fibris evellens, ut verus Brugensium Ápostolus, 
splendor, decus, et orngmentum Christianae Reipublicae, 
Catholicae, Orthodoxae, Romanae fidei propugnator acer- 
rimus, nec secus quam alter Athanasius validissimug 
haereticorum malleus dici potuerit. Quique inter varias 
hujus exulceratissimi seeculi calamitates, inter innumeras 
haereticorum calumnias, inter obstrigillantium sycophan- 
tarum caninos insaltus, libellorumque famosa ludibria, 
tam jnvictara semper animi moderafionem tenuit, ut 
nullis anquam vel hostium fidei oppugnationibus, vel 
rerum adversarum procellis potuerit convellt. Qui denique 
ia hoc D. Francisci Instituto annis fuit quadraginta, . 
symma cum probitate vitae, eraditionis glorië, Religionis 
zelo flagrantissimo, optimò de hac Civitate, tam in T'heo- 
logica Professione publice, quam in perpetuis indefessisque 


(!) Dans l'extrait du msc. donné par Sanderus (voir plus haut p. 347) 


on lit “ bis guardianus extitit. *' 
(2) Msc. cité: ““ qui annis 36. " Ce chiffre est exact si l'on compte l'an- 


née 1546, date de \'arrivée de Corneille Brouwer à Bruges, et l'année 
1581, date de sa mort, 


890 


ad populum concionibus ad mortem usque promeritus 
fuit. Laborumque suorum tandem aliquando amplam 
mercedem verissimus fidelissimasque Christi Confessor 
percepit, piis omnibus ingens sui desiderium relinquens. 
Hoe amoris et observantiae testimonium ac monumentum, 
Patri opt. ejusdem Ordinis Fratres posuerunt anno a partu 
Virginis gloriosae CIg.Ig.LXXXI pridie Id. Jul. Ejus- 
que mortui effigiem Fr. Franciscus Everardus hujus 
loei Guardianus, qui viventem unicò semper colebat, sin- 
cerae dilecttonis ergo in hoc templo, pro rerum praesentium 
facultate restaurato, appendi curavit (1). 


Francois Everaerts, gardien du nouveau couvent 
de Bruges (1584-87), avait fait placer à côté de 
cette Épitaphe le portrait du Fr. Corneille sur son 
lit de mort, peint par les soins de la mère d’Othon 
Arremarre (®). 

Lie 6 Mai 1615, lendemain de la consécration de 
la nouvelle Église des Frèrcs-Mineurs, par l'évêque 
Charles Philippe de Rodoan, les restes mortels de 
Corneille de Dordrecht y furent transférés et placés 

auprès de ceux de son fidèle disciple Everaerts. 


L'épitaphe suivante conserve le souvenir de 
cette translation et célèbre la mémoire des deux 
vaillants défenseurs de la religion catholique : 


() J.F. Forpexs, Lc, p. 191-192. — F. Swerrtivs, Selectae christiani 
orbis deliciae. Col. Agr. 1608. pp. 505—507. 


(2) “ Hec duo epitaphia amphus non exstant [1740]; ejus vero 
effigies olim in termplo appensa hodie in cella patris guardiaui 
gervatur. Extat tamen usque in hodiernum diem in ecclesia nostra 
sequens epitaphium lapidi ceeruleo incisum ad latus epistoke circa 
summum altare: D. O. M. Reverendis Patribus etc. *” — Arch. 
des RR. PP. Récollets de Saint-T'rond, Hetractuin ev registro con- 
ventus Brugenets FF. Minorum Recollectorum. 





eg 


851 
D. O. M. 


Reverendis Patribus 
V. P. F. Cornelio Dordraceno 
Et P. Francisco Everhardi (!) 
Hujus coenobii Franciscani 
Guardianis dignissimis, 
Concionatoribus celeberrimis, 

_ _Haereticorum malleis, 
Catholicorum propugnatoribus: 
Quorum posterior hic mortuus 

Et sepultus anno 1609. (2) 5. Novembris 
Prior turbulento tempore, anno salutis 
Humanae 1581. 14. Julii 
In Nosocomio S. Joannis 
Sepulturae locum, Catholicorum 
Oper obtinuit : 

Sed ejus ossa huc transtulit 
P. Joannes vander Straeten 
Itidem Guardianus, 
Peregrinus Jerosolymitanus 
Ac montis Sinay, anno 1615. 5. Man, 
Alterâ die Consecrationis hujus novi 
Templi, quibus et hunc lapidem posuit. 
Anno 1616 : his associatus. R. I. P. (®). 


Ces inscriptions, si élogieuses soient-elles, ne 
sauraient être taxées d'exagération; les travaux et 


Dn omen meente) 


(1!) Rappelons, en passant, que le P. Frangois Everaerts est l'ancien 


__réfectional de Saint Donatien, dont nous avons parlé p. 110. 


(2?) Sanderns et Foppens donnent VFannée 1589 comme date de la mort 
de Francois Everacrts. P. J. van Male, témoin oculaire, affirme avoir lu 
1609. C'est bien l'époque exacte, car eon 1595, Everaerts fut nommé gar- 
dien du couvent d'Y pres, et vivait encore en 1606. Voir P. J. van Male : 
Levensbeschrijving, enz. V° Adriaengz. Cfr. p. 344, note 1 ot p, 846, note 1. 

(3) SANpervs, 1. c. T. II, p. 411. — Forens, |. c. p. 192. 


353 


les souffrances de Corneille Adriaensz. le rendaient 
digne de ces marques d'honneur. Le témoignage 
de deux auteurs contemporains du célèbre apôtre 
suffirait au besoin pour l'attester. 

Guillaume Weydts, né en 1547, simple ouvrier 
brugeois, ambachtsman, dont la position modeste 
mét le témoignage à l'abri de l'influenee du pouvoir 
et des préjugés de caste, consigne dans son journal 
la mort de Broeder Cornelis, qu'il appelle ““ un digne 
et savant prédicateur, qui a prédit les évènements 
tels qu’ils sont arrivés ” (}). 

Le gecond téÉmoignage Émane du R. P. Costerus, 
de la Compagnie de Jésus, tour à tour recteur des 
collèges de Bruges et de Cologne, supérieur des 
provinces rhénane et belge, qui nous a laissé près 
de quarante ouvrages. Cet homme de vaste science 
et de haute piété, reconnait dans le Fr. Corneille, 
qu’il a vu à l'oeuvre à Bruges, “un religieux savant 
et vertueux, contradicteur des hérétiques, et dont 
le gueux Cock n'est pas digne de baiser l’empreinte 
des pieds (*).”’ 


emmae 





(1) Dyt ee van zommeghe zaeken dye gheschyet zijn hier te Brugghe 
ende daer ontrent, Chronique flamande 1571-1584 publiée par E. 
Yarenbergh, Gand, Lahaye 1869, p. 32: “ Op den XIIII® van 
Julyus, zoe overleedt pater Cornelys, een broere vande Frere 
cloestere, ende was begraeven in de kercke van Synt Janshuus; 
dyt was een weerdych ende gheleerdt predycandt, dewelcke wel 
voerzeydt heeft den tydt zoe zy ghecommen es, ende hy was ghe- 
boeren van Dordrecht in Hollandt. ” 

(?) De tweede weder-legginge Francisci Costeri Priester der Societeyt 
Jesu, vant tweede boeckeken P. P. Cock ketters Calwinist, nu leech- 
gangher te Enchusen, maer seylmaker van syn ambacht. T’ Antwerpen, 
By Gheleyn Janssens. Anno 1606, p. 15: 





853 


I] ne guffisait pas aux sectaireg d’avoir calomnié 
le digne religieux pendant sa vie. En 1599, Emma- 
nuel van Meteren, historien anversois, dont la 
partialité et la crédulité sont reconnues par des 
âuteurs protestants eux-mêmes (Ì), reproduit, hors 
de tout propos, dans son histoire des Pays-Bas, la 
fable des dévotaires et de la discipline secrète, tirée 
de l' Historie [en sermoenen| van Broeder Cornelis, 
à laquelle 1l renvoie (®). Il y ajoute des extraits de 
deux sermons que le Fr. Corneille aurait prêchés 
en 1572, et dans lesquels l'orateur, s’accommodant 
aux circonstances, se fait gueux, s'irrite contre les 
Espagnols et regrette ses prédications d'auttefois 
publiées par ses ennemis, Tous les détails touchant 
le franciseain, qu'il n'a pas copiés du libelle anony- 
me, sont ou inexacts ou absurdes (°). M. Arnold 


«« Ketter Cock. Het is te bedencken, Coster, dat ghy gheoh 
oprecht nederlander en syt. 

Costerus. Degen geuschen Cock verwijt my dit, omdat tek de 
historie ende oirspronc verhaele vanden naem geus; hy meynt dat 
ick sulcks van Broer Cornelis gheleert hebbe. Maer hy moet weten 
dat ick op dat pas oock Godts woort in dese landen t'Antwerpen 
in onser liever Vrouwen kercke preckte, gelijck Broer Cornelis 
te Brugge, die ic naemaels gekent hebbe voor een seer geleert 
ende deugdelijc religieus, bestryder der ketteren, wiens voetstap: 
pen desen geuschen Cock niet weirdigh en is te cussen… * 

() Ever. van Reyp et S. pe Winp, cités par M. ARNOLD dans son 
Pleidoot, p. 4. 

(@) Em. vaN METEREN, Belgische ofte Nederlantsche historie, veen 
onsen tijden, enz. Delft, 1599 fol. cxxvrr a - cxxxa. Dans les autres 
éditions flamandes et dans l'édition francaise (Histoire des Pays- 
Bas, etc, La Haye 1618) on trouve ce récit à l'année 1578. 

(2) Ainsi, l'auteur est inexact lorsqu'il assigne l'an 1581 ou 1982 
comme date de la mort du Fr. Corneille, et dit quele prédicateur 
cessa de prêcher en 1576; il est absurde lorsqu'il représente le 


franciscain en 1572 comme un caméléon. 25 


854 


gedemande,non sansraison, sì E.van Meteren n’a pas 
inséré cet hors-d’ceuvre dans son grand travail sur la 
demande du pamphlétaire, pour donner à I’ Historie 
Len sermoenen | etc. un semblant d’authenticité. 


Aussi, les Écrivains qui se sont occupés d'A- 
driaensz. immédiatement après E. van Meteren, se 
défient-ils de son récit. Pas un d’entre eux ne 
touche à l'histoire des dévotaires, et leurs témoi- 
gnages sont tous plus ou moins élogieux (}). Il faut 
descendre jusqu'à P. Cornelisz. Hooft (1581-1647) 
pour rencontrer un nouvel accusateur (®). Celui-ci, 


()) M. Arnold expose tout cela avec ce tact critique qu’il possède 
à un si haut degré; nous ne faisons que le résumer : 

1° C. van ManNper (Schilderboeck, enz., Haarlem, 1604, fol. 248"*), 
protestant, qui, à raison de son origine flamande et de son séjour à 
Bruges de 1581 à 1583, devait être à même de connaître les faits 
et gestes du Fr. Corneille, mentionne la charge de ce religieux 
peinte par Goltzius, et ajoute que, d'après la rumeur publique, 
Goltzius aurait décrit et imprimé les germons da franciscain. — 
ArxoLD, Pleidooi, pp. 18-20. 

2e W. vAN GOUTHOEVEN (d'Oude Chronycke ende Historien van 
Hollandt, enz., Dordr., 1622, blz. 222), de Dordrecht, donne la date de 
la naissance et de la mort d’'Adriaensz., (1521-1581), et le nom de son 
père. IÌ lui fait un honneur d'avoir possédé les trois langues 
gacrées et constate la célébrité que lui ont value ses germons 
singuliers,courageux mais séditieux (wonderbaerlijcke, dappere, maer 
oproerighe sermoonen). Cependant l'auteur avait sous les yeux 
l'ouvrage de van Meteren, puisqu’il dit que le Fr. Corneille prê- 
chait à Bruges en 1566, 1568 et 1572 — Arnoup, Pleidoot, pp. 20-22. 

3e M. S. BoxHorN (Tooneel der steden van Hollandt, overgeset, 
verbet. ende vermeerd. d. G. Baerdeloos, Lieyd., 1634, blz. 90), profes- 
seur à l'université de Lieyde, traite le Fr. Corneille de linguiste 
savant et de prédicateur considéré, éloquent et agréable, mais qu'on 
tourna, dit-il, en ridicule, à cause de son caractère facétieux (Tx zijn 
sermoenen.… was hy geacht, welsprekende ende vleyende van woorden. 
Nochtans was hy van natuere boven muten genoechelijdk, ende met 
welckemen spotte ende geckte). — ARNoLDp, Pletdooi, pp. 25-26. 


(2) Hoorrt's Nederlandsche historien, 13° boek. 


855 


gans citer de sources, ressasse, mais dans un langage 

plus vif, toutes les calomnies mises au jour par 

E. van Meteren. Et cependant les épitaphes et 

extrait du Necrologium n'étaient plus inconnus ('). 

__Ce fut le signal d'une véritable conspiration 
contre le Fr. Corneille. 

Tandis que les éditions de 1’ Historie [en sermoe- 
nen] van Broeder Cornelis se multiplient (°®, les 
écrivains protestants ou hostiles au catholicisme 
saisissent toutes les occasions pour citer le pauvre 
religieux à leur barre. La gravure l'exhibe armé 
d'une discipline (%); les livres amusants et la hitté- 
rature populaire l'exposent à la risée du public 


() F. Sweerrtius (voir pp. 348, 349) et SANDERUS (Flandr. illustr., 
Col. Agrip. 1641, T. I, p. 245) venaient de les publieret VALLER 
Axnpré (Bibliotheca Belgica, Lov. 1643, p. 142) avait donné une notice 
du Fr. Corneille puisée à ces sources autorisées. 

(2) La première partie out une seconde édition en 1576, une 
troisième en 1592, une quatrième en 1607. La seconde partie fut 
réimprimée en 1609. Les deux parties réunies furent rééditées en 
1639, en 1698 et en 1714. 

(©) Notamment dans la réimpression de la seconde partie des 
Sermoenen 1608, dans les éditions complètes de l’Historte [en ser- 
moenen] etc. ainsi que dans les trois ouvrages suivants: 

t Wonderlijck Bvangelium van Nicodenuus, verrijckt met bondighe 
uytleggingen, begrijpende kortelijck den ouden toestandt der H. Room- 
sche kerck, duor den hooghgeleerden ARNoLpus MONTANiUS (sic). Rot- 
terdam, 1671. — ARrNoLp, Ì. c., p. 125. 

Tooneel der hooft-ketteren, bestaende in verscheyde afbeelfsels van 
valsche propheten, naecktloopers, geest-drijvers, gectariegen en duyvels- 
konstenaren. By een vergadert en in ’t coper gesneden door Cum. vaN 
SicHEM. Middelburg, 1666. — ArNoLp, l. c., p. 120, 

Papekost, opgedist in geuse schotelen, handelende van de pausselyke 
opkomst, afgodery en beeldendienst, nis, mitsgaders hun val en einde. 
In nederduitsche dichtkunst gebracht. Met figuren. Te Blokziel, op 
kosten van den uitgever, 1720. — AmRNoLp, }. c., p. 126. 

Une gravure scandaleuse accompagne le passage que SiMoN DE 
Veres consacre au Fr. Corneille, dans son ouvrage cité plus bas. 











856 
lêger (1); les historiographes et les théologiens en 
parlent avec mépris (%; mais ce sont surtout les 


() De geest van Broêr Cornelis Adriaenz. verhalende veele wonder. 
lijke Tebuchten, vermaeskelijke aërdigheden, vuylé en Vaelérlifks redenen, 
uytboeldende eyn inwendige gestalte. Amsterdam, 1660. — Arrorp, 
l. c., p. 121. 

(Jac. Lirorus), Den Moomschen Uylen-spiegel. Getrocken dik ver- 
scheiyden oude Roomsch-catholijcke Legende-Boecken, ende andere 
schrijvers. Vermakelijck, ende stichtelijck om te lesen voor alle catholycke 
Hertekens. Met nodige annotatten en verklaringen hier en daer verlicht. 
Misgaders met verschegdene kopere platen gèrciert. Dordreokht, 1671. 
— ÂRxouo, le, p. 124. 

G. Scrorsr, Vaderlandsche volkeboeken en volksepreokjes van de 
vroegste tijden tot het einde der 18° eeuw. Haarlem, 1874, D. ÌI, 
bis. 223-22P. On y lit les anfbnités suivantes : 

“De sermoenen tusschen 1566-72 te Brugge gehonden, over- 
treffen in tafheid, platheid en vuilheid al rat van èten aard in Ket 
cht is verschenen…. Hij spaarde noeh de geestelijkheid, noch 
den magistraat, noch Hoomschen, nech Onroomschen, schold, 
tierde, raasde, dreigde, brulde áls één bezeténd, niet woeste gebaren, 
ärdigend gelaat, fonkelende oogen bn verdiende ten vollé den 
Aadm van schobbejak, alleronbeschnfisten plompen schurk, allerbétueh- 
eten kerkbabbelaar, hem door tijdgenoot en nagenlácht gegeven,” 

(2) G. Brarr, Geschiedenis der reformatie, onz. D.I, blk. 608. — 
AxNoLD, Ì.e., p. 30. 

F. Harwa en M. Broufarus van Nimek, Tooneel der Vereenigde 
Nederlanden, ens. Leeuwarden, 1723, D. 1, bla. 24-26. —ARNoLD,l. o., 
pp. 45-40. 

S. pn Vars, Omstandigh vervolgh op Joh. Lodew. Gottfriede histo- 
rische krongek of algenteen kiatorische gedenk-bocken. Lieyden, 1698, 
D. I, col. 493-495. 

E. Moxcu, Aletheia. Zeitschrift fdr Geschichte, Btaats- und Kirehen- 
recht. La Haye, 1829-1880, pp. 293-322. — Aurorp, Ì.e., pp. 71-73. 

M. ScHoockrus, Wwercitationes varia.Traj. ad Rh. 1663, pp. 586-589. 
— ARNoLD, 1. c., pp. 117-118. 

Artorius Martusus, dans l'ouvrage: Axpngas ALCIATUS, 
Tractatus contra vitam monasticam. Cui àccedit eylloge epistolarum, 
eto. Qu primus omnium in lucem protulit adjectis passim notis 
A. Marruzus. Hage Comitum, 1740, p. 317.— ArxoLp, Ì. o. p. 81. 

QG. Voerrvs, Polittoa oecleetastiea, Amsterdam, 1663. Voir p. 282, 
note 1. EE 5 





857 


éditeurs de dictionnaires de tout genre qui en font 
une description odieuse. 

Sauf quelques exceptions (1), tous cea auteurs 
négligent ou rejettent les sources favorables à C, 
Adriaensz., qu’ils taxent de fraudes pieuses; il en 
est même qui renchérissent sur leurs devanciera, 
sans pour cela produire aucun document nouveau, 
pas même apocryphe. (®) C'est ainsi que cet homme 


Jacq. Borreau, Historia flagellantium, Paris, 1700, pp. 218-210. 

ct Inter exempla tam infaustee notitie reoensere non per- 
timescam, historiam hominis cucullati et cordigeri conventus 
Brugensis anno circiter 1566 cui nomen erat Cornelio Adriasem(eic) 
origine Dordracensis, adversus heereticos Guezios stomachosissimi 
concionatoris; qui puellas ceù feeminas quasdam sacramento 
fidelitatis et obedientise sibi adstrictas et specie pietatis devotas 
non quidem asperatis et nodosis funibus verberabst, sed nudata 
earum femora, et nates inhonestis vibicibus rorantes virgis betuleis 
aut vimineis ictibus molliter inflictis perfricabat, uti refert _ 
Emanuel Meteren. 

(1) Ce sont: M. Baren JZN,, (Beschryvinge der stad Dordrecht, 
Dordr. 1677, blz. 204); Hueo vaN HevsssN et Huao vax Rrn, 
(van HEUsssN en van Ryw,Oudheden en gestichten van Zuid-Holland, 
enz. Leiden, 1719, blz. 108, 138-134). Le premier suit van Gont- 
hoeven eb Boxhorn; le deuxième, janséniste, a l'air de puiser à 
Valère André et en réalité copie Boxhorn; le troisième, coreli- 
gionnaire du préobdent, parait impartial et renvoie à Sanderua, 
Valère André ef, Bayle. — AgxoLp, Pleidooi, pp. 29, 38-42. 

(”) Pizsan Baris, Dictionnaire historique et critique, 5° éd. rovue, 
corrigées et augmentée per pks MaIsBAvx, Amsterdam 1740, T 2, 
p. 677 ; “ (Corneille d'Hadrien)... Les ouvrages qui ont para sous 
son nom après ea mort sont parsemes de boufonneries, ek de 
quolibets malhonnêtes. Sanderua prétend que les hérétiques y ont 
fonrré cola, pour diffamer la mémoire de ce han ek innoeent rel, 
gieux. Il faudrait en avoir des preuves, ou ne le dire pas. Les 
Protestaus parlent de ce Cardelier comme d'un violent déclama- 
teur.’ — Suit une courte description de la discipline aeoràte, sveo 
eette conclusion : “* Il n'y a rien que oes gens-là np soient capables 
de persuader aux femmes, aoua le bean prétexte de dévotion, 
lorequ'ils ont le talent de bien jaser, et que leurs prédioatians les 
tendens oslèbres. '' 





858 


apostolique passeà la postórité comme un prédicateur 
grossier et obscène, un bouffon läche et Inconstant, 
un moine cruel et sanguinaire, un débauché dévot et 


Prosper MARCHAND, (Dictionnaire historique [publié par J.N. 
S. Allemand, La Haye, 1758-59, T. 1, p. 127, note A), à propos 
d’une monnaie que Louis de Bourbon, prince de Condé aurait fait 
frapper, avec la devise Ludovicus XIII Dei gratia Francorum ree 
primus christianus s'exprime ainsi: “ Le plus ancien auteur, que je 
sacho avoir fait mention de cette monnoie, est un moine Hollan- 
dois, d'’ailleurs fort connu, tant par sa rebellion ouverte et 
déolarée, que par son libertinage dévot et impie: en un mot, le 
fameux Frère Cornelis Adriansen de Dordrecht, Franciscain de 
Bruges, d'ou l'on fut enfin forcé de le bannir à Ypres; qri, non 
content de se déchainer aussi publiquement que séditieusement 
en pleine chaire contre les magistrats et les princes, abusoit encore 
le plus criminellement du monde, de la Coufession." — Après avoir 
décrit l'histoire des dévotaires, il continue, dans une note: “ On 
auroit peine à ge persuader à quel excès ìl portoit son insolence et 
ses débauches, si divers écrivains contemporains, tant catholiques 
[!] que protestans, ne nous en avoient conservé la mémoire: 
Emanuel de Meteren est celui d'entre eux qui les déorit le mieux 
dans son Histoire des Païs-Bas.... Lion y voit avec horreur des 
galetez et des brutalitez si grossières et si impties, qu'il n'y avoit 
qu’un moine absolument abimé dans la débauche la plus crasse et 
la plus infame, qui pût les proférer. Je sai bien que Sanderus, 
Valere André et Foppens... disent, que ces Sermons ont été remplis 
de ces infamies par les hóérétiques. Mais je sai bien aussi, que ces 
Sermons et son Histoire avoient été imprimez plus de 10 ans avant 
sa mort arrivée en 1581, et que ces Bibliothécaires n'ont osé en 
parler qu'en passant comme chat sur braise. Ávec tout cela, ce 
misérable moine avoit assez de crédit pour faire condamner au feu 
de fort honnétes gens. ” 

J. Â. Ds CHALMOT, Biogruphisch woordenboek der Nederlanden, 
bevattende de levensbeschrijvingen van voorname staatemannen, 
krijgehelden, geleerden … … dichters… … schilders.… … van de oudste 
ijden af tot op heden. Amsterdam, 1798-1800, V ol. I, blz, 74. 

A T'encontre de le vérité, cet auteur fait dire à Halma: “ Hij 
(Br. Cornelis) leefde nog enigen tijt hier ns, maar ellendig 
kwijnende, en met vele ziektens, de vrugten van zijn ongebonden 
leven worstelende. ” — ARNOLD, |. c., pp. 69-70. 

Nouveau dictionnaire historique, par une société de gens de 
lettres, Caen et Lyon 1789 :" ADRIAN (Oorneille), prédicateur Aamand 





809 


impie que des maladies honteuses, juste punition 
de sa vie désordonnée, traînent ignominieusement 
au tombeau. 


de l'ordre S. Frangois, natif de Dordrecht et mort en 1581, âgé de 
60 ans. Ses ouvrages sont remplis d'expressions libres et de 
turlupinades. *” 

(Micxaup), Biographie universelle ancienne et moderne. Nouv. édit. 
Paris, Mee C. Desplaces, 1854 et suiv., Vol. I, p. 192. 

‘* ADRIAN, proprement ADRIANSEN (Corneille), franciscain dé- 
honté, que van Meteren, dans son Histoire des Pays-Bas, et J. 
Boileau, dans son Historia flagellantium, accusent d’avoir souillé 
par ses moeurs la sainteté du confessional. Il était né à Dordrecht, 
en 1521, et fut longtemps gardien de son ordre. Il se mêla des 
affaires politiques pendant la guerre des Pays-Bas, et changea 
plusieurs fois de parti, en restant toujours fidèle à celui du vain- 
queur. Ce fut pour échapper à sa haine, que Georges Cassander 
quitta Bruges, où il enseignait les belles-lettres: On appelait 
communément Adrian,le frère Corneille. Il mourut à Y pres [!], en - 
1581. On a plusieurs éditions de ses sermons, en 1569, in-8°, 
Amsterdam, 1607 et 1640, in-8*. A ces deux dernières est jointe 
une figure qui représente linfâme discipline à laquelle Adrian 
assujettissait ses pónitentes avant la confession, discipline que Voet 
appelle Disciplinam gymnopygicam Cornelianam. (Disp. Select. 
p. IV, p. 262). On a prétendu qu’Adrian avait été calomnié par 
les protestants, mais cela paraît peu probable. ” — Article eigné : 

G-r (Guizor). 

D. vaN HooGsTRATEN, Historisch, Geographiech, Genealogisch en 
Oordeellkkundig woordenboek. Amst, 1733, D. I, blz. 123. 

Jac. Kok, Vaderlandach woordenboek enz. Amst, 1785-94, D. I, 
blz. 340-341. 

Woordenboek der samenleving, enz. Amst., 1836-61. 

Biographie universelle, ou Dictionnaire de tous les hommes qui se 
sont fait remarquer par leurs écrite, leurs actions, leurs talents, leurs 
verlus ou leure crimes. Brux., 1843-47. 

Biographisch woordenboek door A.J. VAN DER AA, VAN HARDERWIJK 
en ScHoreL. Haarl., 1852-78. 

Geïllustreerde Encyclopaedie, onder hoofdredactie van A. WINKLER 
Pairs. Amst, 1869 sqq. 

Beknopt biographisch handwoordenboek van Nederland, behelzende 
de levensbeschrijvingen van vele personen, die zich in Nederland hebben 
bekend gemaakt, door J.C, KoBus en W, pe Rrvacovar. Zutph., 
185461, == Anstorn, 1, 0, p. 144 note 1, 








860 


Beaucourt de Noortvelde est le premier qui 
entreprit une véritable défense du franciscain 
outragé et vengea sa mémoire des atroces calomnies 
de van Meteren au sujet des dévotaires (!). 

F. V. Goethals, quoique moins bien disposé à 
l'égard de Église catholique, donne sur le Fr. 
Corneille une notice biographique, que M. Arnold 
regarde comme Ìa plus sérieuse de toutes. Malgré 
gon ton parfois un peu railleur à lendroit des 
moines, l'auteur voit en Broeder Cornelis un homme 
savant, versé dans la théologie et la connaissance 
des langues sacrées, un prédicateur d'une éloquence ° 
bizarre à nos yeux mals puissante sur les masses, un 
défenseur zélé de la foi, calomnié par ses ennemis (®). 


(!) Tableau fidèle dea troubles etc. Mons, 1845, pp. 59-85. Lies 
notices sur le Fr. Corneille données par Sweertius, Valère André, 
Sanderus et Foppens, sont basées sur les épitapkes et lextrait du 
nêcrologium, mais ne constituent pas une apologie ew professo. 

(2) Lectures relatives à U'histoire dee sciences eto. Brux., 1838, T. 4, 
pp. 65-76. 

L’auteur blâme Goltzius d'avoir imprimé le pamphlet Historie 
[en sermoenen) eto., qu'il nomme une infâme publication, parodiant 
les véritables prédications du Fr. Corneille. Quant à l'histoire des 
dévotaires, il s’exprime ainsi: “ La raison ne permet point d'’ajouter 
foi à de pareilles absurditég, mais je les rejette seulement à cause 
de leur improbabilité; car tous les historiens de la réforme sont 
unanimes pour accuser oe franciscain. 

« S'ils'est rendu coupable de quelques-unes de ces fredaines 
monacaleg les moins répréhensibles, il est à présumer que ses 
frères et se8 supérieurs n'en furent pas informés. Sa méthode de 
prêcher, conforme à l'éloquence de son époque, ne pouvait déplaire 
dans son couvent; on sait qu'elle était du goût des moines, ga 
violence semblait partir d’un bon coeur, voué au service de Dieu, ” 
— Goethals ne pouvait cependant pas ignorer que tous oes 
éerivains de la réforme n'ont fait que copier 1’ Historie [en sermoe- 
nen) etc. et le récit de van Meteren ; il devait tenir compte aussi 
des éorits de Sweertius, Valère André, Sanderus et Foppens. 





861 


Il ferme volontairement les yeux à la lumière de 
la vérité, dit M. Arnold, celüi qui après avoir lu la 
biographie du religieux par Goethals,ajoute encore 
foi au libelle Historie [en sermoenen) van Broeder 
Cornelis et à B. van Meteren. 

Néanmoins, vingt ans plus tard, en 1858, H. Q. 
Janssen (Ì) admet, sans réserve aucune, les témoi- 
gnages du pamphlétaire anonyme et de Y'historien 
anversois, et fait de C. Adriaensz. le portrait le 
plus hideux. Lécrivain ouvre son récit par une 
exclamation, qui prélude dignement à l'acte d'accu- 
sation dressé contre sa victime: Frère Corneille, 
s'écrie-t-il, qui ne le connaît, ce fils du tonnerre, 
tour à tour et trente ans durant, redouté et honni, 
méprisé et loué; lui, dont maint volume d'histoire 
nationale esquisse, depuis plus de deux sìècles, la 
lugubre silhouette; lui, dont la tradition transmet 
d'une génération à l'autre le triste souvenir, et que 
ses sermons — impérissable monument de sa honte, 
— font encore revivre à nos yeux. Frère Corneille : 
que de fois ce nom a retenti à nos oreilles, presque 
toujours comme un nom sinistre! Li'idée seule de 
faire sur cet homme des recherches nouvelles, 
met notre esprit à la torture; entendre parler de 
lui, nous donne le frigson, et nous nous résignons 
d’avance à plonger les regards dans un abîme de 
ténèbres et d'immondices. 


(!) De kerkhervorming te Brugge, enz., Rotterdam, 1856, D. I, 
bla. 106-116. Cfr. Bijdragen tot de oudheidkunde en geechtedenis, 
dezonderheid van Zeeuwsch-Vlaanderen, 4° D., Middelburg 1859, 
bla. 286: ‘““ Aneodote, betrekkelijk broeder Cornelis”, article 
signé H. Q. J(ANssEN ). 


362 


Puis, sans mentionner la notice de Goethals, 
et sans faire un usage loyal des épitaphes et 
de lextrait du Necrologium, l'auteur ne trouve 
pas d'expressions assez fortes pour flétrir ce moine 
impudique, ce prédicateur ordurier et scandaleux, 
ce fanatique avide du sang des réformés (1). Enfin, 


() “Broeder CoRNELIs, wie kent hem niet,dien zoon des donders, 
eens dertig jaren lang tegelijk gevreesd en bespot, verfoeid en 
geprezen, in menig vaderlandsch geschiedboek sinds ruim twee 
eeuwen afgeschetst, door de overlevering van het ééne geslacht 
verlevendigd tot het andere en nog als voor onze oogen afgemaald 
in zijn’ sermoenen-bundel, het ijzeren gedenkteeken zijner 
schande P Broeder Corners : zóó vaak reeds kwam die naam ons 
voor — ach, doorgaans als een kwade naam — dat wij niet alleen 
met gespannen geest naar uitvoeriger’ berigten vragen, maar dat 
wij, huiverig geworden waar wij van hem hoorden, voorbereid zijn 
om te staren in een’ zwarten poel van duisternis en onreinheid.” 


«Twee zaken waren er, waarom broeder CoBNeuis by tijd- 
genoot en nakomelingschap zoo berucht is geworden; zijne 
geheime discipline en zijn schandelijk prediken. Het eerste 
beschrijven wij niet: de kieschheid beveelt ons het diepste 
stilzwijgen… ” — L’auteur parle ensuite de la dócouverte 
de l'ordre des dévotaires, de l'enquête ordonnée par le magistrat, 
du dossier volumineux et de l’éloigne ment du Fr. Corneille à Y pres. 
— “* Zijne beruchte gsermoenen, door een’ waarheidlievende uit 
zijnen mond opgeteekend en vervolgens in ’t licht gegeven, laten 
al wat men ooit van trivialiteit, menschelijke drift en onreinheid 
op den heiligen kansel gehoord heeft verre achter zich. Zij behelzen 
de grootste schandtaal, waarmede ooit de leerstoel van waerheid en 
Godsvrucht i& ontwijd geworden. Geen straatwoord zóó laag, geen 
scheldnaam zôô afgrijsselijk, die er niet in gevonden wordt; geen’ 
enkele bladzij onbezoedeld, ja, niet overvloeijende van wat 
gruwelijk is en onwelluidend. Inderdaad, waar zóó booze en ón- 
reine geest alom zich uitlaat, dâár moet men zich geweld aandoen 
om hem het oor te leenen: wie afdaalt in dezen poel gaat een’ 
pestwalm inademen……… Maer boven alles is het te verwonderen dat 
de geestelijkheid, de goede Roomsch-katholiken, hunne saek met 
een zoo beestelijk instrument hebben willen bevorderen en 
sulk een’ schandelijk persoon gebruiken. ” 





863 


après avoir dans une note, prétendu réfuter Beau- 
court de Noortvelde, il termine son réquisitoire 
par cette triomphante péroraison: Le voilà donc 
qui se dresse devant nous, ce champion-géant ! 
Il pose, ici comme un Goliath, plein d’arrogance 
et de présomption, muni du glaive, de la lance 
et du bouclier, combattant avec des armes char- 
nelles, alors qu’il devrait combattre au nom du 
Seigneur des armées. Là, comme un Caïphe, chez 
qui le but justifie les moyens, rusé et sans conscience, 
ne s'inquiétant pas de la mort de l'innocent, dès 
qu'il s'agit du triomphe de ses intérêts personnels. 
Ailleurs, comme un Saul, respirant menaces et 
carnage, mais jamais, hélas, transformé en Paul. 
L'insensé! Il prétendait enrayer le mouvement 
de son siècle en lui langant les anathèmes de 
Semei, et étouffer la réforme dans le feu et le sang; 
mais il ne savait pas combien est vraie, même en- 
deca de la tombe, cette parole du Seigneur, que 
nulle âme humaine ne saurait subir la mort (*)! 


(1) “ Zóô staat hij dhâr, de reus onder de kampioenen ! Hier als 
een GOLIATH, pogohend, laatdunkend en honend te voorschijn 
tredende, voorzien met een zwaard en met een’ spies en met een 
schild, strijdende met vleesschelijke wapenen waar bij had moeten 
strijden in den naam van den Heer der heirscharen. Ginds als 
een CAJAPHAS, voor wien het doel de middelen heiligde, sluw en 
gewetenloos, zich niet bekommerende over den dood der onschuld 
waar het den triomf gold van eigenbelang. Elders als een SAuLus, 
moord en dreiging blazeride, helaas, nooit een PauLus geworden | 
Die verblinde! Hij waande den tijdgeest te bezweren door den 
Simeï’svloek, te verbrijzelen door brandstapels en moordscha- 
votten; en hij wist niet, hoe waarachtig het woord des Heeren is, 
ook aan deze zijde des grafs, dat geen’ menschenzielen gedood 
kunnen worden!’ 


864 


L'audace n'est pas toujours un élément de viotaire; 
M. Arnold l'a prouvéà Janssen dans son remarquable 
travail, si heureusement intitulé : Un plaidoyer (Ken 
pleidoot), ef dont nous avons déjà parlé. Le savant 
bibliographe y démasque les ruses de guerre 
employées par les ennemis de Broeder Oornelis et 
gurtout par l'auteur de la Kerkhervorming te Brugge; 
i y dévoile avec sûreté leurs artifioea et relève 
avee précision les erreurs, parfois volontaires, les 
réticences calculées, le manque de critique et de 
loyauté de tous oes écrivains, qu'il dénonce pour 
fa plupart comme copistes ou plagiaires (!). 

De longues et pónibles recherches, d’heureuses 
découvertes ont accumulé entre nos mains de 


(!) On se demande comment M. P. Alberdingk-Thijw, après - 
avoir lu le Pleidooi, ait pu éorire sur le Fr. Corneille une notice 
biographique, où nous relevons les aasertions suivantes: “ Elevé 
à la prêtrise, Adriaensz. devint successeur de Cassander (!) dans une 
chaire publique à Bruges. En 1563, il fut envoyé par son 
gerdien à Y pres, à cause de aa singulière discipline de pénitenoe (!) 
et de la manière dont il reprochait au magistrat la tolérance de 
celui-ci à l'égard des hérétiques. De retour à Bruges, en 1566, il y 
attaqua, d'un ton acerbe et souvent cynique (!), les nouveautés 
religieuses et leurs auteurs. (1568 schickte shu sein Guardian nach 
Ypern. Veranlussang zu dieser Verüuderung war die Art und Weise, 
wis er dem Brügger Magistrat aeime Milde gegen die ketsser vorwarf, 
sowio seine eigenthümbicke Buesdisciplin. Im J. 1566 kehrte er zach 
Brügge zuriiok und äusserle sich in seinen Pradigten auf schr derbe, 
ja oft oynische Weise gegen die kirohlichen Neuerungen uud deren 
Urheber). Il dóclama en 1572 contre le dizième denier imposé par 
le duo d'Albe (!), et hblâma hantement l'sttitude des évôques 
devant la révolation. Il éorivit plusieurs ouvrages asoótigues 
flamands, p. ex. (l) “ aur les sept saerementa ” et “ sur lea dix 
oommandements "; cependant oen Écrits ne ront pas parvenus 
jusqu'à nous (!). Il en est autrement de ges sermons, qui 
out servi de souroes principales à ses biographes. La première 





365 


nómbreux documents, inédits et contemporains du 
Fr. Corneille; négliger de les mettre au jour, c'eût 
été manquer à un devoir de charité et de justice. 
Sincèrentent econvaincu de l'innoecenee du digne 
religieux, nous ne pouvions nous abstenir d'appuyer 
les conclusions de M. Arnold, ni laisser peser sur 
notte professeur de la fondation Cuba, des aetusa- 
tions troìs fois séeulaires sans doute, mais de tout 
point imméritées (*). 


édition de la première partie fut imprimée à Bruges en 1566 (!) par 
un de ses ennemis, le libraire de Neuter (!) (*), pendant le sájour 
de Corneille à Ypres. Lia seconde partie fut publiée en 1569 (1) 
par H. Goltzius, avec la coopération de J. Castelius. L'éditeur y 
ajouta une biographie injurieuse du Fr. Corneille, où il racoute que 
oelui-ci donnait à ses pónitantes d’Y pres (!) la discipline d'une fagon 
peu correcte et établit l'ordre des dévotaires, obligées au silence 
par serment. La chose, dit-on, aurnit été dóécouverte seulement 
douze &ns plus tard. ll est impossible de déterminer ce qu'il y a de 
vrai dans ces assertions”. — Wetsan und WeLrm'e Kirchenlostcon, 
Freiburg 1882, v° ADRIAENsZ. Oorneliut, article signó: P. Alber- 
dingk-Thijm. 

() Ur courant de gincérité se manifeste ches les historiens de 
Ja réforme. Dans son gigantesque travail: Geschichte dee deutschen 
Volkes (Freiburg 1888, Seohster Band, p. 220), M. Janssen enregistre 
la réhabilitation de Thomas Murner, le fameux moine franoiscain 
da 16° siècle, tant oalomnió autrefois. Cette réhabilitation esb due à 
des auteurs protestants. Nous osons espérer que cette impartialité 
trouvera des imitateurs chez leurs coreligionaires à l'endroit de 
Broeder Cornelis. 

Ad moment où nous écrivons cés lignes, les journaux se font 
’écho des succès oratoires remportés à Rome, dans l'église de 
San-Carlo, pâr un humble religienx, Frá Agostino da Montefeltro, 

(*) L'aúteur de cette notice aura sans doute été induit en erreur tonchant cè 
pseudonyme, par la lecture d'une lettre qui précòde la seconde partie des Sermoenen ot 
cúrnmence ainsi: Justus van VERDENDARL wenschet zijnen ligfsten vrient Ouniertann 
Navzsa, geluck ende salicheyt. Christiaen trouhertige orient, mij en is niet vergheten uwe 
sorcheuldichheyt, die ghy altijdt gehadt hebt, twijle dat ghy zijt bezich gheweest int verga- 
deren by geschrifte, die sonderlinczte propoosten ende sententien der Sermoonen van onsen 
eeor versaerden B. Cornelie ens’ 


866 


Ce considérant nous servira d'excuse auprès de 
ceux de nos lecteurs, qui trouveraient trop longue 
Fétude consacrée au célèbre prédicateur. 

Reprenons maintenant la série des titulaires du 
cours public de théologie. | 





lui aussi, comme Fr. Corneille, enfant de la grande famille fran- 
cigcaine, et qui après avoir électrisé Pise, Florence et Turin, 
enchaîne en ce moment les masseg au pied de sa chaire dans la ville 
éternelle. Fidèles à leur tactique, ler advergaires de la religion, 
impuissants à arrêter le mouvement populaire, n'ont trouvé rien 
de mieux que de salir la robe du saint religieux et de répandre, 
par les mille voix de la presse, une ignoble parodie de ses éloquen- 
tes próédications. Voici ce que nous lisons dans le Bien publie 
de Gand: 

* On écrit de Rome, 11 Mars (1889) : 

La prédication du Père franciscain Agostino da Montefeltro 
produit un effet vraiment prodigieux sur l'immenso auditoire, qui 
ge presse chaque jour à Saint-Charles au Corso. On voit en queïque 
sorte passer & travers cette foule des frómissements d'enthousiasme, 
et, s'ils ne peuvent se manifester librement à l'intérieur de l'église, 
ils éclatent au dehors en applaudissemente, en ovations magnifi- 
ques, chaque fois que Padre Agostino sort de Saint-Charles pour 
rentrer à son couvent. 

Dans son sermon de ce matin il a montré, dans la notion que 
nous donne de Dieu l'Eglise catholique, la substance et la base de 
toute science, de toute morale, de toute justice et la condam nation 
triomphante des erreurs et des aberrations de l'impiété. Quelque 
sublime qu’il ait été par la doetrine, il a su, et c'est son caractère 
distinctif, accoommoder sa parole à l'intelligence du peuple et mettre 
à la portée de tons les esprits les plus bautes vórités de la 
philosophie et de la théologie. Son éloquence, vraiment apostolique, 
est sans apprêts et sans fard; on sent qu’il parle du coeur et il 
gait faire passer sa persuasion la plus intime dans l'âme de 
Yauditeur; son élocution simple, spontanée, est rapide et 
pénétrante. 

Lie merveilleux succès de l’humble religieux ne pouvait manquer 
d'exciter le dépit de nos libérâtres. Un de leurs principaux organes, 
la Riforma, l'a menacé des rigueurs de la police “ s'il ne modère 
pas la fougue de sa parole ”. D'autres le tournent en ridicule et 
publient de goi-disant comptes rendus de ses sermons, où ils lui 
font avancer les plus grosses hérésies. 


867 


Josse Walrave (!), né à Audenarde, étudia la phi- JosseWalrave 
losophie àla pédagogie du Faucon à Louvain et fut 
proclamé 9° dans la même promotion où son prédé- 
cesseur, Corneille Brouwer, avait été 4° (”). 


En 1551, Walrave prit congé pour aller résider 
dans sa ville natale (°). 


Hier encore, on débitait publiquement des comptes rendus de oe 
‘genre, ainsi que des pamphlets odieux contre l’éminent prédicateur. 
Mais le peuple romain en fait bonne justice par son dédain pour 
les ingulteurs et par son enthousiasme pour illustre franciscain. ” 
— N° du 14 Mars 1889. 
& On télégraphie à l'Observateur frangars: | 
Rome, 27 Avril (1889). 

Son Eminence le cardinal-vicaire a mandé hier le Père Agostino 
et lui a infligé une remontrance au sujet de la bénédiction qu'il 
avait cru devoir accorder au roi d'Italie et à ses ministres, 

Le Père Agostino publiera une rétractation des paroles impru- 
dentes qui lui furent inspirées par un zèòle irréfiéchi. (Sous 
réserves).”’ — N° du 29 Avril 1889, 

‘“< La fable mise en circulation par la Tribuna, d'une prétendue 
admonestation que le P. Agostino aurait regue du cardinal-vicaire 
a été formellement démentie par l'Oesservatore romano, déclarant 
que le P. Agostino n'est pas même allé au Vicsriat le jour où la 
Triluna affirmait qu'il y avait regu une réprimande.” — N° du 
2 Mai 1889. 

On ecroirait lire une page de l'histoire du Frère Corneille ; 
tant il est vrai qu'à toutes les époques, aujourd'hui comme il ya 
trois sidcles, la haine et la mauvaise foi ont recours aux mÔmes 
armes, le mensonge et la calomnie. Le corypbée de l'impiété 
moderne |’a dit et répété à satiété: ““ Mentez, mentez toujours, il 
en restera quelque chose.” Le précepte du mattre est fidèlement 
gardé. 

(!) Voir plus haut, p. 279. 

(2) Analectee, etc, T. II, p. 323. 

(2) “ Betaelt Mr Joos Walrave, ter cause vande lesse die hy 
gholesen heift inde Godtheit up dhalle der stede van Brugghe, 
voor zyn pensioen, den tyt van drie maenden, verschenen den 
27 Julio 1551, V ® gr. 

Ende hier nam hy oorlof ende vertrack naer Ondenaerde daer hy 
ghynck resideren zo hy zeyde. * — Rekeninghe van der executie etc. 


Corneille 
Coorde. 


368 


Soit que le désir de rentrer dans sa patrie ne fût 
qu'un prétexte allégué auprès des administrateurs 
de la fondation Cuba, soit qu'une nouvelle position 
lui fût offerte après son départ de Bruges, toujours 
est-il que l'ancien élève de l'Université enseigna 
la philosophie pendant les années académiques 
1551-52 et 1552.53, dans l'établissement où 1l 
avait fait ses études (!). 


I fut remplacé, le 20 Juillet de l'année 1551, 
par Corneille Coorde (°), natif de Roulers, ancien 
élève de la pédagogie du Château à Louvain, 7° de 
la première ligne dans le concours de la Faculté 
des arts en 1548 (°), et bachelier formé en théologie. 

Après l'ouverture de son cours aux halles, le 
nouveau lecteur fut regu par le magistrat au local 


(!) Analecten, etc, T. XXT, p. 119. 


(}) “ Actum den 20 in Hoymaend 1551. Up tvertooch van Mr Joos 
de Damhoudere, greffier vande vierschare deser stede, als substi- 
tuut van M' Cornelis van Baesdorp, raed phisieyn ende medecyn 
der C. M., executeur… vande testamente van wylen Br. J. de 
Witte... die vertoochde den college… dat M: Joos van Watlrave.. 
laetst bediendere vande lesse in- der Godtheyt, oorlof ghenomen 
hadde ende vertrecken wilde, ende Mr Cornelis Coorde van Rous- 
gelaere Pb"* die hem voor nut ende ydoine by lieden van eere ende 
verstande gherecommandeert vras, vulveirdich was ’t last ende 
condicie vande zelver lesse te accepterene, was by den college 
gheresolveert ende gheaccordeert dat de voorn. M" Corn. sccepte- 
rende de voors. lesse, gauderen zal van zulcke proffycten ende 
emolumenten van vryheden van zekere quote van assise ende van 
eenen keerlakene sjaers, ghelyck de voorn. M" Joos zynen voor- 
zate ghegaudeert hadde, consenterende dat inde stede vande drie 
hueren naer den noene dat men de voorn. lesse gheploghen heeft 
te doene, de zelve lesse van nu voordaen ghedaen zul meughen 
worden ten vier hueren in den zomere ende ten drien ende alf in 
den wintere.”’ — Secrete resolutiebouc, 20 Jul. 1551. 

(®) Analectes etc, T. III, p. 10. 








869 


de l' Ane aveugle, où on lui offrit, à titre de bienvenue 
et d'après les usages recus, six canettes de vin du 
Rhin (}). 

__La pension allouée à ses pródécesseurs était de 
20 livres de gros; celle de Coorde et de ses suc» 
cesseurs fut portée à 22 livres (®). En outre, à partir 
de 1547-48, les professeurs de théologie, mis sur le 
même pied que ceux des belles-lettres, recevaient 
de la ville, sous le nom des keirlaken, une gratifi- 
cation annuelle de 2 livres de gros (®). Tous jouis- 
saient, dans une certaine mesure, de l'immunité deg 
impôts sur la bierre et le vin (*). 

Parmi les joyaux délaissés par Jean de Witte, se 5e 
trouvait un anneau d'or aux armes de l'évêque. 
En 1554, C. van Baesdorp, du consentement du 
magistrat, en fit cadeau à& Corneille Coorde (%). 


(1) “Betaelt inden blinden ezele den derden dach van Septembre 
XV: LI, over sesse cannen rynschen wyn, die gheschoncken waren 
meestre Cornelis van Coorde bacalaureus formatus, lesere in theo- 
logie, naer costume, tzynen wellecomme, naer dat hy beghonnen 
hadde te lesene up dhalle, de somme van elleven scellingen grooten 
zyn. XI s. gr.” — III ende IIII rekeninghen, etc, 

(”) Walrave regoit toujours 20 b gr. — “ Coorde, anghenomen 
inde stede van M* Joos Walrave te XXII B gr. tsjaers.”— III ende 
NIT rekeninghen, eto. 

(3) CC. de la ville, passim. Le keirlaken se donnait parfois en 
pature. Par exemple, nous lisons dans le compte de 1552-53, fol. 48: 
‘“ Midts dat hy [J. Cruucke] dese jaerschaere by ordonnancie 
vanden collegie ghehadt heeft een keirlaken in specie (6 ellen 
dobbcle leeuwen} ghelyk dander pensionnarissen, hier te deser 
vaert……. niet. ” — Cír. U. 1568-59, fol. 54”e, 

()Voir l'acte de nomination de Cruckius, p. 265,note 1;de Corneille 
de Dordrecht, p. 277, note 1; de Corneille Coorde, p. 368, note 2. 
(*) Histoire du Séminaire de Bruges, T. II, Documents, p. 63. 


24 


870 


Après la mort de Jérôme Clichtove (5 Nov. 1555), 
Coorde lui succéda en qualité de grand-coûtre 
(major custos) de Saint-Donatien, tout en conti- 
nuant ses fonctions de professeur, jusqu'en Octobre 
1557, date de sa mort (!). 

Sous son professorat, les legong ge donnaient 
l'après-midi, à trois heures et demie en hiver, et à 
quatre heures en été. | ‘ 

En Décembre de l'année 1557, Guillaume de 


Poitiers, évêque nommé de Térouane, ancien cha- 


noine de Saint-Donatien, écrivit au magistrat de 
Bruges pour lui présenter un candidat. Mais le 
collège s'excusa et préféra s'adresser à Pierre 
Valcke (Falco) (®), brugeois, ancien élève de l'école 
Bogaerde, proclamé primus dans la promotion de 
1550 de la Faculté des arts. 


(?) Acta cap. 18 Oct. 1557. 


(2) “ Up tverzouck by briefven an tcollege ghedaen by myn heer 
Poictiers ghecoren biscop van Terenburch omme ghepromoveert 
thebben eenen N.…. totter lesse vander halle deser stede in de 
godtheyt… Daer dat tcollege heeft verstaen te Leuven te weunen 
eenen M. Petrus Falco kindt vande Bogaerde scole, die zoude 
eerste gheweest hebben vande promotie èn artibus te Leuven, es 
gheresolveert te scryven an hem te Leuven of hy zoude willen 
dese lesse begheeren…”” — Secrete resolutiebvuc, 7 Dec. 1557. 

Pierre Valcke est le premier brugeois qui obtint les honneurs du 
primus. Il avait étudié à la pódagogie du Lis. 

En 1782, lors de la réception solennelle de Frangois Beyts, autre 
brugeois, proclamé premier en philosophie, le P. Dominique De 
Foordt, prieur des Ermites de Suint-Augustin, rappela le souvenir 
du triomphe de Valcke dans ces chronogrammes: 

PetrUs VaLCke brUgenslIs ÉUIt prIMUs 
CUnCtIs VotIs In LILIo LoVanlensí. 
: geLeerDen Man. 
— P. Lrpoux, Levens der vermaerde mannen der stad Brugge. (Msc. 
appartenant à M" De Wolf, pharmacien à Bruges). 





871 


Ces démerches n’'aboutirent pas, car, le 16 Sep- 
tembre 1558, le magistrat demanda à Pierre de 
Corte, alors professeur à I Université de Louvain, 
des renseignements sur Ghislain de Vroede. 


Sur l'avis favorable et la recommandation de ahislain 
P. de Corte, G. de Vroede fut agréé. Lue 5 Octobre f° Vroede. 
suivant, le nouveau professeur se présenta devant 
le collège et accepta la charge qui lui était 
offerte (1). 

Ghislain de Vroede, de Dunkerque, fut troisième 
au concours général de Louvain en 1542, professa 
la philosophie au collège du Lis de 1545 à 1549, 
et devint licencié en théologie (*). 


Malheureusement, il ne fit que passer à Bruges. 
Dès le 23 Janvier 1559, le. nonveau professeur 
demanda d'être délié de ses engagements, pour aller 
prendre possession de la cure du grand béguinage 
à Bruxelles, dont le prince d'Orange venait de le 


(1) “ Gheordonneert te scryven an Curtius te Leuven omme 
informatie thebben ende zyn adrys van M" Gislenus de Vroede 
bacchalaureus Theologie omme de lessen thebben in theologie 
hier te Brugghe. ” 

‘“ Gheresolveert te scryven an myn heere Petrus Curtius hoe 
dat myn heeren M" Gislenus de Vroede by zyn recommandatie 
hebben ghepromoveert endo gheadmetteert totte professie vande 
lesse in theologie, biddende hem dat hy den voors. M' Gislenus 
danof advertere. ** 

“Up tverzouck van myn voors. heer Curtius es gheresolveert 
te seryven een antwoorde an myn heer Poictiers ghecoren biscop 
van Terenburch voor exense van dat zyn gherecommandeerde 
niet en es ghepromoveert totte lesse van theologie. ” — Secrete 
resolutiebouc, 16, 20, 24 Sept. 1558 Cfr. 5 Oet. 1558. 

(*) Analectes, etc, T. ILL, p. 5; T. XX, p. 866. 


Robert 
Claeyssone. 


372 


pourvoir (!). En 1562, il devint curé de la paroisse 
de Notre-Dame de la Chapelle. Nommé suffragant 
de larchevêque-cardinal de Granvelle en 1569, il 
fut sacré à Sainte-Gudule, sous le titre d’évêque 
de Sélivrée (Salubria) d. p. t., le 23 Avril 1570 (®). 

Après le départ de G. de Vroede, la chaire de 
théologie demeura vacante pendant plus d'un an. 

Le 13 Novembre 1559, le magistrat éorivit à 
C. van Baesdorp, alors absent de Bruges, pour 
le prier de faire connaître son candidat, et, le 25 
Mars 1560, Francois vande Woestyne se chargea, 
au nom du collège, de faire des avances auprès de 
Robert Claeyssone, récemment rentré de France, où 
il s’était rendu célèbre par ses prédications. 


Ce choix ayant recul’approbation de C, van Baes- 
dorp, le magistrat s’empressa de nommer Claeyssone 
(5 Juillet 1560) et résolut de lui offrir, à gon entrée 
en fonctions, douze canettes de vin (®). 


(1) “ 23 Jan. 1569 (n. s.). Den lesere vande halle in theologie 
heeft verzocht ontsleghen te zyne omme dat den prinsche van 
Oraiguen hem heeft voorsien van eene scoone cure, twelcke hem 
es gheconsenteert. (Ghenaempt Gislenus de Vroe). ” — Secrete 
resolutiebouc, 23 Jan. 1559 (n. s.). 

(2) Analectss, etc, T. III, p. 5; P. Crarssens, Histoire des arche- 
vógues de Malines. Louvain 1881, T. I, p. 171. 

(*) ““ Ghelast omme tvaceren vande lesse in theologie up de 
halle te scryven omme eenen lesere myn heere den dooteur in 
medecyn Baesdorp. * 

“Up de provisie van noode wesende omme te voorsiene de lesse 
in der godtheyt van een gheleerden man, gheresolveert dat men 
verneme by missive an M' Robrecht Claeysseune of hy de lesse 
zoude willen anveèrden, hem de zelve presenteerende. Danof last 
ghenomen heeft M" Franeoys vande Woestyne. ” 

‘“< Ghehoort trapport van Philips van Belle rapporteerende dat 
M' C. Baesdorp van adryse was te confererene Mr Robrecht 

















873 


Bien que Robert fût le fils de Jean Claeyssone, 
exécuteur testamentaire de J.de Witte, on ne peut 
accuser le magistrat d'acception de personne. 

Robert Claeyssone était vraiment l'homme savant 
qu'on cherchait. Né à Bruges d'une famille tròg- 
considérée, il étudia la philosophie à Louvain,comme 
élèvo de la pédagogie du Château, où il obtint la 
6° place au concours de la Faculté des arts, en 
1547 (1). Un des premiers Belges, il entra dans la 
nouvelle Compagnie de Jésus. C'est sans doute à 
cette occasion qu'en 1553 (n. s.), il résigna une 
chapellenie dont il était possesseur à Saint-Dona- 


_ tien (®). 


Envoyé par ses supérieurs dans la capitale de 
France, il y prêcha devant la reine Catherine de 
Médicis. Eustache de Bellay, évêque de Paris, se 
montrant peu favorable aux Jésuites, Robert évan- 
gélisa les villes voisines et le diocèse de Sens, en 
1554, Guillaume du Prat, évêque de Clermont, 


avait offert aux disciples de Saint-Ignace son 


hôtel à Paris, pour y établir un collège; mais l’Uni- 
versité et; le Parlement s’opposant à cette fondatien, 
le prélat protecteur de la Compagnie emmena avec 
lui en Auvergne Robert Claeyssone, dont il appré. 


Claysseune fs M" Jans, onlancx gheoommen uut Vranokryok, de 
lesse in theologie…. up de wedden daertoe gheschiet, was de zelve 
oollatie van Mr" Baesdorp by den college gheadvoueert ende goet 
ghevonden, ende gheseyt den zelven Claeysseune tsynen ancom- 
men te schynoken XII stede ‘cannen wyns. ” — Secrete rosoluêie- 
bouc, 18 Nov. 1658; 25 Marti 1559; 5 Jul, 1560, 

(!) Analectes, eto… 'T. III, p. 33. 

(°) Acta Cap.) 8 Febr. 1558 (n. 8). 


374 


ciait singulièrement l'éloquence et le savoir. C'était 
en 1555. Lie jeune jéswte y déploya un zèle si gé- 
néreux que le chapitre et les citoyens de Billom lui 
confièrent l'érection d'un collège, sous les auspices 
de l'évêque. C'est le premier établissement de ce 
genre créé en France (1556). Robert y enseignait 
probablement encore les saintes Éecritures et les 
éléments de la dialectique, lorsqu'il fut rappelé 
daus sa ville natale pour disposer de ses biens (!). 

Le prévôt de Saint-Donatien eût vivement désiré 
que le nouveau professeur donnât ses legons au 
réfectoire du chapitre. C. van Baesdorp avait déjà 
consenti à satisfaire à ces voeux, mais, sur les 
instances du magistrat, 1l décida que le cours serait 


continué aux halles (®). 


(1) ORLaNDINUS, Hietoriae Societatis Jesu pare prima, sive Ignatius. 
Antverpiee, 1620, pp. 242, 340, 377, 403; Derrrace, Notice histo- 
rique sur l'ancien collège des Jésuites à Bruges, p. 4. 

(?) “ Alzo Philips van Belle ter camere gheraporteert hadde dat 
Mr Cornelis van Baesdorp….. van advyse was de lesse in theologie… 
by M: Robert Claysseune te doen lesene binnen den beloke van 
S. Donaes up den reftere, uuten der halle, was gheresolveert by: 
hem te schickene twee scepenen ende voors. Belle, ende by de 
zelve van hem te doen versouckene dat, ten upziene dat de voors. 
esse tot noch toe altyt es ghedaen gheweest up de halle, dat ooc 
dezelve daer ghestelt es gheweest by hem ende wylent M Jan 
Ulaysseune zynen mede executeur nu overleden, ende omme naer- 
mals met die van S. Donaes of myn heere den proost niet te vallene 
in eenich gheschil, willende by aveuture naer zyn overlyden 
gohepenen de voors. lesse verstellen anderwarf up de halle, Baes- 
dorp believen zoude de lesse up de halle te laten continueren. 
Ende was daertoe ghecommitteert Mr Francoys vander Woestyne 
ende Pieter Anchemaat schepenen, de weloke ende de voors. Belle 
Stappans by den voors. Baesdorp ghegaen zynde en vandaer 
wederkeerende rapporteerden dal… Baesdorp… dat ghedaen hadde 
ter begheerte van myn heere den proost, ende dat, ter begheerte 








875 


L'enseignement de la théologie reprit le 16 
Juillet 1560. Mais ce travail ne suffisait pas au 
zèle ardent du religieux. Bien souvent il fit enten- 
dre sa parole éloquente dans la cathédrale de 
Saint-Donatien (). 

Pour le malheur de la ville, Robert Claeyssone ne 
séjourna pas longtemps, pour lors, à Bruges. Avant 
le mois de Mai de année 1561 (°), sa présence fut 
réclamée à Rome et la chaire de théologie resta 
vacante jusqu'en Octobre 1562, époque à laquelle 
le magistrat la conféra à Antoine Gaespoel. 

Antoine Gaespoel, de Louvain, fit ses études Antoine 
dans sa ville natale. Élève de la pédagogie du aeepoel 
Faucon, il obtint la 7° place in prima linea au 
concours de la Faculté des arts, en 1558; plus tard, 
il devint licencié en théologie (°). 

L'évèque Pierre de Corte avait connu Gaespoel 
à Louvain. Bmpêché, par son grand Âge, de prêcher 
lui-même aussi souvent qu'il 'eût voulu, le prélat 
manda son ami à Bruges, en fit son hôte et son 
commensal, et le prit pour un de ses aides dans le 


van myn heeren vander wet ende omme de voors. consideratien 
by hemlieden vertoocht, hy van advyse was hemlieden te ghelie- 
vene, ende de lesse up de halle dezer stede noch te doen conti- 
nueren. * — Seorete resolutiebouc, 10 Jul. 1560. 

(!) Voir plus haut, p. 274, note 4. 

“& De lesse in H. godtheyt heeft gevachiert tot den 16 dach 
van Hoymaent (15)60, dat Mr" Robert Clayssenne die heeft 
begonst. ” — O0. de la ville, 1559-60, fol. 55. 


(>) “* Midts dat hy (R. Claysseune] niet en las tot Heilig Bloet- 
daghe… niet.” — 0, de la ville, 1560-61, fol. 58, 


(?) Analeotes, etc, T. III, p. 361. 











876 


ministère de la prédication (1). Ce choix était exeel- 
lent; il procura aux fidèles de Bruges la faveur 
d’entendre un orateur zélé et éloquent (°). 

Sous le professorat d’ Antoine Gaespoel, les lecons 
de théologie, données d’abord paraît-il au réfectoire 
de Saint-Donatien, furent de nouveau transférées 
aux halles de la ville (®). 


(5) “ D. Antonio, phallarum hujus civitatis publico professoriì 
R=! Brugensis domestico et familiari id supplicantí, DD. in gratiam 
dicti R*!, ad instar sui capellani habitum ecalesie concesgerunt 
usque ad revocationem. * — Acta cap. 5 April. 1563 (n. s.). 

Voir la lettre de P. de Corte à Marguerite, duchesse de Parme et 
gouvernante des Pays-Bas, dans)’ Appendice du chapitre V dece livre. 


(®) Forraxs, Oompendium eto., p. 171: “ Boclesiastes faoundis- . 


simus.” 
@) “ Exposito per D. Barradotium ad inatantiam R°! Brugensia 


quod idem D. R*** quotidianas leotiones theologicas nuper in 
phallis institutas et fieri solitas, haud ita dadum intermissas, huo 
ad loeum refectoriü tranaferri et fieri affectaret et proeuraret, 
petens quatenus DD. in hoe condescendere et locum snnuere 
dignarentur, Super quo habita deliberatione, DD. certa conside- 
ratione moti, ex gratia per modum probe, dictas leetiones hic in 
refeotorio fieri posse consenserunt usque ad revoaationem. Salro 
quod ulterius nihil fiat aut innovetur gine consensu oapituli, qui- 
busdam tamen ex DD. omnes DD, ad huno actum esse vocando8 
gustinentibus, quia gratiogum. *’ 

«« Relecta semel atque iterum acta per quam ad R*' Brugensis 
instantiam leotiones theologicas in phailis hie ad refectorium 
transferri et fieri posse concedebatur, tandem DD. in illius oon= 
tentis remanserunt, salvo quod soamna vel pulpita non apponantur 
et nihil fiat, vel innovetur sine consensu capituli” — Aeta cap. 13, 
15 Oct. 1562. 

“ Up tvertooch van myn heere de Burohmeestere de Bapsdorp 


als d'administratie hebbende by testamente van den bisoop van - 


Cuba fondateur vande lesse up de halle, hoe dat hy begheerde 
thebben tadvys van den collegie omme te consenteren den lesere 
in de halle van theologie te preken desen vastene tonser Vrauwen 
ter verzoucke vande kerokmeesters aldaer, heeft toollegie ghead- 
viseert dat, ghemerokt dat de halle te repareren es, so dat men de 





- 877 


Le 10 Septembre 1567, 'évêque, en vertu des 
pouvoirs que lui accordait la bulle de Pie IV *“ He 
énjuneto Nobis” eonféra à notre professeur la 22° 
prébende de ga cathédrale, devenue vacante par 
la mort du chanoine Jean Reffect et encore réservée 
aux gradués. Gaespoel était aussi suppléant du curé 
de Saint-Jacques (!), Francois Thibaut, qui avait 
été suspendu de ses fonctions. 

Il mourut au palais épiscopal, le 17 Octobre 1567, 
le lendemain du jour où son vénérable mattre 
avait préoédé dans la tombe (*®). 

Le 6 Novembre 1567, Guillaume Taelboom, à a» Taelboom. 
titre de parent de l'évêque de Cuba (°), sollicita 


lesse nyet en zoude kuennen doen, datmen ten dien respecte ende 
gheen andere, zoude hemlieden lesere betaelen zyn gaygen. 
Seerete resolutvebouc, 15 Nov. 1563. 

(?) Voir p. 4. — Acta cap. 10 Sept. 1567; 31 Mali 1598; Asta 
vicoriatus, sede vacante, 27 Oct. 1567. 

(5) Acta cap. 18 Oct. 1567. Il fat inhumé dans l'église de Saint- 
Donatien. L'inscription suivante consacrait sa mémoire : 


JANUA ode Vira, 


SEPULTURA 
venerab. virs D. ao M 
AKTHoNm GarsromL LOVANIENSIS 
Pb ac 9. T., L. 
el hujue oivitatie 
Bacrarum litterarum professoris, 
neenon huj. eecl. catÂ. 


eanoniet, 
qui obiit 1567, 17 Odtobrie, 

U est étrange que Gailliard, qui repróduit cette ópitaphe (Insorip- 
tions funéraires oto, S. Donat, p. 118), ait fait de Gaespoel un 
professeur au Séminaire épietopal. 

(5) Histoire du Séminaire de Bruges, T. II, Documents, p. 178, 


878 


la guccession de Gaespoel dans la chatre de 
théologie. Le magistrat consulta le Fr. Paul van 
der Coye, prieur des Dominicains, les chanoines 
Jacques de Pamele et Silvestre Pardo, licenciés en 
théologie et d'autres sur le choix à faire, et, en 
particulier, sur la capacité de Taelboom. Lie 
rapport on ne peut plus élogieux touchant le 
candidat ** versé dans les langues latine, grecque 
et hébraïque,et surtout dans la science théologique’’, 
détermina le collège à nommer Taelboom (4 Décem- 
bre 1567). Pour mieux assurer la régularité des 
cours, il fut enjoint au nouveau professeur de ne 
pas quitter la ville sans permission (}). Un chan- 
gement dans le mode de payer les honoraires, 
introdut lors de l'entrée en fonctions de Taelboom, 
semble viser le même but: on statua quele professeur 
recevrait à l'avenir un méreau de2s. gr. par lecon,‚de 
manière à toucher, au bout de l'exercice, en don- 
nant cinq legons par semaine, la somme complète 
de 22 Ib gr., allouée au titulaire (®). 

Guillaume Taelboom, né à Bruges, en 1540, était 
fils de Léonard et de Jeanne de Zoete. Envoyé à 
Louvain pour y faire ses études à la pédagogie du 
Château, il fut le 4P in prima linea de la promotion 


(!) Histoire du Séminaire de Bruges, T. II, Documents, p. 187, 
note 1. 


(*) “ Es ghearresteert de ordonautien vande lesse in theologie, te 
weten dat de lesere zal telcke lesse hebben een loot weerdich 2 s. 
gr. tot vyf lessen de weke, beloopende tot 22 Db gr. tsjaers gheordon- 
neert tot de voors. lesse. T'weloke gheven zal yemandt inde 
tresorie, zo langhe als de lesge int scepenhuus sal ghedaen worden, 
de welcke ordonnantie es in de tresorie *. — Secrete resolitieboud, 
9 Jan. 1568 (un. s.). 


379 


de 1561. Dans la suite 1l obtint sûccessivemênt les 
grades de bachelier et de licencié en théologie. 

L'évêque de Bruges l'avait pourvu de la seconde 
portion dela cure de Lisseweghe. Afin d'observer 
les conditions imposées par le magistrat, T'aelboom 
résigna son bénéfice entre les mains du vicariat, sede 
vacante, le 22 Décembre 1567, et, sur la présenta- 
tion du chapitre de Ssint-Donatien en qualité de 
patron, il fut nommé, le même jour, curé de lune des 
portions de l'église paroissiale de Sainte-Croix et 
de Sainte-Anne intra et extra Brugas (l). 

Sous son professorat les legons se donnèrent, au 
moins pendant un certain temps, à la maison 
scabinale. ou hôtel de ville (2%). 

Le lecteur exerga paisiblement ses fonctiong 
jusqu'à l'époque des troubles. 

Nous aurons plus loin (®) l'occasion de constater 

(1) “D.et Mgr. Guillelmus Taelboom, rector ij* portionis in Lisse- 
weghe, pure et libere resignavit eamdem suam portionem in mani- 
bus DD. vicariorum, supplicans ut DD. diguentur de eadem 


providere persone idonee. Quam resignationem iidem DD. admi- 
serunt. 

Eodem momento, altera portio parochialis ecalesie sanote Cruois 
et Anne extra et intra Brugas, yacans per resignationem D, Fran- 
cisci de Witte, procuratoris legitimi D.et Mg" Arnoldi Dierckens 
illias rectoris, causa permutationis de illa ad perpetuam capellaniam 
de gremio chori fundatam ad altare sancte Catharine, situm in 


“ collegiata et parochiali ecclesia sanoti Petri Lovaniensis Leodiensis 


diocesis, cum. D. et Mg*° Guillelmo Taelboom presbytero Brugensì 
S. T. B. fiende et perficiende, collata ‘fuit, ad presentationem DD. 
decani et capituli ecclesie cathedralis Brugensis litteratorie hio 
exhibitam, eidem Mgre Guillelmo et sibi presenti et acceptanti 
commissa oura animsrum parochianorum ejusdem portionis in 
forma consueta, et jure oujuslibot salvo” — Acta vioartatue, 
22 Dec. 1567. 

(®) Voir p. 378, note 3. 

(®) Au chapitre II du livre II de cette histoire. 





380 


combien fut précieuse pour la religion la présence à 
Bruges d’un théologien aussi courageux que savant. 
Bornons-nous ici à quelques détails nécessaires 
pour intelligence de cette notice (!). 
_ Taelboom combattait vigoureusement les nova- 
teurs. IÌ avait vengé publiquement contre leur chef, 
Jean Capito, l'institution du jeûne et du carême. Ne 
réussissant pas d’abord à obtenir du magistrat le 
banissement de leur adversaire, ses ennemis firent 
si bien qu’un prêtre apostat, Adrien Lopius (*), lui 
fut substitué dans la chaire de théologie. Le titulaire 
légitime s'en plaignit et obtint gain de cause, IÌ en 
profita pour faire, en présence de Capito, des autres 
ministres protestants et d'un nombreux auditoire, 
un discours apologétique de la foi romaine. Invité à 
défendre dans une controverse publique ce qu'il 
avait avancé dans son discours, il accepta le défi. 
Les deux bourgmestres, Jacques Broucqsaulx et 
Josse de Cabotere, le greffier Francois de Groote, 
le corps échevinal presqu’au complet, Liopius, Ca- 
pito et tous ses ministres, une foule de savants et 
une grande partie de la population brugeoise assis- 
têrent à la dispute scolastique (18 Mai 1580). Le 
doete professeur sortit vainqueur de la lutte, et fut 
maintenu dans sa chaire. 
Le récit de cette joute thóologique, le discours 
de Taelboom et ges thèses avec leur défense, nous 
sont conservés dans l'ouvrage suivant : 


(!) Pour cen détails, voir: Histoire du Séminavre de Bruges, T. II, 
Doouments, pp. 177-197. 

(®) Au chapitre II du livre II de cette histoire, nous donnerons 
de plus amples renseignements sur Jean Capito et Adrien Lopius. 


381 


Apologettca catholicae religionis Goruuarmr Tanr- 
BOEMII pastoris S, Ânnae et eacrarum litterarum 
apud Brugenses professoris: quibus continentur Hpi- 
stola ad Reverendiss. D, Remigvum Driutium Epis- 
copwm Brugensem, qua ezplicatur scripti oecasio 
el argwmentum: Oratio pro defensione Catholiead 
Religionis publice Brugis habita, in praesentia Mint- 
strorum sectae Calvintsticae, anno 1580. Disputatio 
de verbo Det non scripto dictam orationem subsecuta, 
contra praedictos ministrog, coram senatu et civibus 
Brugenstbus. Lovanii, apud Joannem Masium, Typ. 
jur. anno M,. D. LXXXVTIF. 

Furieux d'avoir été confondus, leg coryphées 
des calvinistes, parmi lesquels se trouvait Ferdi. 
nand Leys, ne pouvalent supporter qu'un prêtre 
qui les gênait si fort demeurât longtemps à Bruges. 
Après avoir enseigné encore pendant six mois, et 
expliqué surtout les sacrements de pénitence et 
d'eucharistie, Taelboom fut suspendu de gon lec- 
torat par la commission des biens eccléstastiques 
[confisqués). Il toucha cependant ses honoraires 
jusques vers l'époque à laquelle il fut exzilé (!). 

Brisé par les souffrances endurées dans ges 
pérégrinations, le vaillant confesseur de la foi fut 
accueilli par Jean Six, évêque de Saint-Omer (®), qui 


(?) D'après les comptes de la ville, Taelboom regut sa pension 
complète pour l'exercice Juin 1580. Juin 1581. 

(9 Nommé à l'évêché de Saint-Omer par Philippe IL, le 13 Mai 
1580, et confirmé par bref de Grégoire XIII, en date du 3 Mars 
1581, Jean Six prit possession de son siège par procuration, donnée 
à Jacques de Pamele, le 19 Juillet suivant; il fit son entrée 
solennelle dans sa ville épiscopale, le 6 Août de la même année. — 
Archives de la ville de Saint-Omer, Acta cap. 8. Audomari, aux 
dates indiquées. 


882 


le nomma curé-doyen de Bourbourg. Pasteur aussi 
zélé dans l'exil que dans sa pauvre patrie, Taelboom 
ge montra digne de la confiance du prélat, si bien 
que, le 21 Avml 1584, celui-ci le désigna pour 
succéder à Francois Lucas, comme chanoine théo- 
logal du chapitre audomarois (!). 





(!) Il ne fut mig en possession que le 24 Décembre suivant : 

* Comparuit personaliter in capitulo discretus vir et Mg 
Guillelmus Taelboom.… habens et tenens in manibus certas 
collationis et provisionis litteras…, quibus per R=t* D. episcopum 
sibi providebatur de canonicatu et prebenda liberis et vacantibng 
per aliorum canonicatus et prebende consecutionem Mg" Francisci 
Luce. Requirens eapropter DD. meos quatenus… in corporalem, 
realem etactualem possessionem dictorum canonicatuset prebende… 
inducere dignarentur. Cui requisitioni… DD. annuentes… eundem 
D. Guillelmum Taelboom in petitam possessionem… posuerunt. 
Quo facto predictus D. ac Mgr Guillelmus Taelboom presentavit 
se ad stagium et residentiam faciendam. Ad quam DD. mei 
dehiberatione premissa eumdem admiserunt, salvis salvandis. Et 
deinde ad ejusdem instantem requisitionem concesserunt ipsi 
licentiam pernoctandi extra civitatem hinc ad vigiliam usque 
Epiphanie proxime inclusive, perdendo ut moris est, idque 
intuitu deserviture parochialis eool. Watinensis. pastore carentis. 

Tenor autem dictarwm litterarum sequitur et est talis: 

Joannes Six Dei et gedis Apostolice gratia, episcopus 
Audomarensis, dilecto nobis in Christo venerabili viro Mg"° 
Guillelmo Taelboom, S. T. L., Pb"° parochiali eoclesie Burburgensis 
diocesis nostre Audorarensis, salutem in Domino. Canonicatum 
et prebendam lectorales eccl. nostre cathedralis Audomarengis, 
hberos et vacantes per aliorum canonicatus et prebende ejusdem 
eccl. acceptationem et consecutionem Mg" Francisoi Luce…. tibi 
presenti et cum lectionis onereacceptanti habili atque ad id manus 
per te ipsum explicandum idoneo.…. Dei nomine contulimus et 
donavimus, conferimus et donamus per presentes…. 

Datura et actum Audomarapoli in domo nostra episcopali, anno 
D' 1584, mensis Aprilis die 21, presentibus ibidem venerabilibus 
viris ac DD. Mg"° Jacobo Pamelio S.'f'. L., archidiacono Flandrie.. 
et Mg*° Sylvestro Pardone S. T. L., canonico eccl. cath. Antver- 
piensis, testibus. 

De mandato R"! D. : Fr. Lucas secret.” — Actua cap. S. Audonari, 
24 Dec. 1584. 


gn NN 


885 


En cette qualité, il expliqua lui-même, sans oonfier 


cette besogne à d'autres (!), les saintes Écritures 


pendant plus de quatre ans. Il devint ensuite 
guccessivement archidiacre de Flandre (20 Juillet 
1588) (®), titulaire d'une prébende réservée aux 
gradués (10 Mars 1593) (®) et enfin archidiacre 
d'Artois (27 Mai 1605) (*). 

Après la réconciliation de la ville de Bruges, 
Pévêque Remi Drieux et le magistrat redevenu 
catholique comptaient sur le retour de l'exilé. Le 
premier l’avait pourvu de la 9° prébende, affectée 
aux gradués en théologie (£); le second l'avait 


(!) “ Ad requisitionem D. ac Mg" Guillelmi Taelboom professoris 
lectionis theologice, DD. mei accordarunt eìidem vacationem diote 
lectionis ad sex hebdomadas pro vacantiis estivis ”, — Acta cap. 
S. Audomari, 29 Jul. 1585. 

(?) En remplacement de Jacques Pamelius, décódóé le 12 Sep- 
tembre 1587. Les lettres de collation, en date du 19 Février, 
Émanaient de Philippe II, usant de son droit de rógale pendant 
la vacance du siège de Saint-Omer. — Acta cap. 9. Audomart, 
20 Jul. 1588. 

(>) Pourvu par l'évòque Jean du Vernois, le 5 Mars. — Ibidem, 
10 Marti 1593. 

(£) Nommé par l'évêque Jacques Blasseus, le 27 Mai. L'’archi- 
diaconat d'Artois était une dignité du chapitre audomarois et ne 
pouvait être conféré qu’à un chanoine gradué. 

“ Personaliter constitutus venerabilis ac discretus vir ac D. 
Guillelmus Taelboom Pb: S. T. L., canonicus graduatus affectus 
et archidiaconus AÁrthesie [lisez Flandrie] hujus eccl., habens et 
tenens litteras collationis et provistonis a Rre D. Jacobo Blasseo 
emanatas quibus per Reem providebatur sibi de archidiaconatu 
Arthesie ejusdem ecclesie affecto canonico graduato, vacante per 
obitum D. Jacobi Poullain etc.” — Ibidem, 27 Maii 1605. 

(5) “* Reve D. episcopus Brugensis de consilio et assensu canonico- 
rum prebendas affectatas obtinentium, contulit D. et Mg"° Guillelmo 
Taelboom S. T. L. absenti tanquam presenti canonicatum et 





384 


invité à reprendre son cours public aux halles (!). 
Mais Taelboom déclina des offres et oonsacra les 


prebendam affectatos, vacantes per simplicem regignationem D. 
Laurentiì de Molendino ut procuratoris D. et Mg“ Adriani Varreei 
ilins novissimi possessoris *. 

“* Compsruit coram R*° D. ac venerabilibus DD. prebendas 
affectas in ecclesia cathedrali obtinentibus venerabilis D. Mg’ 
Antonius Regis canonicus et scholaster predicte ecolesie ut eb 
tapquam procurator legittimus van. D. Mg" Güillelmi Táelboom 
S. T. L. canonici eecl. cathed. S. Donatiani Brugensis (prout 
cónstitit pet certás litteras procuratorii signatas: O De Latere 
not.) resignavit pure et libere ad manus R*' D. et predictorum 
DD. oanonicatum et prebendám quos in predicta eccl. cathed. 
Brug. obtinebat, quam resignattonem prenominatus R"* D. ac 
DD. prefati (prestito prius per dictum D. Anthonium solemni 
juramento in animam dicti Taelboom quod in hujusmodi resigna. 
tionem non intervenit nec interveniet fraugs, dolus, simonie labes 
aut aliqua illicita pactio) admiserunt ”…— Acta Driutii 20 Sept. 1584; 
10 Jun. 1588. 

(5 “Up tvertooch ghedaen van weghen Mr Willem Taelboom was 
hem gheconsenteert tollerantie van het doen vande lesse theolo- 
gale tot beter commoditeyt *’, 

«Was gheordonneert te beschryven Mr Willem Taelboom 
canonynck van S' Omaers ten fyne hy comme resideren ende doen 
de lesse theologicael van de fundatie vanden busscop van Cuba 
ende dat binnen zes weken naer de receptie vande briefven, up 
paìine dat men houden zal de plaetge vacant, zo wag oock ghere- 
solveert de lesse te confereren den M" van de predicaren 
volghende zyn verzouck ende vanden Prior hedent in collegie 
verzocht volghende den wille vanden fundateur”. — 2 Oct. 1587. 

‘Was gheconsenteert die vande Jacobynen te doen de lesse 
van Cuba ter halle up conditien dat indien yemandát presenteert 
van den bloede zal gheprefereert [zyn] omnt tempore. Einde inghe- 
valle M" Willem Taelboom hem presenteert onthier en Lichmesse 
zal van ghelycken ontfanghen worden in de continuatie van de 
lesse ghelyck hy ghedaen heeft ” — 

‘« Waeren ontfanghen briefven van m'° Willem Taelboom ende 
ghemerct de excusen by der zelven verclaerst, was hem ghecon- 
genteert toch dach tot Paesschen omme de lesse te continuerene ”. 
— Secrete resolutiebouc, 8 Jun. 1586; 2 Oct. 1587; 16 Nov. 1587; 
30 Jan. 1588. 











335 


dernières années de sa vie au service du diocèse, qui 
lavait sl généreusement accueilli aux jours du 
malheur. Il mourut à Saint-Omer, le 19 Septembre 
1608 (1); mais il n'avait pas oublié sa ville natale. 
Par un testament, dont il confie l'exécution à Fran- 
cols Lucas, doyen du chapitre audomarois et à 
Michel Ingelmont, chanoine de Saint-Donatien, il 
exprime ga volonté d'être inhumé à Bruges, dans 
Yéglise des Guillelmites, auprès de ses parents, et 
fait preuve d'une égale générosité envers les com- 
munautés religieuses et les pauvres, tant ceux de sa 
patrie réelle que de sa patrie adoptive. Taelboom dote 
en outre des fondations importantes,où la préférence 
donnée aux paroissiens de Sainte- Anne et de Sainte- 
Croix tÉémoigne de son affection pour ses anciennes 
ouailles (2). Son corps fut embaumé et transporté, 
dans le carrosse de l'évêque Blaszeus, de l'église 
cathédrale de Saint-Omer au faubourg du Haut- 
pont, pour être conduit de là, par voie d'eau, jusqu’à 
Bruges, sous la garde de deux sceurs hospitalières. 
Les funérailles solennelles de Taelboom eurent 
lieu, le 24 Septembre, en présence de l'évêque 
Charles-Philippe de Rodoan, des bourgmestres des 
échevins et de la commune, ainst que d'une foule de 
personnages distingués, ecclésiastiques et laïques, 
accourus pour rendre un dernier hommage à la 
mémoire de larchidiacre d'Artois à Saint-Omer, 
que sa double qualité d'ancien curé de Sainte- Anne 


(!) Acta cap. 8. Audomari, 19 Sept. 1608. 
(>) Archives de l'évêché de Bruges. — Série Testaments: Testa- 
mentum G. Taelboom. Cfr. Histoire du Séminaire de Bruges, T. II, 


Documents, pp. 214-219. 5 


886 


et d'ancien professeur de la chaire de Cuba, leur 
rendait cher à juste titre (1). 

Outre 1’ Apologetica, Taelboom nous a laissé un 
magnifique éloge funèbre de Jacques Pamelius, 
son ami et compagnon d'exil, son prédécesseur 
dans larchidiaconat de Flandre, et évêque nommé 
de Saint-Omer: 


„0 P. J. van Male pense, à tort, que G, Taelboom fut enterré 

à Saint-Omer. Voir: Histoire du Séminaire de Bruges, T. II, 
Documents pp. 182-183, où est reproduite Pinseription funéraire 
gravée sur la tombe du défunt. 

Voici quelques extraits relatifs au transport du corps et aux 
funérailles de Taelboom : 

‘« Mises faictes sur la recepte avant dicte : 

Au chirurgien aiant ouvert et accommodé le corps dudict feu 
Seigneur pour le porter à Bruges. . . ...... 6D. 

_Paié à l'apoticquaire pour huit torses d'une livre de cire la 
pieche, lorspu’on porta le corps en l’église de S. Omer, et pour 
avoir assisté à caulwer ledict corps et livré les drogues, ensemble 
. e …… … … 18 B. 

Paié au u palrefrenier de Monseigneur le Ree aiant presté ga coche 
et chevaulx pour mener ledict corps vers le hault-pont. . 308. 

Paié au batelier pour mener ledict corpsà Bruges. . 28 Ih. 

Paié à deux sceurs hospitalièreg, accompaignans ledict corps, 
pour leur dispens de bouche et aultres soufferts sur le chemin, 6 B. 

Anltres mises faictes à Bruges a lenterrement et service le 
24 de Septembre 1608 : 

Pour l'advertence donnée aux carfours de la ville du trespas et 
service. . . … «… 908. 

J.N Michel de Clerca pour livrison du drap tendu tant à Ia 
maison de Sire Jehan de Tollenaere, là où le corps fut apporté, 
qu'àl’église. . . ‚ … 33 D. 4 s. 

Audict Sire J ehan de Tollenaere pour le banequet funèbre faict 
en sa maison a Monseigneur le R**, Messieurs les bourgmestres 
et aultres gens honorables tant d'église que sáculiers, y comprins 
les héritiers et les parens, le tout en conformité de la dernière 
volonté du défunct, paié . . ‚ … 116 B 15 5.” 
— Archives de la villo de Saint-Omer, G. 521, Compte de l'ezdcution 
testamentaire de M* Taelboom.. que font Frangote Lucas. et 
Michiel Ingelmont, etc. 





887 Eend 


In obitum D. Jacobi Pamelii, theologi, D. Salva- 
toris Ultrajectensis Praepositi, ecclesiae Audomaropo- 
litanae archidiaconi et Fpiscopi designati, oratro 
funebris GurLveLmr TarLBoum S. T. Li, canonict et 
in Ulius archidtaconatu successoris. Antverpie apud 
Petrum Bellerum sub scuto Burgundiee. M. D. L. 
XXXIX. 


Avant de terminer ce chapitre, il ne sera pas 
sans utilité, pour lintelligence de l'histoire des 
troubles, de faire connaître plus intimement Georges 
Cassander. 

Nous avons vu Cassander renoncer à la chaire 
des belles-lettres à Bruges et partir pour 1'Italie, 
en 1549. : 

Quel fut le motif de ce départ ? 

André Gérard van Yperen (Hypertus), religieux 
dominicain apostat et professeur de théologie à 
' Université de Marbourg, dans une lettre adressée 
à Cassander, en 1559, lui écrit avec un faux accent 
d’humihté : Puisse la doctrine céleste et vraiment 
chrétienne, qui a été pour vous, pour moi et pour 
beaucoup d'autres hommes irréprochables la cause 
de notre exil, pénétrer un jour dans notre patrie 
et y être recue (U)! 


(!) “Sed utinam aliquando audire detur, doctrinam ccelestem 
vereque christianam que te, que me, que maultos alios, vita 
innocentia commendatos, coëgit exulatum ire, in patria nostra 
locum aliquem obtinere. Utinam, inguam, Deus Pater coslestis sic 
nostratibus aliquando faveab, ub Jesu Christi Filii ejus salutare 
Evangelium pure apud eos preedicetur!" — Tllustrium et clarorum 
virorum epistolae selectrórès, etc.„tributae in centurias IT. Lugd. Batar. 
1617, p. 45, Ep. VII. Anpr. HyPerius ad CASsANDRUM, 4 Calend. 
Julii 1553. 


Motif du 
départ de 
Cassander. 
— Opinions 
diverses. 


” 388 


En 1595, Bonaventure de Smet (Vulcanus), 
brugeois de naissance, qui embrassa le calvinisme 
et mourut sans religion aucune, dans l'épître dédi- 
catoire aux États généraux de Hollande, placée en 
tête de l'édition qu'il donna de l'ouvrage de Nilus 
(De primatu Pape), éerit: Il y a environ quarante 
ans (donc vers 1555), Georges Cassander, homme 
très savant, professeur public des belleg-lettres à 
Bruges,s’'exila volontairement pour se soustraire aux 
calomnies de son collègue Corneille [ Ádriaensz. }, 
ce théologien furibond, qui enseignait les lettres 
sacrées dans la même ville (}). 


Pierre Bayle reproduit l'assertion de Vulcanius 
en le citant: ““ J'ai lu quelque part, dit il, que 
George Cassander, qui enseignoit les belles lettres 
à Bruges, pendant que Corneille d’Hadrien y 
enseignoit la théologie, se vit obligé, l'an 1595, à 
g'exiler volontairement, pour céder aux calomnies 
de ce collègue (2) ”. 


Hyperius était donc partisan du pur évangile. C'est lui aussi 
qui fit prévaloir la doctrine zwinglienne dans la Hesse, sous le 
landgrave Philippe. Voir DöÖLLINGER, La réforme, son développement 
intérieur et les résultats qu'elle a produits dans le ecin de la soctété 
luthérienne. Paris 1849, 'I'. 2, p. 208. 

() “ Quum ante annos circiter XL... Georgius Cassander vir 
doctissimus Brugis Flandrorum, communi utriusque nostrum 
patria, publicum bonarum litterar-am professorem agens, ut collegse 
cujusdam sui qui sacras ibidem literas docebat, (illius inquam 


furiosi theologi, a quo postea cum se in seraphicam familiam 


dedisset, famosa illa Gynopygica disciplina Corneliansee nomen 
invenit) calumniis cederet, voluntarium sibi ipsi exilium indixisset, 
etc.” — Niur de primatu Pape Romani, Ul. II, ex Bibliwth. Vaticana: 
Bonaventura Vulcanio interprete, etc. Lug. Batav. 1595. 


(2) Dictionnaire historique et critique, etc, p. 678. 


889 


Goethals, bibliothécaire de la ville de Bruxelles, 
S'exprime ainsi,sans indiquer les sources auxquelles 
il a puisé: “ En 1541, il [Cassander] fut nommé 
par le magistrat de Bruges à la chaire de théologie 
fondée en cette ville par Jean de Witte, premier 
évèque de Cuba. Mais ges opinions théologiques se 
rapprochant de celles des réformateurs, il ne garda 
pas longtemps cette place et se mit ensuite à voya- 
ger avec son ami Corneille Wouters de Gand ()).” 

‘<t Georges Cassander occupa quelque temps la 
chaire des belles-lettres, c'est-à-dire les lettres 
latines, grecques et hébraïques ; mais ses principes 
étant trop progressìfs pour son époque, on lui 
reprocha d'être luthérien ou calviniste, et bientôt 
ilge vit dans la nécessité de quitter sa chaïre et 
même sa patrie. (Corneille Adriaensen dont la répu- 
tation l'avait précédé à Bruges, fut choigi pour son 
successeur (°).’' 

Assink Calkoen (°) admet vopinion de Goethals 
et croit en trouver la confirmation dans le témoig- 
nage de G. van Yperen. ‘ 

Janssen, renchérissant encore sur les assertions 
de Goethals et de Calkoen, ajoute: On comprend 
de là pourquoi le frère Corneille est toujours resté 
un si formidable antagoniste de Cassander. Nommé 
à la place de Cassander pour lui faire contrepoids, 
et son adversaire dès le principe, il n'est pas 


(!) Lectures relatives à V'hietotre des sovences eta, T. I, p. 56. 

(?) Ibidem, T. IV, p. 66. 

(°) Specimen historico-theologieum Georgii Oassandrs vilw atque 
operunt narratvonem exhibene, p. 29, 


390 


étonnant que toujours et surtout plus tard, du 
haut de la chaire, il ait si violemment combattu 
son prédécesseur et les nombreux partisans que 
celui-ci comptait à Bruges. Peut-être faut-il attri- 
buer à sa polémique et à la réaction provoquée par 
les amis de Cassander, la courte durée de la carrière 
de Corneille comme professeur et ga retraite au 
couvent des Frères-Mineurs (*). 

‘« Suivant à la fois un goût personnel, écrit 
M. Hausle (®), et la tendance générale du siècle, 
Cassander s'appliqua spécialement à l'étude de 
’Écriture Sainte et des controverses théologiques. 
Quelques tÉmoignages qu'il avait rendus en faveur 
des novateurs lui ayant causé du désagrément, il 
quitta la ville (de Bruges), et, en 1542, accom- 
pagna un riche chanoine de Saint-Donatien, Cor- 
nelius Wauters, qui partageait ses opiniong, en 
Allemagne et à Rome, étudia l’hébreu à Strasbourg, 
auprès de Paul Fagius, et s'ensevelit dans une 


(!) Bijdragen tot de oudheidkunde en geschiedenis inzonderheid van 
Zeeuwsch- Vlaenderen, 4° D., Middelb. 1859, blz. 150: * Hieruit laat 
zich verklaren, waerom broeder CORNELIS immer een zoo fel 
antagonist van CASssANDÈR is gebleven. Als tegenwigt tegen 
CASSANDER in diens plaats gesteld, van zijne aftreding af diens 
wederpartij, is het geen wonder, dat hij steeds, dat hij later 
bepaaldelijk op den kansel, zich zoo heftig aankante tegen zijn 
vervanger en tegen diens te Brugge zoo talrijke geestverwanten. 
Welligt moet het ook aan zijn polemigeren toegeschreven worden 
en aan de renctiie van CASsANDERS vrienden te Brugge, dat ook hij 
zoo korten tijd slechts zijn leeraarspost behield en zich terugtrok 
in het Minderbroedersklooster *, 

(2) Dictionnaire encyclopédigue de la théologie catholique…. publié 
par les soins du D' Wetzer el du D' Werrte, fraduif par 1. GoscHLEr. 
Paris 1859, p. 86, CassanDer (Georges), art. signó: Hausre, 





891 


profonde retraite, durant I'été de 1549, à Cologne, 
où il continua à s'occuper de recherches scienti- 
fiques sur les points de doctrine controversés, et 
à entretenir une active correspondance avec des 
hommes d'État et des savants catholiques et pro- 
testants, parmi lesquels ge trouvaient Bucer, 
Bullinger et Castalio. *’ 

‘<11 [Cassander]: cultiva les belles-lettres, dit 
M,. A. Vander Meersch (!), se familiarisa avec les 
langues grecque et latine, et enseigna les humanités 
à Gand, où il obtint, en 1541, la promière chaire 
publique fondée par l'évêque Jean de Witte. Plus 
tard, il s'occupa surtout de l’étude de la théologie et 
de celle de droit canonique. Ces études modifièrent 
ses convictions et les rapprochèrent, à certains 
égards, de celles des réformateurs. Dès lors il 
renonga à ses fonctions, se mit à voyager, séjourna 
quelque temps à Rome, et s'établit ensuite à 
Cologne. ” 

Enfin le P. Servais Dirks (°%) expose son opinion 
de la manière suivante: ““ Lorsque le trop célèbre 
Georges Cassander, professeur de belles-lettres à 
Bruges, se mit à débiter ses témérités doctrinales, 
il se vit obligé à quitter sa chaire. — I] avait eu 
depuis quelque temps pour élève un jeune homme 
de Dordrecht, nommé Corneille Brauwer, fils 
d'Adrien.…… — Corneille étudia d'abord sous les 


(!) Biographie nationule, T. 3, p. 364, CASsANDER (Georges), art, 
signó: Aue. VAN DER MEERSCH. 

(®) Histoire littéraire ef bibliographigue dee Fròree-Mineure de 
V'observance, etc, p. 104. 


392 


yeux de son père. Il s'appliqua spécialement aux 
langues grecque et hébraïque, et, devenu prêtre, 
il alla à Bruges pour y achever ses études, sous la 
direction du célèbre Cassander. — Le disciple 
n’imita point les hardiesses de son maître, et c'est 
gur lui que tomba le choix du magistrat pour rem- 
placer dans sa chaire le professeur démissionnaire. 
Brauwer enselgna pendant quelques années avec 
le plus grand succès, et s'adonna en même temps 
à la prédication pour laquelle il avait de merveil- 
leuses dispositions. — AÁdmis dans l'ordre des 
Frères-Mineurs de l'observance en 1548, les supé- 
rieurs l'envoyèrent faire son noviciat à Dordrecht. 
Il avait alors 27 ans. Immédiatement après sa 
profession il revint à Bruges et se voua entièrement 
à la vie apostolique. — IÌ était bien nécessaire 
alors qu'il y eût des prédicateurs saints et savants 
gui eussent de l'autorité sur le peuple. L'ensei- 
gnement de Cassander avait porté des fruits 
amers pour le catholicisme. Entouré qu'il était 
par une foule de savants, adulé par des étrangers 
de distinction que sa réputation attirait à Bruges, 
doué de qualités séduisantes et d'ailleurs de moeurs 
irréprochables, il s'était formé un parti nombreux 
et puissant dans la haute bourgeoisie. Ce qui 
rendait surtout son enseignement dangereux, c'est 
qu'il n'affirmait point ses erreurs, mais les propo- 
gait simplement en forme de doutes, de problèmes, 
les corroborant par des arguments qu’il ge gardait 
bien de réfuter. Quelquefois c'étaient des insinua- 
tions perfides blessant la foi dans lâme des 





898 


catholiques confiants, qui se seraient révoltés 
devant une erreur hardiment formulée. 

<< Dans \' Index ezpurgatorius publié en Belgique 
par ordre de Philippe IL, on peut voir quelles 


étaient les erreurs qu'on reprochait à Cassander…. 


— L'influence de Cassander fut d'’autant plus 
grande qu'il ne faisait que continuer l'enseigne- 
ment et les hardiesses d’Éirasme, de Louis Vivès et 
d'autres humanistes, qui tous avaient des partisans 
â Bruges, même parmi les prêtres. Il se forma dans 
cette ville si catholique de véritables sectes, qui 
cependant protestaient de leur fidélité envers 
PÉglise. Il y eut les Érasmiens, les Cassandriens; 
ceux qui favorisaient les erreurs de Luther furent 
d'abord désignés sous le nom de Martinistes, et ne 
passalent point pour hérétiques *. 

Les affirmations du contemporain Bonaventure 
de Smet (Ì) et de ceux qui les admettent, sont 
toutes également fausses. 

D'après les détails puisés aux sources les plus 
authentiques, Cassander ne fut jamais professeur 
de théologie, mais bien des belltes-lettres (1541-43) 
et eut pour successeur immédiat, Jacques Cruckius 
(1543-84), qu'il avait d’ailleurs lui-même patronné. 

Corneille Brouwer Adriaensz. n'enseigna jamais 
les belles-lettres, mais la théologie (1546-4/), suc= 
cédant à l'espagnol Jonerius. 


(1) Même en admettant que dans le témoignage de Vulcanius il 
y ait une faute d’impression et qu'il faille lire LX au lieu de XL, 
de manière à désigner année 1545 comme époque du départ de 
Cassander, l'erreur subsiste toujours. Cassander quitta Bruges en 
1543 et Brouwer n'y arriva qu'en 1546. 


Motif plausi- 
ble du départ 
de Cassander: 
ses tendanoces 
religieuses. 


894 


Par conséquent Cassander et Brouwer n'ont pas 
été collègues, et le dernier ne succéda point au 
premier. 

Le registre anx résolutions du magistrat de 
Bruges se contente de dire que “ G. Cassander 
était d'avis de se rendre en Italie (1). ” 

Si donc il faut attacher au départ de Cassander 
idée d'exil, cet exil doit avoir été purement volon- 
taire et, de plus, tout à fait indépendant del’influence 
de Corneille Adriaensz. Brouwer, qui, àcette époque, 
était simple étudiant à Louvain et n'a pu être, dès 
lors, ni un collègue calomniateur, ni un élève indo- 
cile et compromettant. 

Sont-ce les opinions théologiques contrariées du 
professeur, qui le déterminèrent à s'exiler volon- 
tairement ? 

D’une part, il est peu probable qu'en 1543 il 
existât entre Cassander et Hyperius cette commu- 
nauté de principes religieux, auxquels ce dernier 
attribue la cause de leur exil. Nous n'oserions pas 
admettre qu'à cette époque,le lecteur de belleg-lettres 
à Bruges partageät les doctrines protestantes avan- 
cées, que l'ex-dominicain professait à Marbourg(®). 

D'autre part, les erreurs reprochées à Cassander 
dans Inder ezpurgutorvus de 1571 et relevées par 
le P. Dirks, se rapportent au temps (1556-1564) 
où lhumaniste se piqua de théologie et publia les 
ouvrages malencontreux, qui lui valurent tant de 
déboires. 


(1) Histoire du Séminaire de Bruges, T. 2, Documents, p. 179, 
note 1, 
(”) Voir p. 887, note 1, 


895 


Sous ces réserves, nous nous rallions à opinion 
de ceux qui regardent les tendances dangereuses en 
matìère de religion Ju jeune professeur, comme la 
cause de son renoncement précipité à la chaire de 
littérature. Nous croyons que Cassander prit la 
résolution de se retirer, en partie pour satisfaire, en 
Société et aux frais d’un richeami,Corneille Wouters, 
son goût, commun d’ailleurs à beaucoup de savants 
d’alors, d'explorer l'antiquité classique, surtout en 
Italie; en partie pour se soustraire ainsi à lennui que 
commengait à lui causer une certaine opposition de 
la part d'une fraction des notables de Bruges. 

En effet, déjà dans son discours d'’ouverture 
(Oratio in laudem urbis Brugarum),lorateur insinue 
qu'il a des détracteurs, lorsqu'il se félicite de 
n'avolr pas à craindre la calomnie ou l'envie, ni de 
la part de la jeunesse studieuse, ni de la part des 
hommes érudits qui viennent par leur présence 
encourager les futurs élèves du cours public (}). 


() “ A quibus [adolescentibus et viris doctrina et variorum 
studiorum genere exercitatis) tantum ubest, ut calumniam ali- 
quam, aut invidiam ullam mihi metuam, ut etiam favorem et 
laudem, et gi non omnia ferantur secunda, non quidem in mei, 
ged in professionis hujus, institutique gratiam certissime augurari 
non dubitem. Nam ut ab adolescentibus… exordiar, nemo est tam 
rerum humanarum imperitus, qui non hanc estate ab hac teter- 
rima invidiee peste et lue immunem et liberam esse sciat…. Nunc 
ad eos transeo, qui eetate provectiores, moribus graves, eruditione 
doctrines confirmati, hunc locum sua praesentia cohonestare, et 
literis huno honorem deferre voluerunt, ut adolescentiam sacratia- 
simae huic litterarum militiae inautoratam et in primis adhuc tyro- 
cinii sui rudimentis versantem, ipsi quasi emeriti jam et veterani, 
hoe indicio favoris, et studii sui, ad capessendum alacriter exer- 
citium studiorum excitent et invitent……. Quod oum ita sit, quis 
est qusso, qui mihi ab ejusmodi viris perionlam aliquod aut 





896 


Ce qu’il avait insinué en 1541, il le dit plus 
ouvertement, en 1542, dans la dédicace de ses 
Tabulae Dreves et eepeditae in praeceptionesrhetoricae 
à U. van Baesdorp et J. Claeyssone. 

Lorsque les Barbares firent irruption dans le 
capitole, écrit-il, les chiens qui auraient dû révéler 
ce mouvement insolite par leurs aboiements, se 
turent, tandis que les olies, dont on ne pouvait 
attendre rien de pareil, éveillèrent par leurs cris 
et leurs battements d’ailes l'attention de la jeunesse 
romaine et lexcitèrent à repousser lennemi. Ce 
fait, que nous lisons dans l'histoire des Romains, 
ge reproduit aujourd'hui. Ceux qui font profession 
de science et de gainteté et semblent les défenseurs 
nés des lettres et de la civilisation contre la bar- 
barie, loin de remplir ce devoir, attaquent de leurs 
traits acerbes les humanités et ges fruits; au con- 
traire, des citoyens, qu'on appelle laïques, profanes 
et hommes du siècle, entreprennent de protéger 
vigoureusement les études et l’éducation des jeunes 
gens, menacées de toutes parts; ils ne se contentent 
‚pas de pousser à la culture intellectuelle, ils mettent 
encore tout en oeuvre pour la favoriser et la faire fruc- 
tifier. Vous êtes du nombre de ces derniers, hommes 
honorables (C. van Baesdorp et J. Claeyssone) (!). 


damnum denunciet, et non potins presidium omne et tutelam 
polliceatur? Nam quod ad me attinet, certo ego mihi conscius 
sum, quÀm nichil in me ejusmodi deprehendi possit, quod vel a 
malignissimis, et perversissimis ingeniis arripi, et in invidiae 
materiam converti possit.”— CASSANDER, Opera omnia, eto., p. 1251. 

(1) “ Quod in Romanorum historia legitur, irrumpentibus in 
capitolium Barbaris, canes, quorum erat insolentem illam motum 
indicare latratu, oontiouisse : anseres vero a quibus ejusmodi nihil 


397 


Il est évident que l'auteur de ces lignes regarde 
comme ses contradicteurs des personnages eoclésias- 
tiques. Son langage trahit chez lui, constatons-le 
dès à présent, des dispositions semblables à celles 
qu'on trouve chez Érasme à l'endroit des docteurs 
de Louvain (Ì). 

Uu retour gur les commencements du collège des 
Trois-Langues à Louvain aidera peut-être à nous 
expliquer les motifs de cet antagonisme. 


‘« Il faut bien le reconnaître, éerit Mer Namè- 
che (°), la nouvelle institution ne s’était pas établie 


expectabatur, strepitu qua poterant et clangore Romanam 
juventutem ad sese tuendum, et hostem repellendum excitasse: 
idem prope modum hac nostra tempestate usu venisse comperimus, 
quum ii qui erudittonis et ganctimonies personam gerunt, et ad 
omnem cum litterarum, tum morum propulsandam barbariem 
constitui videntur; tantum abest, ut quod sui mnuneris est 
preestent, ut etiam humanitatem omnem et pietatem, quag tueri 
debeant, acerbissime insectentur: probi vero cives, quos laicos, 
prophanos et seculares appellant, adolescentium studia et mores, 
quibus a barbaris undique tenduntur insidiee, fortissime tuenda, 
sùsciplunt: neque ad studia tantum capessenda magnis clamoribus 
provocant, sed operam etiam omnem et industriam, ad ea javanda 
et promovenda, quod in ipsis est, canferunt. Quorum in albo vos 
estis, viri ornatissimi : etc. ”. — CASSANDER, Opera omnia, p. 1272. 

(!) Dans une lettre du 26 Février 1516, ISrasme se plaint en ces 
termes des théologiens de Louvatn: “ Qut a melioribus literis 
pertinacissime solent abhorrere, quique suam inscitiam hoe felieius 
tuentur, quod id faciant preetextu pietatis, ut indoctum vulgus ab 
his persuasum credat religionem violari, si quis illorum barbariem 
cceperit incessere. Nam isti apud imperitam plebeculam potissi- 
mum sgolent quiritari et ad lapides provocare, si periculum vide- 
rint, ne quid nescisse videantur. ” — De REIFFENBERG, Afémoires 
sur lee deuw premiers siècles de U Université de Louvuin (quatrième 
mémoire, p. 41), daus les Nouveuus mémoires de U Académie royale 
de sciences et belles-lettree de Bruwelles, T. 7. 

(?) NamkcrHe, Cours d'histoire nationale, T. 10, p. 858. 





398 


gans opposition et sans lutte au sein de alma mater. 
Elle avait pour adversaires les partisans de la 
routine, les prôneurs ignorants du passé, toute une 
foule dominée par les préjugés d'éducation et 
d’école. Une certaine inquiétude, une certaine 
méfiance se montrait aussì chez des hommes graves 
et instruits, chez la plmpart des membres de la 
faculté de théologie, en particulier, qu'en ce 
temps de réforme, de bruit et d'exaltation, tout 
changement, toute nouveauté trouvaient peu sym- 
pathiques. Ces hommes gardaient un silence peu 
encourageant, mais d'autres attaquaient même 
violemment la nouvelle institution….. Erasme mit 
un soin, une activité extrême à protéger les débuts 
du collège des T'rois-Langues; il se fit le défenseur 
officieux de linstitution, et ne négligea rien pour 
lui procurer des amis et des protecteurs. Mais la 
faveur d’Érasme avait ses inconvénients et ses 
dangers. Érasme, dit M. Nève, qui du reste le juge 
avec une indulgence que nous ne partageons pas 
entièrement, Érasme n’avait-il pas plus d'une fois 
abordé les questions lee plus graves, au milieu de 
matières fort légères, et ne les avait-il pas traitées 
avec hardiesse, alors mème qu’il n'avait rien cédé 
à l'erreur? N'avait-il pas porté dans la satire, par 
exemple dans l’ Eloge de la Folie, Morie Encomium, 
une causticité excessive, qu’avaient dû blâmer ses 
admirateurs sincères, tels qu’ Adrien Barland et 
Dorpius? Et même ne s'était-il pas laissé aller 
quelquefois à des sorties violentes et de mauvais 
goût à l'adresse des docteurs entêtés, inexorables 





399 


en leurs discours contre les lettres et coux qui les 
cultivaient ? ” 


Nous inclinons à croire que des sentiments 
semblables d'inquiétude et de méfiance excitèrent 
les préventions de quelques-uns contre la nouvelle 
chaire des belles-lettres, fondée par l'évêque de 
Cuba, surtout parcequ’ils craignaient de trouver 
dans Cassander un autre Érasme. 


Les liens qui existaient entre le collège des 
Trois-Langues de Louvain et le cours de littéra- 
ture de Bruges, l'amitié qui unissait Jean de 
Witte à Louis Vivès (!), les relations qu’ Érasme 
avait entretenues avec beaucoup de savants bru- 
geols, entre autres avec Jacques de Meyere, éga- 
lement ami de Cassander (°), tout cela fournit des 
arguments en faveur de notre opinion. Toutefois 
cet antagonisme semble n'avoir pas duré long- 
temps. Le silence que Cruckius, successeur de 
Cassander, garda pendant sa carrière de quarante 
aus au sujet des détracteurs des humanités, ses 
rapports avec le chef du diocèse, Remi Drieux (°), 
les Éloges que Mathias Lambrecht, archidiacre du 
chapitre de Saint-Donatien, prodigue à la fonda- 
tion Cuba (*), permettent de conjecturer qu'on 


(!) Voir plus haut, pp. 269 et 260. 

(3) KERvyN DE LETTENHOVE, La Flandre pendant les trois derniers 
eiècles, Bruges 1875, p. 19. 

(®) Voir plus haut, p. 268. 

(“) ““ Hierby leefde hy [Jan de Witte] niet alleen eerlichen, maer 
verspaarde so veel dat hy stervende op den 14 Oostmaent 1540, 
by testamente begeerde gefondeert te hebben twee oft dry dage- 
lixsche lessen, daeraf d'eene is inde godtheyt, maer d'ander zyn 


a 


400 


en voulait moins à l'institution elle-même qu'à 
son premier professeur. 


Quant à Cassander, ses tendances et ses prin- 
cipes religieux étatent de nature à justifier l'inquié- 
tude et la méfiance des catholiques brugeois à son 
égard. 

Si nous ne trouvons pas de traces certaines de 
ses Sentiments dans [Oratio tn laudem urbis 
Brugarum et les Tabulae breves et expeditae in 
praeceptiones rhetortcae, publiées pendant son pro- 
fessorat, les ócrits pgstérieurs de l'ex-lecteur des 
belles-lettres, devenu théologien, contiennent sur 
ce sujet des révélations précieuses. 

Ecoutons comment il raconte lui-même son 
éducation théologique, dans l'ouvrage De officio 
pit viri, édité en 1561. 


Encore jeune homme, dit-il (!), j'aimais déjà 


inde griecxsche ende latynsche tale. Het welcke sonder twyfel cen 
schoon saeke is voor die van Brugge, so wel voor geestelycke als 
weerlyeke lieden, die genoechte hebben inde geleertheyt, oft ooc 
geen middel noch bequamicheyt en hebben om elders in groote 
scholen te studeren. Ten is noch sonde noch schande te leeren ooc 
.… voor de gene die tot state gecomen zyn: maer niet te comen ende 
niet te willen leeren; waer door de selve lessen somtyts seer 
verflouwen: want so men gecht: den hoorder verweet den lezer.” 
— Maruias LAMBRECHT, Ken kerckelicke historie, enz., Dédicace. 

(') “ Equidem jam inde ab adolescentia constitutionum et ceere- 
moniarum ecclesiasticarum observantissimus fui sic tamen, ut 
natura, vel divino potius impulsu, omnem superstitionem, quam 
tunc utcunque deprehendere videbar, vehementer detestatus sim. 
Mox itaque cum in lectionem gscriptorum hujus eetatis, qui refor- 
mationem quandam et repurgationem superstitiosorum cultuum 
et absurdarum opinionum promittebant, inciderem, mire ilorum 
institubum plaouit : qui tamen ita superstitiones et abusiones, que 
nonnullis oseremoniis ecclesiasticis admixtes erant, exoeas haberem, 








401 


beaucoup les ordonnances et les cérémonies de 
'Église; mais en même temps, par une tendance 
naturelle de mon esprit, ou plutôt par une impul- 
sion d'en haut, j'avais grandement en horreur 
toute superstition, n'importe où je croyais la ren- 
contrer. Bientôt je me mis à hire les écrits de ceux 
qui promettaient la réforme des pratiques supersti- 
tieuses et le redressement des opinions absurdesg; 
leur but me plut singulièrement. Mais, tout en détes- 


ut ipsam ecclesiasticam politiam, quee his ceeremoniis fere constat, 
non sublatam et eversam, sed repurgatam et emendatam esse 
vellem. 

Postea state et judicio accrescente, visi sunt mihi in his abusibug 
et corruptelis notandis et insectandis nonnulli vmrep Ta eokeupeva 
prosilire: idemque illis accidere, quod iis qui cum putres et 
corruptas corporis partes preecidere volunt, etiam sanam partem 
et que sine corporis gravi offensione et leesione tolli non potuit, 
invadunt: non paucos etiam scabie, ulceribus et vitlis corporis 
offensos, ipsius corporis odium concepisse, et pro Curatoribus, 
hostis et insectatoris personam induisse. 

Itaque putavi, mihi et eorum scripta, quos illi ut adversarios 
invadebant, eadem diligentia perlegenda, et pari attentione et 
judicii seequitate inter se conferenda: in quibus adversariis, ut in 
eestn contentionnm accidit, nonnulla quoque offendebant. Nam 
mihi qnidem ita videbatur, ut illos odio vitiorum, etiam quee sana, 
aut certe medicabilia erant, preecidenda et removenda contendisse : 
ita hos contra, ceeco quodam amore corporis etiam vitiata et 
morbida, tanquam sana et bene habentia, tuenda suscepisse. 

Cum igitur utrique a regia via, hî quidem in dextram, illì vero 
in Sinistram nonnihil deflexisse viderentur, ad ipsam directam 
regiamque vlam inquirendam mandato divino me cogi et impelli 
putabam. Quare ut certius aliquid de hac re cognoscerem, et 
certum aliquod firmumque judicium de his controversiis compa- 
rarem, statui mihi ab omni partium studio abstinendum, et perso- 
narum prejudicium seponendum, libertatemque judicandi (quze, 
nisi exuta partium et personarum affectione, constare non potest) 
retinendam. ’* — CASSANDER, Opera, p. 781. 


26 





Éducation 
théologique 


402 


tant les superstitions et les abus qui s'étaient 
glissés dans plusieurs cérémonies religieuses, J'étais 
loin de vouloir la destruction du culte, J je n'avals 
en vue que sa réformation. 

Plus tard, lorsque Y'äge eut mûri mon jugement, 
je crus m'apercevoir que plusieurs de ces réforma- 
teurs, en s'attaquant aux abus, dépassatent la 
mesure; ils me semblaient imiter ceux qui, voulant 
couper des membres ‘gangrénés, entament les 
parties saines du corps et le blessent tout entier; je 
remarquai qu'un grand nombre d'entre eux, par 
horreur pour la lèpre et les ulcères qui couvraient 
le corps, avaient pris en haine le corps lui-même, 
et au lieu d'apporter remède à ses souffrances, 
s'en déclaraient les pires ennemis. 

Je me crus donc obligé de lire, avec une égale 
attention, les écrits de la partie adverse et d'en 
faire la comparaison sincère avec ceux de ses 
antagonistes. Cette lecture ne me satisfit point 
complétement. Poussés par un amour aveugle du 
corps, les écrivains catholiques voulaient conserver 
les membres réellement malades et qui à tort leur 
paraissaient salns. 

En présence de ce double écart, je me crus 
obligé, par un ordre d'en haut, de chercher la 
voie droite. Je résolus donc, afin de me former un 
jugement sûr touchant ces controverses, de n'em- 
brasser aucun parti, de déposer tout préjugé et 
de conserver ma liberté de penser. 


Ainsi, de laveu même de Cassander, il se 


de Cassander. nOUrrISSaìt, Jeune ‘encore, de la lecture exclusive 


403 


des pseudo-réformateurs. C'est plus tard seulement 
qu'il lut les ouvrages des catholiques militants 
d'alors, lesquels d'ailleurs il trouva tout aussi 
exagérés. 

Or, le professeur de littérature avait vingt-trois 
ans lorsqu’il monta dans la chaire de Cuba. On 
peut donc affirmer en toute sécurité, qu'à cette 
époque, Y'homme présenté par C. van Baesdorp et 
J. Claeyssone et admis par le magistrat de la ville 
pour enseigner les belles-lettres à la jeunesse bru- 
geoise, était animé, à l'égard de Église romaine, 
de sentiments rien moins que favorables. Nous en 
trouvons la confirmation dans un passage de la De- 
fensto libelli de officio pit viri (D),où Cassander avoue 
que, savourant les écrits de ceux qui promettaient la 
réforme de l'Église, il était ennemi des pontificaux, 
surtout parce que ces derniers lui semblaient 
défendre leurs idées et réfuter celles de leurs 
antagonistes par le fer et le feu, plutôt que par 
des arguments et des raisons. 

Deux lettres adressées à Cassander pendant 
son professorat à Bruges (les seules de ce temps 
qui nous restent), sont loin de jeter un jour plus 
favorable sur ses tendances. 

Elles le montrent en relations avec deg amis peu 
bienveillants à l'endroit des catholiques. L'un de ses 


(1) “ Initio quoque lectioni eorum, qui Ecclesiee reformationem 
pollicebantur addictior, iniquior fuit iis, qui Pontificit dicuntur, 
ea potissimum de causa, quod lanienis et incendiis potius, quam 
argumentis et rationibus sua tueri et aliena refutare viderentur.” 
— CASSANDER, Opera, p. 812. 


404 


correspondants, Tespagnol Jacques Dryander (!), 
ardent partisan de la réforme, attaque vertement 
les inqusiteurs, qui, selon lui, corrompent la foi, 
prônent le judaïsme, protègent l'hérésie plutôt 
que de combattre pour la défense de la foi (?). 


(1) Jacq. Dryander fut brûlé vif pour canse d'hérésie, en 1545. 11 
comptait parmiì ses amis intimes un religieux carme de Bruges 
nommé Christophe (probablement Christophe Fabritius, apostat 
qui se maria en Angleterre et fut puni de mort à Anvers). Il était 
lefrère du fameux Frangois Dryander, alias Enzinas, élève de 
Melanchton à Wittenberg et auteur d’une version espaguole du 
Nouveau Testament. — Voir, outre la note suivante, GACHARD, 
Correspondance de Philippe II, T. 1, pp. 306, 310, 327, T. 2, p. 010; 
FeuceR, Biographie, v° Dryander. 

(2) ““ Frater meus Dryander, cum Leucoream abire constituisset… 
meis humeris hoc onus imposuit, ut te meis scriptis de toto 
jpsius animo certiorem redderem……. Vir doctus, et in litteris 
sacris gatis feeliciter versatus, amicus preeterea meus singularis, 
Christophorus monachus Carmelita, pluribus precibus a me petiit, 
ut nonnullos libros, quos ad illum jam mitto, quo tutius et rectius 
recipere posset, tibi dirigendos curarem.”’ — Parlant des profes- 
seurs de la Sorbonne dont il suivait les cours, il dit: “ Preeceptor- 
culorum magistellorumque passim miram videbam copiam, qui 
optimos quosque authores impudentissime explicandos susoipiunt 
et guis ineptis annotatiunculis, et miscrum scholasticorum popecl- 
lum fallunt, et doetissimos illos veteres ab ipsis non intellectos 
jan corrigunt, jam vellicant, jam denigque in horas omnes pro sua 
inscitia, vertunt….. Narrarem tibi copiosius illorum tyrranidem et 
seevitlam, inauditamque crudelitatem, quam, me prwsente, exer- 
cuerunt in quendam juvenem innocentissimum….” — Après avoir 
raconté le supplice d'un jeune parisien qui, revenu à Paris après 
un séjour de trois ans à Genève (postquam Genevae, apud illos 
christianissimos viros, habitarat), avait été accusé d'hérésie, 
Dryander continue: “ Mirabatur vulgus hominum illius pertina- 
ciam, (sic enim vacabant), at docti et christiani viri multo magis 
mirabantur illorum cecorum tenebras, qui dum eupiunt et dici 
et videri inquisitores fidei, maximam erudelitatem exercent, ut 
potius sint dicendi inquinatores fidei et Judaïsmi strenui propu- 
gnatores, heeretickeque pravitatis assertores, quam fidei propugna- 
tores, quum nihil minus sint….. Sine intermissìione oro Dominum, 
ut ex tantis tenebris nos dignetur liberare: eo enim impietatis demen. 


405 


L'autre, Eustache Knobelsdorf, quoique plus 
modéré, laisse cependant percer des sentiments 
analogues (1). 

Grand admirateur d’ Érasme(?), notre humaniste 
appartenait à la fameuse école dont celui-ci avait été 
le chef trop écouté. Cette école du nouvel huma- 
nisme, pleine de mépris pour la théologie scolastiquo 
et la philosophie du moyen-äge, pleine de défiance 


tieeque omnia magistrorum nostrorum studia devenere, ut traditi 
in reprobum sensum, ut Paulus ait, existiment se maximum obse- 
quium Deo preestare, cum persequuntur dilectos Dei. Dominus 
misereatur nostri, et liberet nos ab unguibus istorum cacodsemo- 
num. Âmen.” — Cexr. Epist. (#), Epist, XI, p. 55 : Tum doctrina, 
tum pietate insigni viro M. Georgio Cassandro, professori publico 
Brugensi dignissimo et amico suo charissimo, Jacobus Dryander. 

(1) “ Quod petis ut distinctius singula prsescribam que obiter 
tum de exurendis Lutherânis attigi, ex animo faciam……”. Puis il 
raconte le gupplice d'un jeune homme et d'un vieillard: ““ Juvenis 
ille quod nescio que in imagines miraculosas (quas hie maximo 
concursu non venerantur, sed adorant) incautius dixerit, nempe 
non multum a lapideis gentilium dis differre, ejiciendas ex chri- 
stianorum templis si idololatriee gubreperet vitium vel suspicio. 
Fertur preeterea qusedam dixisse non aliena a Martini sententia… 
Vetulus ille... quum nescio quse in monachos de invocatione san- 
etorum liberius quam hic competit, preeterea christianos omnes 
esse sacerdotes, dixisset, convictus testibus, in carcerem conjectus 
est….. Orandus Deus est, ut sì male sentiunt, convertantur; sin 
bene, viriliter pugnent, sed plus satis; reprimenda enim vox est.’ 
— Cexr. Epist., Epist. VI, p. 37: Doctissimo Georgio Cassandro, 
professori primario in collegio recenter instituto Brugis, amico 
guo preecipuo, Eustathius a Knobelsdorf. 

(2) “ Quod autem scribit F. Balduinus utramque partem fati- 
gatam jam factam sequiorem, in mentem venit Erasmus Rotero- 
damus, qui pro singulari sua in rebus ecclesiasticis prudentia, 
prope mihi vates fuisse videtur’’ — CAssANDER, Opera, p. 1154, 
Epist. LX. D. Joachimo Hoppero. 

(*) Carr. Epiet., c'est ainsi que nous désignerons désormais le collection de 


lettres intitulée: Illustrium et clarorum virorum epietolae selectioree…… tribute in 
eentwriae II, Lugd. Batav, 1617, 





406 


vis à vis de l'autorité pontificale, dépourvue de la 
vraie science des dogmes chrétiens, amère dans 
ges attaques, non seulement contre les pratiques 
guperstitieuses, les abus et les vices du clergé 
régulier et séculier, mais encore, indirectement, 
contre les religieux et les ecclésiastiques en géné- 
ral, les sacrements, les indulgences, la vénération 
des images, les prières pour les morts, en un mot 
contre I' Église romaine tout entière; cette école, 
personne ne lignore, a créé un scepticisme des 
plus dangereux et a été l'un des principaux agents 
de la grande révolution des idées au X VI° siècle (1). 

Rien d'’étonnant donc que beaucoup de brugeois 
bien pensants g'alarmèrent de voir Cassander 
occuper la chaire publique de belles-lettres. 

Si le disciple n'était pas d'une humeur aussi 
caustique que son maître, s'il n'en avait pas le 
langage mordant et rempli de sarcasmes, il en 
avait du moins épousé les idées et les principes. 

Malgréla lecture des auteurs catholiques contem- 
porains, à laquelle il s'adonna plus tard, malgré 
ses études scripturistiques et patrologiques, lex- 
professeur de Bruges se ressentit toujours de sa 
première éducation, et ses oeuvres qui traitent de 
religion sont toutes empreintes de ce vice originel. 

Lus à Bruges, les écrits de Cassander y exer- 
cèrent une influence néfaste sur les esprits, et 
ceux qui avaient charge d'Ââmes n'eurent que de 


(!) Sur Erasme et son influence néfaste ainsi que sur la perni- 
cieuse école du nouvel humanisme, voir: JANSSEN, Geschichte des 
deutschen Volkes, eto., Zweiter Band, pp. 1-36. 





407 


trop justes raisons de combattre, du haut de a 
chaire de vérité, un ennemi d'autant plus à re- 
douter qu’il se présentait comme lange de la paix. 


C'est ce qui ressortira mieux encore du court Travaux de 


examen, que nous allons faire, des travaux publiés 
par I’humaniste, devenu théologien, après son 
départ de Bruges. 

Cassander partit done pour l'’Italie. A la 
demande de son ami et compagnon de voyage, 
Corneille Wouters, il publia en 1544 ges Tabulae 
preceptionum dialecticarwm, quae quam brevissime 
et planissime artis methodum complectuntur, in 
puerorum et rudium gratiam, commencées à Rome 
et, achevées à Bologne (*). 

C'est une suite de ses Tabulac breves et expeditae 
in praeceptiones rhetoricae de 1542. 

En 1550, il compléta cet ouvrage par les 
Tabulae locorum dialecticorum (°). 

A partir de 1551, 1l entra dans une voie nouvelle 
et abandonna les classiques grecs et latins pour so 
tourner vers la Bible. Il entreprit d’abord de 
donner, pour les enfants des écoles du duché de 
Clèves, la vie des hommes illustres de l’ Ancien, 
Testament: De vuris illustribus, liber primus, con- 
tinens vitas eorum qui commemorantur in sacris 


bibliis usque ad Regum historiam (®). Cet opuscule 


(1) CASSANDER, Opera, p. 1293. 

(2) Zoidem, p. 1331. 

(5) Ibidem, p. 1049. Avant 1551, peut-être encore pendant son 
séjour Àà Bruges, Cassander avait composé deux opuscules: Veri 
aliquot illustres, qui ante Procam in Latto fuere,et Ad 0. Plinis 
Secundi de virie llustribus librum, appendiù llustrium virorum, qué 
oum Pompete fuere, (Opera, pp. 1441-1251). 


Cassander 
après son 
départ de 
Bruges. 


Travaux 
ittéraires. 


1: 
ú 


Travaux 
patrologiques. 


408 


est un travail de transition à des travaux plus 
sérieux. 

L'année suivante, 1552, parut la publication: 
Honoris Augustodunensis ecclesiae presbytert, de 
praedestinatione et libero arbitrio dialogus nunquam 
antehac typis ezpressus. — Epistolae dur ad S. 
Augustinum, altera Prosper, altera Hilarù Arela- 
tensis episcopt, de reliqutis Pelagianae haereseos, 
ad fidem vetusti ezemplaris restitutae. — Sententiae 
ex libris S. -Augustini de pradestinatione sanctorum 
et bono perseverantiae, quibus ad superiores epistolas 
respondetur, et tota haec controversia explicatur (!). 

Cet ouvrage nous prouve que Cassander, outre 
’Écriture sainte, lisait encore assidûment les Pères. 

L'auteur, dans l'épître dédicatoire adressée à 
Herman de Boucheim (°), expose brièvement l’his- 
toire des dogmes de la prédestination, de la grâce 
et du libre arbitre, ainsì que les luttes entre saint 
Augustin et Pélage. Il tâche aussi de répondre 
à l'objection gi connue: Â quoi servent les bonnes 
oeuvres et la pénitence, puisque, sì je suis prédes- 
tiné, je me gauve nécessairement; 8ì je suis 
réprouvé, le salut m'est impossible? A cette occa- 
sion, ìl faìt profession de suivre toujours le senti- 
ment de l’Église catholique. Nous verrons plus loin 
ce qu'il entend par là (%). 


(!) CASSANDER, Opera, pp. 614-667. 

(?) Herman de Boucheim avait prêté à Cassander le manuscrit 
d’Honorius. 

(®) ““ Non puto tamen abs re fore, si paucis, prout Deus dederit 
ex canonicee scripturse et catholioes ecclesise sententia, cujus me 
judicium et normam semper prosequi profiteor, nonnullorum 
impiorum hominum cavillis ooouram.'”’ — CaâssaNDER, Opera, p. 619, 


409 


Dans le même ordre d'idées, 1l édita en 1555: 
B. Vigil martyris et episcopt Tridentini opera, 
quorum aligua nunguam antehac integre edita, et 
nunc demum suo auctor, vendicata.…. Adheee, commen- 
tarvus de duabus in Christo naturis et unica hypo- 
stasi, adversus praecipuas hujus aetatis haereses (4). 
L'ouvrage comprend la Disputatio inter Sabellium, 
Fotinum, Arrium et Athanasium de l'évêque Vigile, 
les Libri V contra Hutychen et alios haereticos, 
non recte de naturarum proprietate et personae 
Christi unitate sentientes, du mème écrivain, ainsì 
qu'une dissertation de Cassander sur le dogme de 
Yincarnation, établissant deux natures et une seule 
personne en Jésus-Christ. Ce dernier écrit est dirigé 
contre les téléobaptistes Menno Simonsz. et Adam 
Pastor, dont les rêveries ressuscitaient les erreurs 
des Docètes et des Ariens. 

Notons, en passant, que Vigile, auquel Cassan- 
der donne le titre d'évêque de Trente, était évêque 
de Tapse en Afrique (?. Quant au dialogus d’ Ho- 
noré d' Autun, édité par Cassander, voici ce qu'en 
disent les auteurs de Histoire Littéraire de la 
France, Énumérant les ouvrages de ce prélat: 
“3e Un dialogue entre le maître et le disciple, 
intitulé I' Znévitable. L'objet qu’ Honoré s'y propose 
est d'expliquer le mystère de la prédestination et 
de le concilier avec le libre arbitre. Cet ouvrage 
serait excellent sans deux ou trois endroits qui 


(!) CASSANDER, Operu, pp. 449-613. 

(>) Dom Reur CrirLiER, Histoire générale dee auteurs sacrés et 
eccléstustigues, Paris 1748, T. 15, p. 250; Mrere, Patrol. lat, T. 62, 
col. 93. 


Travaux 
liturgiques. 


410 

exhalent une odeur de semipélagianisme. On a 
voulu néanmoins accuser notre auteur d’avoir 
donné dans l'excès opposé. IÌ est vrai que l' ouvrage 
présente des contrarietés grossières dans l’édition 
donnée par George Cassander à Bâle en 1528 (sic), 
et répétée à Cologne chez Sylvius en 1552; ce qui 
fait dire au P. Duchesne, jésuite, que tous les textes 
ne partent pas de la même plume, ou que l'auteur 
n’avait pas le sens commun. L'alternative est cer- 
taine; mais il faut ajouter que Jean Conen, pré- 
montré de Tongres, plus fidèle, plus sensé que 
Cassander, et guidé par de meilleurs manuscrits, 
fit disparaître ces contrariétés dans une nouvelle 
édition qu'il donna de l'Inévitable à Anvers, en 
1620 et 1624, édition qui depuis a passé dans les 
trois grandes Bibliothèques des Pères (1) ”. 

Ces paroles disent assez que les Bénédictins de 
Saint-Maur professaient une médiocre estime pour 
Cassander comme éditeur des Pères. 

C'est en 1556 que commencèrent les tribulations 
théologiques de Cassander, lorsqu'il publia ses 
Hymni ecclesiasticù praesertum qui Ambrosvani 
dicuntur, multis in locis recognitt et multorum 
hymnorum accessione locupletatt. Cwmn scholus, 
opportunis in locis adjectis, et hymnorum indice. 
Beda de metrorum genertbus, ex prúmo libro de re 
metrica (®). 

Au lieu de se contenter d'éditer simplement le 


() Histoire liltéraire de la France, Paris 1759, T. 12, p. 165; 
Mrene, Patrol. lat, T. 172, eol. 15. | 
(°) CassaNDER, Opera, p. 147. 


411 


texte des anciennes hymnes de l’ Église, Cassander 
inséra dans sa collection des hymnes de Josse Clich- 
toveus, Jacques de Meyere, Louis Vivès, Georges 
Fabricius (!) et d'autres, anonymes; de plus, il y 
ajouta des scolieg où il nefut pas toujours également 
heureux, par exemple: touchant le mérite, F'onvoca- 
tion des saints, la communion sous les deur espèces, etc. 
Aussi les théologiens de Liouvain n’hésitèrent- 
ils pas à ranger cet opuscule dans le catalogue des 
livres prohibés (1558) (®%. L'Indez publié sous 
Paul IV en 1559 le condamna également (°). 


me en ae 


(!) Georges Fabricius, de Kemnitz, était luthérien. Ses Odarum 
Libri tres ad Deum omnipotentem sont censurés par les théologiens 
de Tsouvain, en 1558, dans le Cataloghe etc. (Voir note 2), feuill. 
B (iij] r°. L'Indeztridentinus, de 1564, range G. Fabricius parmi les 
auteurs primae classis, c'est-à-dire parmi les hérétiques ou les écri- 
vains suspects d’hérésie, et dont tous les ouvrages, même futurs, 
sont prohibés. 

(?) Cataloghe ende intitulatie vanden quaden verboden boecken etc, 
Loven, 1558, feuill. B [tij] r°. — Déjà en 1540 la Faculté de théo- 
logie de Louvain avait publié un catalogue de livres hérétiques 
ou suspects d'hérésie, dont elle défendait l'achat, la vente, l’édition 
et la lecture à tous les suppôts de l'Université (*). En 1546 et en 
1550, les mêmes théologiens avaient, à la demande de l’empereur 
Charles-Quint, dressé successivement deux catalogues plus étendus 
d'ouvrages prohibés dans les Pays-Bas (#). Le catalogue de 1558, 
plus ample encore que les précédents et dont nous donnons ici le 
titre, est le quatrième que dressa la Faculté théologique de 
Louvain. Ces catalogues n'ayant pas force de loi pour tous les 
fidèles, le pape Paul IV ordonna à la congrégation du Saint-Office 
de faire un Inder des livres prohibés, obligatoire pour toute la 
chrétienté. Cet Index fut publié par autorité pontificale, en 1559, 
sous Je titre que nous donnons dans la note suivante. 

(3) Indem autorum et librorum, qui ab Offieio Sanctae Rom. et 
Universalis Inquteitionte cavert ab omnibus et eingulis in universa 
Chriettana Republica mandantur.… Index venundatur apud Anto- 
nium Bladum... Romae, 1559. 


(*) Placcacten van Vlaenderen, 1 Bouuk, rubrica VII, bls. 163, 
(*2) Ibidem bla. 143-15689; 170-185. Cos deux ontalogues sont respectivement annexés 
aux placarda de Charles-Quint du 30 Juin 1646 et du 20 Avril 1650, 








412 


Cassander et son compagnon, Corneille Wouters, 
avalent eu le projet de soumettre leurs écrits à 
examen des théologiens, mais un ami les en avait 
détournés (1). 

Si auteur des Hymni avait eu le courage et la 
prudence de ne pas suivre ce mauvais conseil, il 
n’aurait pas dû se répandre en tardives doléances, 
dont nous avons Ï'écho dans ses lettres. 

Voici ce qu'il éerivait, en 1559, à Jean van der 
Meulen (Molincus), professeur de décrets à l’Uni- 
versité de Louvain: Je n'ai jamais songóé, que 
mes scolies aux hymnes encourraient une puni- 
tion aussì1 imméritée, celle d'êtres insérées sim- 
plement dans le catalogue des livres prohibés. 
Cette mesure m'a été d'autant plus désagréable 
et pénible, que j'en ignore le motif. Si quelque 
passage semblait choquant, avant que de le 
condamner, il aurait fallu entendre la défense 
ou l'explication de l'auteur. Si le censeur (que 
Dieu lui pardonne) n'y a vu aucune hérésie, 
comme je sais qu'il la affirmé, mals seulement des 
propositions capables d'offenser le pieux lecteur, 
pourquoi ne pas le dire? Je suis pourtant à me 
demander où sont ces propositions blessantes. 


(5) “ Certo cupio vos candori studere, ne hoc seculo carruptelis 
undequague noxio, alienae quoqgue impietatis vos faciatis mini- 
stros. Non placet quod censure vestrorum theologorum vultis ea 
committere, quia ansam dabitis de vobis, studiis ac scriptis vestris, 
eo magis in posterum judicandi: taceo quam omuia ad limam 
ipsorum quadrabunt.’’ — P., BURMAN, Sylloges epistelarum a viris 
llustribue scriptarum, T. 2, p. 236, epist. XVII, Cornelio Walthero 
et Georgio Cassandro, N. N. 18 Marcii anno 55, 


413 


Toutefois la malice des hommes ne me fera jamais 
déserter l'antique tradition catholique pour passer 
à un parti. J'aì eu, et, Dieu aidant, j'aurai toujours 
en horreur les nouveautés téméraires; jJalme la 
paix et la concorde religieuse à laquelle j'ai con- 
‘gacré tous mes labeurs, sans attendre, de ce chef, 
grande récompense en ce monde. Vous m'obligeriez, 
sì par votre influence, vous obteniez que la cen- 
sure fût levée ou mitigée (!). 


(!) “ Liturgica nostra aliquando locWpletiora edere statueram, 
et, (ut in precfatiuncula me facturum recepi) integras ipsas litur- 
gias, libellos ipsos ordinis Romani cum aliquot expositoribus 
emittere in animo habueram cum aliig nonnullis commentariis 
qúi ecclesiasticee antiquitatis studiosis non ingrati fortassis nec 
inutiles futuri erant: sed quzsedam postea inciderunt, quse hoc 
meum studium et animi impetum plane retuderunt, cum videam 
piorum virorum studia ad catholicze eeclesime utilitatem, et eccle- 
siasticam pacem et unitatem collata tam iniquis et malignis 
censuris objicì. 

Nunquam enim fore putabam, ut scholiola nostra in hymnos 
ecclesiasticos in tara indignam censuram et reprehensionem incur- 
rerent, ut in catalogum reprobatorum librorum simpliciter inser- 
uerint, quod (certe fateor) mihi ingratissimum et molestissimnum 
accidit, eo magis quod cansam hujus rei hactenus cognoscere non 
pstuerim……. 

Oportuerat sane ante judicasse, si quid erat quod offenderet, et 
purgatiounem vel explicationem auctoris exspectasse. Quod si 
censor ille, cujus hoc auctoritate est factum, cui, licet mihi 
iniquo, Deum tantum propitium opto, nullum errorem aut heeresim 
in illis scholiis deprehendit, id quod illam confirmasse certo 
intellexi, sed contìineri tamen qusedam quee rudibus et imperitis 
offensioni esse possint : cur hoe ipsum non adseribi jussit in hane 
vel similem sententiarm, non quod errones aliqua contineat, sed 
piorum animorum offensiva? Id certe tolerabilius futurum erat: 
quanquam que sint illa offensiva nondum prorsus conjicere possim. 

Nunquam tamen ullorum homìnum improbitas efficiet, ut 
catholico illo et perpetuo antiquitatis ecclesiee consensu relicto, ad 
partes aliquas vel sectas me conferam. Sicut enim hactenus, et 








414 


À ces plaintes, Molinseus répondit: Il n'y a 
aucun espoir de faire retirer la censure. Mais 
consolez-vous, Inder ne comprend pas seulement 
les livres hérétiques ou suspects d'hérésie; on y 
insêre encore ceux dont la lecture est inopportune 
en ces temps de troubles. J'aurais voulu pour 
beaucoup vous voir éditer les Hymnv sans ces 
scolies, qui nous empêchent de jouir de votre 
travail. Josse Ravesteyn semble concevoir de 
vous une opinion moins favorable, sans doute, 
parce que vous ne revenez jamais dans votre 
patrie et que vous préférez les pays où règne une 
plus grande liberté de penser (}). 


Deo adjuvante futurus, sum ab omni studio temeraries novitatis 
abhorrentissimus, ac paois et concordise ecclesiastice, salva pietate, 
amantissimus, ad quam pro meo modulo adjuvandam hactenus 
omnia mea studia contuli, quamquam scio huic studiorum generi 
exiguam in hoc mundo gratiam esse propositam: ita enim natura 
comparatum est, ut qui partes dissidentes conciliare velit, malam 
utrinque gratiam ineat, dum ab utraque diffidere eum a se, qui 
non per omnia sibi agsentiatur, existimat. 

Quod si tu, vir humanissime, pro tua auctoritate, aliqua ratione 
efficere possìs, ut iniqua illa censura vel inducatur, vel mitigetur, 
magnum mihi ad suscepta mea studia prosequenda calcar adje- 
ceris… | 

De corpore illo liturgico emittendo nondum omnino animum 
despondi.'” — CASsANDER, Opera, p. 1094, Eximio viro D. Joanni 
Molino, regio decretorum professori Lovanii. C'est une réponse 
à une lettre de Molineeus du 1 Juillet 1559. 

(1) “ Plane ut retractetur judicium,quod magnopere a me conten- 
dis, ne spes quidem est ulla. Illud interim dolorem lenire poterit, 
quod in catalogum librorum lectionis improbatae nedum ea 
referuntur, quee heeresim quampiam aut statuunt, aut redolent, 
sed quwcumque stati nostre purum videntur congruere. Velim 
profecto te hymnos ipsos edidisse suppressis scholiis, que labore 
nos tuo frui haudqusquam sinunt. 





415 


Dans sa réponse, Cassander insiste de nouveau 
pour connaître les raisons alléguées par les cen- 
seurs et se déclare prêt à faire les corrections vou- 
lues, si on lui prouve qu'il a avancé des assertions 
réellement choquantes. Quant au reproche de 
Ravesteyn, 1l s'en défend en digant : Je puis avoir 
plusieurs motifs três avouables de préférer le séjour 
en pays étranger, entre autres le motif de santé, 
et il est injuste de me prêter des motifs odieux. 
D'ailleurs la liberté plus grande de penser qui règne 
ici, peut être nuisible aux ignorants, mais elle est 
incapable d'’ébranler dans la foi catholique des hom- 
mes solides et pieux, armés par la lecture des livres 
saints et de la tradition et versés dans l'antiquité 
ecclésiastique. Aussi, je confesse que dans cette 
tourmente religieuse, j'ai toujours suivi ce juste 
milieu, que le Christ a fait briller à mes yeux 
comme une étoile, ce juste milieu, dis-je, dans \'in- 
telligence de l’Éecriture expliquée par la tradition 
perpétuelle de l’ Église. J’avoue également que j' use 
volontiers, non pas de la liberté de penser, mais 
de la hberté de tout lire et connaître, quelque 
Impie et absurde que ce soit, parce que j'estime 
cette Étude nécessaire (1). 

Ille (Tiletanus] videtur, quantum prima fronte conjeci, non 
omnino integram de te opinionem habere, forte quod patriam nun- 
quam repetas, quodque eas preeferas ditiones, in quibus quidvis 
sentiendi opinandigue libertas est major.” — Sylloges epist., T. 2, 


p. 246. epist. XXVII, Johannes Molingeus Georgio Cassundro. 
(Sans date). 


(') “ Gratum mihi feceris si cansas et monimenta ut appellant, 
quw censores istos et criticos, ut vocas, ad scholia nostra notanda 
aduxerint, ad nos transmittas; mutare non gravabor sì quid 
merito offensionem parere intellexerim : confutationi autem nostree 
sive purgationi optarim, ut apúd illos locus sit. 





416 


En 1561, J. van der Meulen expose enfin à 
Cassander les griefs des théologiens de Louvain, 
griefs qu'il fait siens. On lui reproche donc : 


1° d'avoir appelé insignes les livres Carolins (!) 
écrits contre le septième concile oecuménique 
(2° de Nicée) touchant la vénération des images; 


Quod nuncias D. Tiletanum non satis integram de me opinionem 
habere, optarim in illo et illi stmilibus paulo majorem constantiam, 
quam ut tam levibus argumentis sinistre de proximo sentiant 
cujus animi studium et institutum nondum penitus cognoverint. 
Cur patriam non repetam, et heec loca preeferam? vari cause 
esse possint, eseque juste et probabiles, quare non gatis perite, 
neque pie ad unam causam, eamque odiosam, recurritur. Quam 
multi enim alienas provincias, easque remotissimas, non modo 
propinquas, certis de caugis incolunt? inter quas non postrema 
est tuende valetudinis ; ejus imprimis studiosis et valetudinariis, 
in quo ego sum numero, habenda est cura. Deinde ut major hic 
Sit sentiendi opinandique libertas, ea rudes fortassis et imperitos 
ad perverse sentiondum adducere possit; constantes tamen et 
pietatis studio gerio incitatos, et nonnulla lectione et cognitione, 
cum sacrarum, tum traditionis veterum scriptoram instructos et 
communisos, ac vetustatis ecclesiasticas, totiusque catholica:, hoe 
est, antiquse perpetuse, ac universalia consentionis non imperitos, 
a soliditate catholicse fidei dimovere non poterint. Itaque de me 
profiteor, in his setate nostra obortis undique vehementius procellis 
me medium cursum, quem mihi Christus in sacree scripturse vera 
intelligentia, perpetua ecclesiwe traditione nobis explicata et relicta, 
tamquam cynosuram quandam, praeemonstravit, semper retinuisse, 
et eodem gubernante, doneo ad portum colestis patriae perveniam, 
obtenturum. Postrema et illad fateor me hanc non quidem sen- 
tiendi et opinandi, sed legendi et cognoscendi quidvis quamvis 
etiam absurdum et impium libenter amplecti. Video enim hoc 
genus studii hoc axtate inprimis utile et necessariam.”— CASSANDER, 
Opera, p. 1097, D. Joanni Molinseo. 


()) Le second concile de Nicée, tenu en 787, dans sa 7° session, 
avait défini: “ Qu'on doit vénérer (mpooKuvnotv arroveper) 
les saintes images, mais que le culte de latrie (A\arpeta) est 
réservé à Dieu seul.” Les actes du concile étaient rédigés en grec. 
lie pape Adrien I en fit faire une traduction latine dont il euvoya 
un exemplaire à Charlemagne. Malheureusement cette traduction 


417 


2e d'avoir affirmé qu’anciennement la communion 
n’était point regardée comme complète,s1 elle ne 
ge faisait sous les deux espèces; 

3° d'avoir dit que les termes: Omnes Sancti, orate 
pro me, n'expriment qu'un simple désir, et non 
pas une prière; 

4° d'avoir avancé que les bonnes ceuvres ne sont 
pas Ja cause du salut, mais seulement le signe, 
Poeccasion, la voie du salut. 
Le correspondant termine en suppliant son amide 

vouloir changer,omettre ou mitiger ces assertions(!). 


était si défectueuse que, rendant les mots 7pooKvvNT to et Aar peta 
indistinctement par l'expression adoratio, elle prêtait aux Pères 
de Nicóée un langage tout opposé, à savoir: “* Qu'on doit adorer 
les images.” 

A la suite de ce malenteudu, un coder de quatre livres, publié 
en 790, sous le nom et peut-être sur l’instigation de Charlemague, 
attaqua outre mesure la prétendue doctrine du concile de Nicée. 

Cet ouvrage, qui a gardé dans l'histoire le nom de Libri Carolint, 
émet entre autres les principes suivants: 

“ L'adoration et le culte ne doivent revenir qu'à Dieu; lui seul, 
et non pas la créature, est adorandus et colendus. 

On doit simplement vénérer les gaints (venerandt); il faut leur 
rendre l'opportuna veneratio. 

Il y a cependant des cas où on accorde l’'adoratio à des hommes; 
elle consiste à se prosterner devant eux, ou à les baiser, mais cela 
n'a lieu que salutationis causa et par amour, ou bien par humilitó. 

Quant aux images, on ne doit pas leur rendre cette adoration, 
car elles sont sans vie et formées de main d'homme. On doit en 
avoir: a/ pour l'ornementation des églises; b/ pour rappeler 
d'anciens souvenirs, mais on ne doit leur rendre ni d'adoratio ni 
de cultura. 

Il est insensé d'allamer des cierges et de brûler de l'encens 
devant les images.” — Voir: HéréLÉ, Histoire des conciles, traduite 
de l'allemand par Delarc, Paris 1870, T. 4, p. 368, 'L. 5, pp. 118 sqq. 

()) Sylloges epistol., T. 2, p. 249, epist. XXX, Johannes Molinssus 
Georgio Cassandro, 18 Martii 1661. 

27 


418 


Cassander s'empressa de fournir des explications, 
avec prière de les communiquer aux théologiens les 
plus équitables et les plus modérés, qui ne peuvent, 
dit-il, manquer d’y trouver leurs apaisements. Les 
demi-savants, superstitieux et d'humeur chagrine, 
il faut les négliger; jamais personne ne pourra les 
satisfaire (1). 

Ces explications peuvent se résumer aìnsi: 

1° J'ai appelé insignes les livres Carolins, dit 
Cassander, d'abord parce qu’ils furent publiés au 
nom et par l'autorité de Charlemagne, du consente- 
ment du synode (°) [de Francfort], auquel assis- 
taient les légats du Pape. Ensuite parce qu'ils 
ont été toujours tenus en honneur, sans que per- 
sonne, jusqu'icì, les alt condamnés ou mal notés. 
Charlemagne en les éditant, n'a fait que suivre le 
sentiment du synode de Francfort, qui, certaine- 


(!) “ Tiletano placuit, quod ea, que offenderunt in scholiolis ad 
hymnos tuis, mutare non recuses. Itaque dedi operam, ut censu- 
ram videas. ” — Sylloges epist. T. 2, p. 248, epist. XXIX, Joh. 
Molinseus G. Cassandro, 27 Oct. 1559. 

< Intellexi ex Arnoldo Birckmanno te responsum nostrum 
ad censuras theologorum theologis exhibuisse, cum propositi 
mei fuerit ut eequioribus tantum et modestioribus communicares. 
Sed tamen facile id fero. Nam wequis, moderatis et peritis viris 
abunde satisfactum esse scio; sciolis, morosis et superstitiosis 
nemo-unquam satisfecerit; et spero venerandam tllorum theolo- 
gorum sgenatum nune ita constitutum, ut contra tritum illud 
Livianum: Mujor pars vincat detertorem.” — CASSANDER, Opera, 
p. 1120, D. J. Molinwo. 

(®) C'est une erreur. Lies livres Carolins parurent en 790, tandis 
que le synode de Francfort n’eut lien qu'en 794. 11 n'est même 
plus possible de savoir si les livres Carolins ont été présentés au 
synode de Francfort, et s'ils ont été approuvés par cette assem- 
blée. — Voir: HÉrÉrÉ, l.c. 'T. 5, pp. 101, 121, 137. 





419 


ment, a rejeté la doctrine du synode groe de 
Nicée statuant qu'il faut adorer les images. Les 
Romains avaient peu d’estime pour le synode de 
Nicée et s'en tenaient à l'ordonnance de Grégoire, 
qui écrit à Serenus de Marseille: On ne doit pas 
plus adorer les images que les briser ('). 

2e Après avoir invoqué l'autorité de I'Ordo 
Rumanus, des papes Léon I, Gélase I, Martin V, 
du moine Paschase-Ratbert et d’'Augier, Cas- 
sander conclut: Il conste donc assez qu'à cette 
époque la participation au Corps et au Sang de 
Notre-Seigneur sous les deux espèces était regardée 
comme nécessaire dans la communion pleine, légi- 
time et solennelle. Je ne parle pas de la communion 
extraordinaire des infirmes et de ceux qui ne sup- 
portent pas le vin, ni de la communion des enfants 
et des étrangers (°),ni de la communion domestique 


(5) “ Quatuor illos libros adversus synodum Greecorum de ado- 
randis imaginibus Niceee habitam insignes appellavi, primum quod 
Illustrissimi regis Caroli nomine et auctoritate, assentiente uni- 
versa synodo, cui legati Romani Pontificis intererant, conscripti 
et editi sint. Deinde quod videam eos libellos in pretio et honore 
semper habitos fuisse…. Breviter citatum honorifice hoe volumen 
et laudatum lego, damnatum, reprehensum, imo vel notatum non 
lego... qrod tamen Carolus gententiam totius synodi Francfor- 
dianae sequutus pro zelo sue fidei suo nomine conscribi et evulgari 
voluerit. Illud certe constat, synodum illam Greecorum Nicee 
iteram habitam in celebri illa synodo Francfordiensi rejectam 
fuisse, qua parte statuebat imagines sanctorum adorandas…’” — 
CASSANDER, Opera, p. 1103. 

(2) Communio peregrinorum. A propos du synode d'Agde, tenu 
en 506, qui réduit le clerc désobéissant à la peregrina communio, 
Héfélé dit: “ On ne sait ce qu'il faut entendre par cette peregrina 
cummunio. Dom Ceillier cite une dissertation de Jacques Dominicus 
pour expliquer cette expression comme il suit: IÌ doit, comme les 
clercs étrangers, communier après tout le clergé, mais avant les 


420 


et privée. — Vous n'admettez pas la nécessité 
absolue de la communion sub utraque specie; aussi 
n'ai-je pas touché cette nécessité absolue. — Mon 
intention n’était pas d'approuver nì d'improuver la 
communion wérvusque ou alterius speciei. Je me suis 
contenté simplement d'exposer la coutume des 
anciens. — Vous jugez inopportun d'accorder l'u- 
gage du calice aux laïcs; mais d'autres théologiens 
très entendus, comme Gropperus et Eckius, sont 
d’un avis contraire. J'avoue que j opine avec eux(!). 


laïques.” Bingham donne une autre explication. Il fait la suppo- 
gition suivante: De mêtne que l'on accordait tout ce qui était nóces- 
gaire, même aux étrangers qui n'avaient pas de lettres de paix, leur 
donnant ainsi, pour ainsi dire, la communio benignitatie, mais non 
pas la communio altaris, de même on traitait de cette fagon les 
clercs désobéissants, jusqu'à ce qu’ils s'améliorassent, et cette 
exclusion temporaire de l'Eglise était une peine moindre que d'être 
relégué, d'une manière indéfinie, dans la communio laicalis. ” — 
Histoire des conciles etc, T. 3, p. 255. 


(1) “ Satis igitur constat iis seculis ad plenam, legitimam et 
solemnem communionem, utriusque sacramenti corporis et sang ui- 
nis Domini participationem necessariam habitam fuisse; de extra- 
ordinaria infirmorum, abstemiorum, infantium, peregrinorum, 
domestica, item et privata,… hic nîl loquor… Addis te non admis- 
surum, eam absolute fuisse necessariam… Ego enim de absoluta 
necessitate nihil loquutus sum; de ordinaria et golemni communione 
loquor, quam certe pro aliquo tempore negari non potest neces- 
sariam habitam fuisse.…. Meum propositum non fuit, utriusque, 
vel alterius speciei oommunionem vel probare vel improbare… 

Quod autem ats, non censere te calicis usum esse concedendum 
laicis, non eegre scio feres, si alii insignes et exercitatì theologi 
aliter sentiant. Joannes certe Gropperus…….. Et Joannes Eckius..… 
In hac sententia scio esse multos eruditos et pios viros catholicse 
pacis amantes, sectas omnes detestantes. Cum his, ut ingenue 
fateor, haud gravatim sentio, qui putant ad concordiam et pacifi- 
cationem ecclesiarum plurimum pertinerec, gi usus dominici calicis 
non abrogatus ot abolitus, sed ad tempus suspensus et intermissus 
populo fideli legitima et ordinaria via restituatur.”’ — CASSANDER, 
Opera, pp. 1106-1108. 


421 


3° Touchant Finvocation des Saints (1), ce qui 
m'a amené à en parler comme je l'ai fait, c'est que 
la question de savoir sì, dans quelle mesure et 
comment les Saints connaissent et exaucent nos 
prières, n'est résolue d'une manière certaine, ni 
chez les anciens, ni chez les modernes; la discussion 
se renferme dans les limites de la probabilité. C'est 
pourquoi, ne voyant aucune nécessité d'établir 
que les Saints ont connaissance de nos prières, je 
croyais suffisant, pour éviter les reproches de 
quelques-uns, de dire que nos invocations peuvent 
s'expliquer dans le sens de désirs; ce qui est moins 


(!) ““ De interpellatione sanctorum jam olim in Litaniis publicis 
usitata, scripsi non videri mihi cur minus liceat beatos illos spiritus 
ex quadam pii desiderii redundantia compellare atque exhortari 
ut id faciant, quod eos ultro facere credimus; ut perinde valeat: 
Omnes Sancti orate pro me, atque, utinam omnee Sancti orent pro me, 
etc. Huc me primum induxit, quod de hac qusestione, an, quatenus 
et quomodo sancti cognoscant et exaudiant singulorum eos inter- 
pellantium preces, nil apud veteres neque recentiores definitum, 
ged probabiliter tantum disputatum videam…. Movit me quoque 
potissimum quod apud Hugonem de sancto Victore legeram, non 
ideo inanes fore nostras preces, quibus sanctos ad orandum pro 
nobis invocamus, etiamsiì concedamus eos voces postulantium non 
audire…. Quare cum viderem non necessarium, ut statuamus 
sanctos intelligere nostras preces,credebam ad calumnias nonnul- 
lorum repellendas satis esse si dicamus per modum desiderii cas 
interpellationes explicari posse, quod minus habet absurditatis, et 
divinarum litterarum exemplis congruit. Si quis autem hujusmodi 
compellationes pro intimatione quoque desiderii, et directa (ut ita 
loquamur) alloquutione haberi velit, non repugno. Crediderim 
tamen hnjusmodi intimationi tacitam conditionem subesse debere, 
qualem Gregorius Nazianzenus in oratione funebri sororis Gor- 
gonise exprimit, cum ait: Proinde ei noetrt sermones vel parumper 
bi cur sint, honorque talie sanctie a Deo debetur animabus, ut 
talia resciscant, suscipe et tu sermonem noetrum.’”’ — CASSANDER, 
Opera, p. 1108-1109. 


422 


absurde et plus conforme aux saintes Écritures. 
Si l'on veut que nos prières expriment de plus une 
intimation directe de nos désirs, je n'ai rien à y 
opposer. Toutefois, je crois qu'alors 1l faut sous- 
entendre la condition tacite, formulée par Grégoire 
de Nazianze, dans l'oraison funèbre de sa sceur 
Gorgonia, lorsqu'il dit: Si nos paroles vous inté- 
ressent quelque peu, et si Dieu doit à ses Saints 
de leur donner pareille connaissance, vous aussì, 
agréez donc notre panégyrique (). 

4° Enfin, quant à la question du mérite(®), où vous 


(!) Les scolastiques n'ont jamais mis en doute st les Saints con- 
naissent nos prières. Seule, la question comment ils en ont connais- 
sance, était l'objet de leurs disputes. Les protertants, au contraire, 
attaqaaient l'invocation des Saints, sous prétexte que les Bien- 
heureux ne connaissent pas nos prières. — Voir: BELLARMIN, De 
controvereits christtana fidei, etc. Pragse, 1721, T. 2, p. 418. 

Voici le passage de saint Grégoire,tel que nous le lisons dans 
l'édition de ses ceuvres, publiée à Cologne en 1690; il diffère du 
texte donné par Cassander: ““ Quod si quid eos quoque, qui tibi a 
nobis habentur, honores curas, atque hoc preemii ganctis animis 
divinitus contingit, ut ista sentìant, nostram quoque orationem, 
pro multis, ac pre multis funebribus donis accipias velim. ” — 
D'ailleurs le si qu'emploie l'orateur n'est pas dubitatif mais affir- 
matif. — Voir: BELLARMIN, U. c., T. 2, p. 419. 


(2) ““ Restat extremus locus de meritis, ubi scribis tradere me 
bona opera non esse causam vitee sterne, sed signum, occasionem, 
vel viam, cum ego ïbi nil tradam, sed bona fide sententiam vetusti 
cujusdam ex scholasticorum numero scriptoris exponam…. Quid 
autem clarius dicto B. Bernardi, qui in libro de gratia et libero 
arbitrio sie loquitur? Aliogui si proprie appellentur ea quce dicimus 
nostra merila, epeì quaedam sunt seminaria, charitatie incentiva, 
occulte proedestinattonis indicta futuroe foelicitatis prossagia, via regni, 
non causa regnandt. Quid autem hac conclusione firmius, Merita via 
sunt regni, non causa regnandi? … Indicavi quoque goolasticos 
causam hic intelligere non proprie dictam, sed causam sine qua 
non, que vere et proprie causa non est. Hic auctorem habeo Petrum 


423 


me reprochez d'avoir dit que les bonnes oeuvres 
ne sont point la cause du salut, mais le signe, 
occasion, la voie du salut, je n'ai fait qu’exposer 
la sentence d'un ancien scolastique. Saint Bernard 
tient le même langage. Les scolastiques, entre 
autres, Pierre d'Ailly, regardent nos ceuvres méri- 
toires non comme cause proprement dite du salut, 
mais comme condition sine qua non. ailleurs 
presque tous font dériver lefficacité du mérite à 
Fégard de la récompense, non de la valeur intrin- 
sèque de nos ceuvres, mais de l'acceptation et de la 
promesse divines. Que cette promesse oblige Dieu 
en justice, comme les uns le disent, ou qu’elle ne 
Yoblige pas en justice, comme d'autres le pensent, 


de Alliaco …cujus heec sunt verba in IV, Q. I, art. 1: Quia causa 
est illud, ad cujus esse sequitur aliquid. Dupliciter potest aliquid dici 
causa; uno modo proprie, quando ad praesentiam esse unius virtute 
ejus ex natura rei sequitur ess6 alterius, et sic ignis est causa caloris; 
alio modo improprie, quando ad praegentiam esse univg sequitur esse 
alteriusg, non tamen virtute ejus, nec em natura ret, sed ex sola volun- 
tate alteriue. Et eie actue meritortus dicitur causa respectu praemii. 
Subdit autem : Cuusa, sine qua no», nos debet simpliciter et absolute 
diet causa, quia proprie, non est causa. Quid quod scholastici omnes 
pene, dignitatem, zequalitatem, et commensurationem meriti et: 
preemii, non in reipsa et intrinseca bonitate actus, sed in divina 
acceptatione, pactione et ordinatione constituunt? Quamvris autem 
nonnulli sint, qui hic sequalitatem quandam et justitiam ex 
divina pactione et conventione statuant, affirmantes Deum homini 
jure promissionis ad reddendum preemium obligari: Heee tamen 
ipsa obligatio principium habet gratuitum, neque ullam operibus 
intrinsecam virtutem addit, sed omne jus consequendi praemii in 
gratuita promissione consistit. Quid quod nonnulli insignes scrip- 
tores hoc ipsum negant, Deum videlicet sum promissione nobis 
obligari?…. Nam, ut taceam, quod merita omnia Dei dona sunt, 
ita ut homo magis propter ipsa Deo debitor est, quam Deus 
homiui, ” — CASSANDER, Opera, pp. 1109-1110, | 





424 


il reste toujours vrai que la promesse est toute 
gratuite et ne donne aucune valeur intrinsèque à 
nos actes, de manière que tout le droit à la récom- 
pense dérive de la gratuité de la promesse. Je 
pourrais ajouter que les bonnes oeuvres elles-mêmes . 
sont des dons gratuits de Dieu (!). 


() D'après la doctrine protestante la plus mitigée, les bonnes 
ceuvres ne sont que la manifestation de la fol justifiante. Lie salut 
ne dépend pas d’elles. Cependant, ces ceuvres.peuvent être appe- 
lées méritoires de la vie éternelle, non pas à raison de leur valeur 
intrinsèque, mais uniquement à raison de la libéralité de Dieu qui 
nous adopte en considération des mérites du Christ. 

La doctrine catholique, au contraire, enseigne que les oeuvres 
surnaturelles de l'homme justifié sont véritablement cause méri- 
toire du salut, en vertu de la promegse divine, et en vertu de la 
condignité ou valeur intrinsèque que ces ceuvres tirent des mérites 
et de la grâce de Jésus-Christ. Aussi les scolastiques attribuent- 
ils Yefficacité du mérite non pas seulement à la promesse divine 
(comme le prétend Cassander), mais en même temps à la valeur 
intrinsòque que Jésus-Christ donne aux oeuvres de l'homme jus- 
tifié agissant avec le secours de la grâce. 

Ces ceuvres surnaturelles ne sont pas tellement les dons de Dieu 
qu’elles ne soient pas aussi les mérites de l'homme justifié. (Cfre 
Cono. Trid. Sess. 6, Can. 32). 

Saint Bernard développe oette idée dans le chapitre 14 de son 
traité De gratta et libero arbitrio, d'où est extrait le passage cité 
par Cassander (Haec, cum certum sit divino èn nobie actitari epiritu, 
Dei sunt munera; quia vero cum nostrae voluntatis assensu, nostra 
eunt merita). Lorsqu'il dit que nos mérites sont la voie du salut, 
non Ja cause du salut, il veut signifier que nos mérites, en tant 
que nôtres, ne sont pas cause adéguate, puisque nos oeuvres pour 
être méritoires (in actu primo) doivent être faites avec le concours 
de la grâce, et qu'en outre la promesse divine doit les rendre 
dignes de récompense (in actu secundo). — Cfr. 9. Bernardi Opera 
omnia, Parisiis 1889, T. 1, col. 13896 sqq. 

Quant à Pierre d'Ailly, une fois qu'il définit la cause proprement 
dite * tout ce qui opdre en vertu de sa propre nature ”, il ne peut 
plus regarder les bonnes oeuvres comme cause proprement dite 
de la vie éternelle, puisqu’une des conditions du mérite est l'inter- 
vention de la promesse de Dien. 





425 


Molinseus déférant aux désirs de l'inculpé, s'ab- 
stint de communiquer les explications de Cassander 
aux théologiens réputés les plus sévères; il n'en 
fit part qu’à ses collègues les plus conciliants 
Hunnseeus, Hesselius et Ravesteyn. 

Ces explications, on l'a vu, n'enlèvent pas toute 
leur couleur protestante aux scolies sur les hymnes. 
Et cependant, s'il faut en croire le professeur 
de Louvain, Hunneeus ainsi que Hesgselius ne 
produisirent aucune observation, et Ravesteyn 
se contenta de faire quelques remarques à propos 
des livres Carolins. Van der Meulen luismême avoua 
qu'il ne trouvait plus rien à redire (}). Sans nous 
arrêter à chercher le motif de la réserve actuelle des 
Louvanistes, notons simplement que Ravesteyn, 
dans son apologie du Concile de Trente (*) contre 
Kemnitius, parlera sur les bonnes ceuvres et le mé- 
rite tout autrement que ne le fait Cassander; que de 
même, Hesselius, dans son traité de linvocation des 


() “ Equidem iis, quos duriores paulo intellexi esse tibi, nihil 
unquam communicavi. 

Plane ab Hunneeo et Lovanio nullam censuram elicui. Sed ne a 
Tiletano quidem quicquam adnotatum est, nisi quod ad synodum 
Francofordianam adscripsit heeo verba: haec mera calumnia est; 
nam definitio eynodt Nicenoe longe alia est, ut facile patet eam perle- 
genti; et paulo post ad Gregorii Romani Pontificis sententiam heo 
subjicit: manifestum est Gregorium logui de adoratione quae proprsa 
est Deo, non autem de veneratione.…, Et sane, ut ingenue eloquar 
quod gentio, universa epistola mihi videbatur tantopere authoritate 
et ratione munita, ut mordendi nullus relictus foret locus. *” — 
Sylloges epistol., T. 2, p. 252 Epist. XXXTI, Johannes Molineeus 
Georgio Cassandro, Vigilia Joannis 1561. 

(®) Apologtos sen defenstonis decretorum eacrosancti concilii Tridan- 
tins,.… adversue ceneuras et owamen Martini Kemnitii,.…. Pars prime, 
Lovanii 1568, pp. 358-381. 


426 


Saints (!) dirigé contre Monhemius, réfutera indi- 
rectement les assertions de Cassander sur cette 
matière, et attaquera ex professo dans un écrit 
spécial (?), comme nous le verrons tantôt, les opi- 
nions de Cassander sur la communion sous les 
deux espèces. 

D'ailleurs Cassander n’'ayant pas donné de nou- 
velle édition, son livre subsistait toujours tel qu'il 
Pavait publié. Aussi 1’ Inder Tridentinus, publié sur 
l'ordre de Pie IV (1564), condamna-t-il expres- 
sément les Hymni. L' Inder expurgatorius (1571) (®) 
renouvela les trois dernières observations formu- 
lées par les censeurs de Louvain et en ajouta 
quelques autres. Relevons-en une seule, celle qui 
regarde le scolie dont l'auteur fait suivre une hymne 
au précieux Sang de Notre-Seigneur, attribuée à 
Louis Vivès. On pense, dit le scoliaste, que le sang 
conservé à Bruges, est une partie du sang recucilli 


(!) Tractatus pro invocatione sanctorum, contra Joannem Monhe- 
mium.…. Lov. 1562, pp. 28 sqq. 

(9) Declaratio quod sumptio eucharistias sub unica pantie specie neque 
Christi proecepto aut institutiont adversetur, neque minus fructuoea 
sit, quam communio sub utragwe panis et vind specie; cum dissolutione 
eorum que contra adferuntur. Lov. 1566. 

(3) Nous avons vu plus haut (p. 293) que Philippe II publia, le 
15 Février 1570, Indes de Trente avec un appendice dressé par 
les évêques et les docteurs. Tse décret accompagnant cette publi- 
cation ordonna de livrer au magistrat, endéans les trois mois, tous 
les livres encore à expurger. Des comités de censeurs diocésains et 
un comité central établi à Anvers furent chargés par le duc d' Albe 
de l'examen des livres. Le résultat de leurs travaux parut chez 
Plantin sous le titre : Index ewpurgatorius librorum qui hoe sceculo 
prodierunt, juata sacri conciliù Twidentini decretum Philippi II regis 
juesu et auctoritate, atque Albani ducte consilio ac ministerio én 
Belgio concinatus anno 1571, 


427 


gur le corps du Christ avant sa sépulture. Mais les 
théologiens ne s'accordent pas sur la question de 
savoir si le Sauveur a repris, ou non, tout son sang, 
lors de la résurrection. Devant cette divergence 
d'opinions, ne serait-il pas plus sûr et plus net, 
suivant le conseil du Christ, d’adorer avec les Juifs 
ce que vous connaissez, que d'adorer avec les 
Samaritains ce que vous ignorez (1). Les expurga- 
tores firent biffer cette remarque (°). 


(!) Les scolastiques anciens, ìl est vrai, ont nié que nous 
possédions une seule goutte du véritable sang de Notre-Seigneur, 
non point qu’ils eussent des preuves historiques quelconques à 
l'appui de cette opinion, mais en vertu de certains axiomes spécu- 
latifs qu’ils avaient acceptés a priori. Les arguments tirés de 
l'union hypostatique du Verbe avec l'humanité et de la résurrec- 
tions glorieuse de Jésus-Christ, ne résistent pas à la saine critique 
et sont rejetés par les théologiens modernes. En fait d'histoire, les 
Opinions précongues ont bien peu de valeur et les témoignages 
véridiques en faveur de l'authenticitó de la relique du S. Sang 
conservée à Bruges, renversent les raisonnements des scolastiques, 
quien cette matière ont trop peu consulté les faits. — Voir pour 
les détails sur cette question: Marou, Du culte du Saint-Sang de 
Jésus-Christ et de la relique de ce sang qui est conservóe à Bruges. 
Bruges 1851, pp. 41, sqq- 

(®)Voici quelques extraits de 1’ Indes ezpurgatorius. Nous donnons 
entre crochets les passages de Cassander, auxquels il fait allusion. 

‘“ Pag. 48, ad illa verba, [Ut pio regi pariter canentes cum 
guis sanctis) Mereamur aulam ingredi coeli, scholium incipiens, 
Vocabulum Merendi apud veteres, etc. [ecclesiastioos scriptores fere 
idem valet quod conseaui, seu aptum idoneumque fieri ad con- 
sequendum id, quod inter ceotera vel ex uno Cypriani loco apparet. 
Nam quod Paulus inquit I Timoth. 1, a\Aa kat n\enbnv, quod 
vulgo legitur misericordiam consecutus eum, vel ut Erasmus vertit, 
misericordiam adeptus eum, id Cyprianus legit,misericordiam merui… 
quee vocis notio si retineatur, multa quee duriug dici videntur, 
mitiora et commodiora apparebunt) deleatur totum. 

Pag. 149 et sqq., que habet de sacramento corporis et sangui- 
nis Christi, pertinent ad Eecolesiee suggillationem et universum 
scholium. 





‚428 


Revenons à l'année 1557. 

Cassander, en apprenant que ses Hymni avaient 
été censurés par les théologiens de Louvain, hésita 
un moment à continuer des publications de ce 
genre; maìs cédant aux instances de ses amis, et 
sans attendre les motifs de la censure qu’il avait 
prié van der Meulen de lui communiquer, il édita 
en 1558, ses Liturgica de ritu et ordine Dominvcae 
Coenae celebrandae, quam celebrationem graeci Litur- 
gram, Latini Missam uppellarunt (5). 


Pag. 187 Ompes Sancti orate Deum pro me, perinde valet ac 
si dicatur: Utinam omnes sancti Deum orent pro me, etc. (Quam 
velim ut omnes sancti Deum orent pro me! quis autem cum Deum 
orat, non cupiat omnes quotquot in ceelo et terra sunt pias preces 
suas una cum suis precibus conjungereP si enim unius justi 
precatio multum valet, non dubium quin plurium sanctorum et 
justorum preces plus valeant. Quse autem cautiones hic sint 
adhibendae, quibusque in rebus vulgo hie peccetur, non est hujus 
loci explicare) deleatur usque ad finem. Nam re vera Sauctos 
invocarmus preces eorum postulanteg, non solum desiderantes. Et 
amplius petit qui dicit: Ora pro me, quam is qui dicit: Utinam 
ores pro me. Nam illud audienti et intelligenti, dicitur: hoc vero 
etiam ab absentibus et non intelligentibus optari potest. 

Pag. 224. Qusecunque profert de utriusqae speciei communione, 
suo ac dubitantis more profert. 

Pag. 257. At in hoc opiniouum dissidio (vide num tutius et 
expeditius sit Christi monitioni obsequentem, cum Judeeis adorare 
quod scias,quam cum Samaritanis adorare quod nescias) deleatur 
usque ad finem. 

Pag. 261. Tota disputatio illa de meritis Sanctorum, a loco 
Porro quia tum hic, tum alibideleatur totum usqueadfinem. 

Habet hic liber vetustos et pulcherrinos hymnos, quos expediret 
recudi, omissa epistola dedicatoria; prestermigsis etiara recentiorum 
hymnis Iacobi Meyeri, Georgii Fabricii et cssterorum juniorum, 
quorum hymui vel tollantur vel seorsim imprimantur: non enim 
convenit inter hymnos vetustorum et Ecclesiasticorum Patrum, 
hosce reoentiores connumerare.”’ — Index eapurgatorius etc.; p. 14, 


(*) Cassanper, Opera, pp. 1-88. 


429 


Cette fois-ci, l'auteur a soin de prévenir, dans 
sa préface, qu’il ne pose pas en juge, arbitre ou 
même consulteur, mais qu'il se contente d'exposer, 
de narrer, et qu'à dessein, il a choisi les textes 
historiques, évitant les textes dogmatiques, afin 
de laisser au lecteur le soin de conclure. Parmi les 
cérémonies de la messe, dit-il, il en est qui, depuis 
longtemps déjà, universellement en vigueur et 
communes à presque toutes les nations, sont encore 
reconnaissables dans leurs vestiges. D'autres 
cérémonies ont été ou retranchées ou modifiées; 
quant à ces dernières, si pour quelques-unes, l'on 
a eu des motifs de les abolir ou de les changer, 
pour d'autres, il est presque nécessaire de les réta- 
blir aujourd’hui. Mon seul désir est de voir les 
dépositaires de l'autorité rendre l'action auguste 
du Sacrifice à son intégrité et sa dignité premières, 
de voir rémédier aux abus qui s’y sont introduits et 
mettre ainsi fin aux mortelles dissensions touchant 
la légitime administration des mystères sacrés (}). 


(") “ Quse omnia privatis meis studiis primum comparaveram, 
donec me nonnullt amici et viri boni ad publicationem hujus opus- 
culi incitarunt, nonnihil, ut fateor, renitentem, ut qui varietatem 
et malignitatem judiciorum hac nostra state utcumqùue cognitam 
habeam: et expertus didicerim nihil tam circumspecte, tam mode- 
rate, tamque religiose proponi posse, quod non in offensam et 
reprehensionem aliquorum incurrat. Sed id rursum me consolatur, 
considerantem, studia nostra qualiacumque non maledicis repre- 
hensoribus, sed benignis et candidis lectoribus servire debere, 
quibus etiam solis han? meam opellam inseribo dedicoque, et quam 
utilitatem hinc accipere possint, ex meo ipsius animo conjecturam 
facio…. Observabunt enim facile, in his ritibus nounulla esse om- 
hibus gentibus fere communia, et Jam olim summo consensu 
usurpata, quorum adhuc forma certe aliqua et extrema tanquam 





430 


Cassander émaille ces avis de reproches assez 
amers Évidemment à l'adresse de ceux qui avaient 
censuré ses Hymn. Il offre son travail, non pas à 
ce8 critiques médisants, mals uniquement aux lec- 
teurs pieux, bienveillants et sincères, qui mettent 
la gloire du Christ et la paix de l'Église au-dessus 
de leurs intérêts personnels; de tels lecteurs sauront 
le défendre contre la malice de ceux que de vains 


lineamenta servantur; alia esse obsoleta, vel commutata, quorum 
partim omissio et commutatio non sine ratione facta est, partim 
vero restitutio et redintegratio prope necessaria videtur. Sed heec 
accuratius explicare, hujus loci non est. Non enim hie judicis vel 
disceptoris, ac ne congultoris quidem, ged indicis tantum et narra- 
toris personam mihi sumpsi… Consulto autem eos tantum locos 
gelegi qui factum exponunt,non qui etiam dogmata confirmant, ut 
liberum penes lectorem judicium relinquatur. De me autem hoc 
tantum profiteor, nihil mihi longius esse, quam ut acerbissima, et 
pene exitiosn Eoclesiee dissidia quse de legitima hujus sacrosancti 
mysterii administratione hac nostra estate extiterunt, mature et 
prudenter componi videam, et gacroganctam hanc actionem sue 
integritati et dignitati restitui, et sì quid morbi aut vitii paulatim 
inolevit, (ut in rebus optimis et preestantissimis fieri solet) id per 
eos, penes quos hujus rei perficiendee auctoritas est et scientia, 
ita ourari et ìinstaurari, ut divinis literis summa auctoritas defe- 
ratur, Eeclesiee priscee sua reverentia exhibeatur, et cum preesen- 
tibns, ac per universum adhuc orbem diffusis ecclesiis quoad fieri 
potest, charitas, pax et unitas conservetur. Hunc meum animum 
omnibus pils et candidis viris, qui ubicumque locorum gunt, 
Christi gloriee, Ecclesisee paci, non guis affectionibus serviunt, 
testatum volo, eosque vicissim attestor, et patronos mihi advoco 
adversus eorum improbitatem, qui vanissimis suspicionibus (quas 
aut ipsì sibi ex inanibus conjecturis finxerunt, aut ex levium aut 
pravorum hominum delstionibus conceperunt) adducti, bonis 
viris quorum nondum animum perspectum habent, obtrectare 
etiam apnd graves et in dignitate constitntos viros non verentur : 
quibus hoe unum imprecor, ut charitatis officiis exhibendis eum 
potius, cujus nomen usurpant, imitentur, quam ut falsis calumniis 
adversus insontes struendis professione sua indigna admittere 
videantur.'” — CASSANDER, Opera pp. 4, 5. 


431 


Roupgons, concus à la suite de frivoles conjectures 
ou de délations mensongères, poussent à blämer 
et à noircir, même auprès de personnages haut 
placés, des hommes droits et honnêtes, dont ils ne 
connalssent pas le fond de l'Âme. Plutôt que de 
calomnier innocence, ces chrétiens feraient mieux 
d'imiter la charité de leur Maître. 

Malpré cette préface, et, sans doute, à cause 
d'elle, les Lutwrgica semblent n’avoir pas échappé 
aux censures de 1 Université de Louvain (Ì). Quoi 
qu'il en soit, le livre fut réprouvé plus tard par 
Inder expurgatorius (®). 

Après de nouvelles hésitations (°%), dues aux 
difficultés qu'il rencontrait avec les théologiens 
de Louvain, Cassander compléta ses Liturgica par 


(!) “ Accepi hic, statuisse eosdem Criticos nostris quoque litur- 
gicis interdicere, quod sane mihi valde inopinatum accideret : 
melius enim de gravitate et humanitate prsesentium nunc theolo- 
gorum perguasus eram. Scio enim me in tis liturgicis bona fide 
usum, et receptos tantum auctores me adduxisse existimo. Quare 
obtestor tuam fidem et nostram amicitiam, utea de re me certio- 
rem facias. Et si quid forte in iis liturgicis displiceat, mihi 
significes. Spero tamen tantum adhuc humanitatis istie reliqguum 
esse, ut non ante ad libelli censuram et notam accedant, quam 
ie locorum, que ipsos offendunt admoneri curent, neque enim 
mihi persuadere possum viros dictos et prudentes hominis famam 
tam vilem habere, ut eam tam temere conspurcent. Capiam vero 
primo quoque tempore hujus rei certior fieri: nam statui liturgica 
haec nonnullarum liturgicarum et plurium testimoniorum acces- 
stone locupletata emittere.” — CASSANDER, Opera, p. 1115. D.Joauni 
Molineo. 

(3) “ Liturgica, liber tollatur, ut est in indice.” — Indes 
eepurgatortue, etc, p. 14. 

(3) “ At ne hos quidem [libellos] publicaturus fuissem langue- _ 
factus quorumdam hominum improbitate, in pejorem omnia partem 
torquentium, nisi me fortuitus casus huc impulisset.”’—CASSANDER, 
Opera, p. 91. 


432 


la publication de Ordo romanus de officio mrssae. 
Cet Ordo comprenait: Ordo processionis ad ecclesvam 
sive missam secundum Romanos. 

Ordo processionis, sè quando episcopus festivis 
diebus missam celebrare voluerit, ita ut ab antiqurs 
patribus oceïdentaltum institutione est constitutus. 

Liber de romano ordine, qualiter celebrandum att 
offictum missae. 

Ordoeecclestasticus Romanae ecclesrae, vel qualster 
missa celebretur. 

Ordo misse secundum Romanos, vulgo dictus 
micrologus. 

Dialogus hoc titulo, Expositio missae ex concordia 
dwvinarwm scripturarum. 

Ezxpositio quarwmdam vacum ecclesvasticarum, quo 
in his libellis passim occurrunt, potissimum ex scholis 
D. Petri Urbevetani episcopi Jur. Canon. Doet. vn 
vitas Pontif. Damas (!). 


En 1560, Cassander publia, non sans se plaindre 
encore une fois de l'iniquité des censeurs louvani- 
stes (®), un autre travail liturgique intitulé: Preces 
ecclesiasticoe quoe collectae vulgo dicuntur, ex varis 
libris ecclesvasticorum offictorum diligenter conqut- 
sitae, el in ordinem digestae, cum aliis nonnullis 
precatvonibus collectarum speciem referentibus (*). 


(*) CASSANDER, Opera, pp. 89-145. 

(°) “ Nec te latet judiciorum perversitas, quee simplicissime ac 
religiosissime dicta in sinistram et deteriorem partem torquere 
soleat, quam iniquitatem in tenui opusculo, magis, ut libens 
credo, unius aut alterius hominis preejudicio, quam totius ordinig 
sententia atque consilio experti sumus,’’— CASSANDER, Opera, p. 303. 

(5) Ibidem, pp. 301-448. 


433 


D'apròs Assink Calkoen, leg Preces auraient 
encouru la censure des théologiens de Louvain; 
nous croyons au contraire qu'elles déplurent aux 
réformateurs (!). 

Les publications liturgiques de Cassander accu- 
sent chez l'auteur d'immenses recherches, une 
vaste érudition et une ample connaissance de 
Fantiquité chrétienne. Aussi des hommes compé- 
tents dans la matière décernent-ils au hiturgiste 


(1) Specimen historico-theologicum etc. p. 72, note 1: “ In transitu 
etiam commemoro, non tantum Hymnos ecclestasticos sed et 
Liturgica et Preces ecalesiasticas theologorum censura condemnatas 
faisse. Vid, Epist. 23 ad Molinseum et 34 ad Solinandrum.”’ — Nous 
avons cité plus haut (p. 431, note 1), la lettre 23 à Van der 
Meulen, dans laqaelle il est, question de la censure des Liturgica; 
quant à la lettre 34 à Solinander, sur laquelle Assink Calkoen 
s'appuie pour affirmer la condamnation des Preces par 1’ Université 
de Luouvain, et où nous ne voyons que des plaintes de la part des 
protestants, en voici les passages principaux: “ Intelligo nonnullis 
bonis viris insti6utum nostrum in his ecclesiasticis precibus eden- 
dis non probari tum quod ex his precibus nonnullas ad supersti- 
tionem populi aslendam facere existiment, eas videlicet, in quibus 
merita et intercessiones sanctorum hominum commemorantur, in 
quibus eqnidem hominibus zelum aliguem Dei libenter agnosco, 
scienties tamen non nihil et charitatis requiro…. Ego sane ingenue 
in ils me esse profiteor, qui omnem superstitionem et corruptelam 
in rebus religionem attingentibus pessime oderunt, ecclesiamque 
amotis perniciosis morbis sus integritati et sanitati, quoad fieri 
potest, restitutam cupiunt; sed veniam mihi dandam puto, si in 
dijudicatione harum rerum post divinas litteras antiquissimum 
quoque et perpetuum universarum ecclesiarum consensum adhi- 
beam; neque me quorumdam hominum recentium, quamvis neque 
indoctoram, neque impiorum, opinionibus tanquam preejudiciis 
me teneri et adstringi sinam.’’ — CASsANDER, Opera, p. 1125. On 
remarquera que Cassander se montre moins sóévèòre envers les 
censeurs de la réforme qu’envers ceux de Louvain. 


28 


Oorrespon- 


dance de Cas. 
sander 


434 


des éloges mérités, sans doute, mais qui à certains 
égards pèchent par exagération (!). 

Avant de parler des autres ouvrages composés 
par Cassander dans le but de pacifier l'Église 
et d'amener la réconciliation entre les deux partis, 








(!) EusèBr RENAUDOT, dans la préface de sa Liturgiarum ortenta- 
ltum collectio (Paris, 1716), écrit :“* Solus quantum adipisci legendo 
potuimus, plus vidit reliquis Georgius Cassander, qui in brevi, 
sed erudito scripto, quod Liturgica appellavit, ea solidioris do- 
ctrine semina inspersit, ex quibus fructus longe maximi colligi 
potuissent, si imitatores habuisset…”’ 


Le même auteur, dans La perpétuité de la foy de U'.Église catholique 
touchant U Eucharistie, (Paris 1711, T. 4, p. 15), s'exprime ainsi: 
‘“ George Cassandre, théologien d'un graud mérite et qui avait un 
caractère singulier de douceur et de charité avec une capacité 
supérieure à celle de la plupart des autres théologiens de son 
temps, s'est servi pareillement de argument tiróé de la conformité 
de la discipline des premiers siècles, dans la célébration de la 
liturgie, et à ce dessein il fit plusieurs recherches très curieuses 
comprises daus le traité qu'il appella Liturgica. Il n'y rapporta pas 
seulement divers extraits des anciens offices de l'église occidentale: 
H y joignit ce qu'il put trouver alors touchant les rites de l’église 
orientale, et quoique ce qu'il en a dit ne soit pas aussi ample ni 
aussi exact que ce qu'on a découvert depuis, cela suffirait néan- 
moins pour renverser tous les systèmes de la réforme.” 

Dom GUÉRANGER, dans ses Institutions liturgiques (Paris, 1878, 
T. 1, p. 473) dit à son tour: “ Georges Cassandre, docteur flamand, 
combattit avec zèle les nouveautés de la réforme, quoiqu’on soit 
en droit de lui reprocher quelques propositions trop hardies. Il 
publia un ouvrage savant ayant pour titre: Liturgicu de ritu et 
ordine Dominicw ciena celebrandse e variis scrijtoribus. C'est un 
recueil de passages des auteurs ecclésiastiques sur toutes les par- 
ties de la messe. llest suivi de l'Ordre romain, le seul que l'on 
counût alors. Cassandre publia, en outre, un recueil d'hymnes dans 
le genre de celui de Clichtoue, et un autre recucil des oraisors 
que l'on appelle collectes.” 

Pimonxr, auteur du beau travuil : Zes hynenes du bréviire romuin, 
études critiques, littéraires et mystiques (Puris, 1874), cite assez sou- 
vent les Mymni de Cassander. 


435 


parcourons quelques-unes de ses correspondances 
avec des savants de son Éépoque, de 155/ à 1561. 
On y verra qu’autant les catholiques se méfiaient 
de cet écrivain, autant les protestants avaient con- 
fiance en lui et le traitatent comme un des leurs. 


Voici d'abord quelques extraits de son commerce aveo &. Ketts 
Épistolaire avec Guillaume Kettler, évêque élu de 
Munster et voué de coeur à la réforme. 

Kettler demande s'il peut, sans causer du scan- touchant Ia li- 

dale, célébrer un service funèbre, selon le rituel nt catho- 
usité dans son pays, pour l'électeur de Cologne 
défunt. Le plus grand mal de cette liturgie, répond 
Cassander, est que beaucoup l'expliquent de 
manière à y trouver des preuves en faveur du 
purgatoire, dont l'existence est ici vivement dis- 
cutée; puis, ce qui devrait gurtout servir à l’édifi- 
cation du peuple, est proposé dans une langue 
inconnue et sous la forme de cérémonies muettes, 
d'où 1l résulte que les fidèles n'entendent que des 
gons creux et ne volent que des rites vides de sens. 
Quant à la messe pro defuncto, qui constitue la 
partie principale de loffice, on ne peut pas la 
réprouver, pourvu toutefois qu'elle se célèbre selon 
l'usage antique, c'est-à-dire que les paroles de la 
consécration ne soient pas omises, et que la com- 
munion soit distribuée sous les deux espèces aux 
proches parents et amis du défunt (}). 

(1) “ Vitium autem preecipuum in his est, quod a multis ad 
purgatorium stabiliendum heec detorqueantur, quod hic totum in 
opinione est positum, et quod ea qure preecipue ad sedificationem 
fidelis populi referri debuerant, ignota populo lingua et mutis ceere- 
moniis fiant, ita ut ad populum preeter ignotas quasdam actiones, 


et inanem verborum orepibüen nihil perveniat, quod omnino per 
tempus immutandum erit… 


et touchant le 
serment des 
évêques. 


436 


Le même prélat congulte Cassander au sujet 
du germent d'obéissance et de fidélité au Souve- 
rain Pontife, qu'un évêque élu doit prêter lors 
de sa consécration. IÌ le prie de lui en indiquer 
les ‘mpietates et les clauses illicites, et s'enquiert 
8’1l peut, sans blesser ga conscience, prêter le 
germent en Émettant la protestation “ qu'il n'en- 
tend s'obliger à rien qui soit contraire à la parole 
de Dieu (1).” 

Voigi, en résumé, la réponse de Cassander (®) : 


…Neque sane et ipsam Missam (improbandam censeo), aì veteri 
ritu fiat, videlicet, ut et testamentum Christi recitetur, et pressen- 
tibus aliquot presertim propinquis, et aliqua necessitudine 
defuncto conjunctis integra sacramenta dispensentur. *” — CENt. 
Epist. Epist. xv), p. 78. 

(!) “ Quanquam omnibus (saltem piis) constet, juramentum quod 
episcopi hisce temporibus Pontifici Romauo preestare coguntur, 
multa impia et christianae libertati adversantia continere; tamen 
non desunt (ut quisque vir doctus pro acumine ingenii imperitis 
multa persuadere potest) qui illud phaleratis rationibus exousent 
atque defendant…..Cupio ut tu pro tua singulari doctrina, singulas 
impietates, nec non omnia illicita, quee in hoc juramento continen- 
tur, adductis rationibus annotare, et potissimum si juramentum 
hoe (dum protestatio sive cautela illa preecederet, scilicet si aliquid 
contineret, quod verbo Dei adversaretur, quod in iis nullo pacto 
obstrictus esse velim) salva conscientia preestari possit……. velig. *” 
— Cexr. Epist. Epist. xx, p. 85 Doctiss. viro Georgio Cassandro, 
amico singulari, Colonies, Guillelm. Electus Monasteriens. 


(?) Cassander suppose qu'il s'agit de la formule du serment 
prescrite par Grégoire VII qu’on trouve dans les Décrétales 
(Lib. II, Tit. 24, De Jurejurando, Cap. IV). La formule déjà usitée 
au XVI° siècle et dont veut parler G. Kettler est celle que nous 
lisons dans le Pontificale; cette dernière eontient plusieurs clauses 
que la première n'a pas. La plus fameuse de ces clauses est 
énoncée ainsi: “ Heereticos, schismaticos et rebelles eidem Domiuo 
nostro vel successoribus preedictis pro posse persequar et impug- 
nabo ”. Quoiqu'elle n'ait rien de répréhensible au point de vue de 


437 
Il fgut párfois gubir un moindre mal afin d'en 
éviter un plus grand et de procurer un bien 
considérable, à la condition que ce moindre mal 
n'entratne pas de péché et que ce mal plus grand 
et ce bien considérable regardent le salut des 
âmes. Dans la gupposition qu'il ne vous est pos- 
sible dé garder votre charge épiscopale et de 
travailler au bien de l'Église, qu'en subissant 
Yinconvénient de la prestation du serment, il 
feste à examiner si le germent, bien que dur, peut 
être prêté sans péché, et s'il y a pas moyen de 
trouver un mode de le prêter sans offenser Dieu. — 
Ego N... episcopus ab hac hora inantea fidelis ero 


la verta de religion et de charité, les papes ont permis parfois de 
lomettre ou de la changer. Ainsi un décret de 1791 autorise les 
évêques Irlandais à l'omettre, et tout dernièrement le patriarche 
de Ciltcie & pa employer les termes: ““ Heereticorum, schismatico- 
rum,et febellium sanctitati vestree vestrisque successoribusg errores, 
conatus ac machinationes pro posse impugnabo; illorumque con« 
versioni sedulam operam impendam.” — Voir: BouquiLLon, Tra- 
ctatus de virlute religionie, Brugis 1880, T. I, p. 395. 

“< Primum est quod non raro ea tempors incidant, ut minora 
mala et incommoda subeunda sint metu majoris mali incurrendi, 
et fiducia excellentis alicujus boni obtinendi, modo hoe malum 
quod suscipiendum est, ex eo git genere, quod cum nullo peccato 
et periculo salutis sit conjunctum…. Item, si illud malum quod 
metuitur, et bonum quod speratur ad causam galutis, et vite 
terne pertineat……. Imprimis igitur diligenter expendendum 
est... num ÀÂ. T. in eam necessitatem redacta sit, ut non aliter 
officium suum Ecclesiee et reipublicse preestare possit, nisi de more 
hoe juramentum preestetur, et magna aliqua spes proposita sit, fore, 
ut hoe juramento preestito, eximia aliqua utilitas in Ecclesiam et 
rempublicam redundatura sit, quee omnia juramenti hujus detre- 
ctatione et omissione impedirentur. Quod sì ita est, certe nihil tam 
darom et molestum esse debet, quod non episcopus ad Ecclesiee 
gubernationemn legitime vocatus subire debeat, ut vocationi sues 


488 


sancto Petro sanctaegue Romanae ecclestae, domino- 
que meo Papae C. ejusque successoribus canonice 
intrantibus. Ces mots peuvent commodément s’en- 
tendre ainsi: Je conserverai fidèlement la doctrine 
que saint Pierre a enseignée aux Romains et lui 
obéiraì, ainsi qu'au pape et à ses successeurs, en 
tant qu’ils auront conservé la doctrine regue de 
saint Pierre. — Papatum sanctae Romanae eccle- 
svae… adjutor ero ad defendendum et retinendum… 
contra omnes homines. Cette clause, à première 
vue, paraît dure, voire même inique. En effet, si 
par papauté lon entend la tyrannie et l’injuste 
domination, que le pape, au mépris du droit divin 


quantum in ipso est, satisfaciat. Restat igitur nunc videre, num 
hoc juramentum ex eo genere sit, quod etsi incommodum aliguod 
adjunctum habeat, tamen cum peccato et periculo galutis conjun- 
ctum non sit, et an aliqua ratio inveniri possit, quo hoc juramentum 
Sine Dei et conscientise offensione preestetur. Itaque in genere hoc 
juramentum et singulas ejus partes expendamus……. Quod initio 
S. Petrus commemoratur, eique fidelitas promittitur, phrasis fuit 
guperioris eetatis; hie tamen commoda interpretatio adhiberi 
potest. Ideo enim S. Petri nomen preeponi videtur, quod is Roma- 
nam Ecelesiam sincera Christi fide et doctrina instituisse, eamque 
primus ex preescripto divini verbi administrasse credatur…… 
Quare hac forma loguendi intelligi potest, se doctrinam illam et 
fidem quam B. Petrus Romanos docuit, fideliter conservaturum 
eique obtemperaturum, ac Rom. quoque pontifici preesenti, ejusque 
guccessorì quatenus illam dootrinam, quam a B. Petro acceperint, 
retinuerint et conservarint…… Unicum est in hoo juramento, quod 
prima fronte non modo durum, sed etiam injustum apparet: nempe, 
quod de papatu Romans Ecclesies deferdendo et retinendo inseri- 
tur, incertum enim videri possit, quid papatus nomine intelligatur. 
Si enim papatus nomine tyrannis illa et injusta dominatio, qua 
non modo contra jus divinum, ged etiam humanum ecclesias et 
respublicas jamdudum oppressit, multaque sibi arrogat tanquam 
jure sibi debita, ques illi nec jure divino, nec humano conveniunt, 


439 


et humain, a exercées sur les églises et les nations, 
si l'on entend cette puissance que le pape reven- 
dique de droit divin, tandis qu'il ne la possède ni 
de droit divin, ni de droit humain, il n'est personne 
qui puisse, sans se rendre coupable, s'obliger à 
confirmer pareille tyrannie. Mais si le mot papauté 
signifie la primauté et la prérogative, qu’autrefois 
déjà les Grecs et les Latins ont reconnues au pape, 
à raison de la constance dans la foi dont la ville de 
Rome a donné des preuves jusqu'à une certaine 
époque, à raison de la célébrité de Église romaine, 
rien ne semble s'opposer à ce qu'on reconnaisse 
cette primauté, lorsque cette primauté sert à édifier 


certe sine peccato fieri non potest, ut quisquam sead tyrannidem 
illam stabiliendam obstringat. Át si papatus nomine intelligatur 
primatus ille et preerogativa, quam ei jam olim, tum Greecì tum 
Latini detulerunt, ut in ordine episcoporum propter urbis illius 
amplitudinem, et fidei sincerse, quee aliquousque ibi viguerit, con- 
stantiam, et ecclesie illius loci celebritatem primas obtineat, et 
peculiariter procurationem et inspectionem ecclesiarum per occi« 
dentem habeat, nihil prohiberi videtur, quin et talis primatus, si 
uti jam diximus, ad ecclesise sedificationem non destructionem 
faciat, agnoscatur…… Jam vero nemo est virorum doctorum, qui 
non in eo consentiat, hanc esse rationem omnis juramenti generalis, 
ut non aliter obliget, nisi salvis, ut aìunt, conditionibus generalibug, 
in quibus conditionibus hee exceptiones intelliguntur. Imprimis 
in omni juramento jus superioris excipitur; item, cum in genere 
aliquid juratur, semper intelligi debet si honesta, licita et-moderata 
Sint, quee juramento continentur… ita enim scholastici et canonistes 
loquuntur…. 

Itaque quamvis in singulis hujus juramenti partibus, que 
in diversas sententias trahi possent, tacita intentio et exceptio 
juramentum preestantis, qui ea omnia ad sequiorem et meliorem 
partem trahat, coram Deo sufficere videatur, tamen in hoc tanto 
et tam periculoso negocio majorem adhuc cautionem et diligentiam 
adhibendam existimo cum conscientie consulendee, tum scandal 


440 


et non pas à détruire. — D'après les canomistes, 
il est vrai, celui qui jure en général, ne s'oblige 
par serment qu'à ce qui est honnête, licite et 
raisonnable, et dans un serment dont les clauses 
sont susceptibles de plusieurs sens, intention de 
ne s’engager que dans le sens honnête, suffit pour 
Justifier devant Dieu l'assermenté. Cependant, 
jestime que, dans une affaire aussi grave, afin 
d'éviter le scandale et de tranquilliser votre con- 
science, il importe de prendre des précautions 
plus grandes. Vous devez faire, par devant notaire 
et en présence de tÉémoins, non seulement, une 
protestation générale, mais en outre une protesta- 


evitandi causa, nempe, ut si omnino hoe juramentum, qua forma 
in Decretalium libris positum est, preestandum sit, ante, coram 
notario et testibus viris aliquot gravibug protestatio fiat, non 
quidem in genere tantum, sed de singulis quoque partibus, in 
quibus ambiguitas inesse, et in deteriorem partem torqueri pos- 
sint, hoc vel simili modo. Quod promitto fidelem me fore S. Petro 
non ita intelligi volo, quod numen aliquod B. Petro, aut inspectio- 
nem cordium illi tribuam; sed quod doctrmam et fidem, qua is 
Romanam ecclegiam constituisse creditur, fideliter observaturum 
me promittam. Item quod juro, me fidelem fore S. Rom. Eoclesiee, 
et domino Pape ejusque successoribug, etc, sìc intelligi volo qua- 
tenus illa Ecclesia in fide, ob quam S. Paulus eam tantopere com- 
mendat perstiterit. Papse vero ipsì quatenus et ipse eam fidem 
retinuerit, et verbo Dei congruentia preeceperit. Item, papatum 
Romane ecclesiee, nihil aliud intelligo, quam primatum illum et 
preerogativam ecclesiasticam, qua inter episcopos ordinis et politise 
caussa primas obtinuit, eaque aliguando ad utilitatem Bcelesise 
feliciter est usus; nullo autem modo me potestatem agnoscere 
sive illa humano, sive divino jure arrogetur, que ad Ecclesiee 
destructionem pertineat……. Nec abs re futurum puto, si et genera- 
lis queedam protestatio sive exceptio fiat coram eo, qui juramentum 
excepturus est, in hanc sententiam: Mei instituti non est, ut hoe 
juramento plus obligarì velim, quam ad ea que licita sunt et hoe 


841 


tion particuliêre eóncernant chacune des claases 
ambiguës, par exemple: En jurant fidélité à saint 
Pierte, je n'entends paë attribuer à Pierre une 
puissanoe divine ou le don de scruter tes coours, 
mais je promets de garder Ìa doctrine qe'il a 
prêchée aux fiddles de 1’ Église romaine naissente. 
De même, en jurant d'être fidête à F Église romaine, 
au pape et à se8 sucoesseurs, j'entends cela pour 
autant que cette Église persévère dans la foi, 
dont saint Paul la Îoue, et póur autant que 


nesta, et salva conseteritis preostari possumt ef debent. Heee antema 
de eo juramento dicta sint, quod Deeretalium libro eontinetúr, ion 
autom si alia quseedam capita speciatim aädahtur, ub vefbi gratiás 
Promittó me per onmhid, el òìn omnibus eutt fidom tebehvuruns, 
quam hodie Rom. Eoelesis, et in ea Pontifex Paulus IV profitetur, 
Item, promitto me nihil religionis negotie tentaturum et innovar 
turum absque ejûs sanctitatis cônsenstu. Îtem, promitto me heere- 
tioos, prsesertim Lutheranos appellatos, persetustrurh, otmaesqeë 
eos pro heoreticis et schismaticis habiturum, quos pro talibus hodte 
Rom. Ecclesia damnavit, etc. Heec capita cum specialia sint, krujus- 
modi interpretationes et cautiohes non admiittunt, ef tale jaramen” 
tum penitus est detrectandum. Hac igitur cautione et modera“ 
tiorre adhibita, tutius fortasse hoe sderamentaum jurisjurandi 
preestari poterit, modo ea accidant, que supra judicavimus: prik 
fnum, gi nulla alia via et ratio invehiri pessit in suscepto munere 
persistendi, nisi hejuemodi plane juramentam preestotur, aliogut 
tutissimum fuerit omnino hoo juramentum, quod prorsus periculo 
non caret, declinare, aut certe tale dare juramentum quod rûitiore 
et tolerabiltore forma coneipintur. Deinde in hao juramenti preosta- 
tione spectandum est, si via per hoe aperiatur, liberam et pina 
Ecclesise reformationem facilius instituendi, ita ut hoo juramento 
preestito, officio quod Pontifici debeas satisfactum putes, et jänt 
auctoritae alique et robar per id tibi aocedat, ut.in reformigtione 
instituende pontifcia auctoritas non tamtopere sit metuenda, si 
eam ad pium institutum impediendam convertat, alioqui est 
compertissimum, nullam tam moderatam et prudentem refornan- 
tionem inatitui posse, quam Rom. Poatifox sit approbaturus, ” = 
Caxt. Epist. Epist. zxj, pp. 87-105. 


443 


le pape conserve la même foi. De même par 
papauté jentends la primauté et la prérogative 
ecclésiastique, en vertu desquelles le pape tient 
le premier rang parmi les évêques pour l'ordre et 
la discipline, et dont il a fait jadis un heureux 
usage; mais je n’entends nullement lui recon- 
paitre une puissance, soit de droit divin, soit 
de droit humain, qui serve à la destruction de 
'Église, et ainsi de suite. — Il sera également 
utile de protester en général, devant celui qui 
recoit votre serment, que vous ne voulez pas vous 
engager. au delà de ce qui est honnête, licite et 
peut être juré sans blesser votre conscience. — 
Voilà pour le serment tel qu’il est contenu dans 
les Décrétales, Il en serait autrement, S'il y avait 
des clauses spéciales, comme celle-ci: Je promets 
de garder en tout la foi que l'Église romaine 
d'aujoerd’hui et le pape Paul IV professent; je 
promets de ne rien innover en fait de religion, 
sans le consentement de sa Sainteté; je promets 
de poursuivre les hérétiques, surtout ceux qu'on 
appelle Luthériens, et de regarder comme héréti- 
ques et schismatiques, ceux que l’ Église romaine 
a condamnés aujourd'hui comme tels, etc. Ces 
points sont spéciaux et ne souffrent aucune inter- 
prétation droite. Pareil serment doit être à tout 
prix refusé. — Avec ces ménagements et ces 
précautions vous pourrez peut-être impunément 
prêter le serment. Mais, je le répète, tout ceci dans 
hypothèse qu'il vous soit absolument impossible 
de conserver votre charge, à moins de prêter le 


443 


serment. Sinon, 1l vaudrait mieux vous en abste- 
nir. En outre, ii importe d’examiner, si au moyen 
de la prestation du serment, il vous gera plus 
facile d'entreprendre librement la sainte réforma- 
tion de l'Eglise, de manière qu’après avoir satisfait 
au pape par ce serment, vous soyez en mesure de 
ne plus devoir redouter autant l'autorité pontificale, 
si celle-ci s'employait à enrayer votre pleux 
dessein, car‚ sachez-le, il n'est pas de réforme si 
modérée et prudente que le pontife romain 
approuve (!). 

Hausle, dans sa notice sur Cassander (°), dit que 
les réponses de celui-ci à Kettler furent évasives, 
indécises, toutefois rédieées dans le sens du 
dogme catholique. Nous ne pouvons partager cette 
Indulgence, et nous ne doutons pas que, sì cette 


(1) Il serait trop long d’'analyser la suite de cette corresporidance; 
un mot encore suffira. 

‘Kettler effrayé déjà des difficultés exposées par Cassander 
touchant le serment tel que le donnent les Décrétales, voyait 
encore beaucoup moins le moyen de se gervir de la formule en 
usage de son temps, surtout à raison de la clause: Heereticos… 
impugnabo. Cassander, interrogé de nouveau, répond en s'en 
rapportant à ses explications antérieures. Quant à la clause 
embarrassante, il faut supposer, dit-il, que le pape est un homme 
droit, qui suivra la règle dictée par les saintes Koritures pour 
juger si quelqu’un est hérétique ou schismatique, et ne regardera 
comme rebelles que ceux qui refusent de lui obéir, après avoir été 
eharitablement avertis; il faut supposer que par la guerre à diriger 
contre eux, il entend purement un combat spirituel. S'il en était 
autrement, la protestation de ne vouloir vous engager qu’à ce qui 
est licite, honnête et modéré, donnera à votre serment le caractère 
d'un serment forcé. — OENT. Epist., Epist, XXII et XXIII, 
pp. 106-118. 

(*) Werzan et WeELtTE, Dictionnaire encyclopédique de la théologie 
catholique, traduit par Goschler T, 9, p. 87, ve CASLANDER. 





444 


Consultatión avait êé publiée par Sòn aûteur, elle 
lui aurait valu de la part des théologieris une 
verte censure, 
zo Crreepon. _ Vers la même époque, en 1557, Cassander et 
sander avec SON COMmpagnon U. Wouters regoïvent une lettre 
can Jr de Mathias Francowitz (mieux connu sous le nom 
de Flacius Tllyricus), par laquelle celui-ci invite ges 
très chers amis, cômme il les appelle, à prêter leur 
Concôurs à l'exécution du dessein qu’il avait congu 
de composer une grande histoire ecclésiastique. 
Elles sont fameuses les Centuries de Magdebourg, 
dans lesqùelles le plus ardent disciple du chef de 
là réforme prétend donner au luthéranisme une 
base historique opposée à celle du catholicisme. 
La partialité et la violence que respire ce 
vaste travail, les mensonges et les fourberies 
accumukés par la haine des centuriateurs contre 


Église catholique, sont reconnus par leurs core- 


(!) “ Notus est vobis noster quidam historicus conatus, utinam 
tam felix quam pius. Accedet tamen etiam guccessus Domino 
benedicente…. Ad quem cum multiplici auxilio opus habeamus, 
vosque nobis et libris et sententie adjumento esse posse certo 
sciamus, misimus hunce nostrum studiosum Wilhelmum Raden- 
BEI qui vobiscum colloqustur, vestram sententiam de hoo 
opere ejusque forma audiat, ex vostris manuscriptis monumentis, 
vel annotet, vel etiam describat, quee nobis utilia futura videbun- 
tur. Quare vos per publieam utilitatem, ac ipsum Dominum oramus 
et obsecramus, ut ne gravatim ei et sententiam et libros vestros, 
doneo istie est, commaunicare velitis, eique denique pro vestra 
eruditioneac judicio commronstrare,qusenam potissimum describere 
aut annotare debeat ”, — Cent. Hpist, Epist. XIII,-p. 71, 
Eximiis doctissimisque viris D. Cornelio Gualtero et D. Georgio 
Cassandro, dominis auis et amicis charissimis, Matth. FL Illyricus, 
10 Jul. 1557, 


445 


ligionaires modernes, tels que Cave, Schroekh 
et Stäudlin. Nous n’avons, il est vrai, aucun 
motif de ecroire que Cassander ait accepté inv. 
tation de Flacius, ni celle des collaborgteurs 
immédiats de l Achille des Luuthériens, Jean Wie 
gand, Martin Cop, Ebelinck et Mathieu Judex. (!) 
Seulement nous constatons que Francowitz compte 
sur l'amitié de Cassander, ef cela à une époque où 
Yingrat élòve de Mélanchton défendait avec achar= 
nement, contre son ancien proteoteur, le maintien 
rigoureux du strict luthéranisme, s'attirant ainsi 
la colère des Wittembourgeois Mélanchtoniens, qui 
Yappellent le rebut de Y'humanité, un démoun d’or- 
guell, de tous les diables le plus endiablé. 


Tout aussi instructive est la correspandance zo Correepen” 
qu'eut avec Cassander, en 1560, Richard Cox, sander aveo 
évêque d'Ely, près de Londres. Revenant de Bichard Cor. 
Worms, écrit Pex-précepteur d'Édouard VI, je 
me guis rendu à Cologne pour saluen mes chers 


(!) ““ Scitis procul dabio, quo maximis sumptibus et laboribus 
historiam ecclesiasticam in Ecclesia Christi summopere necessariam 
comportare et texere Deo adspirante copemur. Intelleximug autem 
ex preestantissimo viro D. Doctore Gasparo a Nydbruek vos duos 
universe antiquitatis studiosissimos et peritigsimos esse 
Preedicavit etiam idem Doctor vestram pietatem et humanitatem, 
et fecit certissimam spem, quod a nobis rogati nihil nobis, ….. 
denegaturi estis. Hoc officium ipsi Christo, cujus historiam texi- 
mus, totique Eoclesiee gratum erit. Methodum nostri instituti 
Wilhelmus habet, ex qua intelligere potestis, si non summa indu- 
stria, saltem accurate et fideliter omnia a nobis fieri’”’— CENT. Epist, 
Epist. IV, p. 9. Doctissimis et integerrimis virig D. Cornelio Gual- 
thero et D. Georgio Cassandro, Dominis et amicis suis colendis, 
gubernatores et inspectores institutes historiee ecclesiasticee: Joan. 
Wigandus pastor Magdeburg, Martinus Copus Medecine doctor, 
Ebelinck Alman Burgher in Magd., Mattheus Judex. 





44,6 

amis Cassander et C. Wouters. Je n'ai trouvé ni 
l'un ni l'autre. De là j'ai regagné directement 
'Angleterre. Ici tout est tranquille, Dieu soit 
loué, depuis la mort de Marie, à laquelle a succédé 
lä très pieuse Élisabeth. Celle-ci a détruit la super- 
stition papiste, remis en honneur l’Évangile, chassé 
les prêtres papistes et rétabli les pasteurs du 
Christ. On n'est pas d'accord ici, sur la question 
d'ériger dans les temples l'image du crucifix, selon 
l'ancien usage. Les uns opinent que la chose est 
permise, pourvu qu'on ne vénère pas l'image elle- 
même. Les autres estiment que les images sont 
prohibées en général, à raison du danger inévitable 
qu'elles présentent. Je vous prie de m'aider de vos 
lumières et de me donner votre avis. Rien de neuf 
dans ce pays, sinon que les Écossais, surtout les 
Évangéliques (et leur nombre n'est pas petit) 
redoutent une attaque des Frangais. Prions Dieu 
de les vouloir protéger. Je serais charmé d'ap- 
prendre que votre prince propage la vraie doctrine 
du Christ, en dépit de tous les papistes (1). 

()) “ Cum primis ipse Wormacia digcessi, et Coloniam veni, ibi 
meum Cassandrum Corneliumque salutaturus,eisque valedicturus. 
Neutrum reperi. Illine recta in Angliam. Ibi pacata omnia, sit 
Deo gratia, mortua Maria. Regnat Elisabetha pietatis amatrix et 
fautrix. Per hanc pulsa superstitio papistica, restauratum evange- 
lium Christi, pulsi ministri papistici, restituti pastores Christi... —… 
Non contentio est, sed neque integra inter nos consensio de imagine 
erucifixi in templis erigenda, quemadmodum hactenus usurpatum 
fuit. Alii existimant licere, modo absit cultus aut veneratio ipsi 
imagini exhibenda. Alii putant ita in universum omnes imagines 
prohibitas, ut nefas sìt, ullam omnino in templis perstare, propter 
periculum ita inseparabiliter annexum…… Hac in re quoniam 
judicio tuo plurimum semper detuli, to vehementer rogatumn velim, 


ut anim) tui sententiam paucis mihi explicare digueris….…. Nihil 
relatu digaum habeo, nisi quod Scotì nobis vicini sibi non nihila 


447 


Celui qui tient un pareil langage doit regarder 
Cassander non seulement comme ami, mais encore 
comme favorable au pur Évangile. Sans cela, com- 
ment oserait-il dans une lettre adressée à un catho- 
lique, célébrer avec délices la victoire de la réforme 
gur Église romaine en Angleterre, et demander 
des prières pour le triomphe des protestants? 

Á ces propos de sectaire Cassander se contente 
de répondre qu'il est flatté du souvenir que Cox, 
malgré son élévation à l'épiscopat, veut bien lui 
garder; puis il Émet un avis favorable à l’érection 
de l'image de la croix, pourvu qu'on évite toute 
superstition et qu'on donne à la croix sa vraie 
forme (}) 

Parmi les réformés avec lesquels Cassander 
était hé d'amitié, mentionnons encore le Zwin- 
glien Bullinger, prédicant à Zurich, qui écrit à son 
ami comme à un coreligionnaire. Notre église, 
dit-il, prospère. Quelques voisins nous molestent, 
mais néanmoins la vérité fait son chemin (®). — 


Gallis metuant, preesertim qui Evangelium amplectuntur, que pars 
illorum bene magua est. Rogaudus Dominus, ut ab illorum parti- 
bus stare diguetur. Libenter cognoscerem, Ducem vestrum, pro 
ea qua illam prosequar veneratione, veram Christi religionem 
propagare invitis pupistis omnibus ”. — Cent. Epist. Epist. II, 
p. 5. Eximiee pietatis et eruditiouis viro D. Georgio Cassandro, 
amico meo longe charissimo apud Coloniam Agrippinam, Richar- 
dus Coxus, Eliensis episcopus. 

(1) CAssANDER, Opera, p. 1110. 

(2) “ Laboramus preedicando et scribendo. Bene habet Ecclesia 
nobis credita. Utinam beneficium Domini agnoscat et grata sit, ne 
alioquin male grati percntientem sentiamus. Vicini quidam non- 
nulli molestt sunt nobis: sed procedit nihilo minus veritas.” — 
Cent. Epist. Epist. XIX, p. 83. Preestantissimo viro D. Georgio 
Cassandro, Diisburgi vel Coloniee unc agenti, domino suo colendo 
et fratri percharo, Bullingerus. Tiguri, 20 Aug. 1999. 


Correspon- 
dance de Cas- 
Bander aveo 
Ballinger 


448 

Que le Seigneur nous pratège contre les desseins 
ot lea efforts des ennemis de la parale de Dieu. 
Priez-le de mous êtra propice. L'Évangile fait ici 
et dans les environs des progrès ìmmenses. Vaus 
’ gavez qu'en France le nombre des fidèles grandit 
merveilleusemen$. Lie eardinal de Liorratne négooie 
avec le pantife romain, Pempereur et le roi d’ Eis- 
pagne, la reprise du ooncile. Il eroit qu'un coneile 
est capable d'enrayer le mouvement Évangélique, 
l'insemeé (©) ! 

Vous aurez sans doute appris que les puissants 
du gièele se disposent à eélébrer um canoile. Ils 
proclament bien que le eonoile sera libre, mais 
on agira comme autrefols, et sa célébratien n'aura 


, 


d'autre but que de tromper. Que le Seigneur fasse 
avorter tous les desseins des impies, et préserve 
du mal son Église affligée (®)! 


(5) “ Dominus manu aur Ros austentat et in multis et gravibus 
hostius verbi Dei consiliig canatibusque pos iuoffense in via 
Domini progredi facit. Ipsì sit laus et gloria. Hune orabis pro 
»obis, ut perpotmo. nobis sit clemens et propitius per Christum. 
Veritas verbi Dei supra quam. tradi potest in his et vicinis regioni- 
bus vacsesoib… Scia et in Gallia vehementer angeri uumerum fide- 
Kum. Ideogue Card. hotharingius solicite agit cum Pont. Romano, 
cum. Imperat. et rege Hispaniarum, missis ad eos Legatis, de 
contiauando aut celebrando concilio. Concilio enim amens credit 
cursum Evangelii impediri posse” — CENT. Epist. Epist. XXV, 
p. 122, Excellenti pietate et eruditione viro D. Georgio Cassaundro, 
jam agenti Coloniee, domino suo colendo et fratri chariss., Bullinger, 
Tiguri, 4 Aug. 1560. 

(@) “ Audisti fortassis quid potentes hujus sseculi instituant de 
eoncilip celebrando. Liberum dicitur ab illis, sed mare veteri cele- 
brabitur, geque in alium finem quam dolosum celebrabitur. Domi- 
gus dissipet omnia impiorum consilia, et servet aflictam suam 
Ecclesiam liberetque a malo.” — Ibidem, p. 125. 28 Aug. 1560. 


449 


S'il est vrai que la correspondance d’un homme, 
les lettres qu’il écrit comme celles qu'il recoît, le 
dépeignent, nous sommes assez édifiés sur Cassander 
pour ne plus être étonnés des étranges principes 
professés dans ses travaux de pacification religieuse. 

De officio pii ac publicae tranquillitatis vere amantis 
viri, in hoe religionis dissidio. (s. 1.) : tel est le 
titre d'un travail publié par Cassander, en 1561, 
sous le voile de l'anonyme ()). 

Calvin, prenant le change, attribua cet opus- 
cule à Francois Baudouin, qui lavait introduit 
en France au colloque de Poissy, et maltraita 
ce dernier dans une réfutation virulente intitulée: 
Responsto ad versipellem quendam mediatorem qui 
pacifticandt specie rectum Evangelii cursum vn Gallva 
abrumpere molitus est. Genev. 1561. 

L'année suivante, Cassander répondit aux invec- 
tives de l'apôtre de Genève sous la forme d'un dia- 
logue entre deux personnages fictifs, Modestus (?) et 
Placidus: Traditionum veteris ecclesia et sanctorum 
Patrum defensio adversus Jo, Calvini importunas 
crimnationes, ou Defensio insontis libelli, de officio 
pii virt, adversus inigvum et importunum crimina- 
torem (°). Les deux interlocuteurs après avoir fait 
de Cassander le portrait le plus flatteur (*), pren- 
nent la défense des points incrirainés par Calvin. 


(!) CASSANDER, Opera, pp. 780-797. 
(*) Alas, Verening Modestus Pacimontanus, pseudonyme de Cas- 
sander cherchant mudestement la vérité afin de parvenir À la paix. 
(3) CassANDER, Opera, pp. 798-879. 
(*) “ Nullam in eo morositatem, sed summam humanitatem et 
morum placiditatem deprehendi. Cujus{Cassandri] cum mihi inno- 
29 


Travaux de 
pacification 
religieuse 
(Irenica). 


450 

Un allemand combattit aussi auteur du livre 
De officio pit vir. Dans un libelle, Viae commnon- 
strator, 1l le traite d'hypocrite et de transfuge au 
camp des papistes et menace de publier un écrit 
où Cassander avait autrefois professé touchant 
Eucharistie l'opinion de Zwingle. Cassander lui 
opposa la réponse pseudonyme: Bartholemai Ner- 
vit ad calumnias quibus Cassander in germanico 
quodam libello Vie commonstrator inscripto petu- 
lanter impetitur, responsio (}). 

Les catholiques furent également Émus à l'appa- 
rition de l'ouvrage de notre humaniste devenu 
théologien. Guillaume Lindanus fit à l'auteur des 
reproches assez vifs, par lettres, et l'eût publi- 
quement réfuté, sì Joachim Hopperus, secrétaire 
du roi d'Espagne, ne l'avait pas, à la prière de 
Cassander, empêché de publier son: Theophilus, 
sive examen libelli de officio pit viri (2). 
centia et integritas perspecta sit… — De auctoris animo, quam 
illum sequum, moderatum et fraternum exhibuerit, judicabit 
melius Deus... — Et qui pacato tranquilloque libellam animo 
legerint., summum veritatis studium, ingenuitatem, candorem, 


simplicitatem, moderationem atque modestiam deprehendent. ”’ 
— Defensio insontia libelli, etc. pp. 811, 818, 817. 

() CASsANDER, Opera, pp. 880-891. 

(?) “ Accepi his diebus, clariss. vir, literas a D. Guilhelmo 
Lindano, quem aute intellexeram adversus lihellum «de offcio pii 
viri aliquid esse commentatum. Sed, ut verum fatear, tale quale 
his literis continetur,a viro tam erudito minime omnium expec- 
tabam.…. Confido neminem fore paulo modo sequiorem et preesen- 
tem temporis statum prudeuter considerantem, qui, si libellam 
ipsum, reum, ejusque defensionem siuceriore et candidiore animo 
inspiciat et expendat, et capita accusatiouis cum ipsis locis unde 
accusatio ducta est attentius paulo conferat, non iniquius et 
durius accusationem istam institutam esse pronunciet… Ceterum, 


451 


Ce que le futur évêque de Ruremonde ne put 
faire alors, Jean Hesselius et Josse Ravesteyn le 
firent bientôt, lun dans son ouvrage: De officto 
pit, et christiane pacis vere umantis viri, ezurgente, 
aut vigente hoeresi; cum refutatione sententia cujus- 
dam falso hoc ipsum docere promittentis: authore 
Joanne Hessels a Lovamo S. T. in Acad. Lov. prof. 
reg. Antv. 1566; autre dans un discours à ses 
élèves: en théologio, imprimé sous ce titre: Oratio 


non ignorabam, quod et libellus non preetermisit, hanc esse indig: 
nissimam et deplorandam pacificatorum conditionem, ut quum ge 
inter pugnantes medios interponant, utrinque plagas accipiant. 
Verum ab hac parte tam graves et indignas plagas non expec- 
tabam. Certe hec res studia nostra conciliandee paci instituta 
tantum non restinxit,et pacis concordiijeque impetrandae spem 
propemodum omnem excussit. Nam si hujusmodi duriores senten- 
tise valerent, nihil pacificationi loci relictum video. Et quis non 
animum abjiciat, cum pios suos conatus tam sinistre et indigne 
accipi et exagitari videat ? Quid enim indignius et iniquius, quam 
modestas admonitiones, sycophantias, sanguinarias blasphemias, 
infandas contumelias, venenatos et a Sathana dictatos aculeos 
appellare? et amicas ad societatem Christi invitationes, pestilentes 
adulationes et bis preeditoris pacis intercessiones vocareP 

Quare videat tua prudentia, an expediat hoc tempore hujusmodi 
scripta publicari, (nam intelligo adversus eundem libellam serip- 
tum Theophili titulo esse paratum) et an non potius honesta 
ratione auctor admonendus et inducendus sit, ut vel prorsus ab 
editione vel certe ab hujusmodi acerbiore insectatione temperet. ” 
— Cexrt. Epist. Epist. XLVII, p. 221. Ampliss. et clariss. viro 
D. Joach. Hoppero, regisee Maj. Hispaniarum a secretis consiliis 
G. Cassander. 

‘“< Menses sunt tres plus minus, quod altis de rebus Bruxellam 
veniens D. Lindanus, quandam suam lucubratiunculam mihi com- 
municavit, quam f'heophilus sive Eenmen libelli de officio pii viri 
inscripsit. Eam nt accepi, avide continuo percurri: Inveni libellum 
quantura quidem mihi judicit est, nec ineleganter nee indocte 
conscriptum. Unum non placuit, nimia in reprehendendo acer- 
bitas, et verborum nonnunquam potius quám rerum exagitatio. 


453 


altera, in scholis theologicis ab eodem authore [Ju- 
doco Ravesteyn} habita, in qua demonstrat portum 
tutum et fidum, in quo acquiescere possint pit homt- 
nes et de sua salute eterna soliciti, in miserabili 
prresentis ecclesiae dissidio. Lov. 1567. 


Pourquoi done Yopuscule de Cassander provo- 
qua-t-il ainsì à la fois les attaques des protestants 
et celles des catholiques ? 


Exsmendu L’auteur commence par avouer qu'il a été 
wander: Doof. longtemps ballotté par les flots du doute. Heu- 
fcio pi wrs. veux d'avoir enfin gagné le port, il se propose 
charitablement d'indiquer à ses frères, exposés 
aux dangers de la tourmente religieuse, la route 


vers l'asile sauveur où ils trouveront la paix de 


Sed suspicans non tam vero judicio ita me putare, quam quod 
natura leni sum et facili, et fugitans tumultum, et ob id mihi 
diffidens, communicavi rem cum aliis duobus Lindani et meis 
amicis, quos suscriptam lucubratiunculam quoque perlegisse 
sciebam. His, idem quod mihi visum est, nec ex re fore ecclesiee 
christiauee si ita in lucem proferretur. Itaque, ut apud alios majores 
ejus rei forte mentio incidit, et illis placuit, tequaquam irritandos 
aut exulcerandos esse eos, qui rem catholicam quoquo modo juvare, 
et paci ac concordize studere videntur. Quod audiens, retuli ea de 
read D. Lindanum, hortatusque sum, ut sì quid esset in eo libello 
quod offenderet, super eo per litteras potius, privatim et amice, 
quam scriptis publice libellis, cum authore communicaret, fortasse 
re bene intellecta, fore, ut facile conveniat, et vel unus sententia 
desistat, vel alter se aliter verba, quam dicta sunt, accepisse, in- 
telligat. His igitur monitis ille parens, ut est sane vir bonus, litteras 
ad te dedit, in quibus si quid reperis fortasse vehementius aut 
acerbius dictum, rogatum te velim, ut pro tua solita modestia 
prope singulari, minus gravate id feras: dabo enim operam ut 
ubi responsum tuum acceperit, quod nunc hic agens summo desi- 
derio expectat, non solum mitior fiat; verum etiam tibi ac ratio- 
uibus tuis, quoad ejus fieri queat, se accommodet. … Antv. 
19 Maii 1663." — Ibidem, Epist. XLVILI, p. 230, Doctissimo atque 
ornatiss. viro D. Georgio Cassandro. … Joach. Hopperus. 


453 


la conscience et le salut; il désire en mème temps 
montrer aux hommes de bonne volonté les moyens 
d'arriver à la réconciliation des partis, à la pacifi- 
cation de I'Église. 

Puis, il communiquo le fruit des recherches péni- 
bles qu'il a faites, Dieu ly poussant et “* Esprit 
Saint invoqué (1) ”. 

— L'Écriture Sainte et sa saine intelligence (®), 
voilà, dit-il, nos deux guides dans les controverses. 
La lettre seule des livres sacrés ne guffit pas, il 
faut consulter leur vraie interprétation, contenue 


() Voir p. 400 et sqq. où nous avons entendu Cassander ra- 
conter lui-même son éducation théologiqne. — “ Heee de doctrinn 
et ceeremoniis sententia mihi post divini spiritus implorationem…. 
vera, christiana, catholicoque homini pacisque et ecclesiasticee uni- 
tatis sludioso digna et conveniens visa est. " — CASSANDER, Opera, 
p. 786. 

(2) “ Itaque mihi judices et arbitros in hoe difficillimo et arduo 
negocio adeundos, et consulendos esse putari: nullumque firmius 
et certius judicium inveniri, quam si ipsa Scriptura sacra, ejusque 
vera et sana intelligentia proponatur… Que intelligentia petenda 
a communi consensu et publico testimonio omnium ecclesiarum, 
quibus doctrinam a Christo acceptam, tanquam depositum quod- 
dam, Apostoli commendarunt… 

Atque heec est, que catholica traditio et veritas non scripta 
a nonnullis appellatur. Quanquam in ijs quee fidei queestiones 
attingunt, nihil est quod Scripturis sacris non aliquo modo conti- 
neatur, cum heeo traditio nihil aliud sit, quam Scripture ipsius 
explicatio et interpretatio : ita ut non inepte dici posset, Scripturam 
esse implicatam quandam et obsignatam traditionem, traditionem 
vero esse Scripturam explicatam et resignatam. 

Non inepte igitur Vincentius Lyrinensis,.. eum qui seadversus 
heereses omnes munitum et tutum esse velit, heee duo sibi pro- 
ponere debere confirmat : canonicam auctoritatem, et catholicam 
traditionem… Quee quidem catholica traditio tribus notis depre- 
henditar: antiquitate, universitate et consensione." — Ibidem, 
pp. 732-783. 


454 


dans le témoignage public et unanime de toutes 
les églises, auxquelles les apôtres ont confié le 
dépôt de la doctrine du Christ. C'est ce que 
quelques-uns appellent la tradition catholique ou 
la vérité non écrite. Quoique dans les questions 
de fol il n'y ait rien qui ne soit contenu de quelque 
manière dans la Bible, comme la tradition n'est 
autre chose que l'explication et linterprétation de 
Ja parole de Dieu écrite, on peut dire que \'Écriture 
est une certaine tradition implicite et fermée et la 
tradition lÉcriture expliquée et ouverte. D'après 
Vincent de Lérins, ajoute-t-il, la tradition catholi- 
que se reconnait aux trois notes de l'antiquité, de 
l'universalité et de l'unanimité. — 

_ Ensuite, de cette règle générale il déduit quel- 
ques règles particulières pour juger les points tant 
doctrinaux que disciplinaires (*). 


‚ () Votci les règles touchaut les questions dogmatiques. Remar: 
quons que la troisième n'est pas assez nette et que la quatrième 
laisse absolument à désirer, parce qu'elle néglige le rôle du 
magistère vivant de l’Église : 

«1, Eam dootrinam veram et catholicam habendam esse judico, 
quee sacris litteris est expregsa, 

2. Que ex mente et intelligentia earundem literarum ab ipsis 
usque Apostoloram temporibus est tradita, et per successionem 
ad nos usque derivata, quarum utramque pari fidei integritate 
amplectendam duco. 

8. Quees ab omnibus ecolesiis vel majore certe parte est renepta, 
et probabilibus rationibus e sacris literig confirmata. Hanc quoque 
pio cuique guscipiendam existimo: quamvis ingeniosis hominibus 
rationes occurrere possint, quibus probabiliter refutetur. 

4. Quseestionum quoddam genus est, que neque tam claris 
scripturee testimoniis, neque tam antiquo et magno consensu 
ecolesiee nituntur, tamen posterioribus temporibus, in hac prasci- 
pua occidentali ecolesiee parte, constitutge et receptee sunt: que 





455 


Ces principes de Cassander excitèrent le cours 
roux de Calvin, ennemi acharné de la tradition 
dont l'autorité, à ses yeux, détruit celle de l’Écri- 
“ture, 


Sans nous engager dans le dédale des disputes 
entre les deux antagonistes, passons aux assertions 
qui scandalisèrent les théologiens catholiques et 
constituent lerreur capitale de Cassander, 

Quel est dono le port où le nautonier charitable 
promet de conduire Phomme pieux qui veut trou- 
ver le salut? 


— Né dans l'Église occidentale ou romaine (}), 


cum divinis literis manifeste non repugnent, in earum confutatione 
neque pugnaciter agendum, neque ea de causa ecclesiarum pacem 
perturbandam puto. Quod si sententia aliqus, jam omnino recepta 
et firmata, minus probabilis videatur, de ea tamen non.passim et 
odioge contendendum, sed cum eruditis et moderatis viris placide 
inquirendum et disceptandum existimo. Que autem certorum 
hominum, quamvis doctorum, probabilibus disputationibus asse- 
runtur, ita ut alii aliter de iis sentiant, liberum cuique quid 
velit sequendi potestatem esse constat. Si quee vero sententiee 
et divinis literis et veteria ecolesie èraditioni adverse, et per 
errorem vel imperitiam vel etiam ambitionem postremis his et 
corruptigsimis temporibus invecte videntur, eas ut fermentum 
vitandas et cavendas non nego: sic tamen, ut privato homini 
temere apud quosvis de iis contendendum non putem, ubi certa 
offensio, profectus et utilitatis nulla spes. Itaque prudentiam eam 
Christianam hic adhibendam, ut non temere et passim ubique 
dicas quidquid sentias, neque tamen unquam dicas contra quam 
sentias: ubi vero gloria Dei vel proximi utilitas postulat, libere et 
constanter dicas quod sentias. ” — Ibidem, pp. 783-784. 

(1) ““ Cum igitur in hac ecclesia occidentali sive Romana, in qua 
nati, eb in Christo regenerati, cujusque per baptismum (quantum 
ad externam conversationem) cives et membra effecti sumus, pro- 
fessio Christiani nominis, Scripturarum auctoritas, et doctrina 
illa apostolics, quod ad capitales religionis articulos attinet, reti 
nestur, srcraimmentaqne ut sunt a Ohristo instituta serventur 


456 


écrit le pacificateur, régénéré au Christ dans son 
gein et devenu son enfant par le baptême (quant 
au for extérieur), je déclare lui appartenir et la 
vénère comme la vraie Église, comme le temple 
de Dieu, comme un membre non à mépriser du 
corps de la grande Église, de l'Église catholique. 
Je la vénère, parce qu'en elle se trouve la profes- 
sion du nom chrétien, l'autorité des Écritures et 
la doctrine apostolique (en ce qui touche aux 
articles fondamentaux de la religion); parce que 
chez elle sont conservés leg sacrements tels qu’ils 
ont été institués par le Christ, (quoique la célébra- 
tion et la dispensation de lEucharistie ne soient 
pas exemptes d'abus); parce qu'en elle se reconnait 
encore l'image de l'Église primitive dans l'obser- 
vance de beaucoup de cérémonies et de rites; parce 
qu’enfin les Éévêques, qui la gouvernent, descendent 
des apôtres par une succession perpétuelle (bien 


(quamvis in Eucharistie celebratione et dispensatione nonnihil 
vitii videri pogsit)et in multarum ceeremoniarum et rituum obser- 
vatione priscee adhuc ecclesise imago in ea conspiciatur: ad heec 
perpetua presbyterorum seu episcoporum, quamvis multum a 
prisca integritate degenerantium, jam inde ab apostolis succes- 
sione gubernetur; hanc inquam ecclesiam ut veram ecclesiam et 
domam templumque Dei, magneque illins et catholicse ecclesies; 
non contemnendum membrum, non possum non amplecti et vene- 
rari. Quamvis non inficior, eandem illam ecclesiam a prisco suo 
illo decore, et splendore non parum diversam, multisque morbis 
et vitis deformatam, nonnumquam et gubernatorum tyrannide 
miserabiliter pressam…, 

Interim tamen eos damnare non possum,qui in fundamentis - 
apostolicee doctrine persistentes, studio sincere religionis, cum 
aliqua correctionis indigere, ab eruditis et piis vìiris admoniti 
intelligant, in aliqua ecolesies parte, preeeunte summa auctoritate, 
accedente communi illius ecclesise consensu, in doctrinee genere 





457 


qu’ils aient déeénéré de leur intégrité primordiale). - 
Je la vénère, mais j'avoue que cette Église a 
perdu de son antique splendeur et de son ancienne 
beauté, que beaucoup de taches et de vices la 
défigurent et qu'elle est parfois misérablement 
opprimée par la tyrannie de ceux qui la dirigent. 
Entretemps, quant à ceux qui, dans certaine 
fraction de Église, guidés par des hommes pieux 
et érudits, sous la conduite de l'autorité suprême 
et avec le consentement unanime de cette Église, 
ont cru devoir corriger certains articles de doc- 
trine, abolir quelques rites, même très anciens, 
dont l'abolition était utile ou nécessaire au peuple, 
et y substituer des cérémonies plus favorables à 
la piété et à la discipline; quant à ceux-là, dis-je, 
je ne puis les condamner, pourvu qu’ils adhèrent 
aux points fondamentaux de l'enseignement apo- 
stolique, qu’ils introduisent ces modifications sans 


aligua repurgarunt: et ceeremonias aliqnot etiam vetustiores, cum 
id populi magna utilitas et prope necessitas exigat, auferendae, 
aliaaque pietatì et discipling convenientiores sufficiendas esso 
putant: modo id quam minimo scandalo et perturbatione fiat, et 
communio spiritus et vinculum pacis cum reliquo ecclesiee corpore 
conservetur. 

Quis enim membro vitio vertat, si reliquo corpore laborante, et 
sui curam negligente, ipsum sui curam suscipiat? non ut reliquo 
corpori ìinsultet, sed curandi exemplum preebeat, et ad imitationem 
invitet P 

Eos igitur qui in his coetibus ita versantur, ut nihil aliad quam 
Christi gloriam et ecclesies ejus instaurationem queerant, totoque 
animo ad ecclesiee pacem et unitatem incumbant, et cum reliquo 
ecolesiee corpore, etiamsi quadam rituum et opinionum diversitate 
discrepent, charitatis tamen vinculo colligentur,a Christo capite 
et corpore ejus, quod est ecclesia, separare et removere non pos- 
sum; quamvis a multis omnem ecclesise instaurationem et refor« 





458 


. scandale et sans briser les liens de la charité avec 
les autres membres du corps de 1’ Église, et qu'ils 
n'aient en vue que la gloire du Christ, la restau- 
ration de l'Eglise et la pacification religieuse des 
esprits; encore une fois, je ne puis les détacher 
ni du Christ le chef, ni de l' Église son corps, alors 
mème que beaucoup les considèrent comme héré- 
tiques, schismatiques et ennemis de l’ Église. 
D'autre part, je condamne celui quit combat 
les abus et la corruption de l'Eglise romaine, de 
manière à se séparer de l'Églige elle-même et à 
refuser tout commerce avec elle. Pareillement, je 
lésapprouve les dépositaires de l'autorité dans 
Église romaine, qui ne voient en elle aucune 
plaie et qui, non contents de ne lui appliquer aucun 
remède, rejettent, persécutent encore et mettent 
à mort ceux qui les engagent à guérir les maux 
dont elle souffre. — 








mationem vel inconsiderato zelo, vel privato animi morbo asper- 
nantibus, ut heeretici, schismatici, et ecclesiee hostes traducantur 
et condemnentur. 

Illos vero probare minime possum, qui ita a Romanae ecclesiee 
abusibus et corruptelis recedere voluerunt, ut ab ipsa ecclesia 
defecisse, seque ab omni ejus consortio et communione separasse 
videantur. Quare non ad eam medicandam et instaurandam, sed 
perdendam potius et evertendam, omnia sua studia conferre viden- 
tur. Quemadmodum rursum in iis qui Romane ecolesise guberna- 
tores haberi volunt, illud improbandum existimo, quod morbum 
nullum agnoscunt, et quod huic rei consequens est, remedia non 
admittunt: immo de correctione admonentes et ad curationem 
exhortantes, operamque suam ad id efficiendum offerentes, non 
modo rejiciunt, et ab ecclesiee gocietate depellunt, veram etiam 
multis in locis crudeliter interficiendos censuerunt; quse res huio 
miserabili schismati occasionem dedisse videtur.” — CassaNDER, 


Opera, pp. 786-787. 


459 


Ainsi, pour ne relever que l'idée mère de cette _grreur capi- 
étrange théologie,d'après Cassander ‚1 Kiglise catho- t&le, de Cas: 
liquese compose de deux branches, l'Église romaine 
et 'Église évangélique. Appartiennent à la vraie. 

Église tous les gujets qui admettent les points 
fondamentaux de la doctrine des apôtres et con- 


gervent la charité avec les membres de la branche 
soeur. 


Ce venin mortel, Cassander le distille douce- 


reusement dans toute la suite de son mielleux 
ouvrage. 


Écoutons l'ange de la paix : 
— Ni la persécution, continue-t-il(!), exercée par 


(1) ““ Neque tamen satis cause est, cur huic coetui ecclesise catho- 
licee nomen detrahatur, quod multi, qui eam gubernant, recte mo- 
nentes perseguantur: neque enim id ecclesiee tribuendum est, quod 
falsorum et infidelium gubernatorum vitio committitur… 

Neque errores tum dootrinse, tum humanarum traditionum, qui 
in ea obtinuerunt, ad auferendum ecclesise titulum sufficiunt, cum 
in ecclesia Hierosolymitana, in Pontificibus et phariseis, qui ejus 
gubernationem tenebant, hujusmodi errores Christus ipse notarit 
et reprehenderit, cum a fermento scribarum et pharisseorum caven- 
dum monet.. Idem tamen Christus admonet suos, ut in cathedra 
Moyszi sedentes… audiant, reote ex prescripto divine legis monen- 
tibus pareant, quamvis opera illorum, doctrinee quam profitentur, 
minime consentiant. 

At dicunt nounulli, e vera ecclesia prodiisse Papistas, quos 
vocant, sed per falsas et novas opiniones et impios cultus ab es 
defecisse : quare ab iis tanquam ab Ánti-Christi ecclesia et diaboli 
synagoga quam longissime secedendum, nullamque cum ea com- 
munionem habendam. 

Verum illud mihi vide. Longe aliud est a puritate et rinceritate 
tum doctrines tum morum, qua vetus et primitiva ecclesia floruit, 
degenerasse: et ab ipsa veteri ecclesia prorsus defecisse, Ecclesia 
enim ab ipso faundamento quod est Ohrigtns pro nobis mortuus et 
resuscitatus, sestirnanda: cui fundamento sì posteri pro auro et 





4,60 


les autorités de Église romaine contro les hommes 
droits qui les avertissent, ni les erreurs de doctrine 
et de traditions humaines qui ge sont introduites 
dans cetto Eglise, ne constituent un motif suffisant 
pour se séparer d'elle et pour lui refuser le titre do 
vraie Kiglise.Ce n'est pas àl’ Église qu'il faut imputer 
des actes dûs à la malice de supérieurs faux et infi- 
dèles. D'ailleurs le Christ a repris de semblables 
erreurs chez les pontifes et les pharisiens de I Eglise 
de Jérusalem et cependant il a enjoint aux stens 
d'obéir aux maîtres qui siègeaient dans la chaire 
de Moïse. 

Vous objecterez: Les papistes ont déserté la 
vraie Église, en enseignant des doctrines fausses 
et nouvelles et en introduisant un culte supersti- 
tieux. Il faut done s'en séparer comme de l'église 
de l'antéchrist et de la synagogue du diable. 


argento et lapidibus preciosis, lignum, feenum et stipulam super- 
struxerint, non tamen continuo a fundamento recesserunt.…. sed 
ibi curandum, ut pro ligno, feeno et stipula, aurum, lapides et 
gemme in eodem seedificio, snperque eodem fundamento repo- 
nantar… 

Contra autem, quod omnes ii qui ob reprehensionem nonnullo- 
rum abusuum initio rejeeti, conscientiee impulsu in ratione docendi 
et forma ministerii aliquid immutarunt, ab ecclesia defecisse, 
dieuntur, et inter heereticos et schismaticos numerantur: videndum 
est, quam id recte et juste fiat. EBcolesia enim Clhristi(®)caput est, et 
corpus ; a capite non receditur, nisi per falsam et Sceripturis sacris 
dissentaneam de capite Christo doctrinam; a corpore vero(®),non per 

(*) lásez: ** Totas Chrietus caput est et corpus. A capito…… ; & corpore vero, 
quod est Ecolesin.…… ” C'est ainsi que Ravesteyn tt Hesselius citent Cassander, 
d'après la première édition du livre De gfflcio pii viri. Saint-Augustin (De Unitate 
Kecelesia, c. 4), dit, il est vrai: “ Totus Christ